Société

Sécurité/ Mugamba : Bavure militaire ou simple incident ?

18/09/2018 Christian Bigirimana Commentaires fermés sur Sécurité/ Mugamba : Bavure militaire ou simple incident ?
Sécurité/ Mugamba : Bavure militaire ou simple incident ?
RN7 près de la commune Mukike où l’opération s’est déroulée

Un policier a été tué par des militaires et un autre blessé, le 5 septembre dernier, en commune Mugamba, lors d’une opération visant à démanteler une bande armée. Bavure ou incident ? Les zones d’ombre restent nombreuses.

Colline Kivumu, en commune Mugamba, à 12 km de la RN7. Malgré l’air un peu trop frais et un ciel nuageux en cette matinée du 9 septembre, les habitants vaquent aux activités champêtres. Ils disent espérer les premières pluies prochainement.

Un peu plus loin, l’on aperçoit des vaches brouter sous un regard attentif des gardiens qui causent en petits groupes… Malgré cette apparente quiétude, la mort d’un policier, de surcroît un chef de poste de la police, dans ce qui apparaît comme une bavure militaire, est sur toutes les lèvres.

Pour certains, l’homme était devenu une cible, car il s’opposait à des abus commis par des militaires indisciplinés. « Il était intègre et correct. En cas d’arrestations abusives des citoyens, il intervenait et ceux-ci étaient relâchés », lâche un gardien de vaches non sans avoir jeté un regard furtif à gauche et à droite comme pour s’assurer de sa sécurité. Par les temps qui courent, le sujet reste sensible.

Bien plus, soutient son ami, le jour de sa mort, il était intervenu pour dissuader des militaires qui voulaient embarquer des jeunes soupçonnés d’appartenir aux groupes armés. Pour d’autres, la mort de ce chef de poste est une bavure militaire. Les militaires ont monté une opération, expliquent-ils, visant à démanteler une bande armée et ont ouvert le feu sur des policiers sans le savoir.

L’opération

Selon des sources sur place, l’incident s’est déroulé dans un boisement sur la colline et zone Kivumu. Ce jour-là, la population remarque des mouvements anormaux de gens qui rôdent autour de la route menant à la localité de Tora. Elle apprend que des malfaiteurs vont tendre une embuscade à certains vendeurs de vaches en provenance du marché de Tora. Elle alerte les policiers et les militaires.

Quelques heures plus tard, la même population voit arriver un groupe d’hommes en tenues civiles, armés de fusils. Elle alerte, cette fois-ci, directement M. Niyondiko, chef de poste de la police. Pensant avoir affaire à la bande armée signalée par la population dans la matinée, celui-ci fonce, accompagné de quelques policiers. « Il y a eu échanges de quelques coups de fusil. C’est après que nous avons appris que le chef de poste avait été tué et un autre policier blessé », précise P.S., habitant proche du boisement où se sont déroulés les échanges de tirs.

Le lendemain, la population apprend que les militaires avaient monté cette opération sans aviser leurs collègues policiers. « Les militaires portaient des tenues civiles et lorsque les policiers sont arrivés, ils les ont pris pour des bandits armés et ouvert le feu. » Interrogé, Anicet Niyonzima, administrateur de la commune Mugamba, n’a pas voulu s’exprimer, nous renvoyant au porte-parole de la police et à celui de l’armée.
« La police était au courant »

Contacté, Dismas Manirakiza, porte-parole de la police, nous a répondu qu’il était en congé jusqu’au 23 septembre et nous a renvoyés au porte-parole du ministère de la Sécurité publique. Iwacu l’a contacté, à plusieurs reprises, sans succès.

Colonel Floribert Biyereke : ” Les militaires l’ont abattu sur place pensant avoir affaire au malfaiteur”

Côté armée, l’on balaie du revers de la main la bavure militaire ou la théorie d’un règlement de compte. Le colonel Floribert Biyereke assure que les policiers de Kivumu étaient bel et bien au courant de l’opération : « Nous les avons prévenus, car nous faisons un travail complémentaire et sa réussite dépend fortement de notre collaboration. » Et d’expliquer qu’en date du 5 septembre, sur base des informations fournies par la population, les militaires du 421ème bataillon ont mené une opération au centre de la localité de Tora pour appréhender un malfaiteur de renom du nom de Niyondiko et sa bande. « Arrivés sur place, vers 19 h, ils sont tombés sur des hommes en tenues civils et armés de fusils ».

D’après le porte-parole de l’armée, les militaires ont sommé ces hommes armés de s’arrêter et de s’identifier et l’un d’entre eux a dit qu’il s’appelait Niyondiko. Or, les militaires recherchaient un malfaiteur du nom de Niyondiko ! « Les militaires l’ont abattu sur place pensant avoir affaire au malfaiteur ». Après vérification, ils se sont rendu compte qu’ils avaient tiré sur le chef de poste de la police de Kivumu qui était habillé en civil et portait une arme. Et de conclure qu’un autre policier a été blessé et un malfaiteur appréhendé et remis dans les mains de la police.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

Lire le communiqué

Nombreuses zones d’ombre

A la question de savoir si les hommes habillés en civil ont tiré les premiers après la sommation, le porte-parole de l’armée rétorque qu’il est difficile de juger, car il faisait noir. Dès lors, des questions se posent. Y a-t-il eu échanges des tirs ? Qui ont tiré les premiers ? Les militaires ont-ils demandé à ces hommes de déposer leurs armes et de mettre les mains en l’air? Est-ce qu’un policier décline son nom de famille seulement sans parler de son matricule ou son grade ? Pour des institutions censées collaborer, comment ces militaires ont-ils pu ignorer que le malfaiteur portait le même nom de famille que le chef de poste de la police de Kivumu ? Pourquoi ces policiers portaient des tenues civiles avec des armes, comme l’indique le porte-parole de l’armée ? Pourquoi n’ont-ils pas communiqué à leurs homologues militaires qu’ils ne porteraient pas des tenues policières ? Pourquoi n’ont-ils pas mené ensemble cette opération alors que la population affirme qu’elle les avait mis au courant d’une probable embuscade, depuis le matin ? Quid du malfaiteur arrêté ?. L’a-t-il été au moment des tirs ? Où est-il ? Quid du reste de la bande ? Iwacu n’a pas obtenu des réponses à ces questions.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

Lire le communiqué

Editorial de la semaine

La confusion

Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur La confusion

Après une réunion en toute discrétion dans la capitale kényane entre une délégation du Cnared et l’institution de l’ombudsman burundais Iwacu a révélé qu’un « certain compromis » s’est dégagé sur un bon nombre de points importants. Sans médiateur mandaté (…)

Online Users

Total 218 users online