Lundi 09 mars 2026

Environnement

Les écogardes crient au secours de la faune du parc national de la Ruvubu

09/03/2026 0
Les écogardes crient au secours de la faune du parc national de la Ruvubu
Des buffles du parc national de la Ruvubu sont menacés par les braconniers

Recrudescence du braconnage, insuffisance du personnel de surveillance, non implication des administratifs, … le parc national de la Ruvubu est très menacé. Insuffisants et dépourvus de moyens matériels, les gestionnaires lancent l’alerte pour sauver ce patrimoine.

Avec ses plus de 50 mille hectares, c’est la plus grande aire protégée du pays. Il est situé au nord-est du Burundi et s’étend sur quatre anciennes provinces, à savoir Cankuzo, Muyinga, Karusi et Ruyiyi. Vue de loin, elle offre un splendide panorama avec des méandres de la rivière Ruvubu qui la traverse. Elle offre un paysage varié avec de longues chaînes de montagnes, combinant divers types de savanes, des galeries forestières et des forêts claires. Tout semble normal.

Cependant, à l’arrivée au bureau du responsable du parc, des crânes et des os de buffles, d’antilopes et d’autres animaux y sont conservés. Une preuve que le braconnage y est une réalité. Plusieurs techniques sont utilisées selon les témoignages des gestionnaires. « Il y a la chasse en groupes. Des braconniers viennent en équipes de 20 ou 30 personnes. Ils installent des pièges avec les câbles métalliques et y poussent les buffles. S’ils tombent dans ces pièges, ils sont abattus et mangés », décrit Feruzi Sabiti, un éco-garde et guide touristique.

Il y a aussi la technique d’utiliser des filets. D’après lui, on le fait souvent dans les galeries forestières. « Quand les buffles se trouvent sur la colline, on les pousse vers la galerie à l’aide des chiens et des cris. Ainsi, certains tombent dans ces filets installés à l’entrée de la galerie. Les braconniers les tuent à l’aide des lances, des flèches et des machettes. »

Aujourd’hui, il affirme que ces braconniers se montrent de plus en plus nombreux, organisés en grands groupes, très aguerris et préparés. Parmi eux, il y a des Burundais et des Tanzaniens.

Des hippopotames et des antilopes sont aussi piégés à l’aide des objets métalliques ou des fosses. Les braconniers n’épargnent pas les primates, les petites antilopes, etc. Selon M. Sabiti, ces malfaiteurs font aussi de la pêche dans la rivière Ruvubu ou les digues alors que c’est strictement interdit.

Des écogardes ciblés

Feruzi Sabiti : « Tous ces crânes ont été récupérés dans la forêt. Une preuve que le braconnage est une réalité. »

Selon les données fournies par le responsable du parc, moins de cinquante personnes veillent sur ce patrimoine environnemental. Elles courent tous les dangers, y compris la mort. Mathieu Kazoya, 52 ans, est un écogarde depuis 1992. Il affirme que les écogardes s’affrontent avec les braconniers armés de flèches, de lances, etc. « Cela nous arrive souvent. Il y a quelques mois, les braconniers ont blessé notre chef superviseur au niveau du bras. Il y a aussi un gardien qu’ils ont attrapé, tabassé et blessé avec une machette au niveau de la tête. » Il se rappelle aussi qu’un jour, ils ont attrapé un braconnier avec son gibier. « A notre grande surprise, beaucoup d’autres braconniers sont venus à son secours. Ils nous ont combattus et ils sont parvenus à le récupérer. Ils ont même repris la viande que nous avions saisie. Nous avons essayé de nous défendre, en vain parce qu’ils étaient nombreux et armés.»

Sans moyens appropriés pour appeler des renforts des militaires ou des policiers, M. Kazoya indique qu’il leur a été difficile d’appeler à l’aide. Selon lui, pour faire leur travail efficacement, le gouvernement devrait leur fournir du matériel de protection, des moyens de communication comme les Motorola, de la formation paramilitaire, des imperméables, des bottines, etc. « En tout cas, la faune du parc national de la Ruvubu a besoin d’être secourue. Sinon, beaucoup d’animaux sont menacés d’extinction. »

Il ajoute que les écogardes devraient avoir aussi un kit médical de secours. « Dans le parc, il y a des serpents. Quand on est mordu ou blessé par un arbre, nous n’avons rien comme médicaments pour les premiers soins. On rentre se débrouiller à la maison. »

Ils travaillent aussi ventre creux. « Nous quittons la maison à 6 h du matin et on rentre à 18 h sans rien manger ni de l’eau à boire. Nous buvons à la même source que ces animaux. »

D’une superficie d’environ 50 800 hectares, le parc national de la Ruvubu s’étend sur une vaste étendue de terre couverte à la fois de savanes, d’arbres et d’arbustes, d’herbes et d’une galerie forestière. Il dispose d’une multitude d’animaux dont quarante-quatre espèces de mammifères en majorité composées de buffles du cap (syncerus cafer), d’antilopes, d’hippopotames, etc. Il abrite plus de 425 espèces d’oiseaux, 14 espèces de poissons et d’un nombre important de reptiles, de carnivores représentés par des tigres et des primates.

