Devant les sénateurs le 27 décembre 2025, Alain Ndikumana, ministre des Finances a dénoncé des détournements des fonds à travers trois institutions dont Fomi, Anagessa et CIAP. 145 milliards de BIF à l’Anagessa ne sont pas justifiés et Fomi réclame près de 100 milliards de BIF indus. Dans la foulée, il a dénoncé des menaces dont il fait l’objet à cause de la vérité qu’il expose. Le président du Sénat l’a rassuré et encouragé. Pour la société civile, le Parlement doit mettre sur pied une commission parlementaire pour clarifier cette situation.
Lors de la séance d’analyse et d’adoption du projet de loi portant révision du budget de l’Etat pour l’exercice 2025-2026, les sénateurs ont voulu savoir si l’achat du maïs par l’Agence nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (Anagessa) allait continuer à être financé par l’État ou si les fonds déjà accordés devaient constituer un capital permanent. Le ministre Ndikumana a exposé toutes les irrégularités et pertes entraînées par cette agence.
Pour lui, rien n’est clair et pas de justification. « L’année passée, l’Anagessa a reçu 145 milliards de BIF. Le maïs acheté représentait 71.000 tonnes, à 1.700 BIF le kilo. Si vous faites le calcul, on n’arrive pas à ce montant qui leur a été accordé. Tout cela n’était pas clairement expliqué, le rapport qu’ils ont présenté comportait de nombreuses erreurs. »
Il a indiqué que l’Anagessa travaille avec une entité appelée CIAP, Coopérative d’investissement agropastoral. Il considère que c’est un deal fait pour détourner de l’argent. « Ils ont présenté un rapport affirmant que le maïs était disponible dans les stocks. Nous avons effectué des descentes sur le terrain et constaté de nombreuses irrégularités. Ils avaient déjà commencé à demander 200 milliards de BIF pour acheter la récolte, alors qu’une instruction ne stipule qu’aucun autre financement ne peut être accordé sans justification préalable des 145 milliards de BIF reçus l’année passée. »
Après avoir constaté l’ampleur du problème, l’État a accordé 36 milliards de BIF. « Aujourd’hui, ils affirment qu’après les derniers achats, ils disposent de 28.000 tonnes de maïs. Mais lorsque nous allons vérifier sur le terrain, nous ne trouvons pas ces quantités. Jusqu’à présent, ils n’ont pas dépassé 23.000 tonnes. Même multipliée par 1.700 BIF, cette quantité n’atteint pas 36 milliards de BIF. Ils ont plutôt utilisé l’argent pour le transport et pour rémunérer les agents du CIAP, alors que la priorité aurait dû être le paiement des agriculteurs. »
Il a indiqué également que l’Anagessa a attendu que la ministre en charge de l’Agriculture, Calinie Mbarushimana, prête serment le 6 août 2025, et que le même jour, ils lui ont fait signer un contrat de 11 milliards de BIF pour l’achat de 800.000 sacs. « Quelle était l’urgence de signer un contrat de 11 milliards de BIF ? Avez-vous déjà vu un contrat d’une telle somme provenant de l’État signé sans l’aval du ministre des Finances ? » a-t-il interrogé.
Alain Ndikumana fait savoir que ce qui est marrant est que le directeur administratif et financier de l’Anagessa est également membre de la CIAP. « Il est payé dans les deux cas. » Pour lui, c’est inacceptable.
