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Politique

Agathon Rwasa : « La persécution du Cndd-Fdd »

08-01-2018

Le premier-vice-président de l’assemblée nationale parle d’un retrait unilatéral de sa garde militaire. Il y voit une intention de nuire du parti au pouvoir.

Agathon Rwasa : « L’on cherche à me nuire. »

Agathon Rwasa déplore ce qu’il qualifie de persécution orchestrée par le Cndd-Fdd. En cause, le retrait sans explication des militaires qui lui servaient de gardes. Des policiers sont venus en remplacement de ces derniers. Mais le premier vice-président de l’Assemblée nationale ne leur fait pas confiance.

Ce leader de l’opposition burundaise voit dans cette décision unilatérale un moyen de le déstabiliser. Il parle d’un pays où le pluralisme n’a plus de place, aucune voix dissonante n’est tolérée. Il s’est librement exprimé lors du 4ème round des pourparlers inter-burundais à Arusha en Tanzanie. Depuis lors, des voix se sont élevées pour contester de plus en plus cet homme qui apparaît pour le parti au pouvoir comme le véritable danger. « L’on cherche à me contraindre à l’exil ou alors pire : à me nuire,» affirme Agathon Rwasa.

Pour Agathon Rwasa, les militaires ont commencé à assurer sa garde en 2015. Il avait subi des menaces de mort très sérieuses. C’était dans un contexte d’un mauvais précédent en 2o10. Il avait échappé in extremis à un attentat.

Les inquiétudes de ce leader de l’opposition sont connues du gouvernement. Agathon Rwasa a adressé une correspondance au chef d’Etat-major général. Il a relevé que ce moment de turbulences politiques ne prêtait pas à un tel changement. Il a par la suite envoyé une correspondance au facilitateur avec une copie aux chefs d’Etat de l’EAC ainsi qu’aux différents diplomates. Ce député a ainsi parlé de campagne de diabolisation, d’intimidation et de menaces du Cndd-Fdd contre lui et contre toute opposition de Bujumbura.

En tout cas le ton monte du côté du pouvoir comme de l’opposition à la veille du référendum de révision de la Constitution. Plusieurs arrestations ont été opérées contre ceux qui battent campagne pour un non à l’amendement de la loi mère.

Gaspard Baratuza: « Logique d’harmonisation »

Pour le porte-parole du ministère de la Défense, Agathon Rwasa ne doit pas s’inquiéter. « Ce n’est pas lui retirer sa sécurité, la garde militaire sera relayée par des policiers à effectif égal.» Selon Gaspard Baratuza, c’est dans une logique d’harmonisation de la sécurité pour toutes les personnalités du parlement. Il explique que les autres membres des bureaux du parlement ont tous comme gardes des policiers. Pour lui, la sécurité du premier vice-président de l’Assemblée nationale ne doit pas être exceptionnelle. Tout autre raison avancée par cet officier est « la sécurisation des frontières nationales. » C’est la mission première de l’armée, justifie-il. Le retrait des militaires, s’inscrit donc aussi pour lui, dans une logique de les ramener à cette obligation principale.

Quid des gardes des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ?

« Le président de l’Assemblée nationale et du Sénat n’ont jamais eu comme garde rapprochée des militaires »
Interrogée sur la récente mesure du chef d’Etat -major de remplacer les militaires gardant le député Agathon Rwasa par des policiers, une source confie que bien que cela laisse à penser à d’autres visées, Pascal Nyabenda et Révérien Ndikuriyo, depuis leur entrée en fonction, ont toujours eu les policiers comme garde rapprochée. Ceci, explique-t-il, parce que la procédure veut que les mandataires politiques soient protégés par des policiers et les membres de l’exécutif par des militaires. Et de nuancer aussitôt : « En fonction de son rang protocolaire ou s’il estime que sa sécurité est menacée, un député ou un ministre peut bénéficier d’un nombre élevé de gardes du corps. » Dans des cas échéants, la source appuie qu’une dérogation spéciale permet de s’entourer d’ « hommes de confiance. » Sinon, insiste-t-il, la procédure se veut telle.


Trois questions à Gérard Birantamije

Ce politologue, spécialiste des questions sécuritaires revient sur le bras de fer d’Agathon Rwasa avec le ministère de la Défense pour garder les militaires assurant sa garde.

