Samedi 18 mai 2024

Société

Vérité plurielle et réconciliation, un couple inséparable ?

23/02/2023 7
Vérité plurielle et réconciliation, un couple inséparable ?

Dans une société post-conflit, certains membres de groupes sociaux ont du mal à reconnaitre le récit des autres sur le passé douloureux. Pour Rickie Nelly Ndagano, chercheuse en justice transitionnelle, la vérité plurielle est un facteur de connaissance de vérité et réconciliation.

Que doit-on entendre par vérité plurielle ?

La vérité plurielle suppose que les victimes prises individuellement et les groupes sociaux touchés par le conflit arrivent à l’acceptation que d’autres catégories ont également souffert et qu’il faut donner du sens par rapport à leur propre vécu.

Les institutions et les commissions chargées de la recherche de la vérité et réconciliation doivent être suffisamment ouvertes. C’est pour accepter l’intégration de voix diverses et insérer des narratifs des différentes catégories de victimes. La finalité est d’arriver à une vérité inclusive dans laquelle se retrouverait le plus grand nombre d’individus touchés par des multiples crises. Et ainsi, à terme, arriver à la construction d’une paix durable.

Concrètement…

Cela présuppose l’existence d’un dialogue entre différentes catégories de victimes au niveau des communautés. L’objectif est de donner une chance aux différents narratifs de voir le jour et d’interagir. À mon sens, au Burundi, nous n’en sommes pas encore là, car le processus est en cours. On a l’impression que dès qu’il y a conflit dans le pays, nous voyons des Hutu et Tutsi au détriment des populations marginalisées avant et pendant la crise, voire au moment du traitement du passé douloureux.

De quelle manière cette vérité plurielle peut-elle freiner la propagation des messages haineux ?

Dans un contexte post-conflit, des messages haineux sont le résultat de l’ignorance et du traumatisme des évènements douloureux. La connaissance de la vérité implique que les responsabilités sont précisément établies. Des causes profondes sont définies et désormais les victimes peuvent avoir accès à la justice : bénéficier de réparations équitables. Si cette vérité est inclusive, elle donne un moyen solide de conclure un nouveau contrat social. L’accès à la vérité permet de lutter contre la manipulation identitaire et autre, dont se nourrissent ces messages de haine.

Pourquoi certains membres de groupes sociaux n’acceptent pas cette vérité plurielle ?

C’est le résultat de l’ignorance, du manque d’informations et d’espaces de discussion des victimes issues de catégories socioculturelles différentes. Cela va au-delà de la simple appartenance ethnique Hutu/Tutsi. Lors des descentes sur le terrain que j’ai effectuées, il était surprenant de se rendre compte qu’au sein d’une même communauté, deux familles voisines pouvaient complètement ignorer le vécu de l’autre. Et pourtant, on a tendance à dire que tout le monde connaît tout le monde.

Il faut garder à l’esprit qu’aujourd’hui, ce sont des nouvelles générations qui parlent des conflits du passé. En l’absence de vérité et d’un dispositif de prise en charge psychosociale et psychologique pour ces nouvelles générations, il y a une charge émotionnelle. Je n’ignore pas qu’il y a des intérêts politiques qui peuvent interférer avec l’acceptation des récits multiples.

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Kira

    Ne dit-on pas que  »quand le diable devient vieux, il se fait ermite »?😁

  2. Kanda

    La connaissance de la vérité implique que les responsabilités sont précisément établies.
    Voilà le nœud du problème. Si certains acceptent facilement qu’on établisse les responsabilités pour les actes de génocide et des crimes contre l’humanité de 1972 et d’avant, les responsables militaires, socio-politiques actuels ne peuvent pas permettre l’établissement des responsabilités des actes plus récents, parce que nombreux [de tous les bords] y ont été impliqués, les uns au nom de la défense de la Nation les autres pour l’auto-défense, les autres se libérer du joug de l’oppression par l’autre. Malheureusement, tous ont commis ces crimes ignobles. Ndadaye, Kibimba, Kivyuka, Buta, Bugendana, Gatumba, Karusi, etc. sont des faits qui ont des auteurs que chacun des dirigeants passe sous silence ou nous explique selon son camp selon que ça le concerne. Même plus récemment, un rédacteur disait récemment que des gens ont été victimes de leurs nez. Même les prétendues ONGs et ASBL de la Société Civile récemment en 2015, elles n’ont pas seulement organisé les manifestations, on a vu dans leurs manifestations des personnes brulées, et solidarité négative personne n’a dénoncé l’infamie. «On sait tous qui a fait ça, mais personne ne dira rien» : (https://www.liberation.fr/planete/2015/05/10/au-burundi-on-croyait-etre-sortis-de-la-guerre_1304782/). Et dans ces quartiers, la suite est connue.