FOMI dans le viseur
En réponse à une question relative aux engrais de la Fomi par des sénateurs, le ministre est revenu sur des irrégularités dans ce secteur et les pertes en finances publiques. Il a fait savoir qu’en ce mois de décembre 2025, FOMI a soumis deux avenants au contrat de plus de 100 milliards pour signature sur le dépassement unilatéral des quantités contractuelles. « La Fomi réclame actuellement à l’État plus de 50 milliards de BIF, affirmant avoir dépassé de 17% les quantités d’engrais prévues dans le contrat pour les saisons culturales B et C 2025 qui s’ajoutent aux montants déjà versés, avec pour motif d’un dépassement des quantités prévues de façon unilatérale. »
Le second avenant concerne la saison C 2024 et la saison A 2025. Il fait état d’un dépassement de 3,9% par rapport au contrat initial et réclame un paiement supplémentaire de 6, 839 milliards de BIF. « Je vous le demande : peut-on accepter de telles pratiques ? J’ai ici le contrat initial. Comment peut-on dépasser ce qui y est clairement fixé ? N’est-ce pas une manœuvre abusive ? »
En refusant de signer le paiement de dizaines de milliards de francs burundais indus, le ministre des Finances a dénoncé des menaces dont il fait l’objet. Il a confié qu’il se déplace désormais muni d’une mallette ministérielle. « Je n’ai pas de dent contre personne. Si je suis victime de la vérité, il n’y pas de problème. Je sais que je dois atteindre la vision 2060. »
Et de conclure : « Voilà la situation dans laquelle nous nous trouvons. Dites-moi donc d’où proviendra cet argent. Nous avons longtemps vécu dans une indiscipline budgétaire excessive, mais il est temps que cela cesse ! ».
Devant l’Assemblée nationale le 24 décembre, Dr. Ndikumana avait déploré que le FOMI vende l’engrais et gère le stock des quantités vendues. « Les stocks d’engrais dans les provinces sont gérés par des agents de la Fomi. Allons-nous acheter des engrais pour ensuite les confier au vendeur pour les distribuer et fournir des rapports ? Ces engrais devraient être remis aux gouverneurs des provinces. »
Face à cette situation, le président du Sénat, Gervais Ndirakobuca, a apporté publiquement son soutien au ministre. Il l’encourage à tenir bon dans ce combat contre les détournements des finances publiques. « Nous allons vous soutenir. Ce n’est pas facile. Si nous ne prenons pas les devants dans le combat contre les voleurs et les détourneurs des finances, on ne peut pas réussir. Pour que cette société change, il faut qu’il y ait des gens qui osent défendre la vérité. Beaucoup de Burundais ne veulent pas entendre la vérité. Parfois, on peut dire la vérité et en être victime. Ne sois pas découragé, les menaces ne peuvent pas manquer. »
Réactions
Gabriel Rufyiri : « Actuellement, nous avons une crise des valeurs dans la société burundaise. »</h3>
Selon le président de l’Olucome, c’est une partie émergée de l’iceberg car, ces cas se passent dans plusieurs secteurs de la vie nationale : les sociétés publiques et parapubliques, presque tous les projets financés par les partenaires ou d’autres projets spécifiques où l’État a ses cadres qui décident en dernier lieu ; l’achat du maïs, les minerais, les exonérations, le secteur des devises, la TVA, le paiement des fonctionnaires de l’Etat, …

Pour Gabriel Rufyiri, lorsque le ministre annonce qu’il reçoit des menaces, cela montre la force des corrompus dans ce pays. « Si la corruption et le détournement des fonds publics ne sont pas combattus par l’Etat, c’est ce scénario qui se développe. Ce fléau rend le pays instable à tous les niveaux. Mais vous allez voir que rien ne va suivre. C’est très dangereux. »
D’après le président de l’Olucome, il devait y avoir des enquêtes et d’audits au niveau interne. « Le ministre pouvait commanditer un audit externe si le gouvernement est d’accord. Mais vous voyez que cela n’a pas été fait. Ce que nous pouvons conseiller au ministre, c’est d’exiger qu’il y ait d’abord un audit général externe de l’Etat qui clarifierait cette situation. »
D’après M. Rufyiri, le pouvoir législatif doit mettre sur pied une commission parlementaire spéciale qui va enquêter ces cas. « S’il ne le fait pas, ça serait grave, car il a les moyens et les hommes et femmes députées qui peuvent le faire. » Et d’ajouter : « Ce qui est urgent actuellement pour que les citoyens soient informés, les ministres concernés, dont le ministre de l’Agriculture et bien d’autres ministres concernés par ces vols organisés devraient être appelés au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat pour qu’ils puissent expliquer cette situation. »
De plus, estime-t-il, il peut y avoir des poursuites judiciaires. « Si vous voyez des guerres interminables, des conflits politiques qui sont toujours là, c’est parce qu’il y a un groupe d’individus qui veulent s’accaparer de la chose publique au détriment de tout un peuple. »
Gabriel Rufyiri trouve qu’il faut une réforme profonde de la justice et de l’administration, mais aussi de nouveaux leaders politiques. « Actuellement, nous avons deux principaux problèmes majeurs : la crise des valeurs dans la société burundaise, plus particulièrement dans la bourgeoisie des intellectuels, mais aussi une crise de leadership. »
Faustin Ndikumana : « Le gouvernement est devenu prisonnier d’un système mafieux de corruption sans le savoir ou à dessein. »
« Le pays affiche une insuffisance notoire de disponibilité des engrais chimiques en quantité et en qualité. Les agriculteurs donnent leurs contributions et passent une bonne période sans qu’aucun kilo d’engrais ne leur parvienne. C’est révoltant et répugnant. Malgré tout cela, l’allocation budgétaire prévue dans le budget de l’Etat, par exemple 2025-2026, c’est plus de 350 milliards de BIF », s’indigne le directeur national de Parcem.
