Mercredi 22 septembre 2021

Opinions

L’argent des autres

Durant un court séjour en Tunisie, je me suis intéressé à quelques questions relatives à ce beau pays et à ce peuple aimable et travailleur. C’est ainsi que j’ai lu avec intérêt un article de Sophie Bessis ((Sophie Bessis fut rédactrice en chef de Jeune Afrique. Elle est actuellement directrice de l’Institut de relations internationales et stratégiques.)) dans le mensuel « La Revue » N0 42 de mai 2014 qui analyse un rapport de la Banque Mondiale au sujet de la corruption du clan Ben Ali (( Sophie Bessis, « L’Ampleur des Affaires Ben Ali révélée », La Revue, mensuel N0 42 de mai 2014, p 48-52.)) . Les réflexions qu’elle soulève à ce propos m’ont amené à méditer sur les trois questionnements qui terminent sont texte.

La responsabilité directe du prince

Dans les régimes qui souffrent de dérive totalitaire comme la Tunisie de Ben Ali, on a souvent tendance à incriminer l’entourage du Prince. Dans le cas de la Tunisie, toutes les exactions, toutes les prévarications et tous les pillages étaient le fait de la belle-famille disait-on. Pourtant, selon l’article et selon les faits c’est bien le chef de l’état le premier responsable de l’organisation et de la sécurisation de ce système mafieux qui en 2010 représentait 21% du profit total du secteur privé du pays. Entre 1993 et 2000, le code des investissements a été modifié par vingt-deux décrets présidentiels allant tous dans le sens de la restriction des libertés entrepreneuriales.

Les errements des pouvoirs kleptocrates sont imputables d’abord et avant tout au magistrat suprême. Et plus les rennes du pouvoir sont tenues par une seule main de fer, plus les détournements sont colossaux et scandaleusement inéquitables. Hier encore, les avoirs d’un Mobutu représentaient trois fois la dette extérieure du Zaïre, RDC actuelle.

Un bon diagnostique, un mauvais remède

Au sujet du rapport de la Banque Mondiale, Sophie Bessis dit ceci : « (…) les auteurs suggèrent en effet que seule une économie sans régulation étatique peut être transparente et que toute réglementation est une occasion potentielle de captation de la rente publique. »
Le problème, comme le rappelle l’auteure tunisienne, n’est pas le procès de la régulation procès mais l’absence de contre-pouvoirs libres et dynamiques et une culture de droit bien établie pour rassurer les investisseurs tant nationaux qu’étrangers.

Que sont les richesses devenues ?

Une question lancinante, mais très importante, est ce que deviennent les richesses des anciens autocrates. A juste titre, Sophie Bessis se demande pourquoi il n’y a pas une plus grande transparence dans la gestion des biens repris aux pouvoirs qui ont pillé les richesses nationales.
En tout état de cause, le cas tunisien devrait servir de leçon à tout système politique qui s’accapare des richesses de la nation et qui pense pouvoir durer longtemps au pouvoir en toute impunité. Rappelons-nous du proverbe swahili qui dit : « Les jours d’un voleur sont au nombre de quarante ! » (Siku za Mwizi ni Arobaini ! »)
Pour dire qu’ils sont comptés…

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. borntomakelovenotwar

    L’Occident a tout pris dans ses banques sur des comptes en paradis fiscaux.

  2. Jean-Marie Ngendahayo

    Une coquille s’est glissée dans le texte, il n’est pas question de “rennes” du pouvoir, mais bien de “rênes” bien évidemment.

    Fraternellement

  3. nivyo

    Bien écrit.

    La Tunisie devra passer par au moins 10 ans de turbulences économiques et instabilités politiques avant de pouvoir rejoindre le développement économiques sous Ben Ali. c’est le prix a payer pour accéder a la démocratie.

    • Stan Siyomana

      @Nivyo
      DES REFORMES BIEN CIBLEES/MENEES NOUS EVITERAIENT LE PRINTEMPS ARABE AU BEAU PAYS DE MWEZI GISABO (par exemple).
      1. D’apres Simon Freemantle (=senior political economist at Standard Bank Research, en Afrique du Sud):
      “Aujourd’hui l’africain moyen a 19 ans d’age, et pourtant le president africain moyen a 61 ans. Les pays qui adoptent des reformes politiques d’une maniere pragmatique et proactive seront mieux prepares contre les insurrections/colere des masses. Et ils pourraient creer un climat de destin national qui est necessaire pour le developpement a long-terme et pour la stabilite sociale…”
      (Voir Simon Freemantle: “Africa rising: opportunity is there”, http://www.financialmail.co.za, 31 July 2. J’espere que Zhang Jun (=professeur d’economie a l’Universite Fudan (Shanghai, Chine) n’encourage pas les REGIMES DICTATORIAUX (DANS LE CONTEXTE ACTUEL DU 21 EME SIECLE) pour arriver au developpement de l’ Afrique quand il ecrit:
      “C’est rare que des pays dont les gouvernements ont une faible capacite puissent atteindre le statut de nation a revenu moyen….
      L’une des grandes lecons des pays de l’Asie de l’Est pour les pays en voie de developpement est que le developpement economique precede la transformation institutionnelle, et non l’inverse.
      A Taiwan et en Coree du Sud par exemple, des Gouvernements autoritaires d’apres la Deuxieme Guerre Mondiale ont pu compenser l’absence du reigne de la loi en creant des arrangements institutionnels de transition. La Chine a un avantage en ce sens…
      Apres 35 ans d’operation sous de tels arrangements, la Chine doit maintenant adopter un systeme ou la loi est respectee et etablir un systeme judiciaire qui est fiable et independant, et qui peut mener a la liberalisation du secteur des services, a la protection de la propriete intellectuelle, et qui peut garantir une economie de marche basee sur la competition.”
      (Voir Zhang Jun: “China’s high-income hopes”, http://www.newtimes.co.rw, 2 August 2014).
      Merci.

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