Samedi 31 juillet 2021

Économie

Gitega et Rainbow mining Burundi en terrain miné

20/07/2021 15
Gitega et Rainbow mining Burundi en terrain miné
Le 24 juin 2021, le ministre Ibrahim Uwizeye a annoncé la suspension des activités d’exploitation minière des terres rares de Gakara.

Au moment où le conflit entre l’Etat burundais et la société d’exploitation minière Rainbow mining Burundi s’enlise, Iwacu a fait parler un membre de la société civile et recueilli le témoignage anonyme d’un employé du ministère de l’Hydraulique, de l’Energie et des Mines.

Dans une lettre datée du 31 mars 2021, le cabinet du Premier ministre précise au ministère de l’Hydraulique, l’Energie et les Mines que suite au rapport d’étape de la commission d’évaluation de la convention de l’exploitation minière sur les gisements des terres rares de Gakara, l’exportation des terres rares est désormais interdite étant donné, souligne cette lettre, la violation de la Convention signée entre le Gouvernement burundais et la société Rainbow mining Burundi.

8 avril 2021. Dans une lettre à la société Rainbow mining Burundi, le ministère en charge de l’Energie et des Mines signifie à la société Rainbow mining Burundi l’interdiction de l’exportation des terres rares. Six jours après, Rainbow mining Burundi rédige une lettre à l’endroit du ministère en charge de l’Energie et des mines où la société demande la levée de l’interdiction de l’exportation des terres rares.

18 mai 2021, la société Rainbow mining Burundi, dans une correspondance au ministère de l’Hydraulique, l’Energie et les mines, sollicite une négociation avec le Gouvernement burundais pour adopter le principe gagnant-gagnant.
24 juin 2021, le ministère de l’Energie et des Mines annonce à la société Rainbow mining Burundi la suspension des activités d’exploitation minière des terres rares de Gakara « jusqu’à l’adoption des clauses issues des négociations entre la société Rainbow mining Burundi et le Gouvernement burundais ».

Alain-Guillaume Bunyoni : « Nous nous sommes rendus compte que ces sociétés n’étaient là que pour piller nos richesses minières. »

Dans une séance de questions à l’Assemblée nationale en date du 15 avril, le Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni a eu des mots très durs vis-à-vis des sociétés d’exploitation minière au Burundi. « Beaucoup de ces sociétés ont reçu des mises en demeure parce que nous nous sommes rendu compte qu’elles n’étaient là que pour piller nos richesses minières. Elles ont dupé le Gouvernement depuis les conventions qui régissent leur fonctionnement jusqu’à l’exécution de leurs activités. Des crapules en quelque sorte ». Le Premier ministre a poursuivi sur cette lancée en expliquant que le Gouvernement ne pouvait plus laisser faire ces sociétés d’exploitation minière « pour ne pas que nos sous-sols se retrouvent vides jusqu’à manquer du sable pour boucher les trous occasionnés par l’exploitation »


>>Réactions

« Des pots-de-vin ont été perçus par de hautes autorités », dixit T.Z, un employé au ministère de l’Energie et des Mines

Selon T.Z., la société Rainbow mining Burundi payait une taxe minimale par rapport à la valeur des différents éléments contenus dans les terres rares « eu égard au fait que la société ne payait ses taxes que pour les éléments de base et non sur les éléments associés parmi les terres rares ».

« Comme Rainbow mining rechigne à montrer ses résultats en matière de teneur pour les terres rares qu’elle exporte, l’Etat ne récolte que 10% du bénéfice de ce qu’il devrait avoir », avance notre source au sein du ministère en charge des Mines.

D’après cet employé du ministère de l’Hydraulique, de l’Energie et des Mines, Rainbow mining Burundi n’a pas aussi rempli ses engagements. « Il était prévu la construction d’infrastructures socioéconomiques telles des écoles, des structures de santé. La société devait par exemple construire une école technique à Mutambu (Province Bujumbura rural) et une route goudronnée y menant. De tout cela, elle n’en a rien fait »

D’ailleurs, voyant que la société n’a pas accompli ses promesses, défend T.Z., la population de Mutambu s’est érigée contre la poursuite des activités de Rainbow mining.

Et de soutenir qu’à partir du moment où Rainbow mining Burundi n’a pas respecté ses engagements, l’Etat est dans son bon droit de suspendre la poursuite des exploitations minières menées par la société.

Interrogé sur de possibles défaillances du côté gouvernemental, T.Z. révèle : « Quand les gens de Rainbow mining sont arrivés au Burundi, des personnages haut placés nous ont ordonné d’accéder à leurs demandes.» Preuve en est d’un tel favoritisme, selon lui, aucun appel d’offres pour la société qui allait gagner le marché d’exploitation des terres rares à Gakara n’avait jamais été lancé.

T. Z. ne s’arrête pas là : « Des pots-de-vin ont été perçus par de hautes autorités pour laisser faire la société Rainbow mining Burundi.»

