Vendredi 21 juin 2024

Politique

Agathon Rwasa : «Nul ne peut obliger les autres à le suivre de force»

21/11/2016 6

Arrestations, assassinats, emprisonnements de ses fidèles, malentendus entre l’UE et Bujumbura sur le mode de paiement des contingents burundais de l’AMISOM, suppression des OSC, etc. Agathon Rwasa, leader historique des FNL, sort de son silence.

 

Agathon Rwasa
Agathon Rwasa

Vos sympathisants sont arrêtés et emprisonnés ici et là dans le pays. Etes-vous au courant ? Et qu’en dites-vous ?

Effectivement, il y a une sorte de chasse à l’homme contre mes partisans. Depuis quelques mois, c’est plus de 120 qui ont été arrêtés et incarcérés.

Je peux dire que depuis que l’accession à l’indépendance, on n’a pas vraiment avancé en termes de gouvernance et de démocratie. Je pense que la seule raison derrière cette situation, c’est cette tendance de la part du pouvoir à vouloir à tout prix monopoliser le terrain. Malheureusement, c’est une démarche qui a toujours conduit au désastre.

On aura vu comment l’exclusion des uns au bénéfice des autres est tellement néfaste. C’est une attitude qu’il faut décourager et éradiquer. Je crois qu’il y en a qui abusent de leur autorité et qui, peut-être, des fois peuvent être complices des malfaiteurs.

Des exemples ?

Il y a quelques semaines à Karusi, dans la commune de Gihogazi, des ménages ont été attaqués la nuit. Des gens sont allés démolir leurs maisons, et lorsqu’ils sont allés porter plainte à la police et à l’administration, il leur a été demandé d’aller faire des enquêtes eux-mêmes, et d’identifier les malfaiteurs.

C’est quand même inadmissible et c’est un signe qui ne trompe pas que ces autorités sont quelque part complices dans ces exactions. Malheureusement, cela semble conforter les gestionnaires du pouvoir mais au finish, ce comportement finit par créer des situations désastreuses.

Très récemment, j’ai appris qu’il y a quelqu’un qui est emprisonné à Kiremba, juste parce que dans son téléphone, il y avait l’hymne des FNL. Mais est-ce un crime ? C’est quel délit pour que quelqu’un soit emprisonné ?

Il y en a qui ont un excès de zèle pour leurs partis. Ce qui n’est pas du tout normal en démocratie parce que de toute façon, on est libre d’appartenir à une formation politique de son choix, nul n’est sensé obliger les autres à le suivre de force. C’est dommage que cela se passe de cette manière un peu partout.

Que faire pour que cela change ?

Il faut se mettre dans la tête que l’on est tous des citoyens Burundais. C’est à ce prix que ce pays pourra émerger, on doit être au service de cette Nation et non pas au service de nos appartenances idéologiques, ethnico-religieuses, régionales, etc.

Il faut être au-dessus de la mêlée, s’appuyer sur la loi pour aider les citoyens, d’abord à vivre ensemble.
Ensuite, nul ne peut prétendre se développer lorsqu’il y a toujours des déchirures du tissu social sur fond politique.

Il faut que les gens comprennent que la pensée unique n’est pas possible, on ne peut pas être tous dans la même formation politique. La loi même consacre le multipartisme.

Qu’on laisse les partis politiques faire la compétition, proposer leurs programmes à la population. Au lieu d’imposer au forceps ses idées.

Est-ce que ces arrestations et emprisonnements ne traduisent pas des divisions internes ?

Il y a des gens qui font feu de tout bois pour malmener les autres. S’il y a un conflit quelconque, il y a souvent une part de l’autorité.

Il y a peut-être des autorités qui abdiquent et manquent à leur devoir de veiller à ce que l’unité et la concorde nationales soient toujours de mise.

Parmi les engagements des gestionnaires du pays, il y a le devoir de veiller à ce que la Charte de l’unité nationale soit le maître-mot dans la vie des citoyens. Il n’est pas normal qu’un dirigeant s’évertue à semer des divisions au sein d’une population qu’il est appelé à gérer.

Et s’il advenait que cela soit vrai, il y aurait des militants agents doubles, moitié Cndd-Fdd, moitié Fnl. Cela serait catastrophique, mais ne m’étonnerait pas.

De toutes façons, il y a des gens qui ont cette tendance à la duplicité, à caresser la bête dans le sens du poil, être du côté du pouvoir et faire croire qu’on est dans l’opposition. C’est à décourager. C’est un chemin qui n’aboutit pas.

Je conseillerais à l’un et l’autre de reconsidérer son attitude. On est libre d’appartenir à tel ou tel autre parti politique.

Que dites-vous de ce malentendu entre l’UE et Bujumbura sur le paiement des militaires Burundais déployés en Somalie ?

Les relations ne sont pas au beau fixe. Comme voie de sortie, c’est toujours le dialogue entre les partenaires. On ne peut pas vivre dans l’isolement comme sur un îlot. On est interdépendant.

