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Politique : élit-on un programme ou une personne, au Burundi ?

Selon les spécialistes, dans notre société, l’émotion prédomine sur la capacité de réflexion et d’analyse dans le choix électoral. Il faudrait amener les partis à confectionner des programmes politiques pour inciter le citoyen à faire un choix objectif.

Le constant est amer après plusieurs expériences électorales. D’après des sources concordantes, la plupart des Burundais n’élisent pas des programmes politiques, mais des gens. Or, comme l’explique Fabien Nsengimana, coordinateur du projet Burundi Leadership Training Program (BLTP), les programmes bien pensés, déterminent la capacité à résoudre des problèmes communautaires : « Que ça soit en période normale, trouble ou de difficultés à l’interne, tout parti digne de son nom doit disposer d’un programme politique. » Fabien Nsengimana est convaincu que dans certains cas, même s’ils sont rares, des électeurs n’hésitent pas à manifester leur soutien aux candidats qui ont honoré leurs promesses électorales. Ici, il donne l’exemple de deux élus du peuple de Rutegama (Muramvya) qui ont été réélus en 2010 pour avoir réalisé ce que la population attendait d’eux.

Cependant, le coordinateur du BLTP estime que les programmes à eux-seuls ne suffisent pas, il faut aussi des gens pour les incarner. Pour lui, amener des Burundais à élire des programmes, c’est tout un processus, toute une éducation : « Il faut d’autres forces convergentes dans ce sens. Le BLTP ne donnera que sa petite contribution. »

« Sous d’autres cieux, ce sont les programmes qui gagnent »

Pour Nick Pol Casimir Nicayenzi, porte-parole du Palipe-Agakiza, les programmes permettent aux formations politiques de se situer au niveau même interne : « Ils donnent aux cadres et militants une ligne à suivre. Ils constituent une sorte de guide et assurent la continuité des partis.» Le porte-parole du Palipe Agakiza estime nécessaire la sensibilisation des responsables politiques à élaborer de bons programmes : « Même si d’autres considérations ethniques ou régionales peuvent jouer au cours des élections, autant avoir un programme bien confectionné. » Quand aux partis politiques qui présentent presque des programmes semblables, Nick Pol Casimir Nicayenzi n’y voit aucun inconvénient : « Vous avez piqué un programme quelque part, vous allez avoir du mal à l’exécuter. Cela grandit d’une certaine manière son initiateur.»

Un environnement politique mis à mal

Le politologue Salathiel Muntunutwiwe fait savoir que la fin d’une élection en principe suppose la préparation d’une autre. Pour lui, les politiques burundais devraient avoir commencé à préparer les scrutins de 2015, partant du fait que l’échec des uns aurait été causé par une absence de culture politique citoyenne. Cependant, cela n’étant pas le cas, le Pr Muntunutwiwe relève la mauvaise gestion démocratique qui a suivi les élections de 2010. Pour lui, cela constitue une entrave à l’épanouissement et à la jouissance des libertés politiques : « Le contexte actuel ne permet pas le principe de la conscientisation et de la socialisation politique. » Le professeur Jean Salathiel Muntunutwiwe regrette que l’élection soit organisée dans une société où l’émotion prédomine sur la capacité de réflexion et d’analyse politiques. L’idéal étant d’éduquer un citoyen démocrate, il insiste sur la propagande de proximité, quitte à casser la culture ethniste et régionaliste.

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