Gabriel Rufyiri : « C’est du pillage des ressources »

Le président de l’Olucome avance que le Code minier est la principale source du problème : « Il est dit dans le Code minier que la société signataire de la convention dispose de 51% des parts, 39% détenus par d’autres actionnaires et 10% des parts appartenant à l’Etat burundais. Dans ces conditions-là, le principe gagnant-gagnant n’est pas possible.»

Gabriel Rufyiri pointe aussi la responsabilité des pouvoirs publics : «Comment se fait-il que les choses aient pu en arriver là au moment où l’Etat dispose d’un vice-président dans le Conseil d’Administration au sein de la société mixte d’exploitation minière sans parler d’autres membres au sein du même Conseil ?»

Et de poursuivre : « Quand on jette un œil sur les marchés internationaux, on se rend compte que le Burundi exporte de grandes quantités de matières premières, mais on ne saura jamais les revenus tirés de leur vente. C’est du pillage des ressources minières. Mais par qui ? C’est la grande question qui se pose.»

Pour le leader de la lutte anticorruption, les mines sont l’un des secteurs où l’Etat perd beaucoup d’argent « du fait que ceux qui devraient veiller à la protection de la chose publique ne le font pas».

M. Rufyiri demande que ce dossier soit porté devant la justice : « Il faut des poursuites contre ceux qui ont représenté le gouvernement burundais dans la négociation et le suivi quant à l’exploitation minière par des sociétés. C’est là le nœud du problème.»

« Il faut que le code dont il y a lieu de penser qu’il sera amendé ne se mette pas en place à huis clos, mais soit le fruit d’un consensus entre tous les partenaires (gouvernement, société civile, …) », conclut-il.

Dans les jours à venir, Iwacu publiera la réaction de la société incriminée.

Forum des lecteurs d'Iwacu

15 réactions
  1. Stan Siyomana

    Voici un bon exemple qui montre comment sur l’île de Lihir (en Papouasie Nouvelle Guinée, dans l’océan Pacifique) l’association des propriétaires fonciers (Landowners Association) travaille avec la compagnie minière australienne Newcrest Mining Limited pour assurer un meilleur avenir aux communautés locales.
    https://www.youtube.com/watch?v=zNmc1DcGbYo&t=969s

  2. Kibinakanwa

    Au Congo voisin, lorsqu’un ministre entrait , il renégociait les contrats pour des raisons évidentes.
    Dans un pays corrompu, les choses sont beaucoup plus compliquées.
    Le Code minier est bon.
    Il faut chercher ailleirs.
    Donnons le bénéfice du doute à l’équipe du nouveau président.
    Plus de 70% étaient des dignitaires dans la législature précédente

    • Stan Siyomana

      @Kibinakanwa
      1. “Le code est bon…”
      2. Mon commentaire
      a). “L’adhésion aux coopératives est restreinte à des petits groupes d’individus comme le propriétaire terrien, les financiers, les acheteurs de minéraux et autres intervenants qui ensemble, constituent une structure financière et de gestion…
      On calcule la rémunération des membres de la coopérative sur la base de la productivité du site et du rôle particulier de la personne…”
      https://documents1.worldbank.org/curated/en/494681468190181664/text/103086-WP-P145997-Box394854B-PUBLIC-Burundi-English-1607197-Web-FRENCH.txt
      b). Est-ce normal que le citoyen burundais lambda/munyagihugu nyarucari aille risquer sa vie quotidiennement dans un trou profond et sans outils adéquats alors que certains autres membres de la cooperative ne prennent qu’un (petit?) risque financier…

  3. Kibinakanwa

    Il y a tout de même une incohérence inouïe.
    Depuis 2015, il y avait un gouvernement avec un président à la tête.
    Ces contrats étaient négociés bari hehe?
    Ils n’entendaient et ne voyaient rien?
    Comment est ce que ces compagnies recevaient ces contrats?

    • Jambo

      Le récent article (sur le site Rfi) est encore plus explicite.
      Pour signer ces juteux contrats, il y avait des intérmédiaires.
      On devait verser de l’argent à la permanence du parti, et les contrats étaient avalisés en dernier lieu à la présidence. On a aussi parlé des dons à l ONG Ubuntu.
      Très intriguant. Suivez mon doigt