De plus, le Burundi est membre de beaucoup d’organisations sous régionales, régionales et internationales. Il faut plutôt chercher à redynamiser la diplomatie pour qu’on lève les différends et qu’en plus de cela, on puisse effectivement redémarrer la coopération dont les Burundais ont besoin.

Pour ce qui est des soldats burundais en Somalie, ce qui importe c’est que le Burundi discute avec ses partenaires. L’attitude de l’UE est un clin d’œil, il revient au gouvernement d’analyser la situation et de voir s’il n’y a pas d’erreurs à corriger.

Au cas contraire, il peut inviter l’UE ou d’autres partenaires à reconsidérer leurs positions et à revisiter les textes.

Le Burundi a intérêt à résoudre ce problème. Tout bras de fer est contre-productif. Il faut plutôt une position conciliante entre les parties prenantes.

Le ministre de l’Intérieur a récemment supprimé et suspendu certaines organisations de la société civile. Qu’en pensez-vous ?

La loi est claire. La radiation d’une organisation de la société civile n’est pas du ressort de ce ministère, c’est beaucoup plus du ressort de la Justice. Tant qu’il n’y a pas de jugement rendu, pas question de radiation. C’est le tribunal qui a cette compétence.

C’est une erreur politique. J’invite le gouvernement à reconsidérer sa décision pour ne pas, juste encore une fois, alimenter des polémiques alors qu’on n’en manque pas. La loi autorise le ministère à suspendre telle association de la société civile.

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. UMU FNL AKWIYE

    Iyo mbonye RWASA ariko aravuga bintera agahinda vraiment!

    Imaginez umuntu nka RWASA ashobora kwitwa ngo yaragwanye hanyuma agahereza course yiwe kuba Icegera c’Umukuru wa Assemblée Nationale: ntari capable yo kuba basi na Président.

    Mbega kugira umuntu abe Icegera c’umukuru wa Assemblée arinda kumara imyaka yitwa ngo ariko aragwana? Ni yaba yagwaniye kirya kibanza arimwo, nawe nyene yabwirizwa guca abona aho ubwiwe bugera!

    • Wahicuburundi

      Nibaza ko wewe utazi ivyo uriko uravuga.Woba waravuganye na Rwasa hama akakubwira ko yariko aragwanira kuba umukuru w’Igihugu?
      Igihugu kigira aba presidents bangahe?
      Kubwawe rero yari akwiye kuguma yicaye hama akarindira ko azoba president?
      Iyo utuma uvuga ko umwanya arimwo ko atawurimwo kugira agire ico afashije abanyagihugu ahubwo awurimwo kumpamvu ziwe bwite. Kuko biratangaje kubona abitwa ko ari abanywanyi ba Rwasa bemeje Nduwimana Edouard ngo abe ombudsman…. ntivyumvikana na gato?

  2. eric

    urumunyamahoro mutama komera imana irakubona.abandi akantu gatoya baba bicanye

  3. Maya

    A l’entendre on dirait un paradoxe:
    A moins qu’il affirme qu’il est entré au Parlement juste pour remplir sa poche sinon il n’est pas normale qu’en plus de son statut de Parlementaire, un Vice-Président de l’Assemblée puisse se lamenter en public de cette manière. Il aurait plutôt venté de ses réalisations par rapports à tous ces arrestations, assassinats et emprisonnements de ses fidèles et de toute autre citoyen opprimé par ces autorités dont il parle (en toute globalité). Il devrait cité des cas avec des résultats obtenus pour chaque cas. Sinon accuser les autres pour avoir qui commettent telle erreur ou tel crime sans montre ce qu’on fait pour remédier la situation c’est une honte, si ce n’est sa stratégie de propagande, c’est une manière d’avouer en public de son incapacité à représenter le peuple qui l’a élu.

    Cela n’est pas du tout étonnant car au Burundi, on est habitué à cette stratégie de communication! Quelqu’un a volé, au lieu de porter plainte en justice, on s’intéresse d’abord à son appartenance politique ou ethnique pour avoir un sujet de propagande contre son parti ou son ethnie (Globalisation)! Il serait pour moi normale et légitime si l’on dénonce la justice une fois qu’elle aurait refusé de rendre justice à la victime.

  4. Ce Monsieur risque de tomber encore une fois dans le piege des politiciens sans assise politique comme il a ete le cas pour 2010.

    • minani

      Mes chers amis, la politique au politiciens et ceux qui ne la connaissent pas devraient la laisser les emporter. Ce monsieur sait ce qu’il fait. ce n’est pas un charlatan comme vous le pensez. Et ce n’est pas nécessaire que vous le comprenez.

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

La mobilisation des « radins » pour les quatre bougies de Neva

Comme il se doit en pareille situation, les festivités marquant les quatre ans au pouvoir du président Evariste Ndayishimiye, organisées à Nyabihanga, en pleine province de Mwaro, une contrée de citoyens jouissant à tort ou à raison d’une légendaire réputation (…)

Online Users

Total 2 379 users online