Mardi 23 avril 2024

Société

Les incendies de véhicules de transport en commun interpellent

23/12/2022 1
Les incendies de véhicules de transport en commun interpellent
Incendie d’un véhicule de transport en début de la semaine du lundi 5 décembre 2022.

Le nombre de bus qui prennent feu de temps en temps en pleine route en mairie de Bujumbura et à l’intérieur du pays inquiète. Parmi les causes, les techniciens du domaine penchent pour le parc automobile vieux, un manque suffisant d’entretien et de contrôle.

Le dernier incendie de véhicule de transport en commun date de plus d’une semaine. Il a eu lieu au boulevard Mwezi Gisabo non loin du campus Mutanga en mairie de Bujumbura.

Les images de ce minibus de type Hiace ont circulé sur les réseaux sociaux montrant le bus partir en fumée sur l’axe menant vers la Paroisse Esprit de sagesse. « Heureusement, il n’y a eu aucun mort ni de blessé mais la scène était horrible », se sont félicités les passagers.

Mais le cas n’est pas isolé. D’autres bus ont pris feu, il n’y a pas longtemps. On peut rappeler le bus de type Toyota Coaster consumé par le feu en plein centre-ville de Bujumbura en date du 18 avril 2022 et très récemment au mois de novembre 2022, un véhicule de type Probox exerçant le transport de personnes à Muyinga a pris feu.

La liste peut être longue. D’aucuns se demandent si le parc automobile de transport en commun vieux ne serait pas à l’origine de ces incendies. Et en tout cas, s’insurge un usager rencontré dans le parking de l’ancien marché de Bujumbura, la vétusté et le mauvais entretien des véhicules ne sont pas à écarter.

Vers 11h15, ce lundi 12 décembre, 2022 au parking desservant la zone Musaga. Une vingtaine de bus sur la ligne des bus desservant la zone Musaga. Les convoyeurs appellent des clients. Il pleut sur une longue chaîne de vieux bus. Leur immatriculation varie généralement de A à D seulement, des véhicules qui commencent à prendre de l’âge.

« Je pense que ce sont les tous premiers bus à servir au Burundi », a commenté un vendeur de crédit téléphonique exerçant sur place. Ici, lance-t-il, sur la file, certains démarrent difficilement, il faut un peu pousser.

« Le chauffeur doit demander à son convoyeur de pousser le bus pour l’aider à pouvoir démarrer ». C’est le cas pour un des bus desservant Kanyosha.

Son conducteur explique pourquoi les minibus qui font le transport sont vieux. « Ce sont des bus d’occasion achetés au Burundi. » D’après lui, il suffit de se rendre au parking desservant le sud du Burundi ou celui de Cotebu qui dessert le nord de la ville de Bujumbura. « Un minibus en bon état s’achète à 20 millions BIF, celui, qui me tracasse a été acheté à 15 millions et elle vient de braver tous les nids de poule pendant plus d’une année », a confié un jeune conducteur. Lui et son convoyeur affirment que leur bus est presque foutu. « Seul le moteur est en bon état », assurent-ils.

Des bus aux mille « secrets »
Selon les conducteurs de bus de transports interrogés, la plupart des minibus ne sont pas en bon état. « Tu serais étonné si on te demandait de conduire un d’eux », averti un chauffeur.

Il indique qu’il faut connaître son secret pour pouvoir démarrer ou changer de vitesse ou activer les clignotants. « Quand bien même tu serais un conducteur, très expérimenté, cela ne veut pas dire que tu vas conduire. Quelques fois il n’y a même pas de clé de contact, juste un tournevis ».

Selon eux, chaque bus a ses secrets au vu de sa vétusté. « Tu serais surpris quand tu me voyais en train d’appuyer concomitamment sur la pédale d’embrayage et le frein car mon bus n’a pas de ralenti moteur », renchéri un autre chauffeur.

En tout cas, ces as du transport en commun reconnaissent que les minibus en mairie de Bujumbura sont pour la plupart vieux. Interrogés si cela ne serait pas à l’origine des incendies et autres accidents, ils disent que non : «C’est souvent dû au court-circuit, les véhicules qui consomment de l’essence sont très exposés ».

Les chauffeurs et leurs convoyeurs s’accordent à dire que le mauvais état des bus de transport est dû à un manque d’entretien. « L’état dépend du propriétaire du véhicule et de son chauffeur », raconte un convoyeur de bus desservant le quartier Kibenga.
Selon lui, la plupart des chauffeurs ne signalent pas les pannes à temps à leur patron et certains patrons traînent les pieds quand il s’agit de débloquer de l’argent pour quelques réparations au garage.

« Ils sont en ordre »

Nixon Habonimana : « Nous proposons la tolérance zéro contre les infractions routières.»

Bien que la plupart des bus de transport commun soient en mauvais état, leurs conducteurs confient qu’ils ont des documents en bonne et due forme. Interrogés s’ils parviennent à obtenir des documents, un chauffeur fait quelques confidences : « Nous envoyons quelqu’un les chercher ».

Nixon Habonimana, chef de bureau de l’Observatoire de la Sécurité routière déplore le fait qu’il y ait des accidents qui pourraient être évités. En général, souligne-t-il, deux mois ne peuvent pas passer sans qu’un bus surtout de type Hiace et quelques fois de type Coaster soit victime d’incendie. « Cela est essentiellement lié à la vétusté de ces véhicules et leur manque d’entretien suffisant par leur propriétaire ».

