Alors que les ménages de la capitale politique s’acquittent mensuellement de leurs redevances pour la collecte des immondices, les déchets s’entassent et l’insalubrité gagne du terrain. Entre salaires de misère pour les agents de terrain et revente lucrative du fumier, l’exécution du contrat de collecte par les partenaires de le Setag soulève de graves soupçons de malversation.
Dans certains quartiers de Gitega, pendant cette saison des pluie, l’air n’a plus la même fraîcheur. L’image de la ville propre s’écorche suite aux tas d’ordures ménagères qui s’éternisent devant les portails. Pourtant, chaque fin du mois, les collecteurs passent encaisser entre 2 000 et 5 000 FBu par foyer. Un contrat social et financier qui semble être à sens unique. « Nous payons pour un service qui est devenu aléatoire », s’indigne un père de famille du quartier Musinzira. Si la collecte est officiellement déléguée par la commune, via le Setag (Service technique d’assainissement de Gitega), à diverses associations, sur le terrain, la machine grippe.
Le nœud du problème réside dans une exécution défaillante, alimentée par un malaise social profond chez les agents de collecte. Ces derniers ne cachent plus leur démotivation. « Comment voulez-vous que nous travaillions avec ardeur quand nous avons l’estomac vide ? », lâche un agent, sous couvert d’anonymat.
Une économie parallèle et florissante
Le contraste le plus saisissant et le plus révoltant se trouve sur les décharges. Là-bas, des femmes s’activent quotidiennement pour trier les montagnes de déchets. Leur rémunération ? Un montant dérisoire de 30 000 FBu par mois. Et encore, ce maigre salaire tombe de manière irrégulière. « C’est une insulte à notre dignité. Nous manipulons des objets dangereux et des substances toxiques pour un montant qui ne couvre même pas le prix d’un sac de braise », témoigne l’une d’elles, les mains noircies par le tri.
Pendant que ces collecteurs survivent dans la précarité, une économie parallèle et florissante se met en place autour des déchets organiques. Une fois triés, ces résidus sont transformés en fumier, un intrant très prisé par les agriculteurs.
L’écart de richesse est vertigineux. Selon plusieurs sources concordantes, ce fumier est vendu autour de 120 000 FBu la benne. « Nous trions l’or des autres dans la puanteur de notre pauvreté », s’insurge une trieuse manuelle. Selon cette dame, les revenus générés par la transformation des déchets, qui devraient normalement servir à améliorer les conditions de travail des agents ou à moderniser le matériel semblent s’évaporer dans les poches des responsables.
Soupçons de mauvaise gouvernance
La question de la transparence est sur toutes les lèvres. Où va l’argent des ménages si les déchets ne sont pas enlevés ? Pourquoi les travailleurs sont si mal payés alors que la revente du fumier génère des bénéfices substantiels ? Pour les habitants, le sentiment d’être victimes d’une escroquerie organisée grandit. « On nous force à payer pour maintenir la ville propre mais, l’argent sert à enrichir une poignée de chefs qui exploitent la misère des trieuses de Yoba », dénonce une activiste de la société civile locale.
Nous avons cherché d’amples explications auprès du Setag mais elle nous a renvoyé à plus tard. En attendant, la situation sanitaire pourrait s’aggraver. Avec la pluie, ces dépôts d’ordures non collectés deviennent des nids à maladies hydriques et à moustiques.








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