Vendredi 23 février 2024

Politique

RENCONTRE/Tatien Sibomana : « Tout le monde a intérêt que le Burundi soit un pays viable, de paix, réconcilié avec lui-même »

03/05/2023 6
RENCONTRE/Tatien Sibomana : « Tout le monde a intérêt que le Burundi soit un pays viable, de paix, réconcilié avec lui-même »

Du 21 au 23 avril, s’est tenu un colloque inter-burundais à Bruxelles pour la réhabilitation de l’Accord d’Arusha. Une activité qui s’est aussi déroulée dans quatre autres capitales, dont trois africaines. Tatien Sibomana, politicien y a pris part. Rencontre.

Vous avez participé dans un colloque sur le Burundi. De quoi s’agissait-il en fait ?

C’était un colloque organisé par des Burundais qui veulent la paix, la réconciliation, la démocratie et le développement intégral du pays. Des Burundais qui veulent que les effets de la crise de 2015 soient réellement éradiqués à travers tout un tas de solutions.

Qui étaient les participants ?

C’étaient des Burundais de toutes les tendances, pas encore les tendances gouvernementales, mais des Burundais de tous les partis d’opposition, la société civile, les organisations des femmes, des jeunes, des médias.

Quel était le thème central de ce colloque ?

Il était question de voir dans quel état est mis en application l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi.

Pourquoi revenir sur cet accord ?

Parce que, comme vous le savez, la crise de 2015 a été déclenchée par la violation dudit accord par la décision de briguer un troisième mandat illégal. Aussi, lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies tenu en décembre 2021, on a recommandé au Secrétaire général des Nations Unies, de l’UA, de la CEAAC, de la CIRGL et de la Communauté est-africaine de tout mettre en œuvre pour aider les parties prenantes dudit accord à le mettre en œuvre. Cette résolution n’a pas encore été suivie par des faits.

L’autre raison, le système en place, tout en étant en train de démanteler progressivement cet accord, ne l’assume pas officiellement. Jusqu’à entendre de certaines autorités qu’elles seraient les personnes les mieux indiquées pour mettre en application cet accord.

Le dernier aspect, en 2021, la division d’appel de la cour de justice de la communauté est-africaine a rendu un arrêt qui donne raison à ceux qui avaient contesté le 3e mandat.

Cette cour a montré que la cour constitutionnelle du Burundi en rendant un arrêt qui légitime ce 3e mandat a violé et l’Accord d’Arusha et la Constitution qu’elle est censée protéger et défendre mais aussi et surtout le Traité portant création de ladite communauté.

Avec toutes ces raisons, nous nous sommes rendus compte que la cause de tous les maux qui secouent le Burundi aujourd’hui est la violation qui tend vers l’enterrement définitif de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation.

Au cours de ce colloque, on a inventorié ce que l’accord prévoit comme solutions sur toutes les questions que les négociateurs et signataires avaient identifiées.

Par exemple ?

Elles sont de tous les aspects. L’origine du conflit et les solutions à y apporter : les problèmes de la démocratie, de la bonne gouvernance politique et démocratique et les solutions à y apporter ; les problèmes de justice, de paix et de sécurité, de développement et même les garanties pour la mise en œuvre et le respect de cet accord. On a donc passé en revue les cinq protocoles que contient cet accord.

Ensuite, notre travail était de voir quel est l’état des lieux aujourd’hui. Sur tous ces protocoles, qu’est-ce qui est en train d’être fait pour que cet accord soit mis en œuvre ?

Quel a été votre constat sur la mise en œuvre de cet accord ?

Le constat est très amer. On s’est rendu compte que loin de sa mise en œuvre, c’est plutôt son enterrement qui ne dit pas son nom. Et enfin, il fallait faire des propositions concrètes quant à sa réhabilitation.

Qu’est-ce vous proposez pour ‘’ressusciter’’ cet accord ?

