Économie

Rutovu, pas de marché d’écoulement pour le café

14/05/2019 Egide Nikiza Commentaires fermés sur Rutovu, pas de marché d’écoulement pour le café
Rutovu, pas de marché d’écoulement pour le café
Même si les caféiers augurent une bonne récolte, les caféiculteurs n’ont pas de marché.

Culture très prisée en raison de son étiquette commerciale, le café manque tout de même de preneur à Condi en commune Rutovu de la province Bururi. La DPAE assure en train de chercher une coopérative pour le lavage et appelle les caféiculteurs à la patience.

Condi. Sur la colline Gikwazo en commune Rutovu. Première impression de tout premier venu : des caféiers augurent un été de vaches grasses. Et ce, sur toutes les 6 collines de cette zone. Des cerises rouges par-ci et par-là.  La récolte s’annonce bonne.

Lundi 6 mai. Le climat est doux. L’eucalyptus domine le paysage sur cette colline. Quatre jeunes hommes dont trois couverts de manteaux amples, sont assis à même le sol. En face, des pièces dont une fermée. L’occupant de celle-ci, un certain Nsabiyumva, boutiquier et investisseur dans le café, a fait faillite. Il vient de se reconvertir en charbonnier.

Au premier abord, ils vont se montrer taciturnes. Peut-être de la méfiance envers un inconnu. Ils ne savent pas l’objet de sa présence dans cette contrée. Toutefois, ils finiront par s’ouvrir et parler au fil de l’échange.

En chœur, ils soutiennent que la culture du café n’est plus une source importante de revenus pour les caféiculteurs de cette localité. Cela malgré une production abondante. Il leur manque un marché depuis l’année passée.

Un certain Gérard alias Ngodo, tenancier d’une station de lavage à Kivubo, une autre colline de la zone Condi, ne va plus prendre leur production. Il serait d’ailleurs en prison, à Bujumbura, disent-ils tout en ignorant les raisons.

Désormais, les caféiculteurs sur cette colline sont contraints de se rabattre sur l’usine de Mahonda. C’est en commune Buraza de la province Gitega, pour vendre au prix fixé par le gouvernement de 500 Fbu le kilo de cerises.

Selon ces caféiculteurs, le trajet Gikwazo-Mahonda leur est très long. Ils parlent d’une distance de 20 km. Le transport par moto est cher. Ils paient une somme de 10 mille BIF pour un sac de 100 kg. C’est-à-dire un cinquième des retombées dues à cette quantité.

Une perte énorme

Du coup, Jean-Marie Ndihokubwayo, directeur de l’Ecofo Condi, débarque. Après, le tour de Ladislas Nduwimana, agronome dans le domaine du café depuis 1984.

L’enseignant propose de visiter les caféiers de son établissement. C’est dans les environs. Il parle d’une perte énorme. Des revenus annuels estimés à 300 mille BIF ont chuté à 80 mille BIF l’année dernière.   

L’agronome, à son tour, dit être dans une situation difficile : «La population nous prend maintenant pour des imbéciles. Nous l’exhortons à cultiver le café avec soin. Et en contrepartie, elle n’en tire que des sommes dérisoires, elle n’est plus motivée». Il dit être à court d’arguments pour l’inciter à persévérer.

Selon Ladislas Nduwimana, les gens ont tendance à repiquer des plants d’eucalyptus dans les caféiers. «Désormais, ils sont plus rentables que le café », soutiendront des jeunes gens sur place. Ils y mettent aussi des cultures vivrières. Notamment du haricot, des colocases, de la patate douce, etc.

L’agronome, nostalgique de la rigueur des années 80 dans la filière café, se dit impuissant pour les en empêcher. Il a tenu à en informer ses supérieurs, au niveau de la Direction provinciale de l’agriculture et de l’élevage (DPAE).

Attaché à la culture du café, il avait initié en juin 2018 une pépinière de plants de caféiers sur le confluent de Mishishi et Rwonga, dans la vallée de Mucunda.

Les preneurs se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main. «Pourtant, nous les donnons presque gratuitement. 20 BIF seulement contre un plant». La pépinière est actuellement déplorable.

Pour Ladislas Nduwimana, plus que jamais la réouverture de la station de lavage de Kivubo s’impose. Sans quoi les habitants de la zone Condi vont se tourner vers d’autres cultures. Ainsi, dit-il, une perte pour les caféiculteurs, l’Etat et la commune.

Gloriose Niyubahwe, responsable de la Direction provinciale de l’agriculture et de l’élevage (DPAE), tranquillise les caféiculteurs de la zone Condi : «Nous sommes en train de chercher une coopérative à cet effet sinon il est difficile de gérer un privé». Néanmoins, elle indique cela pourra prendre du temps. Et de faire savoir que la station de Kivubo fonctionnait illégalement.

Kivubo, en deuil…

A Kivubo, les employés attendent avec impatience la réouverture de la station de lavage.

Les mauvaises herbes commencent à envahir le site où la station a été aménagée. La piste menant vers cette station est aussi en broussailles. Un robinet situé au milieu de  l’établissement fuit à longueur de journée.

Toutefois, les installations restent intactes. Des tables en bois pour le séchage, des bâches pour le lavage, une machine sous un toit pour le dépulpage et un hangar de stockage.

Même sans salaire depuis deux ans, le gardien François Nyanduza, 60 ans, continue à faire son job comme si de rien n’était. «Depuis que le patron est parti, aucun vol. Nous veillons sur ces installations, car nous en bénéficiions beaucoup quand la station fonctionnait. Et nous espérons qu’elle rouvrira bientôt».

Comme à Gikwazo, les caféiculteurs sont dans le désarroi. L’usine leur doit des arriérés pour la campagne 2018.  Aujourd’hui, ils vendent leur production à Gitaba, en province Rutana. A plus de quatre heures à pied.

Quant aux employés de cette station de lavage, ils en sont à la 2ème année sans travail. Donc sans rémunération, tient à souligner Dieudonné Havyarimana, 35 ans. Ils étaient payés à la tâche, 2 mille BIF par jour. Il parle d’au moins 80 personnes au chômage. Celles-ci étaient au service pendant chaque campagne café (mai-août).

Et comme conséquences, M. Havyarimana, père de 5 ans, exhibe ses habits sales, son pantalon déchiré : «Je n’ai pas l’argent pour m’acheter du savon. Et je n’ai pas non plus du sel pour assaisonner mes repas.» Il dit avoir cédé quatre chèvres pour s’acquitter des frais scolaires de ses enfants. Il s’occupe maintenant par l’agriculture dans ses champs.

Pour Jérôme Nyandwi, vieil homme aux cheveux blancs, les caféiculteurs de la zone Condi sont dans la désolation. «Le transport du café vers Gitaba est très harassant. La situation, à laquelle nous sommes confrontés, présage l’abandon du café dans cette zone».

Pour rappel, le café burundais a été classé, en avril dernier, premier dans une foire d’exposition tenue à Boston, dans l’Etat de Massachusetts aux Etats-Unis.

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