Selon lui, cette allocation budgétaire représente 60% de tous les budgets du ministère de tutelle. « Mais les résultats restent mitigés, pour ne pas dire médiocres. Suite à ce déficit de production alimentaire et conséquente à cette indisponibilité chronique des engrais, le pays subit de plein fouet une inflation, parfois qui tourne autour de 40% et dont la grande partie est influencée par les produits agricoles. C’est là où le bât blesse. »

Au regard des dires du ministre des Finances, indique M. Ndikumana, les relations entre le gouvernement et l’entreprise FOMI méritent d’être disséquées, de faire objet d’une analyse méticuleuse pour en savoir tous les enjeux, les tenants et les aboutissants. « Une entreprise qui détient le monopole de l’Etat depuis longtemps dans la fourniture des engrais chimiques sur tout le territoire national, une entreprise qui a bénéficié beaucoup de largesses du gouvernement jusqu’à ce que le président de la République fasse un déplacement sur les fonds de l’argent du contribuable pour inaugurer une usine d’extension de cette entreprise en Tanzanie. C’est au Burundi que j’ai déjà entendu un tel cas. »
Selon M. Ndikumana, plusieurs ministres, dans le passé, s’évertuaient à accorder à cette entreprise des marchés de façon unilatérale jusqu’à même rencontrer une résistance farouche de la part des bailleurs de fonds qui ne supportaient pas cette pratique peu orthodoxe. « C’est le cas de la Banque mondiale, avec un ancien ministre de l’Agriculture qui voulait imposer un marché à accorder à l’entreprise FOMI, concernant la fourniture de l’engrais pour la rénovation et l’intensification de l’agriculture du café sans qu’il y ait toute forme de concurrence. »
Pour Faustin Ndikumana, il y a anguille sous roche dans ce dossier. « En 2020, l’entreprise a bénéficié d’un montant colossal sous forme d’acompte sur plusieurs années pour fournir cet engrais. Mais, après plusieurs partenaires techniques et financiers ont crié haut et fort et exigé le remboursement de cette somme. On ne sait même pas si cette dette a été apurée. »
« Une enquête parlementaire aussi devrait être menée à travers une mise sur pied d’une commission parlementaire pour enquêter sur ce cas. Le Parlement doit agir au nom de la population. Il faut aussi un contrôle citoyen à travers une vigilance sans faille. Cela doit être assuré par la société civile et par la presse. »
Le directeur national de Parcem fait un autre constat : « C’est le constat d’un dysfonctionnement institutionnel. On ne comprend pas comment le système national d’intégrité fonctionne. »
D’après lui, il y a tout un paquet d’institutions qui sont censées, sous forme de système national d’intégrité, sévir contre de tels comportements véreux qui nous font que renforcer le pillage sans vergogne les richesses de l’État : la présidence de la République, le gouvernement, le Parlement, le Premier ministre, la Cour des comptes, l’IGE, la régulation des marchés publics, les inspections ministérielles, la direction générale des marchés publics, …
« Il ne faut pas surtout que ça sombre, comme les dossiers des barrages de Mpanda et Kajeke ou le dossier des devises. On est habitué à des dossiers où il y a des indices sérieux de culpabilité, de mauvaise gouvernance, mais que cela n’est jamais suivi de faits. »
Quant à l’Anagessa, M. Ndikumana fait savoir qu’elle aussi détient le monopole d’Etat. « Les agriculteurs y vendent leurs récoltes, mais ils passent des périodes sans être payés. On avait réclamé depuis longtemps que cette agence soit complètement supprimée. »
Le directeur national de Parcem trouve le gouvernement doit prendre ses responsabilités. « On constate que le gouvernement est devenu prisonnier d’un système mafieux de corruption sans le savoir ou à dessein. »
Analyse Jean Ndenzako
« Anagessa: une architecture institutionnelle génératrice d’inefficience économique et de capture politico-administrative. »
Que pensez-vous de l’Anagessa ?
