Mardi 13 avril 2021

Société

Nyanza-lac sous le choc : une adolescente violentée par un procureur, son père porte plainte

05/04/2021 4
Nyanza-lac sous le choc : une adolescente violentée par un procureur, son père porte plainte
Thierryve Bitangimana, l’adolescente agressée.

Même si les faits remontent au 21 mars, le père de la jeune fille brutalisée par le procureur de la République à Burundi a décidé de prendre son courage à deux mains. Il a porté plainte pour coups et blessures volontaires et sollicitations sexuelles à cette mineure. Cette autorité parle de ‘’montage’’.

Jean-Marie Ntahondi alias Ntabona, le père de la jeune fille molestée qui réside dans le quartier Kabondo à Nyanza-lac affirme avoir déféré ce mardi 30 mars cette affaire au parquet général de la République contre le procureur de la République à Bururi, M. Agricole Ndayitwayeko.

Pour sa défense, ce présumé auteur parle d’un montage pour ternir son image et nuire à sa personne en invoquant un règlement de compte datant de plusieurs années.

Le père de cette adolescente indique qu’en date du 21 mars vers 19 heures, M. Agricole Ndayitwayeko est passé devant son magasin et a intimé l’ordre à sa fille Thierryve Bitangimana de rentrer chez elle mais celle-ci lui a répondu qu’elle est chez son père et qu’elle n’a pas à quitter les lieux d’autant plus qu’elle était en train de servir un client.

Des témoins interrogés le confirme. Cette fille âgée de 15 ans, élève en 2ème année science au lycée communal de Nyanza-lac était en train de vendre de l’huile de palme devant le magasin de son père.

« Le procureur a tout d’un coup commencé à donner des gifles à ma fille et lorsqu’elle est tombée, il l’a frappée avec une chaise en plastique au niveau de la tête », témoigne le père.

Blessée, poursuit-il, ma fille a été évacuée au centre de santé privé appelé «Bon berger». Mais son état jugé préoccupant, elle a par après été transférée à Bujumbura à Kira Hospital.

« Des avances »

Jean-Marie Ntahondi indique que ce procureur a frappé sa fille car il était au courant que ce dernier a, à maintes reprises, fait des avances à sa fille, en vain. « Je pense qu’il aurait agi sous le coup de la colère ».

Il ne comprend comment ce procureur peut agresser physiquement sa fille et ne pas l’avertir avant alors qu’il savait qu’il était dans les parages. Le père de cette adolescente demande que justice soit faite pour que sa fille rentre dans ses droits.

Il appelle la justice à poursuivre ce procureur de la République à Bururi pour ses avances à une mineure, pour coups et blessures volontaires. Ce n’est pas tout comme charges, Jean-Marie Ntahondi parle également de violation du domicile car cet acte d’agression physique s’est passé chez lui.

Contacté, Agricole Ndayitwayeko, procureur de la République à Bururi balaie du revers de la main toutes ses accusations portées contre lui en indiquant que cela vise à ternir son image et nuire à sa personne.

Il avoue qu’il a giflé cette fillette mis “pas dans l’intention de l’agresser physiquement mais pour lui donner une éducation de qualité, car selon lui, ’’la fille était en train d’être distraite par un jeune homme”. Le procureur dit qu’il voulait qu’elle aille “revoir ses notes car c’était en pleine période des examens.”

Il indique qu’il a agi en bon père de famille et que son père devrait plutôt le remercier au lieu de se plaindre. Et de faire une révélation. « Je viens d’être promu au poste de procureur de la République à Bururi et il y a des gens, qui ne sont pas contents de sa montée en grade. Ils s’adonnent à faire des montages grotesques pour que je sois démis de mes nouvelles fonctions », se défend-il sans donner de précisions sur ces personnes.
« Un montage pour nuire à ma personne »

Le procureur de la République à Bururi rejette toute tentative de sollicitations sexuelles à cette adolescente. «C’est une insulte contre ma personne et une volonté de nuire à ma réputation ».

Il nie catégoriquement toute relation avec cette fille et de conclure que sa préoccupation était de voir cette élève réviser ses notes chez elle au lieu de se laisser distraire par un jeune délinquant qui lui faisait la cour.

