Jeudi 25 avril 2024

Société

Affaire Floriane Irangabiye : les défenseurs des droits humains s’insurgent contre le verdict de la Cour d’appel de Mukaza

03/05/2023 Commentaires fermés sur Affaire Floriane Irangabiye : les défenseurs des droits humains s’insurgent contre le verdict de la Cour d’appel de Mukaza
Affaire Floriane Irangabiye : les défenseurs des droits humains s’insurgent contre le verdict de la Cour d’appel de Mukaza
Carina Tertsakian : « C’est le même scénario : on libère un ou deux journalistes ou défenseurs, puis on en emprisonne d’autres, comme si c’était un jeu »

A la veille de la Journée Internationale de la liberté de la presse, la Cour d’Appel de Mukaza a confirmé, ce mardi 2 mai 2023, le jugement préalablement rendu par le Tribunal de Grande Instance de Mukaza contre la journaliste incarcérée Floriane Irangabiye. Les activistes des droits humains parlent d’un jugement déplorable.

Le Tribunal de Grande Instance de Mukaza avait condamné, le 3 janvier 2023, la journaliste et défenseuse des droits de l’Homme, Floriane Irangabiye, à 10 ans de prison ferme avec une amende de 1.000.000 de BIF.

Le 30 mars dernier, la journaliste Floriane Irangabiye avait comparu devant la Cour d’appel de Mukaza en itinérance dans la prison de Muyinga dans un procès en appel. Cette dernière vient de confirmer le premier jugement.
Lors du procès du 30 mars dernier, la défense avait indiqué que les motivations du parquet sont erronées et supposées. Selon elle, sur les bases de son arrestation, les PV au SNR, le jugement rendu, il y a trop d’irrégularités et violations flagrantes de la loi et du Code de procédure pénal du Burundi.

La défense avait fait savoir que Floriane Irangabiye est jugée sur base d’une émission mise en ligne le 22 août 2022 dans laquelle cette journaliste est une invitée. « Ses propos ont été sortis de leur contexte et on lui a collé les expressions des autres intervenants », plaide sa défense.
Et d’ajouter : « L’émission est sur YouTube et on vous a fourni la copie sur CD. Prenez le temps de l’écouter et vous allez comprendre que l’appel à la haine ethnique et la rébellion n’ont été mentionnés nulle part. Seulement, le parquet a oublié que la liberté d’expression est garantie par la loi. La responsabilité pénale est individuelle et personnelle. De plus, elle agissait dans le cadre de son métier de journaliste », a justifié l’avocat de la jeune femme.

A l’évocation de cette émission, a décrit le reporteur d’Iwacu qui était sur place, le visage de la représentante du ministère public s’est illuminé. Elle a estimé que tout y est, qu’il n’y a pas d’autres preuves à chercher et la Cour n’aura d’autres choix que de maintenir le jugement déjà rendu.

Une condamnation inique selon les activistes des droits de l’Homme

« C’est époustouflant et bouleversant si l’on s’en tient à la vacuité du dossier judiciaire qui l’incarcère, lequel dossier manque de pertinence et de légalité coercitive des charges d’accusation », relève l’activiste des droits humains, Me Gustave Niyonzima.
Pour lui, la journaliste Floriane Irangabiye est tout simplement victime de l’exercice de sa profession et tout ce qui lui est reproché n’a pas de preuve y afférente. « La liberté d’expression et d’opinion ainsi que la démocratie dont parle souvent le Chef de l’État ne sont que chimériques, puisque les faits réels du contraire sont réels. Le Burundi risque d’être privé plus tard du statut A récemment obtenu au sein du Conseil des droits de l’homme. »

Carina Tertsakian, chercheure pour l’organisation, ’’Initiative pour les droits humains au Burundi’’ (IDHB), abonde dans le même sens. « Le jugement de la Cour d’appel est déplorable. Il est tombé juste quelques jours après l’heureuse nouvelle de la libération des cinq défenseurs des droits humains. En même temps, cela ne devrait pas nous étonner, car chaque fois, c’est le même scénario : on libère un ou deux journalistes ou défenseurs, puis on en emprisonne d’autres, comme si c’était un jeu, alors qu’il s’agit de la liberté de ces personnes ».

Elle rappelle qu’il y a environ deux ans, le président de la République avait proclamé son engagement à promouvoir les médias sous le slogan, ’’Jamais sans les médias’’. « Et voilà qu’aujourd’hui, une journaliste est punie d’une peine de 10 ans d’emprisonnement simplement pour avoir osé critiquer le gouvernement ».

Actuellement, poursuit-elle, le seul espoir pour les prévenus poursuivis pour des motifs politiques au Burundi est de faire intervenir les autorités supérieures du parti au pouvoir. « Tout le monde sait que le système judiciaire n’est qu’un outil politique, mais le président de la République, comme les autres autorités, reste dans le déni et refuse de mettre fin à cette manipulation. »

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