Du point de vue normatif, l’Anagessa s’inscrit dans une logique classique d’intervention publique face aux défaillances de marché. Selon les textes fondateurs, elle est chargée de constituer et de gérer des stocks stratégiques afin de garantir la sécurité alimentaire, de stabiliser les prix et de soutenir les producteurs. En théorie économique, une telle institution peut être justifiée par la volatilité des prix agricoles, l’insuffisance d’infrastructures privées de stockage, les asymétries d’information et les contraintes de crédit qui empêchent les agriculteurs de lisser leurs revenus et d’arbitrer efficacement entre vente immédiate et stockage.
Dans ce cadre, une agence publique de stockage devrait fonctionner comme un mécanisme d’assurance collective et de stabilisation sectorielle, intervenant de manière contracyclique selon des règles claires, transparentes et prévisibles, tout en minimisant les coûts administratifs afin de préserver les signaux de prix et les incitations productives.
Ce n’est pas ce que fait cette agence ?
Dans la pratique, l’ANAGESSA opère dans un cadre de monopole quasi exclusif sur la collecte et la commercialisation institutionnelle du maïs, marginalisant les opérateurs privés et comprimant la concurrence tant à l’achat auprès des producteurs qu’à la vente aux consommateurs. Ce monopole est renforcé par l’interposition systématique d’une agence commissionnaire, la CIAP, présentée formellement comme un partenaire opérationnel, mais exerçant de facto un rôle central dans la chaîne de décision et de transaction.
Quel est le risque ?
En combinant un monopole public de fait, une dépendance structurelle aux subventions budgétaires et de sérieux déficits de gouvernance, l’ANAGESSA introduit des distorsions profondes dans les incitations des producteurs et des acteurs privés, sans produire les gains attendus en matière de sécurité alimentaire ou de stabilisation des revenus agricoles.
Comment ?
En internalisant très faiblement les risques commerciaux tout en contrôlant des fonctions centrales de collecte et de commercialisation du maïs, l’Anagessa tend à socialiser les pertes et à privatiser implicitement les bénéfices au profit d’un réseau politico-administratif et de partenaires intermédiaires, dans un cadre peu transparent et faiblement redevable.
Parlons de la CIAP
L’intervention de la CIAP introduit une couche supplémentaire d’intermédiation qui n’est ni neutre ni purement technique. En concentrant les fonctions de commissionnement, de logistique et parfois de contractualisation, cette structure bénéficie d’un accès privilégié aux flux financiers publics et aux marchés générés par l’Anagessa, sans être soumise aux mêmes obligations de transparence, de reddition de comptes ou de performance économique qu’une agence publique ou qu’un opérateur privé concurrentiel.
Qu’est-ce qui résulte de cette intermédiation ?
Il en résulte une relation triangulaire opaque entre l’État, l’agence publique et l’intermédiaire commissionnaire, dans laquelle la frontière entre mission d’intérêt général et appropriation privée de rentes devient structurellement floue.
Peut-on parler de la politisation de cette intermédiation ?
Les risques de capture institutionnelle sont renforcés par des interrogations récurrentes sur la composition sociopolitique des coopérateurs de la CIAP.
