Mercredi 19 juin 2024

Société

L’icône burundaise du tambour inhumée avec des honneurs

26/04/2017 Commentaires fermés sur L’icône burundaise du tambour inhumée avec des honneurs

Le gardien des tambours sacrés, Antime Baranshakaje, a été enterré, ce lundi 17 avril, au sanctuaire des tambours sacrés à Gishora, en commune Giheta, province Gitega. Tous évoquent le souvenir d’un grand patriote.

Des tambourinaires escortent le cercueil de l’icône burundais jusqu’à la Gare du nord
Des tambourinaires escortent le cercueil de l’icône burundaise jusqu’à la Gare du nord

Il est 7h10, un corbillard entre à la morgue au Centre Hospitalo-Universitaire de Kamenge (CHUK). Il vient prendre le célèbre tambourinaire pour le conduire à sa dernière demeure. La famille du vieux tambourinaire est présente. Mais aussi une cinquantaine de tambourinaires sont venus dire adieu à leur doyen. Des badauds sont aussi au rendez-vous.

Autour du cercueil d’Antime, ils se recueillent. Certaines parentés sanglotent doucement tandis que d’autres ont un visage fermé. Après la mise en bière, le cercueil de l’icône burundaise sort de la morgue, porté par des Batimbo (tambourinaires). En chantonnant, tambours sur la tête, formant une haie d’honneur et arborant les couleurs nationales, les tambourinaires escortent le corbillard jusqu’à la Gare du nord. Un moment d’émotion.

Le cortège prend la route vers Gitega, sa province natale. A la Paroisse de Giheta où se déroulera la messe de requiem, les habitants de cette commune attendent leur héros. Dans son homélie, l’évêque de Rutana, Mgr Bonaventure Nahimana, qui a célébré la messe, parle d’un homme d’une grande valeur attaché à la culture burundaise. Les voisins du vieux tambourinaire, venus nombreux assistés à la messe, se disent attristés par sa disparition. «C’est une grande perte pour le pays et notre commune. »

Bientôt un monument en son honneur

Sous une pluie fine, un cortège d’une trentaine de voitures prend le chemin vers la dernière demeure du célèbre tambourinaire. C’est au site historique du sanctuaire des tambours sacrés à Gishora qu’Antime entretenait avec tout son cœur. L’endroit abrite les tambours sacrés Ruciteme et Murimirwa.

Des personnalités étaient présentes à la messe de requiem à la Paroisse de Giheta
Des personnalités étaient présentes à la messe de requiem à la Paroisse de Giheta

Quatre tentes sont érigées. Les gens sont nombreux. Les invités de marque ont du mal à passer. En plus de sa famille, ses voisins et ses connaissances, plusieurs autorités ont fait le déplacement, notamment la 1ère vice-présidente du Sénat, Spès Caritas Njebarikanuye, le ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, Jean Bosco Hitimana, le Secrétaire général du parti Cndd-Fdd, Evariste Ndayishimiye, le président de la CNIDH, Jean Baptiste Baribonekeza, des députés ainsi que les autorités administratives de la province Gitega.

Sur des chants religieux, tous les Batimbo du groupe de tambourinaires de Gishora forment un cercle autour du cercueil d’Antime. Le regard triste, ils ne savent plus quoi dire. «Il va nous manquer», disent-ils.

Jean Bosco Hitimana : «L’Etat burundais va ériger un monument en son honneur»
Jean Bosco Hitimana : «L’Etat burundais va ériger un monument en son honneur»

Dans son discours, le ministre de la Culture est revenu sur la vie d’Antime Baranshakaje et ce qu’il a fait pour le pays. Entre autres faits d’armes, souligne-t-il, il y a la promotion du tambour burundais jusqu’à le faire inscrire au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Selon le ministre Jean Bosco Hitimana, Antime Baranshakaje a bien entretenu le sanctuaire de Gishora et a aussi créé le célèbre groupe des tambourinaires de Gishora. «Il a participé dans différentes compétitions internationales dans le but de promouvoir la culture burundaise à travers le tambour.

Plusieurs prix lui ont été décernés.» D’après le ministre, le Burundi vient de perdre un homme de grande valeur. «Sur ce, le gouvernement s’engage à ériger un monument en son honneur afin que les générations futures continuent à se souvenir de lui.»