M. le Professeur, la sécurité de ce premier vice-président de l’Assemblée nationale est assurée par des policiers. A-t-il raison de s’inquiéter ?

Il faut l’avouer, la situation est compliquée. En temps normal, il ne devrait pas y avoir d’acharnement entre les institutions de la République (Assemblée nationale Vs ministère de la Défense, Assemblée nationale Vs Police, etc) sur la garde d’une personnalité incarnant une responsabilité statutairement reconnue.

Sur le plan de l’analyse politique, c’est le sens que les acteurs politiques donnent à leur sécurité et les perceptions relatives aux corps en charge de la sécurité.

Bien évidemment, Agathon Rwasa a raison de s’inquiéter au regard de ce qu’il conçoit comme menace à sa sécurité. Cette situation vient corroborer les perceptions que les populations burundaises ont vis à vis de l’armée, de la police et des services de renseignement.

Le fait que Rwasa s’attache à une sécurité assurée par les militaires, et pas celle des policiers, montre une certaine confiance envers l’armée. Or même s’il existe la fameuse Brigade spéciale de protection des institutions (BSPI), le rôle de l’armée n’est pas globalement d’assurer la sécurité intérieure.
Comment comprendre ceci alors ?

En interligne, une telle réaction ne souligne pas moins une entreprise de politisation à peine voilée de la police par rapport à l’armée. Si la BSPI était là pour protéger les institutions, Rwasa en tant que premier vice-président de l’Assemblée a, sur le plan légal, le droit légitime de les revendiquer. Surtout que la police à sa garde n’inspire pas confiance, et pour lui et pour sa famille. N’oublions pas que son épouse a échappé à un attentat, et que l’on ne sait pas grand-chose des enquêtes menées par la police.

Est-ce que cet ancien chef rebelle, aujourd’hui acteur politique clé de l’opposition a la latitude de se choisir des éléments de sa garde ?

Non. En aucune façon, Rwasa n’a le droit de se choisir la garde. Il doit se soumettre à l’organisation d’une telle mission, fût-il ancien chef rebelle ! Cependant, dans un contexte de suspicion mutuelle et d’absence de dialogue entre les institutions au travers des hommes et femmes qui les incarnent, il peut faire une proposition sur laquelle entre les deux unités spécialisées dans la protection des institutions lui inspirent pleinement confiance.

Mais il revient aux autorités en charge de la gestion quotidienne de l’Armée et/ou de la Police de pourvoir en hommes/ femmes les éléments nécessaires à sa garde. Comme les institutions doivent collaborer par principe, c’est étonnant que Rwasa puisse voir sa demande rejetée si réellement le sens premier de ces unités spécialisées est de protéger les responsables politiques et techniques au sein des institutions.

Ici tout analyste serait tenté de dire que ces unités incarnent plus les missions latentes que les missions manifestes. Or tout cela donne crédit au « hic » soulevé par M. Rwasa sur la relève des éléments militaires à sa garde dans sa récente correspondance adressée au chef de l’armée.

En tant que Vice-président de l’Assemblée nationale, ne pas honorer sa demande, c’est aussi rabaisser le sens des institutions. Et il faut le dire, cela ne crée pas moins un mauvais antécédent. Si la sécurité des institutions se gère au gré des humeurs politiques, il y a risque que les corps de sécurité soient ramenés à leur simple expression.

Les raisons d’ «harmonisation» pour tous les membres du bureau de l’Assemblée nationale » avancées par le ministère de la Défense, sont-elles fondées ?

Le porte-parole de l’armée burundaise peut avoir raison de justifier l’impasse comme cela. Mais en fait la question se trouve ailleurs. Est-ce que la Police inspire confiance aux dignitaires de la République pour permettre aux institutions de garder leur quintessence ?

A la mort de Ndadaye, beaucoup d’acteurs ont soulevé la question de sa garde. Il suffit de lire les écrits autour de son assassinat pour se rendre à l’évidence que la « volonté d’harmonisation » soulevée par le porte-parole n’est qu’une échappatoire.

