Lancé en décembre 2020 par le président de la République, Evariste Ndayishimiye, avec un budget estimé à 68 milliards de FBu, le chantier du siège de l’Office burundais des recettes (OBR) peine à avancer depuis trois ans. La pénurie de devises et les contraintes d’approvisionnement sont indexées. Le porte-parole de cette institution en ajoute d’autres.
Arrivé au quartier Kigobe, non loin de l’Ambassade des États-Unis au Burundi, le premier constat est celui d’un chantier du siège de l’OBR à l’arrêt. Il est suspendu au cinquième niveau alors qu’il était censé s’élever jusqu’à 12 niveaux. Selon les personnes proches du dossier, les travaux sont interrompus depuis juin 2023. Ces sources expliquent que « la pénurie de devises étrangères en est à l’origine ». L’entreprise tunisienne AMA Construction est chargée de l’exécution des travaux.
Par crainte de représailles, les membres du comité mixte du ministère des Finances et de l’OBR chargés de superviser les travaux ont catégoriquement refusé de se prononcer.
Un coût estimé à 68 milliards de francs burundais
Le Président Évariste Ndayishimiye a posé, le 17 décembre 2020, la première pierre pour la construction du siège de l’OBR. Erigé sur un terrain d’environ trois hectares, le bâtiment devait être achevé dans un délai de quatre ans et pour un coût estimé à 68 milliards de francs burundais.

Le ministre des Finances de l’époque, Dr. Domitien Ndihokubwayo, avait annoncé que le financement proviendrait du budget général de l’État tout en assurant que les fonds étaient déjà disponibles.
Selon lui, ce bâtiment représentait une importante plus-value non seulement pour le Trésor public mais aussi pour les contribuables et le personnel de l’OBR. Comme explication, il devait regrouper l’ensemble des services de l’institution jusque-là dispersés dans la ville de Bujumbura et logés dans des immeubles loués à des coûts élevés. Toujours selon l’ancien ministre Ndihokubwayo, cette construction devait ainsi alléger à terme les charges de l’État.
Il avait également précisé que le futur siège de l’OBR comprendrait plusieurs salles de conférences dont une d’une capacité de 1 000 personnes. Ce qui allait offrir une valeur ajoutée significative pour l’organisation des conférences internationales au Burundi.
Pour rappel, l’OBR loue tous les buildings qui abritent ses services dont le bureau de son siège.
Réactions
Gabriel Rufyiri : « Les défaillances en matière de gestion budgétaire et de gouvernance sont les principaux obstacles à la réalisation des projets publics »
Selon le président de l’Olucome, le problème des chantiers publics inachevés ne concerne pas uniquement le siège de l’OBR. D’après lui, plusieurs constructions publiques accusent des retards importants. Il cite notamment un bâtiment de conférence situé au quartier Pierre Ngendandumwe, à Rohero, ainsi qu’un autre édifice en cours de construction dans la province de Gitega, près du palais présidentiel, dont les travaux durent depuis plusieurs années.
M. Rufyiri estime qu’il s’agit d’un problème général qui touche l’ensemble du secteur des infrastructures publiques. Même les bâtiments achevés ne répondent pas toujours aux standards requis. Ce qui témoigne d’un manque d’expertise et de mécanismes efficaces de suivi des projets.
Pour cet expert, la pénurie de devises étrangères, souvent évoquée par les autorités, est un facteur parmi d’autres. Il trouve que ce problème ne peut pas, à lui seul, expliquer la situation. D’autres facteurs, notamment le manque d’expertise technique et les défaillances dans la gestion des marchés publics, contribuent fortement à l’arrêt ou au ralentissement des chantiers.
Il cite également les problèmes liés à la fluctuation de la monnaie qui pousserait certains entrepreneurs à demander des avenants financiers. En l’absence d’accord sur ces avenants, les travaux seraient souvent suspendus. Il évoque aussi les terrains viabilisés dont les travaux n’ont pas été achevés comme à Nkenga-Busoro et sur d’autres sites similaires.
Pour lui, les « défaillances en matière de gestion budgétaire et de gouvernance » sont les principaux obstacles à la réalisation des projets publics au Burundi.
Faustin Ndikumana : « Il est essentiel d’analyser les priorités pour éviter que certains projets stratégiques ne soient paralysés »
Le directeur national de Parcem souligne que le retard dans les projets de construction d’immeubles étatiques est devenu une pratique récurrente. Il fait observer que plusieurs autres projets, dont l’immeuble de la Banque de la République du Burundi (BRB) ou encore le projet de rénovation de l’hôpital Roi Khaled accusent d’importants retards.