Selon lui, c’est étonnant que ces véhicules soient les premiers à posséder des documents de contrôle technique en règle. D’après lui, il y a des lacunes dans l’octroi de ces documents. « Pour la plupart, les parties  qui devraient être couvertes sont à découvert et blessent les passagers. Les véhicules roulent à l’image des vieilles brouettes comme si les responsables du secteur ne les voyaient pas ».

Pour Nixon Habonimana, il est grand temps pour que ces autorités agissent. Il propose une tolérance zéro sur la route où les infractions sont punies sans tenir compte des propriétaires des véhicules. « Un chauffeur de tel, parce qu’il est ceci ou cela, ou parce qu’il roule dans un véhicule rutilant d’un général, tout lui semble permis, c’est comme s’il peut outrepasser la loi ».

D’après ce chef de bureau de l’Observatoire de la sécurité routière, certains propriétaires de véhicules de transport en commun mettent en circulation des bus presque abandonnés. Ils demandent que les véhicules qui ne sont pas dignes de transporter les personnes soient retirés de la circulation. De surcroît, il demande aux maisons d’assurance de ne plus donner des services à ce genre de propriétaires qui, pour lui, badinent avec la vie des personnes.

Nécessité de formation des conducteurs

 

Pacifique Nsabimbona : « Le risque d’incendie sur une automobile est très grand.»

Les incendies des véhicules de transports interpellent aussi le Bureau d’Etudes, Expertises et Conseils en automobile (BECA). « Cela nous ramène à nous poser des questions de l’efficacité des secours et de la prise en charge des blessés éventuels », a régi de son côté, Pacifique Nsabimbona, directeur général de BECA.

Pour lui, ces sont des cas qui doivent être étudiés pour savoir les causes réelles. Et de poursuivre : « En sachant les origines, on peut alors prévenir efficacement ».

M. Nsabimbona constate qu’il peut y avoir plusieurs hypothèses surtout que le Burundi est parmi les pays qui ont un parc automobile très vieux d’après la Fédération internationale de la Route. « Cela peut être une piste à explorer, car même en regardant, on peut voir que le parc automobile burundais est vieux ».

Il parle surtout des bus en ville de Bujumbura. Néanmoins, il fait savoir que même si le parc est vieux, il y a des solutions qui peuvent être entreprises. Notamment la formation en continu des chauffeurs des véhicules de transports des personnes et des marchandises.

Le Directeur, général de BECA rappelle qu’en grande partie, le véhicule est fait de matière plastique et qu’il y a des fluides hautement inflammables. « Donc le risque d’incendie sur une automobile est très grand ».

C’est pourquoi, explique aussi notre source, le conducteur devrait être formé pour savoir les gestes à poser en cas d’incendie. A la question de retirer les vieux véhicules de la circulation, le directeur général de BECA, juge que les décisions à prendre sont hautement politiques et sociaux économiques.

Mais selon lui, à un certain moment, il y a des actions qui doivent être courageuses de la part des décideurs politiques. « Le parc automobile étant vieux, il y a vraiment des pertes qu’on ne réalise pas en dehors des accidents qui emportent des vies », motive-t-il.
Ir Innocent Nibizi, directeur général chargé du transport, est aussi inquiet par rapport à ces véhicules de transports en mauvais état qui sont en circulation.

Il demande à l’autorité (Otraco) en charge du contrôle d’être plus regardant et exigeant pour que des gens ne trompent pas leur vigilance. « Que ceux  qui travaillent dans le domaine de transport des personnes et des biens nous amène aussi des véhicules de bonne qualité, qui leur font honneur », recommande l’Ir Innocent Nibizi.

Une recommandation qu’il partage avec Charles, président de l’Association des Transporteurs du Burundi. Pour lui, même si un véhicule est vieux, il peut être bien entretenu.

Il demande à ses collègues transporteurs de ne pas chercher des facilités. Pour lui, ils doivent veiller à la bonne installation des fils électriques de leurs véhicules. « Que les véhicules en mauvais état soient réparés techniquement de façon qu’un véhicule mis en circulation ne cause aucun accident ».

De son côté, Denis Bukuru, directeur général de l’Otraco (Office du transport en commun), indique que la plupart de ces vieux véhicules en mauvais état qui poussent les gens à se poser des questions ne vont pas à l’Otraco pour des contrôles techniques rigoureux. « Sûrement même que le véhicule parti en fumée n’est pas venu dans nos services ».

Il confie que lors d’une petite investigation dans plus de 55 véhicules de transports, seule près de 30 étaient en bon état. « D’autres se trouvaient dans la circulation sans contrôle technique », a-t-il affirmé.

A ceux qui disent qu’ils envoient des personnes pour chercher des documents, Dénis Bukuru dit que ce sont des menteurs. « Peut-être dans le passé oui. Mais, maintenant, cela ne peut plus se faire. Si le document est donné, celui qui l’octroie est licencié sur le champ ».

Le directeur général de l’Otraco demande plutôt à la police d’être vigilante dans le contrôle de la sécurité routière. « On n’a pas à notre niveau le droit de faire des contrôles sur la route ».

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Benit

    Certe les bus sont vieux mais je pense que la plus grande faute incombe aux conducteurs de ses bus, un bon chauffeur doit savoir detecter les pannes en avance et cela peut eviter les accidents banales, s’ il y a incendie du vehicule cad que le moteur est tres chaud , donc la pupart de fois le conducteur n’a pas verifie si il y a de l’eau dans le radiateur, je pense qu’il faut apprendre aux chauffeurs un peut de mecanique .

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