Au fond Rwasa, au regard des communiqués sortis par son porte-parole, semble marcher sur le rasoir. Et il faut ajouter à cela le fait que Rwasa n’est pas le seul à ne pas avoir confiance en la police, au regard des arrestations, des disparitions imputées à ce corps comme cela ressort du dernier rapport des enquêteurs onusiens, quoique contesté par le pouvoir. Il a raison de crier à qui veut l’entendre. Enfin, si l’on s’en tient à un aspect relevant de l’émotion politique, dès lors qu’il tient à continuer à gouverner avec le parti au pouvoir, le minimum aurait été de l’écouter et d’honorer son souhait, ne fût-ce que pour la symbolique dose de légitimation du pouvoir Cndd-Fdd qu’il a donnée en entrant à l’Assemblée nationale et au Gouvernement.

Mais bien évidemment, la politique, c’est aussi un jeu d’intérêt. Peut-être que cette légitimation du régime n’est plus une préoccupation du pouvoir en place si bien qu’il serait devenu le maillon faible de la chaîne qu’il faut à tout prix enlever. Je n’en sais rien, mais de telles réactions sont généralement de mauvais augure pour la vie des institutions et des personnes qui les incarnent.

  15   Vos commentaires
  1. SENYAMWIZA Jean-Claude

    Je me demande quand est-ce que nos leaders Hutu vont terminer leurs guerres fratricides internes pour enfin s’attaquer aux réels problèmes de développement socio-économiques dont nous avons tous besoin au Burundi. Quand ils n’invoquent pas le passé qui dans leurs têtes ne passe jamais (alors qu’on n’y peut plus rien donc une perte de temps) ou insultent leurs ennemis désignés d’office, en l’occurrence les Mujeri (ils se reconnaitront), alors qu’ils ne sont plus aux affaires depuis belle lurette, ils s’entredéchirent et n’hésitent même pas à s’entretuer. C’est vraiment triste ce qui se passe dans ce pays-là livré aux hommes et femmes sans aucune vision pour leurs compatriotes. Les Burundais, la jeunesse burundaise, dont l’avenir est compromis déjà, paieront cher ces années d’un leadership catastrophique.

  2. Genda

    Usangiye n’inkona DD ubiruka amara. Abandi bavuga ngo: kula ni kulipa.
    Simbona umwidogo ikiwutera.

  3. matayo

    Et si ce Rwasa n’a pas confiance aux soient disant institutions qui le « protègent » pour ne démissionne- t-il pas? Qu’il continue à manger et qu’il se taise, c’est tout!

  4. Prophète

    None aba dd bamuhora iki ariweyabashikanye kubutegetsi
    Binyimutsa ifyisi zirindira igikoko cishwe kugira zirukana icishe zibone kurya

  5. SNAPS

    @Ayuhu Jean-Pierre & kabingo dora
    Merci pour ces éclaircissements ! Je viens de comprendre d’où vient la méfiance entre Bujumbura et Kigali.

  6. Ayahu Jean Pierre

    « Voici la réalité. Ceux qu’on appelle policiers viennent des ex militaires burundais devenus policiers mais surtout actuellement des Imbonerakure , la fameuse milice du FDD-CNDD . Mais il y a encore plus grave certains parmi eux sont les membres des milices rwandaises d’avant le génocide de 1994 et en particulier les Fdlr . Vous ne pourrez jamais les idenfier facilement car ils ont changé de noms , ils ont des noms typiquement burundais , ils ne sont jamais payés officiellement car leurs salaires ne transitent pas sur les comptes bancaires. C’est de main en main que les salaires sont donnés. »

    Lire encore des âneries pareilles au début de l’année 2018, après avoir entendu les mêmes chansons tout au long des années 2015, 2016, 2017, c’est attristant!

    • Genda

      C’est plus attristant de te lire.

  7. kabingo dora

    Vous écrivez ceci  » Or même s’il existe la fameuse Brigade spéciale de protection des institutions (BSPI), le rôle de l’armée n’est pas globalement d’assurer la sécurité intérieure. Comment comprendre ceci alors ? »