À l’inverse, M. Ndikumana souligne que certains immeubles privés, comme celui de la Banque commerciale du Burundi (Bancobu), sont opérationnels. Ce qui montre que l’efficacité est possible lorsque le secteur privé est impliqué.
Pour cet expert économique, plusieurs facteurs expliquent ces retards. Il pointe d’abord la pénurie de devises. Mais, il insiste surtout sur la mauvaise gestion de ces devises et le manque de priorisation. « Il est essentiel d’analyser les priorités pour éviter que certains projets stratégiques ne soient paralysés ».
Il évoque également les défaillances dans l’administration et le pilotage des projets, notamment au niveau de l’exécution des contrats qui sont amplifiés par la corruption. Cette situation affaiblit la capacité des institutions publiques et constitue un facteur majeur de blocage dans la réalisation des projets.
M.Ndikumana rappelle que la construction du Palais présidentiel Ntare House et celle de l’École normale supérieure (ENS) ont été supervisées directement par le gouvernement chinois. D’après lui, la supervision stricte de la Chine a permis de garantir la qualité et le respect des délais. Ce qui démontre l’impact d’une supervision rigoureuse et d’une gestion transparente.
Selon lui, l’État privilégie souvent la location de bureaux plutôt que la constructionde ses propres bureaux. Ce mécanisme qui permettrait à certains responsables de bénéficier de rentes indûment. Il trouve qu’il est inconcevable que certains ministères, comme celui en charge de l’Intérieur, continuent à louer les bureaux dans lesquels ils travaillent alors que la construction de leurs propres infrastructures serait plus appropriée et économique.
Faustin Ndikumana souligne par ailleurs le manque de transparence dans l’attribution des contrats publics. Selon lui, les appels d’offres sont rarement compétitifs et la sélection des entreprises exécutantes reste souvent opaque.
Il évoque aussi les retards dans l’exécution des contrats liés au non-respect des engagements gouvernementaux, notamment le déblocage tardif des fonds ou la disponibilité irrégulière des devises pour importer certains matériaux. Ces retards, ajoute-t-il, sont rarement sanctionnés par la justice ou les autorités compétentes. Ce qui complique davantage le suivi des projets.
Le directeur national de Parcem dénonce également l’absence de mécanismes de suivi sur le terrain, citant l’exemple des panneaux d’information sur les chantiers qui sont souvent absents ainsi que l’insuffisance des maisons de surveillance pour contrôler les travaux. D’après lui, ces manquements laissent planer « une anguille sous roche » qui favorise le détournement des fonds et retarde l’achèvement des projets.
Interview
Stanny Ngendakumana : « Le manque de devises n’explique pas tout »
Est-il exact que les travaux sont à l’arrêt en raison d’un manque de devises étrangères
Je ne pense pas que ce soit seulement le manque de devises qui est à l’origine du retard dans la construction du siège de l’OBR. Certes il s’agit d’une réalité au Burundi, mais il ne faut pas la coller sur toutes les mauvaises situations. Il y a aussi des contraintes ainsi que des impondérables régionales et internationales non maitrisables par le pays.
Pourquoi le chantier n’avance pas alors ?
Le chantier avance à son rythme. L’approvisionnement en matériaux de construction importés est à l’origine des retards jusqu’ici enregistrés.
Un budget proportionnel aux coûts réels de construction avait-il été présenté au départ ?
Oui
À quand la reprise des travaux ?
Il y a quelques mois, les travaux ont repris et il est prévu que dans 2 ans, cette infrastructure sera terminée.
Existe-t-il un nouveau chronogramme officiel pour l’exécution et l’achèvement des travaux ?
Deux ans ou moins.
L’entreprise contractante a-t-elle suspendu ses prestations ou résilié son contrat en raison de l’arrêt du chantier ?
Non.
Quel est le coût total mensuel et annuel des bâtiments abritant les services de l’OBR ?
Je pense qu’il faut s’adresser au ministère des Logements sociaux, des Transports et de l’Equipement, car les contrats de location relèvent de ses attributions. Notre institution est tout simplement un bénéficiaire, puisque le bailleur est le ministère des infrastructures à travers l’Office Burundais de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction (OBUHA).
Quel est le manque à gagner ou le surcoût financier lié à la suspension de ces travaux ?
Difficile à calculer.






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