Le congrès du CNDD-FDD tenu le 25 janvier 2026 à Gitega a confirmé la reconduction de Révérien Ndikuriyo à la tête du parti au pouvoir. Un choix de continuité qui divise la classe politique burundaise. Si certains y voient une décision logique, d’autres alertent sur ses implications pour l’avenir de la démocratie. Pour eux, c’est le sacre du statu quo.
C’est sous la chanson du CNDD-FDD devenue culte après la fronde de 2015, rappelant à tous les « Bangumyabanga », les militants de ce parti au pouvoir, leur leitmotiv : « être un et indivisible » et que « rien ne viendra à bout de cette unité indéfectible », que le secrétaire général du CNDD-FDD a tenu à les remercier tous pour cette confiance renouvelée.
C’est un Révérien Ndikuriyo, en T-Shirt aux couleurs de son parti, à l’effigie du chef de l’État, Évariste Ndayishimiye, ‐ une image de la dernière campagne présidentielle, un dress code -, qui reste aux commandes jusqu’en 2031, le seul à cumuler deux mandats.
« Je vous promets que je ne ménagerai aucun effort pour que notre parti marque un nouveau pas afin que les Burundais atteignent le bien-être en apportant des changements dans leur quotidien. Il nous faut avoir une vision pour nos familles. Il nous faut travailler d’arrache-pied ».
Dans son message, le secrétaire général du CNDD-FDD a appelé le président de la République à « être à ses côtés dans ses fonctions lui confiées par les » Bangumyabanga » ».
Il s’est dit prêt à recevoir tous les conseils. « Nous sommes prêts à réserver une attention particulière à toutes les orientations qui seront données et à les mettre en application afin que nos militants, notre parti et le Burundi puissent avancer. Et nous sollicitons tous les « Bangumyabanga » à rester à nos côtés. Tout monarque est fait par ses conseillers. Seul, on est vulnérable ».
Le secrétaire général du CNDD-FDD a promis d’être à l’écoute de tous les militants. « Les conseils constructifs seront reçus avec bienveillance et même ceux qui nous prodigueront des conseils qui s’avèreront mauvais seront analysés et seront rangés dans des tiroirs. Je réitère ma promesse de continuer sur la même lancée avec ardeur. Il faut nous atteler au développement et il nous faut le même entendement ».
Et fidèle à ses principes d’ancien maquisard où la vigilance doit être de rigueur, l’ »Aigle en chef » a rappelé qu’il ne faut pas baisser la garde. « Une petite négligence peut avoir de lourdes conséquences. Quand tu ne te bats pas pour garder le cordon du pagne de ta mère, tu resteras les yeux écarquillés quand la lance protectrice de ton père te sera ravie ». Des mots qui en disent long et d’ailleurs le secrétaire général du CNDD-FDD a fait savoir qu’il n’a pas d’autre message.
Hommage à l’héritage de feu président Jean-Baptiste Bagaza
À la veille du congrès, Révérien Ndikuriyo était largement revenu sur l’héritage de feu président Jean-Baptiste Bagaza qu’il a présenté comme un modèle de gouvernance.
Il a salué les réalisations de cette période affirmant que « sous Bagaza, pendant plus de dix ans, les barrages, les hectares reboisés et les sociétés de développement régional ont vu le jour ». Il a également mis en avant les avancées enregistrées dans le secteur de l’éducation et dans la filière café, rappelant qu’à l’époque « le café était développé, les devises entraient et la population était sensibilisée ».
Par contre, le secrétaire général du CNDD-FDD n’a pas hésité à critiquer ouvertement certaines politiques actuelles du gouvernement, reconnaissant une part de responsabilité de la part des dirigeants face aux difficultés économiques. « Mais aujourd’hui, quand quelqu’un vend le café, il n’obtient pas de l’argent et n’arrive pas à envoyer ses enfants à l’école. Est-ce que ce ne sont pas nous les responsables ? », s’est-il interrogé. Il a également déploré la situation dans le secteur agricole, affirmant que « quelqu’un vend sa récolte de maïs, mais il n’est jamais payé. C’est quoi ça ? ».
