La saison culturale B bat son plein. Sur les collines de Gitega, des milliers d’agriculteurs attendent désespérément la livraison des engrais de Fomi qui ne vient pas. Pourtant, ils ont versé la totalité de l’argent demandé. Entre les promesses de l’administration et la réalité du marché noir, les producteurs sont pris à la gorge et craignent une faible récolte.
Dans la main du prénommé Tharcisse, un agriculteur de la commune Gitega, un petit papier froissé fait office de trésor inutile. C’est sa preuve de paiement pour trois sacs de Fomi-Imbura. « J’ai vendu ma chèvre pour payer cette commande en avance, comme on nous l’a demandé. Aujourd’hui, la chèvre est partie, l’argent est à la banque, mais j’ai semé sans engrais », confie-t-il le regard perdu vers son champ.
Ils sont des milliers à se retrouver dans la même situation. Dans chaque lieu de distribution disséminé dans la commune Gitega, c’est toujours la même colère et le même désespoir qui se lisent sur les visages des agriculteurs avec des quittances en guise de preuves qu’ils ont payé les engrais de Fomi Imbura ou l’urée.
« Je cherche les engrais de la saison culturale passée. Sinon, cette saison, je n’ai pas fait de commande à voir les impayées qui s’accumulent de saison en saison », indique le prénommé Thierry, originaire de Mugera tout en affirmant qu’il a eu la chance d’être sorti gagnant du tirage au sort de ceux qui devaient partager le peu d’engrais qui étaient sur le site de distribution de la localité.
« A cinq, nous nous sommes partagés un sac de 25 kg d’urée car c’était la seule solution pour départager tous ceux qui en cherchaient. Pour le reste, je n’ai pas d’espoir et personne ne viendra me contredire. Mais, ce qui est sûr, certaines personnes influentes cachent des tonnes dans les maisons en vue de nous saigner à blanc » Et au prénommé Charles de Nyarusange de l’appuyer. « Ceux qui le vendent chez eux savent ceux qui les fournissent et ils ne se cachent pas pour autant car personne ne les inquiète »
Dans la capitale politique, dans les groupes WhatsApp des coopératives, les téléphones crépitent du matin au soir. « Des nouvelles pour la zone Mugera ? », « Quelqu’un a vu un camion vers le dépôt central ? ». Chaque rumeur d’un convoi en provenance de Bujumbura ou des bureaux provinciaux de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage soulève un espoir aussitôt douché par la réalité.
« On passe nos journées à guetter nos écrans au lieu de tenir la houe », explique la prénommée Clotilde, une mère de famille rencontrée près d’un centre de distribution de Magarama fermé. « C’est une course contre la montre. Si l’engrais n’arrive pas cette semaine, c’est toute la saison qui est foutue. Le sol de Gitega ne pardonne pas. »
Un grand circuit parallèle
Face à l’urgence, un circuit parallèle prospère. Les sacs de Fomi réapparaissent mystérieusement chez certains commerçants à des prix prohibitifs. « C’est une insulte. Je possède un ticket de paiement officiel, mais je dois aller acheter le même sac au marché noir pour presque le quadruple du prix subventionné. Qui détourne nos sacs ? Comment se fait-il que les autorités de l’État disent que la quantité est minime alors que si tu as 150 000 FBu liquides, tu en trouves en dix minutes sous le manteau ? .»
L’administration locale et les responsables de Fomi évoquent souvent des défis logistiques ou de production. Mais, sur les collines, ces explications ne passent pas. « Nous ne voulons plus de discours. Nous voulons voir les camions décharger », martèle un chef de coopérative. Pour plus d’éclaircissements, nous avons tenté de contacter la Bureau provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage mais en vain.






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