Entretien

« Nous travaillons dans des conditions tellement difficiles »

Marc Bakundintwari est le responsable du parc national de la Ruvubu. Il affirme lui aussi que la situation n’est pas bonne dans cette aire protégée. Il donne quelques raisons de la recrudescence du braconnage et demande aux différents acteurs de sauver ce patrimoine.

Quelle est la situation qu’on trouve dans le parc national de la Ruvubu ?

Il y a beaucoup d’espèces animales. Les espèces phares sont les buffles, les hippopotames, les kobus defassa et les différents primates. Nous avons le crocodile du Nil, des chacals, les léopards, etc. Du point de vue floristique, on a pu dénombrer 330 espèces de plantes.

Qu’en est-il des menaces pour les animaux du parc ?

Il y a plusieurs menaces au niveau du parc. Il y a le braconnage qui est souvent fait par la population environnante. Dans les années 1980, il y a eu une expropriation pour élever cet endroit au statut de parc national. Ces expropriés se sont installés sur les collines environnantes. Ce sont eux qui viennent principalement déstabiliser la faune du parc.

Nous avons aussi les camps des réfugiés congolais installés dans les communes Cankuzo et Ruyigi. Alors, les produits tirés du parc, dont la viande, sont vendus au niveau des camps. Ils constituent donc une autre menace pour nous.

Donc, ils trouvent facilement le marché d’écoulement ?

Oui. Nous avons déjà constaté cela.

Qu’en est-il de votre personnel ? Est-il suffisant et équipé pour pouvoir faire face à ces braconniers ?

Malheureusement non. Notre personnel est insuffisant pour pouvoir patrouiller ce parc. Le budget que nous utilisons est insuffisant pour pouvoir organiser toutes les activités. Nous avons un parc de 50 800 ha, il est surveillé par une équipe d’environ 45 personnes. Vous comprenez qu’il est difficile pour elles de surveiller une telle superficie. Elles n’ont même pas de matériel. Quand elles se présentent au travail, elles n’ont que quelques machettes et des bâtons.

Le gouvernement nous a donné un véhicule mais nous manquons souvent du carburant pour déplacer le personnel. Par ailleurs, les pistes qui nous faciliteraient les déplacements pour la surveillance ne sont pas entretenues de façon régulière.

Quelle est votre demande ?

Nous avons besoin des drones pour bien surveiller le parc. Nous avons besoin également du matériel comme les GPS ne fût-ce que pour faire des relevés topographiques là où nous constatons des infractions. Il nous faut des caméras de surveillance. Bref, on a besoin de tout équipement nécessaire pour surveiller une aire protégée telle que le parc de la Ruvubu. Sans moyens, aujourd’hui, nous ne faisons que patrouiller seulement. Là aussi, on le fait d’une façon superficielle.

Nous avons constaté que les écogardes n’ont même pas d’imperméables, de bottines, d’habits appropriés, etc. Qu’en dites-vous ?

C’est déplorable. Nous n’avons presque rien comme matériel. Pendant cette période pluvieuse, ils n’ont pas d’habits appropriés, d’imperméables, etc. Ils patrouillent la journée et le soir, ils rentrent chez eux. Ils laissent le terrain aux braconniers qui déstabilisent la faune. Nous travaillons dans des conditions tellement difficiles

Votre appel

Nous appelons le gouvernement à augmenter le personnel surveillant. Le budget de fonctionnement devrait aussi être revu à la hausse. Nous demandons également aux partenaires au développement de s’impliquer dans la préservation de ce parc. Pour améliorer l’écotourisme, il faut que les infrastructures d’accueil soient bien réhabilitées et entretenues de façon régulière. Nous avons un gîte, un camping Lodge qui manque d’équipements. Ce dernier a été construit depuis 2012. Malheureusement, jusqu’aujourd’hui, il n’a pas été achevé.

Est-ce que vous sentez l’Implication des administratifs dans la préservation de ce parc ?

Pas tellement. Je vais juste leur rappeler que le parc est national. C’est un bien national et de l’Etat. Nous demandons aux responsables administratifs des 33 collines environnantes du parc de nous aider à bien le protéger. Notre appel va aussi à l’endroit du secteur de la justice.

Pourquoi ?

Parce que nous arrêtons souvent des délinquants que nous remettons à la justice. Mais, par après, ils sont libérés. Il faut que les braconniers soient punis de façon exemplaire.

Effectivement, nous avons entendu qu’il y a un responsable collinaire qui a été attrapé avec la viande d’une antilope
C’est vrai. En commune Muyinga, sur la colline Nyarunazi, il y a un chef de colline qui a été arrêté en train de vendre la viande du kobus defassa. Il a été quand même arrêté. Puis nous l’avons amené au niveau du parquet. Les procédures sont en cours. Nous attendons que la justice se prononce sur ce cas.

Mais nous avons attendu qu’il serait déjà libre. Etes-vous au courant ?

Jusqu’à maintenant, je n’ai pas encore reçu d’informations. Nous attendons la décision de la justice.

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