Comparant la population à une rivière, Révérien Ndikuriyo a souligné qu’« on ne peut pas l’empêcher d’avancer, car lorsqu’on bloque une rivière, elle cherche toujours son propre chemin ». Il a enfin reconnu les retards dans l’exécution de certaines tâches publiques et le manque de réponses face aux préoccupations citoyennes, rappelant que la population questionne régulièrement les autorités. « Vous nous dites d’aller travailler et de cultiver, mais quand nous vendons la récolte, nous ne sommes pas payés ».
Réactions
Olivier Nkurunziza : « Ce dont le Burundi a besoin aujourd’hui, c’est de la méritocratie ».
Dans son analyse, le président du parti Uprona, estime que la reconduction du secrétaire général du parti au pouvoir est une décision normale visant à préserver l’unité interne. Selon lui, à l’approche des élections de 2027, tout changement à ce poste stratégique comporte des risques.
« Chaque fois qu’un secrétaire général a été remplacé au sein du parti CNDD, cela a souvent entraîné des divisions internes, à l’exception du cas où l’intéressé avait ensuite été promu à la présidence de la République. Pour éviter d’aborder les élections de 2027 dans un climat de tensions, le parti a donc privilégié la cohésion », explique-t-il.

Il ajoute avoir également constaté, lors du congrès, que l’ensemble des congressistes portaient des t-shirts à l’effigie du président de la République. Pour lui, ce détail n’est pas anodin. Il constitue un message politique fort laissant entrevoir une possible reconduction du chef de l’État. « On sent qu’à l’interne, il y a eu sans doute des concessions. L’essentiel pour eux est de renforcer l’unité afin d’aborder les élections de 2027 sans tensions internes. »
Selon lui, la reconduction d’un président ou d’un secrétaire général d’un parti politique offre également l’opportunité de corriger les erreurs commises lors d’un premier mandat. Il cite en exemple le parti Uprona, rappelant que les élections de 2025 ont été entachées de nombreuses irrégularités. « C’est une occasion de corriger ces erreurs afin de préserver la démocratie et éviter qu’elle ne soit mise à mal ».
Ce que l’Uprona lui demande, « c’est que durant ce second mandat, l’espace politique soit véritablement ouvert afin de garantir une participation libre, transparente et honnête aux élections. Il doit également s’engager résolument en faveur du développement », souligne-t-il.
Il évoque par ailleurs les défis socio-économiques actuels, notamment la pénurie des carburants, estimant que le parti au pouvoir, dont les cadres occupent la majorité des postes de responsabilité, de la base administrative jusqu’au niveau provincial, doit assumer pleinement ses responsabilités.
« Dans ce contexte, la lutte contre la corruption doit devenir une priorité. Lorsque l’on observe la marginalisation économique, ce sont majoritairement les membres du parti au pouvoir qui sont concernés. Il leur revient donc de fournir davantage d’efforts pour convaincre et surtout pour lutter efficacement contre la corruption, d’autant plus que la majorité des responsables actuels sont issus de ce même parti », souligne-t-il.
Pour M. Nkurunziza « lorsqu’une grande personnalité a marqué son époque par des actions concrètes, ce sont ces réalisations qui parlent pour elle », rappelle-t-il, en citant l’exemple de Jean-Baptiste Bagaza, ancien président de la République et du parti Uprona.
Il explique qu’à cette époque, l’accent était mis sur la compétence et l’intelligence, plutôt que sur l’appartenance partisane. « On privilégiait les hommes capables, ceux qui étaient à la hauteur des responsabilités, et non ceux qui se distinguaient uniquement par leur loyauté politique. Ce dont le Burundi a besoin aujourd’hui, c’est de la méritocratie ».
Il estime que le développement du pays repose avant tout sur des cadres compétents et intègres, capables de lutter contre la corruption. « Le président Bagaza a laissé des réalisations concrètes dont certaines sont encore utilisées aujourd’hui. C’est cela, gouverner avec vision », affirme-t-il.
