Manque d’assistance alimentaire, situation sanitaire précaire, insuffisance d’abris… Brigitte Mukanga Eno, représentante du HCR au Burundi, répond à certaines préoccupations des réfugiés congolais du camp de Busuma, en province de Ruyigi. Elle appelle les partenaires donateurs à agir pour sauver ces vies.
Au camp de Busuma, les réfugiés congolais dénoncent de mauvaises conditions de vie, le manque d’assistance alimentaire, etc. Quel est votre commentaire ? Leurs lamentations sont-elles fondées ?
C’est au début du mois de décembre, particulièrement autour du 5 décembre, que nous avons commencé à recevoir un nombre important de réfugiés en provenance de l’est du Congo.
C’était d’abord ceux qui venaient du côté de Kamanyola, ensuite ceux d’Uvira, et puis ça a continué vers le Sud avec ceux qui venaient en provenance de Fizi et Baraka. Donc, ils traversaient le lac Tanganyika pour remonter au Burundi.
A ce jour, nous avons déjà reçu plus de 101 000 personnes qui sont arrivées en un laps d’un mois. Et c’était beaucoup de personnes à la fois pour le Burundi. Ce qui a fait qu’en termes de leur gestion, le Burundi a identifié un site dans la province de Ruyigi où ils ont été installés.
Combien de réfugiés sont dans ce site aujourd’hui ?
Sur le site de Busuma, nous avons aujourd’hui plus de 65 000 personnes. Parmi elles, il y a beaucoup d’enfants, presque 53 % d’enfants. Ce qui fait autour de 39 000 enfants. C’est beaucoup. Et comme c’était vraiment en un laps de temps très court, il y a eu effectivement des difficultés au départ, d’abord pour les installer, trouver des abris, de l’eau à boire, etc.
Mais très rapidement, l’assistance humanitaire a commencé à s’organiser avec les différentes agences du système des Nations Unies et bien sûr avec l’aide de nos donateurs comme l’Union européenne. Il y a eu également le Burundi qui a lancé déjà au mois de décembre un appel inter-agence, un appel à solidarité.
Il y a eu ceux qui ont commencé à répondre pour nous permettre d’assister les réfugiés.
Qu’en est-il de l’assistance alimentaire ?
Pour la nourriture, on a eu beaucoup de difficultés à couvrir l’ensemble de la population au départ. Aujourd’hui, on a commencé quand même à assister tout le monde avec le PAM. Donc avec lui et les vivres apportés par le Congo, nous avons commencé à faire une distribution générale au niveau du site.
Est-ce qu’on peut savoir le paquet pour chaque ménage ou chaque personne ?
Il m’est difficile de le dire. Parce que c’est sur base, les rations du PAM qui sont établies de façon standard pour tout le monde. C’est calculé en termes de kilocalories par personne. Donc, c’est autour de 2100 kilocalories de grains, il y a la farine de maïs ou le riz, et puis il y a le haricot, l’huile, le sel.
Sur le terrain, les réfugiés disent qu’ils éprouvent de grandes difficultés pour cuire la maigre assistance alimentaire reçue. Ils évoquent la question du bois de chauffage. Que faites-vous à ce niveau ?
Tout à fait, la question est pertinente et sérieuse. Pour les anciens camps des réfugiés au Burundi, il y a un système qui a déjà été mis en place qui consiste à donner des briquettes à tous les réfugiés pour leur permettre de faire la cuisson.
Mais avec cet afflux de décembre, comme je disais, il n’y avait pas de ressources et la composante sur les briquettes n’est pas incluse. Donc, pour le moment les réfugiés utilisent simplement le bois qu’ils achètent dans la communauté.
Dans ce qui leur est donné actuellement par exemple, il y a du cash. Ils utilisent cet argent pour acheter des combustibles locaux.
Mais l’idéal serait vraiment qu’on puisse passer plutôt au système de briquettes ou même solaire mais que nous n’avons pas encore pour ce nouvel afflux. Les agences onusiennes ont fait un effort pour que tous ces réfugiés aient des habitats. Mais, ce n’est pas encore suffisant.
Actuellement, beaucoup de réfugiés n’ont pas encore d’abris. Que manque-t-il ?
Il y a 4000 tentes qui ont été mises sur place. Nous avons reçu des maisons préfabriquées, autour de 900. Donc, ça fait 4900 familles. Nous attendons encore d’autres commandes qui ont été faites. Mais, le total des familles c’est autour de 15 000 familles. Jusque-là, c’est presque le tiers qui a été couvert par l’assistance en abris.
