Dimanche 16 mai 2021

Politique

Pr Denis Banshimiyubusa : « Le nouveau président devra prendre en main le problème que posent les Imbonerakure »

29/06/2020 Commentaires fermés sur Pr Denis Banshimiyubusa : « Le nouveau président devra prendre en main le problème que posent les Imbonerakure »
Pr Denis Banshimiyubusa : « Le nouveau président devra prendre en main le problème que posent les Imbonerakure »

Retour des réfugiés, reprise des liens diplomatiques, la réforme de la police, la question des Imbonerakure, etc. Pour Iwacu, le politologue Denis Banshimiyubusa avance les défis prioritaires qui attendent le président Evariste Ndayishimiye.

Quelles sont, selon vous, les mesures prioritaires qui s’imposent pour le nouveau président durant ces trois premiers mois ?

La légitimation de son pouvoir au niveau administratif. Il est installé au pouvoir au terme d’un processus électoral controversé, donc il aura besoin de rassurer tout le monde. Pour cela, il a la tâche ardue de placer des hommes et des femmes qu’il faut à différents postes. Et cela dans le but de s’assurer une confiance et une légitimité, non seulement vis-à-vis du peuple, mais aussi à l’égard des membres de son parti dont le choix, à la veille de la campagne électorale, avait plutôt porté vers d’autres candidats au sein du Cndd-Fdd.

La professionnalisation des corps de défense et de sécurité. Nous avons observé pendant ces cinq dernières années, des membres des forces de l’ordre qui se sont comportés en partisans. Le point culminant de ce phénomène fut atteint durant la récente période de campagne électorale. Le président de la République devra redorer le blason des corps de sécurité, assurer le respect des droits de l’Homme, etc. Là-dessus, le président qui vient d’être investi devra prendre en main le problème que posent les Imbonerakure qui, aujourd’hui, ont pris l’habitude de se substituer à l’administration, la justice, la police et par conséquent, sont devenus une source majeure d’insécurité pour la population. Une discipline à leur endroit s’impose de la part du nouveau président.

Le dégel des relations tant latérales, bilatérales que multilatérales. Le pays vivait en vase clos depuis 2015, des sanctions ont été votées contre le Burundi qui se retrouve en manque de tout. Le Burundi gagnerait à renouer les liens diplomatiques avec les pays partenaires mais aussi les organismes internationaux.

Dans son discours, le président Ndayishimiye a qualifié les manifestants de 2015 de « gens sans foi ni loi ». Est-ce une rhétorique rassurante pour les Burundais réfugiés à l’étranger suite à la crise de 2015 ?

Il est difficile pour un Burundais réfugié à l’étranger d’être rassuré par le propos que le nouveau président a tenu sur cette question des réfugiés de la crise de 2015. On n’a vraiment pas senti d’engagement de sa part par rapport à cela. Mais parce qu’il se pose en garant de la sécurité, du tissu social qui est parti en lambeaux avec notamment les tentatives d’ethnicisation de la crise de 2015, il devra absolument s’occuper du sort de nos concitoyens exilés à travers le monde. Le rapatriement des réfugiés pourrait être un symbole de légitimation de son pouvoir.

Dans le même discours, le nouveau leader du pays a employé le terme « colons » à plusieurs reprises. Est-ce le signe d’un durcissement continu vis-à-vis de l’Occident ?

Il y a plutôt des incohérences dans son propos. Dans la première partie, il a fustigé « les colons », les qualifiant d’ennemis du Burundi, en dépit du fait que c’est loin d’être tous les Occidentaux qui ont colonisé notre pays.

Par la suite, il a quand même parlé d’un pays interdépendant, donc, qui doit avoir des relations avec d’autres pays. Je pense que même si la première partie de son discours fut d’une telle virulence envers ce qu’il nomme « les colons », la réalité liée à l’exercice du pouvoir l’obligera à ouvrir le Burundi au monde, de permettre à nouveau un réchauffement des relations avec les principaux pays partenaires (Union Européenne, les Etats-Unis et le Canada) et les institutions internationales. C’est impossible que le pays continue à vivre en vase clos.

Propos recueillis par Alphonse Yikeze

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