Partant du fait qu’il y a une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, partant du fait que même le pouvoir en place ne dit pas officiellement qu’il ne veut pas de l’Accord d’Arusha, fort de l’arrêt de la cour de justice de la Communauté est-africaine, la première et grande stratégie, c’est de réhabiliter cet accord.

Et on ne peut pas le réhabiliter sans que les Burundais puissent s’asseoir autour d’une table pour faire la même lecture de la situation.

On a donc proposé qu’il y ait une table ronde, avec des garants et des signataires, de tous les Burundais qui veulent que le Burundi retrouve le chemin de la paix, la voie de la démocratie, de la réconciliation, de la justice pour tous et du développement intégral. Et ce sans arrière-pensées que nous cherchons le pouvoir mais pour constater les faits tels qu’ils se présentent aujourd’hui et cheminer vers la réhabilitation de cet accord.

Mais, la Constitution actuelle ne donne pas une grande place à cet accord. N’est-ce pas un blocage ?

Comme vous le savez, la Constitution est faite par les hommes et pour les hommes. Si vous constatez réellement que cette Constitution visait l’enterrement de l’accord, lequel enterrement au lieu de faire avancer le pays continue à le faire sombrer, pourquoi ne pas y revenir ?

Le 3e mandat nous a plongé dans une crise dont les conséquences ont pesé lourdement sur le Burundi. Je ne vois donc pas pourquoi l’autorité en place pourrait s’entêter et dire qu’il ne faut pas faire cet exercice si réellement elle est animée de bonne foi pour servir le peuple dont il est responsable.

Et si le régime s’entête, quel est votre plan B ?

L’entêtement n’a jamais été payant ni pour les dirigeants ni pour qui que ce soit. Je pense que tout le monde a intérêt que le Burundi soit un pays viable, de paix, réconcilié avec lui-même, un pays qui repose sur le chemin de la démocratie et du développement.

Si réellement les autorités en place s’entêtent, elles auront démontré à suffisance qu’elles ne sont pas pour l’intérêt supérieur de la Nation. Dans ce cas, je ne vous dirai pas les actions à mener, mais, jusqu’aujourd’hui, on leur prête la bonne foi.

Mais, certains disent que le parti au pouvoir n’a pas signé cet accord. Donc, il ne l’engage pas. Qu’en dites-vous ?

C’est un mensonge. Parce qu’avant de signer l’Accord de Cessez-le feu, ils devaient d’abord parapher l’Accord d’Arusha.

C’est pourquoi même les Constitutions qui ont suivi, on y a toujours amené le visa relatif à l’Accord d’Arusha. Même si celle de 2018 à travers ses dispositions phares démontrent à suffisance que le système en veut à l’Accord d’Arusha. Malgré cela, à travers cette Constitution, l’Accord d’Arusha garde sa place. Le problème c’est au niveau des faits.

Que diriez-vous à ceux qui disent que ce colloque s’est organisé en se projetant aux prochaines échéances électorales ?

Ce n’était pas cela la priorité. Mais, c’est une question cruciale. On ne peut pas ne pas en parler. Surtout que même au cours de cette table-ronde, nécessairement, la violation de l’Accord d’Arusha implique aussi l’organisation du processus électoral.

La Constitution de 2018 qui est une des conséquences de la crise de 2015 a enfreint certaines règles qui pourraient crédibiliser le processus électoral du Burundi.

Si jamais on arrive à un accord pour que le processus électoral soit le plus crédible possible, puisse être le plus inclusif, démocratique, paisible, cela servira encore une fois un intérêt évident du peuple. Si l’Accord d’Arusha est mis en œuvre, que le processus électoral est organisé en tenant compte de toutes les normes et standards internationaux, nous sommes convaincus que les deux voies peuvent amener le Burundi à sa juste orientation.