Mais par contre, il y a aussi les autres agences qui sont en train de commander. Mais, jusque-là c’est vraiment des petites quantités. Et ça ne couvre pas encore l’ensemble de la population.
Au niveau du site, vous allez voir qu’il y a des gens qui utilisent des vieilles petites bâches.
Pourquoi ?
Parce que parmi eux, il y en a qui étaient déjà dans les camps des déplacés internes, malheureusement, au Congo. En fuyant vers le Burundi, ils ont amené ces petites bâches.
Au mois de décembre, le gouvernement en collaboration avec HCR a lancé un appel à fonds d’environ 33 millions de dollars américains pour assister ces réfugiés. Combien avez-vous déjà collecté ?
Jusqu’à ce jour, nous avons reçu environ 6 millions. C’est insuffisant. Parce que si je vous dis que par jour, par exemple, quand il fallait faire des repas chauds, le PAM mettait à disposition au moins 100 sacs de riz de 100 kilos par jour. Ce sont énormément de personnes à nourrir. Donc ce qui a été donné jusqu’à présent a déjà été consommé.
Quel est votre appel ?
Nous appelons vivement nos amis, les partenaires donateurs, à venir en aide à ces réfugiés pendant qu’ils sont encore ici et pendant qu’ils sont encore vivants. Parce qu’on ne doit pas attendre la dernière minute pour apporter de l’assistance quand on arrive vers la fin de l’année, alors que dès maintenant, les personnes ont besoin d’assistance.
J’ai dit qu’au niveau du site, par exemple, nous avons les 39 000 enfants. Ces enfants, parmi eux, il y a autour de 2 000 qui sont des enfants séparés. Et en discutant avec eux, ils disent par exemple qu’il y a des enfants qui sont venus directement de l’école avec leurs uniformes. Jusqu’à maintenant, ils sont en uniforme. Lorsqu’il y a eu malheureusement des combats et l’utilisation même des bombes, les gens ont fui dans toutes les directions. Et donc les enfants qui sont venus directement de l’école jusqu’au Burundi et ils ne savent même pas où se trouvent leurs parents. Ils sont aujourd’hui au niveau du camp. Il y a des jeunes filles qui sont là et qui n’ont sur elles que la tenue qu’elles portent. Et je n’ose pas aller dans les détails pour vous expliquer. Il y a un manque d’eau criant au niveau du site.
Concrètement, que faites-vous pour que ces réfugiés aient de l’eau ?
Nous sommes en train de travailler avec le ministère de l’Hydraulique. D’ailleurs, avant-hier, on avait une réunion ici avec le permanent du ministère de l’Hydraulique pour essayer de répondre à ces besoins en eau, pour avoir un forage, mais aussi faire un système de captage. Parce que Busuma se trouve un peu au-dessus, comme sur une colline. Et au bas de la colline, il y a des rivières qu’il faut essayer d’organiser en système de captage. Donc le ministère de l’Hydraulique a déjà envoyé des techniciens. Et ils promettent que les travaux pourraient commencer peut-être dans une ou deux semaines maximum. Mais en attendant, les gens doivent boire de l’eau tous les jours. Et dans ce que nous faisons actuellement, nous travaillons également avec la protection civile pour utiliser le water tracking, des camions citernes pour mettre de l’eau au niveau du camp. Mais ce n’est pas encore suffisant. Nous travaillons vivement avec UNICEF, qui est le lead dans le WASH, pour nous assurer qu’il y a suffisamment d’eau, de latrines. Il y a un système d’hygiène au niveau du site qui a besoin d’être mis en place. Pour le moment, tout est en train de se mettre en place. Mais par manque de moyens, c’est assez lent et ce n’est pas suffisant par rapport au nombre de personnes qui sont là.
Ils dénoncent de mauvaises conditions sanitaires dans ce site. Ils font état de centaines de morts déjà. Qu’en dites-vous ?
Oui. En décembre, une épidémie de choléra a touché tout le Burundi, réfugiés et populations locales. Elle a causé des morts parmi les réfugiés, surtout dans les sites de transit où ils arrivaient par Cibitoke, Kamanyola ou Rumonge, parfois en pirogues dans des conditions difficiles, exposés aux intempéries.
Grâce au déploiement immédiat d’équipes par la ministre de la Santé, l’épidémie est maintenant maîtrisée sur le site. Il n’y a plus de nouveaux cas depuis plusieurs jours. Nous attendons la période réglementaire pour déclarer officiellement la fin de l’épidémie.