Sans préjuger de situations individuelles, la possibilité que certains coopérateurs ou bénéficiaires indirects de cette structure incluent des membres du Sénat, des hauts gradés des forces de défense ou de sécurité, des cadres du parti au pouvoir ou leurs parentés soulève un problème économique et institutionnel majeur de conflit d’intérêts potentiel.
Cette préoccupation appelle à une clarification urgente des circuits de responsabilité et des bénéficiaires effectifs des dispositifs publics de stockage et de commercialisation.
Quelles sont les conséquences du point de vue économique ?
La présence- réelle ou perçue- d’acteurs politiquement exposés au sein d’une structure commissionnaire intervenant dans une politique publique financée par le budget de l’État altère profondément les incitations. Elle réduit la crédibilité des mécanismes de contrôle, affaiblit la probabilité de sanctions en cas de mauvaise gestion et renforce l’aléa moral. Les décisions de collecte, de fixation des prix ou d’écoulement des stocks peuvent alors être influencées par des considérations politiques ou de préservation de rentes, plutôt que par des critères d’efficience économique et de sécurité alimentaire.
La mission de l’Anagessa est alors altérée ?
Cette configuration contribue également à dissuader les opérateurs privés indépendants et les coopératives non alignées politiquement, qui anticipent une concurrence biaisée et un accès inégal aux marchés et aux informations. Le résultat est une contraction de l’offre institutionnelle, une fragmentation accrue des circuits informels et, paradoxalement, une fragilisation de l’objectif même de stock stratégique.
Qu’en est-il des ressources budgétaires mobilisées ?
Les coûts administratifs générés par cette architecture à double niveau — agence publique et commissionnaire privilégié — accentuent l’inefficience allocative du dispositif. Les ressources budgétaires mobilisées financent simultanément le fonctionnement de l’Anagessa et celui de la CIAP, créant une duplication des structures, des charges fixes élevées et une dilution des responsabilités.
Dans plusieurs exercices budgétaires, des dépenses substantielles ont été engagées en l’absence d’achats effectifs significatifs ou alors que des stocks se dégradaient, illustrant une dissociation nette entre dépense publique et production de valeur économique ou sociale.
Comment analysez-vous cette situation ?
Sur le plan théorique, cette situation correspond à un cas typique d’aléa moral dans un cadre de gouvernance faible : lorsque les pertes sont systématiquement couvertes par l’État et que les bénéficiaires de l’intermédiation sont politiquement protégés, les incitations à la discipline de gestion, à l’innovation logistique et à l’optimisation des coûts sont fortement affaiblies. L’instrument de politique agricole tend alors à se transformer en une structure de redistribution de rentes et de loyautés politiques, plutôt qu’en un mécanisme de stabilisation des marchés et de protection des producteurs et des consommateurs.
A vous attendre, ce dispositif est défaillant ?
À l’échelle macroéconomique, l’association d’un monopole public et d’une intermédiation politisée rigidifie un segment stratégique de la chaîne de valeur agricole. La centralisation des décisions au sein d’un dispositif faiblement discipliné par le marché réduit la résilience du système alimentaire face aux chocs climatiques, de prix ou de demande. La diversification des acteurs, qui constitue normalement un amortisseur des risques systémiques, est remplacée par une structure concentrée où une défaillance de gouvernance peut affecter l’ensemble du dispositif.
Quelles sont les pistes de solutions pour une plus grande efficacité ?
D’un point de vue économique et institutionnel, une réforme crédible impliquerait une séparation stricte des rôles entre l’État régulateur, un mécanisme public de sécurité alimentaire limité et transparent, et des opérateurs privés ou coopératifs soumis à une concurrence réelle. L’exclusion explicite des acteurs politiquement exposés des structures commissionnaires, la publication des bénéficiaires effectifs, et l’instauration de règles de gouvernance alignées sur la performance et la reddition de comptes constitueraient des prérequis essentiels pour restaurer l’efficience économique, la crédibilité de la politique agricole et la confiance des producteurs et des consommateurs.





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