Pour lui, reconnaître le travail bien fait est une attitude saine. « Lorsqu’un dirigeant ou un parti agit positivement pour le pays, il est normal de l’apprécier. Mais, lorsqu’il échoue ou nuit au développement, il faut aussi le dire », martèle-t-il.
Il conclut en appelant les dirigeants actuels à penser à l’héritage qu’ils laisseront. « Après leur passage à la tête du pays, les Burundais doivent pouvoir se souvenir de leurs réalisations, comme ils se souviennent encore aujourd’hui de celles du président Bagaza. C’est à cette condition que le service à la nation prend tout son sens. »
Agathon Rwasa : « Le constat agréable ou pas est que Révérien Ndikuriyol dicte sa volonté à l’Exécutif. »
« La reconduction n’est rien que l’expression de gratitude. En effet, après le hold-up électoral de juin dernier qui a affermi la mainmise du parti sur l’Etat, qui d’autre voudriez-vous croire qu’il porterait ce bébé tant rêvé par le système ? » Pour Agaton Rwasa, il faut revoir les positions tranchées de Révérien Ndikuriyo sur les questions sensibles et l’attitude de l’Exécutif par rapport à celles-là. « Le constat peu ou pas agréable est qu’il dicte sa volonté à l’Exécutif qui pourtant ne devrait que se laisser guider par la Constitution et d’autres lois. »
Pour M. Rwasa, le fait qu’il s’est appesanti sur le bilan de feu président Jean-Baptiste Bagaza peut être perçu comme un aveu d’échec et d’incompétence du CNDD-FDD. Ce qui ne serait qu’hypocrisie pour duper les Burundais encore et encore car, le modus operandi et le modus vivendi du régime en place ne va pas changer du fait de cet aveu. « Les réalisations de feu président Bagaza pourraient influencer ou inspirer le CNDD-FDD et son régime, si et seulement si, il se préoccupe de la justice sociale, de l’équité, de la saine gestion de la chose publique pour ne citer que cela. Hélas, si l’on ne s’en tient qu’à la dernière saga Fomi et autres dossiers sentant de la malversation, il n’y a pas lieu d’espérer pareille influence ou inspiration. »
Kefa Nibizi : « Cette reconduction pose une question sur l’avenir de la démocratie dans notre pays. »
« La reconduction de Révérien Ndikuriyo au poste de Secrétariat général du parti CNDD-FDD est tout à fait normale aussi longtemps que les lois nationales sur les partis politiques et les textes réglementaires du parti ne l’empêchent pas. Quant aux motivations de cette reconduction, ça incombe au parti et on ne peut pas s’ingérer dans ses affaires internes. »
Cependant, indique le président du parti Codebu « Iragi rya Ndadaye », cette reconduction pose une question sur l’avenir de la démocratie dans notre pays. « En effet, il a déclaré publiquement qu’il ne veut que son parti dans les institutions du pays. Cet objectif a été atteint lors des dernières élections législatives et communales, par l’exclusion de l’opposition et les fraudes électorales massives sans précédent. » S’il continue sur cette lancée, estime Kefa Nibizi, il ne restera rien de la démocratie multipartite au cours des cinq prochaines années.

