Politique

Du passé composé au futur simple : présence étrangère au Burundi : (im) productive

17/09/2020 Rénovat Ndabashinze Commentaires fermés sur Du passé composé au futur simple : présence étrangère au Burundi : (im) productive
Du passé composé au futur simple : présence étrangère au Burundi : (im) productive
Vue partielle des participants au débat

Pour des raisons diverses, différents étrangers dont les colonisateurs sont arrivés au Burundi au 19e siècle. A Gitega, certains habitants trouvent que la colonisation a été un mal nécessaire, d’autres n’y voient rien de positif.

« Les étrangers étaient à la recherche de débouchés, de matières premières industrielles, de la main d’œuvre agricole », analyse Célestin Nduwimana de Gitega. Cas des arabes en quête d’esclaves. « Leur mission première était commerciale». A leur tour, les Allemands et Belges sont venus pour coloniser le Burundi. C’est après des combats que les Burundais ont été soumis. Pour lui, la présence étrangère au Burundi n’a rien apporté de positif aux Burundais. Ce que soutient Egide Nsengiyumva, un autre jeune de Gitega : « Ils ne visaient que leurs intérêts. » Idem pour Phocas Ntakarutimana qui pense qu’ils voulaient juste exploiter les richesses du Burundi : « Pour mieux dominer, ils sont venus avec leur religion, leur culture. Et ils ont détruit la nôtre. »

Prosper Ndayisenga reconnaît qu’il y a aussi des aspects positifs de la présence étrangère au pays. Il donne l’exemple des habits, de l’introduction du christianisme, etc. Et d’estimer que ces réalisations n’étaient pas de bonne foi : « Ils faisaient semblant de se soucier du développement des Burundais. Une façon de gagner les esprits pour mieux les exploiter. » Comme en témoigne les routes tracées, les écoles construites sous la chicote.

D’après lui, n’eût-été la bravoure de certains leaders africains, les colonisateurs se seraient installés définitivement en Afrique. Une idée soutenue par Marie-Rose Haberisoni, une jeune maman de Gitega. Elle rappelle que les colonisateurs ont été précédés par des explorateurs : « L’Afrique était considérée comme une terre inconnue, pleine de richesses minières, etc. » D’autres Blancs sont venus sous couvert de vouloir faire du commerce. A cette époque, raconte Mme Haberisoni, les Burundais n’étaient pas libres. Certaines cultures d’exportation, comme le café, ont été imposées. « Les enfants des Burundais n’avaient pas droit au lait ou aux œufs. Tout était pour les Blancs». Ce que confirme Martin Nduwayo. Ce dernier est d’avis que les colonisateurs n’ont rien appris aux Burundais, même en matière de croyance : « Avant la venue du christianisme, de l’islam, les Burundais étaient croyants. Ils savaient distinguer le bien du mal. »

Tout n’est pas noir

A Gitega, on reconnaît aussi quelques réalisations positives de la colonisation. « Les intérêts étaient partagés. Si on faisait tracer une route, c’était pour l’intérêt des Blancs. Mais les Burundais en profitaient aussi », souligne François Ndereyimana. Il fait allusion aux écoles et hôpitaux construits. Idem pour Ferdinand Nibasumba. Dans une certaine mesure, il soutient que les Burundais ont profité de la colonisation. Il cite le cas de nouvelles cultures introduites au pays pour augmenter la production.

Quid des manquements ? Ferdinand Nibasumba reconnaît que les colonisateurs ont déstabilisé le pays. « Ils ont appliqué la politique de diviser pour régner». Un système qui a divisé les Burundais sur base ethnique. Mais il observe que les Burundais ont également été défaillants : « Certes, ils nous ont divisés et induits en erreur. Mais, pourquoi avons-nous continué dans le même sens jusqu’à intégrer des quotas ethniques dans la Constitution ? »
Insistant sur la chicote, Emmanuel estime que ce fut un mal nécessaire : « Une façon de contraindre les Burundais à tracer des routes, à construire des écoles, à cultiver le café, etc. A cette époque, ils ne comprenaient pas l’intérêt de tels travaux. » Il signale que jusqu’aujourd’hui, des responsables locaux contraignent leurs administrés pour un tel ou tel autre projet. Il admet que la chicote était une punition dégradante.


La cohésion nationale affectée

Historien Emile Mworoha

Selon l’historien Emile Mworoha, la colonisation a beaucoup ébranlé la cohésion sociale. Les fondements sociaux ont été détruits. Les Blancs ont apporté avec eux l’idéologie hamitique qui était en vogue en Europe à cette époque. Celle-ci parlait de supériorité raciale. Ils ont alors divisé les Burundais entre Hutu, Tutsi et Twa. Les Baganywa étaient assimilés aux Tutsi aux yeux des Belges. La réforme administrative de 1925 est venue concrétiser cette politique de « diviser pour régner ». Ainsi, les institutions coutumières qualifiées de barbares sont vidées de leur contenu. Les Hutu sont exclus de l’administration en faveur des Tutsi considérés par les Belges comme intelligents, capables de diriger, etc. D’après le Pr Mworoha, cela a eu des répercussions délétères sur l’unité, la cohésion sociale qui caractérisait les Burundais avant la colonisation.

Revenant sur les réalisations positives, il cite la construction des écoles, des hôpitaux, des projets agricoles, comme les paysannats pour lutter contre la famine. Mais, il souligne que les colonisateurs n’ont jamais soutenu le développement d’une agriculture moderne chez les paysans.
Pour les écoles, seules Astrida et Mugera existaient avant la 2e guerre mondiale. En 1962, il y avait le Collège du Saint-Esprit, Athénée Royale et ETS Kamenge. Et à la date de l’indépendance, le Burundi comptait moins de cinq licenciés.

Pour lui, les colonisateurs avaient une triple mission : civilisation, christianisation et commerce. Avant les Allemands et les Belges, des Ngonis en provenance de l’Afrique du Sud, des Banyamwezi et des arabes sont arrivés au Burundi.

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