Assumpta Mbahonankwa, la fille d’Antime Baranshakaje, a remercié le gouvernement du Burundi pour avoir organisé l’enterrement de son père. Elle a aussi remercié certaines organisations de la société civile, des banques et des particuliers vivant en Europe et au Canada qui ont beaucoup contribué lorsque son père était malade.

Un héritage inégalable

Pour Dunia, représentant du Club Komezakaranga de Kamenge, présent lors de l’enterrement de son mentor, Antime Baranshakaje laisse un héritage énorme aux jeunes générations. Il se souvient que l’icône du tambour burundais a toujours crié haut et fort qu’une femme n’a pas le droit de battre le tambour. « Lorsque des femmes de Kinama se sont arrogé ce droit, il s’est beaucoup battu et ce mouvement a cessé. De notre vivant, nous n’accepterons jamais que cela arrive.» Et de raconter aussi comment Antime Baranshakaje a beaucoup travaillé pour que le tambour burundais soit inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. «Avec Antime, nous avons écrit une lettre à l’Unesco pour demander cela. Grâce à son travail et à son amour pour le tambour, cela a porté des fruits. C’était un honneur pour le pays et pour lui.» Il estime que c’est une perte énorme.

«Avant qu’il descende sur Bujumbura pour se faire soigner, il nous a rassemblés pour nous donner des directives. Il nous a formellement interdit de battre le tambour dans les mariages. Nous allons suivre ses directives à la lettre», confie un tambourinaire de Gishora. Il nous a aussi demandé, poursuit-il, de prendre soin du sanctuaire des tambours sacrés et de rester soudés. «Après ces conseils, nous avons comparé notre mentor à Moussa de la Bible qui a conduit les Israéliens hors d’Egypte.»

Le regard triste, les Batimbo du Groupe de tambourinaires de Gishora se recueillent devant le cercueil de leur mentorDes
Le regard triste, les Batimbo du Groupe de tambourinaires de Gishora se recueillent devant le cercueil de leur mentorDes

Sur les visages des tambourinaires de Gishora, on pouvait lire une grande peine. «Nous sommes extrêmement attristés par sa disparition. Il s’est donné corps et âme pour nous transmettre ses connaissances», indique un d’entre eux. «On avait espoir qu’il guérira car on avait annoncé son transfert à l’étranger, mais ça n’a pas été fait. On ne peut rien faire maintenant. C’est triste», renchérit un autre. Toutefois, ces tambourinaires de Gishora assurent qu’ils vont sauvegarder l’héritage d’Antime Baranshakaje. «C’était un homme de paix. Il ne faisait pas de différence parmi ses tambourinaires. Il nous considérait tous comme ses enfants. Moi, par exemple, j’ai sillonné plusieurs pays grâce à lui», raconte un autre tambourinaire.

Comme le célèbre tambourinaire leur avait demandé, ils promettent de continuer à entretenir le sanctuaire des tambours sacrés. «Nous demandons au gouvernement de continuer à injecter des fonds dans ce sanctuaire à la mémoire d’Antime», exhorte Zacharie Nizigiyimana, un tambourinaire de Gishora. Ils demandent aussi à l’Etat de leur accorder un petit intéressement dans la mesure où ils œuvrent pour le bien de la nation. «Le vieux avait demandé cela, mais le gouvernement ne l’a pas encore fait. Nous espérons qu’il va le faire.»

Ces tambourinaires de Gishora assurent qu’ils ont des informations faisant état d’une personne extérieure au groupe voulant remplacer Antime Baranshakaje. «Nous n’accepterons jamais cela. Nous demandons au ministère de la Culture de veiller à ce que cela ne se produise pas », soulignent-ils.

L’épouse d’Antime Baranshakaje asperge l’eau bénite sur la tombe de son mari
L’épouse d’Antime Baranshakaje asperge l’eau bénite sur la tombe de son mari

Pour les habitants de Gishora, c’est aussi une grande perte. «Ils nous égayaient avec le tambour et des anecdotes sur l’histoire du tambour burundais. Nous demandons à ses disciples de perpétuer cet héritage.» Ces habitants demandent au gouvernement de continuer à aider la famille du gardien des tambours sacrés. «Il a beaucoup fait pour le pays et il laisse une famille. L’Etat a le devoir d’assister sa famille en signe de reconnaissance.»

Antime Baranshakaje est né en 1936 sur la colline Masasu, commune Giheta en province Gitega. Il laisse une femme, 7 enfants et plusieurs

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