En principe, poursuit-il, le gouvernement exécute la politique et le programme mis en place par le parti vainqueur lors de la campagne électorale. « C’est ce parti qui en assure le suivi et fait des redressements chaque fois qu’il y a dérapage. Ainsi, le leadership du dirigeant du parti au pouvoir joue un rôle crucial dans la conduite des politiques publiques pour le développement. « Certes, ses cinq premières années à la tête du parti au commande, sont marquées par un recul effrayant dans tous les domaines de la vie du pays. Ce qui ne donne qu’un sentiment d’inquiétude pour les cinq années à venir. »
Et d’ajouter : « Un autre phénomène inquiétant, ce sont les discours contradictoires entre les responsables du parti au pouvoir et les membres de l’Exécutif issus de ce parti sur les grands dossiers concernant la vie du pays. Cela inquiète davantage sur leur cohésion, condition indispensable pour réussir le développement socio-économique du pays. »
Quant à la référence aux réussites du président Bagaza pour critiquer les échecs du gouvernement issu du parti qu’il dirige, cela paraît anodin. « C’est un aveu d’impuissance qui se manifeste par ailleurs aussi chez les membres de l’Exécutif. Et on se demande où se trouve réellement le centre du pouvoir ? Le secrétaire général du parti au pouvoir ainsi que tout l’Exécutif devraient se présenter au public avec des solutions et non des lamentations. »
Pour M. Nibizi, les actions du président Bagaza devraient inspirer le parti au pouvoir qui, pendant 20 ans, n’a même pas réalisé la moitié de ce qu’il a fait en 11 ans. « Pour y parvenir, les ténors de ce parti devraient cesser de chercher à s’enrichir via les caisses de l’Etat par la corruption, le détournement des biens publics et l’opacité dans les marchés publics. »
Léopold Hakizimana : « C’est le renforcement du monopartisme de fait. »
« Ma première réflexion sur la reconduction du secrétaire général du parti au pouvoir, c’est de vouloir maintenir le statu quo au niveau de la gestion des affaires du parti et du pays parce que toute la gestion des affaires du pays est influencée par le parti au pouvoir. C’est aussi le renforcement du monopartisme de fait que nous sommes en train d’observer aujourd’hui. Actuellement, la tendance est le retour au monopartisme dans la gestion des affaires de l’Etat. »
D’après le secrétaire général du parti CNL, Révérien Ndikuriyo est considéré comme une star aux yeux des militants du CNL, car il se targue d’avoir remporté une victoire écrasante par rapport aux autres élections. « Mais, je dois vous dire que ces résultats brandis par le secrétaire général du parti au pouvoir comme étant le fruit de ses efforts ne reflètent pas la vérité des urnes. Ce qui intéresse les militants, ce sont les résultats, peu importe les méthodes utilisées pour les décrocher. Comme on se prépare à l’élection présidentielle et qu’aujourd’hui tous les signaux sont au rouge c’est-à-dire qu’à un certain moment le CNDD-FDD est au niveau bas pour ce qui est de la popularité. Les militants ont besoin effectivement de son secrétaire général du parti capable de les amener, encore une fois, à une victoire, en utilisant peut-être ses moyens, même moins orthodoxes, pourvu qu’il y ait ce genre de victoire. »
Léopold Hakizimana trouve que c’est également une certaine entente entre certaines grosses personnalités politiques. « Le président de la République revendique un deuxième mandat au pouvoir. Le président de l’Assemblée nationale a déjà décroché un deuxième mandat. Pourquoi le secrétaire général du parti au pouvoir n’obtiendrait pas un deuxième mandat ? A un certain moment, on voit qu’il y a une certaine entente entre ce trio, noyau du système politique burundais pour pouvoir se maintenir. Probablement que c’est une façon de calmer la situation pour éviter des frustrations et des mécontentements. »
Pour le secrétaire général du parti CNL, reconnaître les réalisations du président Bagaza dans ses 10 ans de pouvoir alors que le CNDD-FDD vient de faire 20 ans de pouvoir, c’est probablement qu’il n’y a pas eu de réalisations visibles. « C’est un aveu d’échec. »