    • FREDERIC NZEYIMANA

      Artémon SIMBANANIYE, un des criminels et auteur présumé du genocide des Bahutu de 1972-1973, , vient de sortir un livre dans lequel il raconte comment il a lui-,meme été victime de la politique Burundaise. Le livre est intitulé  » Mémoires d’un dirigeant burundais dans une période bousculée:.
      L’auteur du présent ouvrage, propose une voie de sortie des violences cycliques du Burundi. Ce texte, témoin de son engagement politique au cours de la période 1965-1985, est doublé d’une réflexion sans équivalent et très particulière. Artémon Simbananiye est sans doute le seul des hauts responsables de cette période qui soit encore en vie. Cet éclairage historique montre combien l’auteur n’a pas été épargné par ces manipulations politiciennes et comment son recul et discernement lui ont permis de transcender tout clivage ethnique. Dans le même temps, il savait qu’il n’avait pas le droit de passer sous silence les leçons politiques qu’il avait acquises. Ses mémoires pour l’histoire témoignent de sa maturité politique. Cette transformation n’aurait pas pu se réaliser si, après sa carrière politique, Artémon Simbananiye ne s’était pas consacré pendant trente ans à une mission spirituelle : une oeuvre de réconciliation des citoyens de son pays. Il a su transcender les animosités inhérentes à tout parcours politique et, baigné par l’amour universel, il s’est livré à l’action spirituelle de diffusion de pardon. C’est dans cet esprit qu’il propose un système politique démocratique capable d’éradiquer toute politique génocidaire et soutenu par une véritable réconciliation entre tous les ennemis d’hier et d’aujourd’hui. Les amis de la vérité, jeunes et plus âgés, qui veulent sortir des sentiers battus et approfondir davantage leurs recherches trouveront à travers cet ouvrage des boulevards de réflexion.

      Note de la modération

      Pourriez-vous, SVP, partager avec les lecteurs le titre de ce livre?
      La maison d’Edition?
      Merci

      • Kanda

        Très bien! Il passe de pyromane sapeur-pompier. A-t-il rendu les pertes de ses incendies provoqués ? Impossible et admettons. A-t-il rendu le butin de son pillage ou il le garde encore et il va le léguer à ses enfants et familles ? A-t-il prêché à ses amis qui ont bénéficié de ses crimes ? Du coup, pourquoi tous les grands criminels au Burundi deviennent ‘pasteurs’ où se cachent derrière la Bible ? Ils tuent et saccagent la Nation, ils font des malversations économiques et pratiquent la corruption à grande échelle et ils viennent avec des dîmes et offrandes et nous disent : bagaca bishirirako na Amen

        False prophets, Time is measured.

        • Kanda

          *^de pyromane à sapeur-pompier

        • Kanda

          *nous disent : + Yesu Yangiriye neza +, bagaca bishirirako na Amen

      • FREDERIC NZEYIMANA

        TITRE : Mémoires d’un dirigeant burundais dans une période bousculée – (1965-1985)
        AUTEUR: Artemon Simbananiye
        EDITEUR :Vérone éditions, 462 pages 26,00 €
        GENRE:Littérature française
        DATE: 07/02/2023
        ACHETER SUR : Furet.com

        Drôlement, le livre sort le lendemain même de la commémoration de la fête de l’Unité nationale (5 février 2023) . Pensez-vous que ce soit une coïncidence?

        Son éditeur nous le résume en trois phrases:
        1) Une œuvre de réconciliation des citoyens de son pays
        2) Artemon SIMBANANIYE a su transcender les animosités inhérentes à tout parcours politique et, baigné par l’amour universel…
        3) Il propose un système politique démocratique capable d’éradiquer toute politique génocidaire

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