Économie

Rumonge : Quand le gouverneur fixe le prix de la brochette

06/06/2019 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Rumonge : Quand le gouverneur fixe le prix de la brochette
Rumonge : Quand le gouverneur fixe le prix de la brochette
Les stands de viande au marché de Rumonge.

Après la décision du gouverneur de Rumonge de revoir à la baisse le prix de la viande, les bouchers ruminent leur colère. Pour l’Olucome, la régulation des prix n’est pas du ressort de cet administratif. Les consommateurs se lèchent les babines.

Alors que les bouchers murmurent et réclament de pratiquer au moins les anciens prix, le gouverneur Juvénal Bigirimana ne compte pas revenir sur sa décision. Il va jusqu’à leur demander de ‘’changer de métier’’.

C’est officiel, depuis deux semaines, sur toute l’étendue de la province de Rumonge, les prix de la viande de bœuf sans os est passé de 7.000 BIF à 6.000 BIF, le kilo. Pour la viande avec os, le kilo coûte 5.500 BIF au lieu de 6.000 BIF.

Même si ces nouveaux prix décidés unilatéralement par le gouverneur ne sont pas affichés au marché, tout le monde les connaît. Les bouchers broient du noir : «Depuis la mise en application de cette décision, j’enregistre un manque à gagner de 50.000 BIF. Deux de mes collègues ont déjà jeté l’éponge», s’indigne Auguste Bavumiragiye.

Il n’est pas le seul boucher de Rumonge à se plaindre. Les effets de la baisse du prix du kilo de viande, parlent d’eux-mêmes et résument l’ambiance qui règne dans les stands occupés par les bouchers.

Il est 10h à Kanyenkoko. La partie du marché réservée aux bouchers est animée. Les clients se bousculent, les bouchers s’activent mais ils maugréent quand ils prennent l’argent.

Certains d’entre eux ne cachent pas leur mécontentement. «Nous devrions quand même avoir la marge de liberté dans la fixation du prix de notre marchandise comme les vendeurs de haricot et de fruits», lâche l’un d’eux.

D’autres refusent de parler préférant marmonner quelques mots à peine audibles tout en continuant à servir les clients. «Cela ne change rien. Personne ne peut changer la décision du gouverneur», se désole un boucher portant un tablier maculé de sang.

Tout a commencé le 16 mai, raconte Baranderetse Niyokwizigira, l’un des représentants des bouchers de ce marché. Selon lui, le prix du kilo de la viande « steaks » est réduit de 1.000 BIF conformément à l’annonce faite par le gouverneur de Rumonge.

«La situation est intenable», fait-il savoir. Ce porte-parole autoproclamé fait savoir que ce commerce n’est plus rentable. «La réalité, c’est que depuis le 16 mai, je suis déficitaire».

Les bouchers dans l’angoisse

Ce représentant propose un tarif qui favoriserait le vendeur et le consommateur. Il donne deux options : baisser un kilo de viande avec os à 5.000 BIF et fixer celui du steak à 6.000BIF. Ou bien, hausser le prix d’un kilo du steak à 6.500 BIF et laisser celui de viande avec os à 5.500 BIF.

Angoissé, un autre boucher sous couvert d’anonymat se résigne : « Face à cette situation,  nous n’y pouvons rien. Nous ne pouvons pas amener le gouverneur à revoir sa décision.»

Ce père de trois enfants déplore avoir perdu plus de 200.000 BIF en trois semaines : «Je continue à travailler parce j’ai peur de mon fournisseur. Je lui dois de l’argent. Si j’arrête, mon fournisseur s’en prendra à moi. Et cela me conduira à coup sûr en prison.»

Toutefois, cette décision ne frappe pas seulement les bouchers. Les tenanciers de cabaret sont également concernés. Alexis, tenancier rencontré non loin du marché de Rumonge, fait savoir qu’il a reçu l’ordre de réduire le prix.

Selon lui, le gouverneur  a fixé le prix de la brochette à 1.000 BIF. Avant,  la brochette de bœuf se vendait entre 1.300 et 1.500 BIF. «Nous ne pouvons pas gagner si l’Etat fixe le prix sans prendre en considération les charges et les pertes éventuelles liées à ce commerce».

Les consommateurs rencontrés au marché saluent la décision du gouverneur.  « Je ne me plains pas. J’achète un demi kilo de viande avec os à 2.700 BIF», se réjouit Rahab Minani.

Avant cette mesure, ajoute cette mère de sept enfants, je l’achetais à 3.000 BIF. «Comme ça, il me reste 300 francs pour acheter un peu de légumes et d’huile».  

Face aux lamentations de bouchers, Juvénal Bigirimana, gouverneur de la province Rumonge n’y va pas par quatre chemins. «Ceux qui ne peuvent pas travailler dans ces conditions n’ont qu’à changer de métier».

D’après lui, cette mesure a été prise par le comité de sécurité. Cet administratif accuse les bouchers d’avoir haussé le prix sans son accord. «Depuis le premier janvier, les bouchers ont augmenté le prix d’un kg de la viande de 2.000 BIF».

Interrogé sur les critères sur lesquels il s’est basé pour fixer ces prix, le gouverneur de Rumonge s’est refusé à tout commentaire.

«C’est un abus du pouvoir »

Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), dénonce ces mesures prises par le gouverneur de la province Rumonge. «C’est comme si c’était un Etat dans l’Etat».

Gabriel Rufyiri : «Il faut à mon avis protéger les commerçants. Demain, il fixera le prix du carburant ou de la bière.»

Dans son argumentaire, cet activiste s’appuie sur le Code du commerce de la République du Burundi du 16 janvier 2015 et montre dans quel cadre la revue à la baisse de prix peut intervenir. L’article 4  du chapitre III, explique le président de l’Olucome, dispose que les prix des biens et services sont librement déterminés par le jeu de la concurrence.

Pour nuancer, il précise que dans les secteurs où la loi de la concurrence par les prix est limitée en raison de la situation monopolistique ou monopsone ou de difficultés durables d’approvisionnement, les dispositions particulières peuvent réglementer les prix.

«La province de Rumonge n’est pas dans de telles situations. Il n’y a ni le marché de monopole de la viande, ni le problème d’approvisionnement», soutient Gabriel Rufyiri.

En cette situation, ce défenseur de la bonne gouvernance tient à souligner que le Code du commerce est clair : seul  le ministre du Commerce est autorisé d’arrêter, par ordonnance, les prix des biens et services.

Cette décision de régulation des prix doit être absolument motivée par une situation de crise, de circonstances exceptionnelles ou calamités publiques ou une situation anormale du marché dans un secteur bien déterminé.

Par ailleurs, l’ordonnance ministérielle précise la durée de validité de cette baisse des prix. Cette dernière ne peut pas dépasser six mois. Elle peut être renouvelée autant de fois que de besoin. Selon Gabriel Rufyiri,  le gouverneur abuse de son pouvoir. «Cette décision ne se réfère à aucune loi».

 

Les faits sont têtus, démontre le président de l’Olucome, le gouverneur de Rumonge vient de remplacer le ministre du Commerce. «Il faut à mon avis protéger les commerçants. Demain, il fixera le prix du carburant ou de la bière». Il en appelle à la suspension de cette décision.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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