Toutefois, M. Hakizimana estime que se référer à des réalisations de Bagaza pour le développement est une bonne chose, mais sous plusieurs conditions. « Les dirigeants du parti au pouvoir doivent se faire violence et accepter d’être rigoureux dans la gestion des affaires publiques. Il faut utiliser effectivement l’inclusion au niveau de l’administration publique. Le parti au pouvoir ne devrait pas se tailler tous les avantages et les intérêts du pays parce que le pays appartient au peuple burundais. »
Léopold Hakizimana nuance toutefois les réalisations du président Bagaza. « On pourrait l’évaluer sur d’autres points, notamment au niveau politique, au niveau des libertés des individus. Vous savez que c’était la période d’un parti unique. Comme le secrétaire général actuel du parti au pouvoir aime le dire, le parti est confondu à l’Etat. Est-ce qu’il veut un développement dans un contexte d’un parti unique, comme le faisait le président Bagaza ? Il ne peut pas y avoir un développement sans une démocratie. C’est-à-dire qu’à un certain moment, il faudra plutôt adapter, ou plutôt exploiter cette piste démocratie-développement, parce qu’il faudra aussi le respect des libertés individuelles dans le pays. »
Hamza Venant Burikukiye : « Révérien Ndikuriyo s’impose comme un vaillant artisan de la paix et du renforcement de la sécurité. »
« La reconduction de Révérien Ndikuriyo traduit une pleine satisfaction des Bagumyabanga à l’égard de ses œuvres au service de son parti et de la Nation. » Selon le représentant légal de l’Association Capes+, Révérien Ndikuriyo s’impose comme un vaillant artisan de la paix, du renforcement de la sécurité et de la marche vers la Vision 2040-2960. « C’est de là qu’il joue le rôle influent dans la politique du pays en mettant ainsi en action le programme que les Burundais ont choisi sous la conduite et la responsabilité du parti vainqueur. »
Pour Hamza Venant Burikukiye, évoquer et saluer les œuvres de feu président Bagaza au point de vue du développement reste une réalité que nulle ne peut nier. « Reconnaître ces réalisations c’est les prendre comme modèle et une inspiration pour mieux servir la Nation. Et surtout une fierté de laisser derrière ton passage un nom et une estime inoubliables. »
Gabriel Rufyiri : « Le pays deviendra ce que le parti au pouvoir voudra. »
« Quand il fait référence aux réalisations du président Bagaza, nous pensons peut-être que ça pourrait faire changer les choses. Toutefois, ça fait quand même 21 ans que le parti au pouvoir dirige. Nous ne savons pas vraiment s’il veut changer parce que le Burundi actuellement est à la croisière des chemins en matière de gouvernance et de croissance économique. Ils doivent changer parce que les agrégats économiques sont au rouge actuellement. »

D’après le président de l’Olucome, le parti au pouvoir influence beaucoup les politiques publiques. « Généralement, il propose les cadres de l’Etat et bien d’autres politiques qui vont être menées dans le pays. Aujourd’hui, ils ont tout, à savoir l’administration, le Parlement, … Je pense que le pays deviendra ce que le parti voudra. Si le parti au pouvoir veut que le pays avance, le pays va avancer. S’il ne veut pas que le pays avance, en tout cas le pays ne va pas avancer. C’est clair que toutes les décisions du pays normalement viennent du parti au pouvoir. »
Gabriel Rufyiri nuance. « Maintenant, nous avons quatre documents en l’occurrence la Vision 2040-2060, le PND révisé sur 5 ans, la Stratégie nationale de lutte contre la corruption sur 5 ans et le document stratégique pour la stabilisation macroéconomique sur 2 ans. Ce sont des documents qui ont été élaborés par le gouvernement, en collaboration avec toutes les parties prenantes qui ne sont pas nécessairement du CNDD-FDD. Toutefois, le parti peut influencer s’il souhaite booster le développement. » Il souligne qu’il n’a malheureusement jamais entendu parler de ces politiques au moment de la campagne électorale. Gabriel Rufyiri indique qu’à sa connaissance tous ces politiques n’émanent pas du parti au pouvoir, mais du chef de l’Etat.
