Politique

Au retour, « chini ya ulinzi »

27/08/2019 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur Au retour, « chini ya ulinzi »
Au retour, « chini ya ulinzi »
Les pays qui abritent les personnes poursuivies par la justice doivent les extrader.

Le président de la République Pierre Nkurunziza a dans son discours du 20 août annoncé que ceux qui veulent rentrer et qui ne se reprochent de rien sont les bienvenus. La justice attend ceux qui sont poursuivis par la justice. Un discours qui est loin de rassurer la coalition de l’opposition politique en exil qui annonçait son retour pour les prochaines élections.

Le président Nkurunziza a le mérite d’avoir été clair. Dans son discours marquant le 4e anniversaire de sa prestation de serment il s’est montré tranchant. Catégorique. Pour le chef de l’Etat, pas question de lever des mandats d’arrêt des personnes poursuivies par la justice. S’ils rentraient au pays, ce serait pour faire face au glaive de la justice.

Il va plus loin, exigeant des pays qui les abritent à les extrader. Les autres politiques en exil qui sont « clean » aux yeux du pouvoir en place sont les bienvenus.
Un discours qui intervient quelques jours seulement après une annonce surprise de la plateforme de l’opposition en exil. Le Cnared a étonné plus d’un en annonçant sa volonté de rentrer au pays pour participer au prochain scrutin.

Un grand pas vers Gitega. Une main tendue pour la paix, selon plusieurs observateurs. Le Cnared s’est proposé de rentrer pour participer aux élections de 2020, sans poser beaucoup d’exigences, ce que d’ailleurs ne lui pardonnent pas plusieurs voix outrées dans l’opposition. Plus question notamment de dialogue externe de l’EAC chapeauté par l’Union africaine. Un grand compromis offert à Gitega pour enterrer la hache de guerre.

Mais apparemment, le pouvoir en place a décidé plutôt de jouer la danse du vainqueur. Depuis l’annonce surprise du Cnared, les langues se sont déliées, susurrant à qui veut l’entendre que l’opposition en exil est « fatiguée, épuisée et prête à tout pour rentrer. »

Le bureau de la présidence a organisé une conférence le 16 août, évoquant déjà ce qui serait la couleur du discours du président Nkurunziza.

En substance, M. Nyamitwe, le conseiller principal de la communication du président a déclaré que toute personne poursuivie par la justice de retour devait se retrouver chini ya ulinzi (devant la justice). Mieux, leur retour au bercail serait « kwishikana » (une capitulation). Des propos plutôt mal accueillis notamment par des Burundais en exil.

L’opposant en exil, Pancrace Cimpaye a réagi au discours du président Nkurunziza. Il estime que son message aux politiques en exil a le mérite d’être clair : « C’est moi qui choisis quel opposant qui peut rentrer ». Selon lui, le pouvoir en place ferme hermétiquement la porte du retour d’exil aux hommes politiques de l’opposition poursuivis par la justice burundaise. « La messe est dite », conclut amèrement M. Cimpaye.

La volonté du Cnared de rentrer demeure intacte

Interrogé à cet effet, le secrétaire exécutif du Cnared, Anicet Niyonkuru, assure que le retour des personnalités et des partis politiques membres du Cnared et de son parti CDP reste valable. Le Cnared demande la levée des poursuites judiciaires qu’il qualifie de politiques. Selon le secrétaire exécutif du Cnared, si le pouvoir veut que les élections soient libres, crédibles et transparentes, il devrait lever les mandats qui pèsent sur ses collègues du Cnared. « Nous pensons qu’ils vont le faire et s’ils ne le font pas ce serait une volonté manifeste de blocage des compatriotes en exil qui veulent participer aux élections, auquel cas le Cnared s’assiéra pour décider quelle stratégie adopter, tout en espérant que les dirigeants de ce pays ne vont pas en arriver là,» estime Anicet Niyonkuru.   Pour l’ancien président de la République, Sylvestre Ntibantunganya, qui a également été réfugié, il faut faire la part des choses. Il y a deux sortes de réfugiés. Les activistes politiques et les réfugiés suite aux conséquences des fautes commises par les politiques. Selon Ntibantunganya, quand on est un leader politique on se doit de prendre une décision d’ordre politique. « Des fois, il faut choisir de prendre la décision de rentrer pour changer le cours de l’histoire de son pays. « C’est ce que nous avons fait, moi et le président Ndadaye qui est maintenant le héros de la démocratie. Ce n’était pas évident également à cette époque-là. ». Pour lui, il faut analyser le contexte d’une façon pragmatique. Et décider de rentrer même si on s’expose à une poursuite judiciaire.

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L’intransigeance de Gitega

Pourquoi l’intransigeance du pouvoir en place ? Les réponses se feraient en trois temps. La principale a tout bonnement été donnée par le chef de l’Etat lui-même. Dans son discours, le président Nkurunziza assure que les forces du mal continuent de déstabiliser le Burundi. « Jusqu'à aujourd'hui, le combat pour renforcer la démocratie continue. Il y a toujours des vendus qui ne rêvent que du déclin du Burundi». Une allusion faite sans le moindre doute aux Burundais en exil qui continuent d’alerter la communauté internationale sur les violations des droits de l’homme et sur la misère du peuple burundais. Même de l’exil, ils continuent à avoir une capacité de nuisance au système en place. A coups de conférence, de lobbying auprès des institutions onusiennes à Genève, à New York ainsi qu’à l’Union africaine. Gitega tolère encore moins l’éventualité d’une fronde qui pourrait éclater à la veille des élections. L’histoire des frondeurs signant une pétition reste dans les mémoires. Ils ont exigé en 2015 la non candidature du président Nkurunziza pour ce qu’ils ont jugé être un troisième mandat anticonstitutionnel. Cette fronde rassemblait une centaine de membres influents du parti au pouvoir. Un affront que le Cndd-Fdd n’a pas digéré. L’autre raison avancée au sein du système DD pour ne pas accorder d’immunité aux personnes poursuivies par la justice « en cavale » est l’existence des personnes qui n’ont pas pu s’échapper et qui purgent leur peine. « Pourquoi accorder l’immunité aux uns alors que d’autres purgent leur peine de 2015 ? ». A ce stade, les dés sont jetés à quelques mois des élections. Gitega ne semble pas enclin à faire des concessions pour les 34 personnes qui sont sur la liste noire de la justice. On le voit mal céder à une quelconque pression alors qu’il a tenu bon durant plus de 4 ans. Et aucune pression majeure ne pointe à l’horizon. La communauté internationale semble vouloir laisser les choses suivre leurs cours.

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