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La stratégie de la confusion

Commencées à Rukoko, les attaques des groupes armés se sont répandues un peu partout au Burundi, comme si cette mobilité avait un lien avec la géopolitique de la sous-région. A moins qu’il ne s’agisse d’une simple tactique insurrectionnelle.

Ceux qui sont aujourd’hui appelés « bandits armés » par le gouvernement ont commencé à faire parler d’eux à l’Ouest du pays, dans la réserve de la Rukoko  à la fin de 2010. Même si des attaques se font encore entendre ici et là dans cette partie de l’ouest du Burundi, les actions de ces hommes en armes se sont surtout concentrées par la suite dans Bujumbura rural. Cependant, il semble être aujourd’hui sur tout le territoire du pays : du Sud à l’extrême Nord, en passant par l’Est. Ainsi, après une attaque au chef-lieu de la commune Mwakiro, à Muyinga, des plantations du Président de la République sont brûlées à Rutana, au lendemain d’une embuscade à Rumonge. Le jour suivant, une autre embuscade met à sac des camions à Bukinanyana, à Cibitoke.

Cependant, ces attaques ne portent pas toutes la même signature. On soupçonne les uns d’être de pro-Rwasa, pendant que d’autres se réclament du Front National pour la Révolution au Burundi(FRONABU-Tabara), sans oublier le Mouvement National Burundais(MNB) et sa fraction suposée Front Patriotique de Libération(FPL-Uruzira) qui a revendiqué ces attaques parmi les premiers. Alors que cette confusion crée une petite guéguerre sur certains sites internet burundais pour revendiquer la paternité de ces attaques, même au Burundi la diversité des ces groupuscules et leur mobilité a des interprétations confuses, chacun donnant sa version des faits.

Une situation propice aux spéculations

Pour certains, les combattants FNL encore fidèles à Agathon Rwasa auraient été chassés de la Rukoko grâce à l’appui du Rwanda, qui redouterait une connivence avec les rebelles des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda(FDLR) présents en RDC. Le mouvement se serait donc déplacé vers Bujumbura rural où il a des appuis traditionnels, avant de continuer vers la Tanzanie. En effet, selon une autre approche, vu la fréquence des attaques des hommes armés au Sud et à l’Est du pays, certains y voient l’appui de la Tanzanie à Rwasa, surtout que le rapprochement entre les Présidents burundais et rwandais ne serait pas vu d’un bon œil.

« Ce sont des spéculations purement fantaisistes, car aucun fait ne corrobore ces versions », constate un spécialiste de la géopolitique régionale, qui a requis l’anonymat. Pour lui, les actions de ces groupuscules symbolisent une insurrection et leur mobilité est une façon d’être visibles sur le terrain, mais sans aucun objectif de gagner. Il constate qu’il n’y a pas de logique constante dans ces déplacements, ni aucun objectif visible. Et de faire remarquer que le gouvernement propose des solutions non adéquates, comme des négociations qui ne sont pas bien préparées ou élaborées. « Géopolitiquement, rien n’explique et il est illogique que le Rwanda s’en mêle ; il a assez de chats à fouetter comme ça pour s’occuper de nos problèmes », indique ce consultant.

Des causes purement tactiques

Quant à la Tanzanie, comme l’explique une autre approche, elle est en train de refouler les derniers réfugiés burundais présents sur son sol. Bien plus, continue-t-il, ayant appuyé le Cndd-Fdd quand il était au maquis, il serait tout aussi illogique qu’elle abrite ses ennemis. Il ajoute que si les groupes armés ont quitté le Congo, si tant est qu’ils y aient jamais été, c’était sûrement pour des raisons de ravitaillement. Pour les deux spécialistes, la normalisation de la situation au Burundi dépendra du gouvernement.

Malheureusement, il semble que, même dans la sous-région, la logique militaire est toujours mise en avant pour régler ce genre de problèmes. Pour les groupes armés, il s’agit de montrer qu’ils sont partout et que la population est avec eux. C’est une longue et patiente mise en place de ce qui sera la branche militaire, si on aboutit aux négociations. D’expérience on sait que c’est ce qui arrive souvent, alors qu’on aurait pu faire l’économie d’une guerre. Pourtant, l’esprit et la lettre d’Arusha devraient être ancrés dans les consciences burundaises comme principale solution à l’insurrection armée, mais la greffe semble avoir du mal à prendre.

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