Le ministère de la Santé, l’OMS, MSF et l’Association des femmes médecins du Burundi ont déployé des équipes qui se sont réparties sur le site pour répondre aux besoins médicaux.
La situation sanitaire est sous contrôle, bien qu’une épidémie de rougeole touche aussi les enfants. Une équipe médicale conséquente a été déployée sur le site.
Donc, aujourd’hui, il n’y a pas de cas de décès dans le camp de Busuma ?
Mais si. J’ai dit qu’il y avait au début de l’épidémie de choléra, on a eu des morts. Mais également il y a d’autres maladies, il y a eu des cas de malnutrition, il y a des gens qui sont arrivés très malades déjà pendant la fuite. Jusqu’hier (21 janvier 2026), c’est dans les rapports de l’équipe médicale, on était autour de 44 morts à Busuma. Mais c’est une combinaison de ceux qui nous ont quittés à cause de choléra, mais aussi d’autres complications médicales.
Certains demandent aujourd’hui à rentrer au Congo. Quelle est votre réaction ?
Oui, la bonne nouvelle et nous la suivons en même temps que vous. C’est qu’il y a quand même des développements au niveau du Congo. Plus récemment, je crois que c’était le week-end dernier, nous avons appris que les forces qui étaient au niveau d’Uvira se sont retirées et qu’au niveau du Congo, l’administration est en train de se redéployer. Nous suivons avec vous cette bonne nouvelle et nous espérons que la sécurité sera rétablie pour permettre aux réfugiés de pouvoir partir.
Mais n’oublions pas, tout le monde ne vient pas d’Uvira. Donc ceux d’Uvira au moins, si la situation sécuritaire se confirme et se maintient, certainement qu’avec les autorités du Burundi, on va faciliter leur départ.
Je dois vous informer également qu’en matière de retour des réfugiés ou de rapatriement, c’est toujours un processus volontaire. Donc il appartient aux réfugiés de décider. Quand ils estiment qu’ils peuvent rentrer, nous on est là pour faciliter. Parce qu’on ne peut pas forcer ceux qui ne voudront pas rentrer dans l’immédiat. Chacun a le droit de se protéger également.
Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face ?
Il y a énormément de défis. Le manque de ressources, c’est notre principal défi. Parce que, comme je le disais, ces réfugiés ont besoin de tout à commencer par les abris. Plus de la moitié n’ont pas encore reçu un abri décent jusqu’à présent mais également tous les autres secteurs, que ce soit la nourriture, nous avons besoin de manger tous, au moins une fois par jour. Il en est de même évidemment pour les réfugiés. Mais, jusque-là, avec les rations alimentaires très limitées, on n’est pas encore là. Et également, nous avons des cas de ces enfants qui ont besoin de protection, pour qui il faut vraiment que nous puissions trouver des solutions, ne serait-ce que de l’éducation temporaire en attendant le retour dans leur pays.
Mais tout cela ne peut être résolu que sur base des ressources. Et les ressources, il en manque beaucoup pour le moment, ici au niveau du Burundi.
Je dois ajouter qu’en plus de l’urgence des réfugiés congolais, nous sommes aussi en train d’avoir une autre situation, qui est le retour massif des réfugiés burundais à partir de la Tanzanie.
Vous devez donc gérer une double urgence ?
Oui, absolument. Nous recevons entre 2000 et 3000 personnes chaque semaine. Lorsque ces réfugiés rentrent au pays, nous devons les accompagner. Ils ont été en exil pendant plus de 10 ans, ayant fui lors de la crise de 2015.
Il faut leur fournir un paquet de retour leur permettant de se prendre en charge et de se réinsérer dans la société. Lorsqu’ils arrivent en grand nombre, cela représente aussi un défi important. Cela requiert des ressources considérables.
Merci pour votre accompagnement. Nous avons besoin de la presse pour transmettre l’information exacte sur la réalité de la situation sur le terrain.
Quel message adressez-vous aux partenaires et aux réfugiés ?
Vis-à-vis des donateurs, notre message est simple : nous avons besoin de votre appui et de ressources.
Aux frères et sœurs réfugiés au Burundi : le HCR et la communauté humanitaire vous accompagnent. Nous vous appelons à la patience. Certains veulent partir immédiatement au risque de mettre leur vie en danger. Nous voulons tous un retour dans la dignité et la sécurité. Attendez que la situation évolue, nous pourrons alors vous accompagner en toute sécurité.





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