Concrètement…

Elles peuvent apporter la paix durable, la réconciliation et les autres aspects dont le pays a besoin. Si quelqu’un dirige le pays en étant sûr de lui-même, en sachant qu’il ne doit de compte à personne, il va organiser un hold-up électoral, la notion de redevabilité n’est plus sa préoccupation. Mais s’il dirige un pays en sachant que vous êtes là grâce à la confiance que le peuple a placée en vous, vous êtes redevables envers ce dernier.

Votre message au président de la République ?

Le président de la République n’a jamais déclaré qu’il est contre l’Accord d’Arusha. Le clin d’œil, c’est de prendre cette brèche de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, c’est aussi de prendre l’opportunité que lui a offerte cet arrêt de la cour de justice de l’EAC pour revenir sur les conséquences de la crise inhérente au 3e mandat pour que finalement il apporte des solutions à pas mal de défis.

Au lieu de croire que cela serait un piège qui lui serait tendu, c’est plutôt une opportunité à saisir.

Et qu’est-ce que vous demandez aux garants de cet accord ?

Ils sont les premiers responsables à voir ce qui est en train d’être fait pour que l’espoir qu’avait suscité cet accord au sein de la population burundaise ne vole pas en éclats.

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. Rwigemera Jean Bosco

    Monsieur Masabarakiza se déchaîne contre Sibomana, faisant abstraction du sujet dont il est question. Il s’agit de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation des Burundais pour que l’histoire de 1965, 1969, 1972, 1988 et 1993 ne se reproduise pas justement. Au lieu de le violer, le pouvoir avait toute la latitude et même l’obligation de le mettre en œuvre, d’une part par une mise en place d’une Commission Nationale de Vérité et Réconciliation digne de son nom, d’autre part demander une Commission d’Enquêtes judiciaires et d’une Cour Pénale Spéciale pour le Burundi. Les Bourreaux dont vous parlez devraient être identifiés et jugés conformément à ce qui est prévu par ledit accord.

  2. Kandikandi Leo

    Non pas d’Arusha SVP.Cela nous divise.

  3. Masabarakiza

    C’était un colloque organisé par des Burundais qui veulent la paix, la réconciliation, la démocratie et le développement intégral du pays. Des Burundais qui veulent que les effets de la crise de 2015 soient réellement éradiqués à travers tout un tas de solutions. Monsieur Tatien, vous devriez avoir honte de vos propos plein des mensonges, est ce vraiment le Burundi a sombré dans la ténebre de tuerie en 2015? si c’est ça votre lecture de notre histoire, on est encore loin de la Pain et la récomciliation dont vous parlez. Quand vous minimisez les années fatiduquées des génocides 1965,1969,1972,1988,1993. Le Burundi est le seul pays au monde qui a laissé aller les boulots encore vivants du génocide, et nous avons peur d’une répetition en jour. Quand les présumés coupables sont encore là sans avoir eu répondus à leurs crimes? Et voilà pourquoi, nous voyons sur la scene publique des tels propos. Qui vivra vera

    • Bite

      Autrement dit, toi tu es pour la continuité des massacres. Tacien parle de l’accord d’arusha qui devait prévenir des atrocités d’après . Plutôt, demandez à Nadiyacariye pouquoi il a commencé par 1972 et avant et ainsi continuer …..

      • Nkurunziza Jessie

        Avant la colonisation twese twarabana neza kandi nta accord d’Arusha yabaho kuturusha nyene.Nubu rero ntayo dukeneye kuko abayisinya basinyira inda zabo gusa apana inyungu y’abarundi bose.

      • Masabarakiza

        Tu devrais avoir bien lu mes propos et comprendre ce que j’ai dit ceci à Tatien Monsieur Tatien, vous devriez avoir honte de vos propos plein des mensonges, est ce vraiment le Burundi a sombré dans la ténebre de tuerie en 2015? si tu m’as bien lire, tu devrais répondre à cette question que j’ai posée à Tatien. Merci

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