  4. Stan Siyomana

    1. “…et 10% des parts appartenant à l’Etat burundais. Dans ces conditions-là, le principe gagnant-gagnant n’est pas possible.» Gabriel Rufyiri pointe aussi…
    2. Mon commentaire
    a). L’Etat burundais a eu même des consultants venus de l’étranger.
    ” Le Gouvernement burundais devrait corriger le projet de Code minier en élaboration pour rassurer les investisseurs potentiels dans le secteur minier, a déclaré jeudi à Bujumbura M. Rodrigo Urquiza, membre de la commission chilienne du cuivre.
    M. Urquiza était l’invité du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur requête du Gouvernement burundais pour présenter l’expérience chilienne en matière de développement du secteur minier au cours des deux dernières décennies…”
    http://www.arib.info/index.php?option=com_content&task=view&id=7399
    “Supporting this reform program as a sub-contractorto the law firm Dewey Leboeuf, IBI (International Business Initiatives) conducted a comprehensive review of the legislation affecting mining and the environmental and socio-economic impact of existing and proposed mining operations…” (www.ibi-usa.com).
    b). Tous les pays reçoivent “gratuitement” (=free carry) à peu près le même pourcentage de 10%.
    10% comme free carry au Ghana, 16% en Tanzanie, 20% en Afrique du Sud.
    Le Code minier du Burundi dit que si l’Etat veut contribuer des capitaux, sa participation peut aller jusqu’à 25%.
    Et puis le code minier stipule qu’une compagnie minière paie une taxe d’environ 5% sur les minerais burundais exportés et environ 30% de son profit annuel.
    DONC EN SOI, LE CODE MINIER DU BURUNDI N’EST PAS PIRE QUE CELUI DES AUTRES PAYS.

  5. paul

    La corruption c’est un mal qui tue autant que la guerre.
    Avant la chute des grandes nations il y a instauration de la corruption.(Voire le Zaïre de Mobutu , ….. ); en cas de corruption les gens chargés de protéger leur nation en arrivent à vendre leur pays au plus offrant. ou à détruire complètement leur pays ( Haïti ,…..) et le plus souvent on arrive à un point de non retour en arrière comme quand on est rongé par un cancer
    C’est pourquoi iyo ngwara ; uwo mugera n’ukuwurwanya même si ces multi nationales sont plus puissant que certains pays africains il faut avoir le courage de négocier des accords qui améliorent la vie de la population.
    Prenez l’exemple sur le Rwanda , la Tanzanie … ces pays ont dit non a la corruption et on voit le résultat même si ata nyambo ibura agahonzi . il faut une réelle volonté des dirigeant et surtout du courage

  6. Stan Siyomana

    1. Sur son website, Gigametals Corporation (province de British Columbia, Canada) a écrit que pendant 20 ans, le monde aura besoin de 40 grandes découvertes de gisements de nickel à cause du grand nombre des véhicules électriques.
    2. Il serait intéressant de comparer les gisements de nickel du Burundi à celui de Gigametals Corporation (Turnagain Pea Mine):
    Capacity: 37,000 t/y nickel facility with a 37 year mine life
    High grade concentrate: 18% nickel, 1% cobalt
    Average net operating cost: US$2.81 per pound of nickel (in concentrate at site gate).
    3. Je n’ai pu trouver aucune nouvelle sur la compagnie qui pourrait expliquer pourquoi le prix de ses actions ont augmenté de 318,48% en l’espace de seulement 4 jours (44 centimes du dollar américains l’après-midi du 10 septembre 2020 et prix maximum de1,8413 dollars le 14 septembre).
    https://www.barchart.com/stocks/quotes/HNCKF/interactive-chart

  7. Stan Siyomana

    1. L’une des conséquences de cette mésentente semble être la chute de 29,38% du prix des actions de la compagnie mère Rainbow Rare Earths Ltd ( à la Bourse de Londres en Angleterre) en moins de deux semaines (prix de 15,59 centimes de livre sterling le 7 juillet et prix de 11,01 centimes ce matin.
    https://www.barchart.com/stocks/quotes/RBW.LN/interactive-chart
    2. Le 12 février 2021, la compagnie avait annoncé une haute teneur en terres rares (0,5% total rare earths oxides) pour son Phalaborwa Rare Earths Project en Afrique du Sud et le prix des actions s’est envolé de 91,11% en 5 jours seulement (prix minimum de 11,25 centimes le 12 février et prix maximum de 21,50 centimes le 17 février).
    https://tools.eurolandir.com/tools/Pressreleases/GetPressRelease/?ID=3872431&lang=en-GB&companycode=uk-rbw&v=
    3. Sur le graphe des prix, l’on peut tracer une ligne de support au niveau du prix de 11 centimes (du 30 novembre 2020 en passant par le 12 février 2021 cités plus haut, jusqu’à la date d’aujourd’hui. Donc il y a des chances que le prix rebondisse à partir de là.

  8. Vumiliya

    Uyo ni mucezo wa ndani !!! Ko atawufatwa kandi pillage igaragara ??

  9. Jambo

    Encore une fois, c’est le patron de l’Olucome qui pose les questions correctement.
    Pour les autres, ils ne pointent jamais les responsabilités et ne vont pas au fonds de leur logique.
    Où étaient les Ingénieurs, ministres, les membres du CA qui gèrent ce volet?
    Mbega ko bakora kuri la déclaration des biens des dignitaires à l’entrée en fonction bakababwa?
    Ce n’est pas pour rien que nous sommes l’un des pays les plus corrompus au monde.
    Ivyo ntivyashobora gushika sans la complicité ou l’incapacité de ceux qui contrôlent ce secteur

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