Le président de l’Olucome pense que l’on peut apprendre sur plusieurs personnalités, y compris la personnalité du président Bagaza. « Imiter les grandes personnalités est une bonne chose. Mais, le dire juste pour se lamenter, ce n’est pas vraiment la meilleure façon. Le président Bagaza a fait beaucoup de choses. Il a innové. Je demanderais qu’il y ait une équipe d’experts qui puisse y travailler en s’appuyant sur le modèle Bagaza. Aujourd’hui, le Burundi ne dispose plus de modèle économique. On parle actuellement de l’’agriculture, des minerais, … On ne met pas en avant les sociétés qui ont de l’expertise, on utilise le favoritisme et le clientélisme. Ce n’est pas normal. Il nous faut vraiment des experts indépendants qui vont étudier comment on peut avoir un modèle économique en s’appuyant, bien évidemment, sur les documents que nous avons déjà ainsi que sur le modèle Bagaza. »
Pour Gabriel Rufyiri, feu président Jean-Baptiste Bagaza savait aligner la parole, la pensée et l’action. Ce qui n’est pas le cas actuellement. « Si réellement le parti veut valoriser les actes de Bagaza, on devait normalement avoir des routes et des symboles, des bâtiments publics, des stades, etc., qui portent le nom de Bagaza. Ce nom ne doit pas disparaître comme ça. Par exemple, les infrastructures qu’il a mises en place, sauf que la plupart d’entre elles sont en train de disparaître, il faut que certaines portent son nom. Il faut aussi apprendre à valoriser les autres personnalités qui ont apporté des choses pour le Burundi, comme Bihome et autres. »
Faustin Ndikumana : « La reconduction de l’équipe actuelle présage le statu quo. »
Pour le directeur national de Parcem, la reconduction de Révérien Ndikuriyo et de toute son équipe n’est pas une surprise. « Nous sommes habitués à constater que le partage des plus hautes fonctions à l’échelle nationale est déjà fixé à l’avance au niveau du parti au pouvoir. Ce n’est pas une surprise après avoir renoncé au poste de sénateur. Il savait ce qui l’attendait comme autre poste de responsabilité. En tout cas, il n’allait pas se réjouir à un chômage ou se confiner dans un petit poste qui n’est pas à la hauteur de son calibre au niveau du parti CNDD-FDD. »

Mais aussi, indique Faustin Ndikumana, si on analyse le rôle de la fonction de secrétaire général du parti au sein du CNDD-FDD, il croit qu’il est chargé en grande partie de la vie quotidienne du parti : mobiliser les masses, sensibilisation des masses, propagande, étendre les zones d’influence du parti, mobiliser les fonds, les financements, la discipline au sein du parti. Il croit aussi que les orientations stratégiques au plus haut sommet, c’est l’apanage du Conseil des sages depuis feu président Pierre Nkurunziza. « Mais il a son influence surtout quand il s’agit de nommer les cadres du parti à certains postes de responsabilité, le positionnement des membres sur les listes électorales. Il a un rôle à jouer parce qu’il est censé même suivre la discipline des membres du parti, les membres les plus compétents, les plus dévoués au parti au sens le plus strict du terme. Toutefois, le pilotage de l’action gouvernementale revient en grande partie au président de la République. C’est lui qui est chargé de l’orientation des politiques globales du pays à travers les stratégies et les documents d’orientation nationale. »
Toutefois, M. Ndikumana trouve que le rôle du secrétaire général n’est pas à négliger surtout que le positionnement aux postes de responsabilité est le grand pilier, car c’est l’axe qui est au centre des intérêts des membres du parti.
Le directeur national de Parcem se pose une question. « Le CNDD-FDD va-t-il changer avec cette reconduction en s’inspirant des actions spectaculaires qui ont été réalisées par le président Jean-Baptiste Bagaza ? Je ne crois pas. Je reste sceptique du moins. » Pour lui, le parti est mal parti au niveau idéologique pour pouvoir impulser une révolution des mentalités, une nouvelle culture politique fondée sur les valeurs, l’éthique et l’orthodoxie dans la gestion des rouages de l’État et de la chose publique.
