Économie

Mabayi : Lueur d’espoir pour 150 familles après réouverture du site aurifère

30/05/2019 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Mabayi : Lueur d’espoir pour 150 familles après réouverture du site aurifère
Mabayi : Lueur d’espoir pour 150 familles après  réouverture du site aurifère
Fabien Habonimana: «  J’ai déjà commencé à épargner le mois dernier. J’ai 25 milles  BIF dans la caisse.

Malgré le manque à gagner enregistré pendant la période de suspension, les creuseurs de l’or sur le site de Kabere espèrent profiter de la reprise de l’extraction. La coopérative «  Dukomezumwuga » fait savoir qu’elle a perdu plusieurs millions.

« Je ne suis pas un voleur. Je l’ai fait pour sauver ma femme et mes enfants. Le site minier de Kabere, ma seule source de revenu était fermée », se fâche Ntirenganyabayo. Ce jeune creuseur a été emprisonné pour avoir volé un régime de banane. Telle est l’une des conséquences de la suspension de toutes les activités d’exploitation minière par les coopératives ou autres associations travaillant dans le secteur des mines.

Il est 10 h. Sur la colline Kabere de la commune Mabayi, la coopérative «  Dukomezumwuga » a repris l’extraction de l’or au mois de mars dernier.
Nous sommes au cœur de la galerie ouverte, plus 40 mètres de profondeur. Une cinquante de creuseurs couverts, de la tête aux pieds de boue jaunâtre, travaillent à la chaîne. Munis de pioches, de pelles, de casquettes et de bottes, certains creusent et montent la boue. D’autres font le lavage.

Selon Domitien Bahinyuye, président de la coopérative «  Dukomezumwuga » les activités ont été suspendues par le Conseil national de sécurité au mois de septembre 2018.

Plusieurs raisons étaient derrière cette décision. Premièrement, les coopératives étaient accusées par le Conseil de vendre frauduleusement les minerais. Ensuite, il leur reprochait de ne pas s’acquitter régulièrement des redevances. En outre, les sites miniers ne sont pas clôturés. Enfin, les ouvriers travaillant dans les mines n’ont pas d’équipements exigés : casques, gilets et les bottes.

M. Bahinyuye fait savoir que cette coopérative compte une main-d’œuvre de 150 hommes. Chaque ouvrier perçoit 50 mille par mois.
Pour reprendre l’extraction, Domitien Bahinyuye précise qu’ils ont payé les taxes et redevances prescrites dans le Code minier : « Nous avons versé à la BRB la redevance annuelle de 5 000 dollars américains équivalant de 11 millions de BIF et une contribution annuelle d’un million de BIF pour la réhabilitation du site. »

En outre, il indique que la coopérative a payé la taxe annuelle de 300 mille BIF au niveau de la commune. Une somme de 120 mille BIF a été versée pour contribuer aux élections de 2020. De plus, cette coopérative a clôturé le site et acheté les casques, les gilets et les bottes pour ses ouvriers.

Les conséquences sont gravées dans les mémoires

Les creuseurs sont dans la galerie au site de Kabere.

« La suspension a coûté cher à la coopérative », indique Domitien Bahinyuye. Durant les cinq mois de chômage, la coopérative a enregistré une perte de plus 15 millions. Et d’enchaîner : «Nous avons repris l’activité au mois de mars. Nous avons dû recommencer à zéro.» Les deux galeries étaient pleines d’eau. La coopérative a investi beaucoup d’argent pour les vider. Elle a décaissé plus de 2 millions à l’achat du carburant pour alimenter les pompes à eau et 7,5 millions de BIF payés  aux creuseurs. Le président de cette coopérative soutient n’avoir rien gagné au mois de mars.

« Dans l’avenir, nous demandons au gouvernement de nous avertir avant de prendre une telle mesure », plaide Domitien Bahinyuye. Sinon, tient-il à préciser, la coopérative perd et les creuseurs sont victimes.

Malgré la réouverture de ce site, David Siborurema, un des creuseurs ; garde dans sa mémoire le calvaire vécu durant ce temps de chômage. Sa famille a mené une vie misérable. « Ma femme est tombée malade. Pour la faire soigner, j’ai été obligé de vendre sa chèvre à 30 mille BIF ». Et de déplorer qu’avec la suspension de cette activité, personne ne peut prêter son argent. Il témoigne également que ses trois enfants ont abandonné l’école suite au manque de frais scolaires. M. Siborurema se dit rassuré par cette reprise : « Je peux de nouveau prendre soin de ma famille. Mes enfants ont repris le chemin de l’école.»

Mêmes lamentations chez Philip Bagitagite. Agé de 54 ans, creuseur pendant 23 ans, se dit traumatisé par ce chômage. L’air abattu, ce père de neuf enfants soutient qu’il n’avait jamais vécu une telle situation.

Originaire de la colline Kibande, ce doyen des creuseurs confie que ses six enfants ont abandonné l’école. Il a éprouvé des difficultés pour les nourrir. « N’eût été l’élevage de poules qui me rapportait un peu de sou, je ne pouvais pas tenir cinq mois. Je n’oublierai jamais ce chômage ».

Willy Ndayishimiye, père de deux enfants, originaire de la colline Myezi en commune Murwi, ne cache pas son désarroi : « Pendant le chômage, ma famille a failli mourir de faim. » Selon lui, la récolte était mauvaise pour la dernière saison culturale. Tout le monde s’approvisionne en nourriture sur le marché ou à la boutique « Si tu n’as pas d’argent pour acheter de la farine de manioc, du haricot, le riz et l’huile de palme, tu meurs ». Pour s’en sortir, ce jeune homme a vendu sa chèvre à un prix dérisoire.

Philip Bagitagite applaudit la reprise de l’extraction de l’or. Grâce au salaire perçu, il prévoit acheter une parcelle pour ses enfants. Celle héritée de son père n’est pas suffisante. Il fait savoir qu’il a déjà construit une maison de 500 mille BIF grâce au revenu tiré de ce métier.

Tenant à la main la pelle, Fabien Habonimana trébuche dans la boue, mais sourit. Ce quinquagénaire, originaire de la colline Rugongo, témoigne avoir consommé toute l’épargne. Mais aujourd’hui, il ne cache pas sa joie : «  J’ai déjà commencé à épargner 25 mille  BIF, depuis mars dernier. » Il veut constituer un capital de 500 mille BIF pour commercialiser des produits de première nécessité. « A mon âge, je ne peux pas tenir encore plus deux ans dans les mines. Je veux faire du commerce », conclut-il.

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