Des sources rencontrées à Nyanza-lac indiquent que cette fille n’était pas avec ce jeune homme évoqué par le procureur de la République à Bururi. Tous les témoins affirment que cette jeune fille était en train de vendre de l’huile de palme.

Cependant d’autres sources indiquent qu’elles auraient aperçu un jeune homme en train de ’’draguer’’ cette adolescente même si ces témoins ne donnent pas l’identité de ce jeune homme. Iwacu n’a pas non plus réussi a l’identifier.

Selon des gens du voisinage qui ont assisté à la scène et qui ont difficilement accepté de témoigner, des interrogations subsistent autour de cette affaire, «Comment est-ce que une personne et de surcroît un procureur de la République peut se mettre à asséner des coups à une ado, après avoir échangé quelques mots avec elle ? Il y a, à coup sûr, des antécédents à rechercher».

Pour sa défense, le procureur parle d’un règlement de compte entre lui et l’oncle de cette jeune la fille. « Il y a quelques années, cette parenté de la jeune fille a perdu un procès dans une affaire dont j’étais président du siège. Tout cela est à rechercher pour essayer de trouver la véracité des faits », confie M. Agricole Ndayitwayeko, sa famille réside à Nyanza-lac.

Signalons que la fille se fait soigner à Kira Hospital mais en soins ambulatoires. Un proche de cette famille contacté nous a révélé que cette adolescente est prête à témoigner et à charger ce procureur de harcèlement sexuel à travers ses avances intempestives.


Les défenseurs des droits de la femme demandent justice pour Thierryve

Suite au passage à tabac de la jeune Thierryve, société civile, défenseurs et activistes des droits de la femme, tous s’indignent. Ils réclament justice.

Par Keyna Iteriteka, Dorine Niyungeko et Clarisse Shaka

« Un acte ignoble ! »

Contacté sur le cas de cette jeune fille tabassée par le procureur de Bururi, Ingrid Kamusoni, secrétaire exécutif de l’association pour la promotion de la fille burundaise, APFB, s’indigne.

« Qu’il soit puni conformément à la loi sans tenir compte de son statut, c’est incompréhensible et ignoble pour un homme de la loi, qui est supposé protéger le reste de la société !»

Pour la secrétaire exécutif de l’APFB, «cet acte est ignoble, une jeune fille est violentée par celui qui était censé la protéger, c’est à punir et un agissement à éradiquer».

Ingrid Kamusoni remercie les voisins qui ont tiré la sonnette d’alarme pour la jeune fille et demande que le procureur s’acquitte de tous les frais des soins de santé de la victime.

la secrétaire exécutif de l’APFB regrette également que le procureur de Bururi soit encore en liberté après avoir commis une telle violence contre une jeune femme.

« Non à l’impunité! »

« Peu importe la raison derrière ce forfait, c’est inhumain. Tabasser une personne, encore plus une mineure, c’est une atrocité. Pire, l’auteur est un procureur de la République à Bururi», regrette Dacia Munezero, activiste des droits de la femme.

Pour elle, l’acte posé par ce procureur est contraire à son métier qui est de rendre justice. « Nous ne voulons pas entendre que la fille est juste guérie et le bourreau libre».

« Nous réclamons justice pour cette petite », insiste-elle. C’est le fait de ne pas sanctionner les coupables de tels actes, explique-t-elle, qui fait régner l’impunité et de pareilles bavures.

« Une circonstance aggravante »

« Une autorité du rang de procureur de la République qui ose faire une chose pareille est une honte », le coordonnateur de la Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance (Fenadeb), Isidore Nteturuye demande une punition sévère et exemplaire pour l’auteur de ce crime.

Pour M. Nteturuye, que l’auteur soit procureur de la République constitue une circonstance aggravante. « C’est honteux, indigne. Il fait partie d’une institution qui devrait protéger la population».

« C’est une honte pour le pays ! »

L’association “Nturengaho” pour les victimes des violences basées sur le genre insiste sur une poursuite judiciaire du procureur de la République de Bururi. « C’est la honte pour la nation et l’institution judiciaire, cela dépasse l’entendement !»