« En effet, dans sa philosophie intérieure, si on analyse profondément, le premier pilier de cette philosophie, c’est de laisser les cadres issus du parti s’enrichir démesurément, de façon révoltante et dans l’impunité totale. Vous savez, avec l’adage « Caratuvunye », c’est une façon déguisée de nous imposer une compréhension, d’afficher une complicité par rapport aux actions de mauvaise gestion réalisées par les plus hautes autorités. »
Deuxièmement, poursuit Faustin Ndikumana, il s’en suit le parti. « Il faut chercher les moyens pour le parti, de façon même machiavélique et en faisant fi de toutes les règles de bonne gestion de la chose publique, pourvu que le parti ait des moyens. Le pays et la population sont relégués au dernier rang partout. »
Selon cet économiste, au moment de la prise du pouvoir du CNDD-FDD, des atouts étaient là pour enclencher une révolution des mentalités, un développement économique digne de ce nom, une relance économique avec des résultats exemplaires. « Avec l’Accord d’Arusha et l’Accord de cessez-le-feu, le pays venait de commencer à cimenter sa réconciliation nationale après une longue période de guerre civile. Tous les protagonistes burundais venaient d’avoir un consensus, un document sur lequel va bâtir la renaissance de la nation. » De plus, rappelle-t-il, le pouvoir en place était issu des élections crédibles, un pouvoir légitime reconnu internationalement. Ce qui était aussi un atout pour renforcer les relations avec les partenaires techniques et financiers. « A l’époque, les Nations-unies venaient de décréter l’initiative des Pays pauvres et très endettés. Ce qui veut dire l’effacement des dettes des pays pauvres. C’était la période de la déclaration de Paris qui qualifiait les relations entre le Nord, les pays pauvres et les pays riches. A travers cette déclaration, il y avait des principes qui allaient guider la coopération et l’aide publique au développement dont la gestion sera axée sur les résultats. »
M. Ndikumana trouve que les 20 ans que le parti CNDD-FDD vient de passer au pouvoir, c’est plutôt le renforcement du verrouillage institutionnel, de mauvaises pratiques. La corruption frappe l’Etat et affaiblit l’administration, …. « Le constat est amer : inflation qui atteint parfois les 40%, chômage terrifiant, départs massifs des jeunes, manque de produits de première nécessité, 5 ans sans trouver une solution pour les carburants, entreprises en situation délicate. Le tableau est sombre. La reconduction de l’équipe actuelle présage le statu quo. »
Or, indique Faustin Ndikumana, Bagaza a fait des choses spectaculaires en seulement 10 ans : des routes nationales, les barrages hydroélectriques, la modernisation de l’aéroport de Bujumbura avec la construction de l’aérogare, la construction de l’hôtel Novotel, le palais des congrès de Kigobe, la Radio-télévision nationale, la création du Cotebu, Verundi, Sosumo, les entreprises comme Onatel, Mutuelle, Socabu, Otraco, laiterie de Bujumbura, … « C’est inimaginable. Mais, le CNDD-FDD a des problèmes systémiques structurels. La priorité des priorités est une lutte existentielle qui lui impose en permanence un combat à double casquette. Interne pour tenter à sauvegarder la cohésion interne et externe pour contenir toute forme structurelle capable de présenter une alternative crédible. D’où le verrouillage électoral. »
Or, sous Bagaza, pour montrer que la lutte contre la corruption n’était pas vaine, son combat a été corroboré par deux cas emblématiques. « Le cas Ntiyankundiye, un commerçant qui avait infesté toutes les sphères de l’Etat en créant des surfacturations des biens fournis à l’Etat et des factures fictives. Le cas de Bernard Ntahoturi avec des détournements pendant la tenue du Sommet France-Afrique à Bujumbura. »
D’après M. Ndikumana, les cas de corruption sont aujourd’hui impunis. « C’est difficile de renaître des miasmes de la corruption systémique. Les richesses du pays sont sacrifiées sur l’autel des liaisons mafieuses. Or, sous Bagaza, il y avait une discipline, la planification avec les plans quinquennaux, la mobilisation surtout des financements extérieurs. » Selon M. Ndikumana, tout cela était le fruit de la coopération bilatérale. « Mais aujourd’hui, le CNDD-FDD rechigne à renforcer la coopération avec les partenaires en brandissant la souveraineté comme quoi ça l’empêche à nouer des relations diplomatiques avec d’autres partenaires afin de mobiliser des financements dont le Burundi a besoin. J’affiche une attitude réservée de pessimiste par rapport à la situation actuelle. Peut-être un miracle va se produire et on verra des changements. »





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