    Je pense que ce passage ainsi que l’ensemble de l’article ont besoin d’une explication de textes que beaucoup d’étrangers probablement ne peuvent pas comprendre . Car au Burundi la vérité est surtout ce qui ne se dit pas officiellement et le peu de médias qui existe encore n’ose le dire .
    Voici la réalité. Ceux qu’on appelle policiers viennent des ex militaires burundais devenus policiers mais surtout actuellement des Imbonerakure , la fameuse milice du FDD-CNDD . Mais il y a encore plus grave certains parmi eux sont les membres des milices rwandaises d’avant le génocide de 1994 et en particulier les Fdlr . Vous ne pourrez jamais les idenfier facilement car ils ont changé de noms , ils ont des noms typiquement burundais , ils ne sont jamais payés officiellement car leurs salaires ne transitent pas sur les comptes bancaires. C’est de main en main que les salaires sont donnés. Vous comprennez bien que Mr Rwasa se méfie de ces gens qui n’ont comme role de le surveiller . Rien que dans l’entourage des principaux dirigeants du pays ces membres du Fdlr en constituent la majorité , ils ont été introduits au Burundi dans 3 contigents sous la supervision de certains hauts gradés de l’armée bien connus.

    • Banza

      @kabingo dora
      « Mais il y a encore plus grave certains parmi eux sont les membres des milices rwandaises d’avant le génocide de 1994 et en particulier les Fdlr . »

      Avant 1994 signifie que plus de 24 ans sont passés. Celui qui avait 26 ans à l’époque en a 50 ans. Celui qui avait 30 ans en a 54 ans. A quel âge les hommes de troupe de l’armée nationale burundaise prennent leur retraite? Sûrement avant ces âges ci-dessus. Les anciens miliciens n’ont plus la force de courir et si vous avez le même âge qu’eux, vous ne ferez sûrement pas mieux.
      En conclusion, vous délirez cher dora!

      • Karabona

        Dora ne délire pas, il est notoire que la milice FDLR existe toujours – si vous relisez la phrase de Dora vous comprendrez que ce sont les MILICES qui datent d’avant 94 et non pas les miliciens, si, si, relisez encore.

        • Banza

          @Karabona
          Larousse me donne ces 3 notions sur une milice (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/milice/51426?q=milice#51308):
          . Au Moyen Âge au XVIIIe s., troupe levée dans les villes ou les paroisses pour renforcer l’armée régulière.
          . Organisation paramilitaire constituant l’élément de base de certains partis totalitaires ou de certaines dictatures.
          . En Belgique, service militaire.

          Parlez-vous de laquelle exactement (sans hallucination)?

          • Banza

            @Karabona
            Si vous considérez que le caractère de milicien se transmet de génération en génération, et qu’il y en a qui naissent avec un péché originel, on peut comprendre mais pas nécessairement être en accord avec vos convictions.
            Là vous me rappelez du coup « Le Loup et l’Agneau » de Jean de La Fontaine; un fable appris dans une autre vie.

        • Gacece

          @Karabona
          Si! Si… @kabingo dora, il (ou elle) délire!… Elle a vu 3 contingents des « FDLR – interahamwe » être introduits (on ne sait pas par où ni vers où) par « certains hauts gradés de l’armée biens connus » (inconnus d’autres personnes sauf par lui [ou par elle]). Cela s’est passé sous ses yeux : il (elle) a vu leur âge à chacun, (il) elle connaît leur date de naissance et il (elle) les connaissait même avant 1994 puisqu’elle faisait partie de la brigade chargée de les identifier sans les connaître… Il (elle) une super mémoire parcqu’il (elle) n’a pas besoin de notes ni de fiches pour se souvenir de tous les visages qu’il (elle) a vus depuis 1994.
          Évidemment, il (elle) va dire qu’il (elle) n’a pas inventé tout cela puisqu’il (elle) a des preuves pour étayer ses déclarations.

          Stop!… Je me rends compte qu’à force de raconter des délires de quelqu’un d’autre, je risque de commencer à délirer moi-même!

      • Mthukuzi

        Paff!

    • Gacece

      @kabingo dora
      Pour quel intérêt « certains haux gradés de l’armée bien connus » auraient-ils besoin d’introduire des FDLR dans l’armée? À eux seuls, ils sont capables de défendre leur pays contre des attaques venues de n’importe où, même du Rwanda! Et l’armée burundaise n’a pas besoin des FDLR pour défendre le Burundi.

      Mais comme vous prétendez les connaître (vous avez bien écrit « certains hauts gradés de l’armée bien connus »), donnez-nous des noms… mais surtout, donnez-nous des preuves! Il ne suffit pas d’écrire n’importe quoi pour que ce soit une vérité. Surtout quand on connaît votre spécialité : la fabrication de faussetés!

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