Pour le coordinateur de cette association, Pie Mpayimana, il faut absolument que l’auteur soit traduit devant la justice. Il assure que l’association va aider la victime à jouir de son droit de porter plainte. « Si la justice est déjà saisie, nous allons faire le suivi», conclut-il.

« Les enquêtes sont sur pied »

Le ministère de la Justice indique s’être déjà saisi de l’affaire. «Le dossier a été ouvert au parquet général de la République et les enquêtes sont déjà sur pied», assure Cynthia Orly Irakoze, son porte-parole.

« Si la commission en charge de l’enquête conclut à sa responsabilité pénale, sans l’ombre d’un doute, il sera puni conformément à la loi comme n’importe quel citoyen», a-t-elle tenu à préciser.

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. bavugirije

    La porte-parole du ministère de la justice parle de responsabilité pénale. Non Cynthia Orly Irakoze. Il est interdit d’utiliser la force contre une personne sans son accord. Quand cela se produit, on parle de voies de fait. Ainsi, donner un coup de poing à quelqu’un, lui lancer un objet comme une chaise ou le grafigner sans son autorisation est une infraction criminelle qui peut avoir des conséquences légales. Ce procureur de Bururi devrait être déjà en taule et remplacé à son poste.

  2. Gacece

    Je vais peut-être décevoir certains. Qu’est-ce que vient faire l’histoire de cette chaise en plastique? On n’a pas besoin d’une chaise pour frapper une adolescente de 15 ans! À la limite, on peut prendre un bâton, mais pas une chaise. Il faudrait vérifier si cette histoire n’a pas été exagérée.

    Si nous revenons à cette prétendue punition évoquée par ce procureur, qui est-ce qui l’a mandaté pour punir les enfants sans la permission de leurs parents? Il n’est ni policier, ni éducateur. Je sais bien qu’on dit que l’éducation d’un enfant incombe à toute la société. Pourquoi ce procureur ne s’est-il pas adressé en premier à ce jeune homme qui faisait la cour à l’adolescente pour lui demander d’arrêter de la distraire? Ou pourquoi n’a-t-il pas informé les parents? C’est ce qu’on fait d’habitude dans ces situations.

    À mon avis il y’a une autre histoire qu’on ne nous raconte pas. Et il faut creuser encore de tous les côtés pour découvrir la vérité… avant de condamner. Se pourrait-il que ce soit une histoire de jalousie?… un triangle amoureux peut-être?

    Le procureur avoue qu’il n’a que giflé la fille. Dans quel était l’a-t-il laissée? Le coup de la chaise est peut-être une mise en scène comme il le prétend.

    Et si on revient aux punitions, je ne comprends toujours pas qu’il n’y ait pas de loi et une commission qui protègent les mineurs contre des parents, des éducateurs (enseignants ou autres autorités) et autres adultes violents.

    Et c’est quoi cette manie de frapper des enfants, qu’on soit parent ou enseignant? La punition corporelle et toute autre forme de violence devraient être bannies comme « moyens d’éducation »! C’est une mentalité dépassée. Ndavuga simvura.

  3. Arène

    “Qu’il soit puni conformément à la loi sans tenir compte de son statut”
    “[…]il sera puni conformément à la loi comme n’importe quel citoyen.”

    À mon humble avis, il [ce procureur] devrait être puni en tenant compte de son statut qui, comme le dit si bien M. Nteturuye, constitue une circonstance aggravante. La loi doit être appliquée pour le citoyen occupant le rang de procureur et non comme n’importe quel citoyen.

  4. Nshimirimana

    Je ne suis pas juriste mais à mon avis, ce procureur aurait dû être mis en garde à vue pour enquête sur ces faits de violence sur personne et de surcroît mineure. Sinon , je m’attendais de la part de cette porte parole du ministère de la justice qu’elle nous parle plutôt d’une enquête administrative ! Il y a clairement un problème d’éthique et de déontologie professionnelle chez ce type, gardien de la loi de surcroît !
    Encourageons ces associations de défense des droits à se constituer partie civile pour éviter que cette affaire ne soit pas étouffée comme tant d’autres ou que l’on trouve des boucs émissaires afin de blanchir le coupable!
    Au nom de quelle légitimité peut-on tabasser un enfant pour motif qu’elle doit faire ses leçons ?

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