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Société

Des handicapés à l’école du planning familial

26/09/2015 Commentaires fermés sur Des handicapés à l’école du planning familial

Gitega, jeudi, 16 septembre 2016 des personnes avec handicaps ont bénéficié d’une formation sur la planification familiale. Une activité du ministère de la santé publique et de la lutte contre le Sida via le Programme national de santé de la reproduction (PNSR) avec l’appui d’UNFPA et DFID.

-Ouverture de l’atelier de formation par Dr Josiane Nijimbere, ministre de la santé publique et de la lutte contre le Sida
Ouverture de l’atelier de formation par Dr Josiane Nijimbere, ministre de la santé publique et de la lutte contre le Sida

« Pourquoi pas moi ? La planification familiale concerne aussi les personnes handicapées », tel était le thème de la journée comme l’a annoncé Dr Josiane Nijimbere, Ministre de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida lors du lancement de la formation. « L’augmentation démesurée de la population constitue un frein au développement durable », a-t-elle affirmé. Raison pour laquelle, cette question est une priorité du gouvernement et tout le monde doit être impliqué y compris les handicapés. Elle a signalé que le Burundi a ratifié, le26 avril 2014, la convention relative aux droits des personnes handicapées.

D’après le recensement général de 2008, poursuit Mme la Ministre, sur une population d’environ 8.5 millions, 4.5 % étaient des personnes avec handicaps et la majorité d’entre eux ne savent pas lire et écrire. Ce qui signifie que des enseignements écrits ne leur servent de rien. Elle est convaincue que la planification familiale est une des réponses à la question de pression démographique. Ce qui signifie que mettre au monde peu d’enfants, avec un espacement d’au moins deux ans. D’où, a-t-elle insisté, l’importance des méthodes contraceptives pour diminuer le taux de mortalité, la morbidité maternelle et infantile, etc.

S’exprimant au nom de Madame Suzanne Ngo-Mandong, Représentante Résidente de l’UNFPA, Dr Pierre Kacou Konan a déclaré : « Aucune mère ne devrait mourir en donnant la vie et elles devraient toutes avoir des enfants par choix et non par hasard.»Pour lui, chaque individu compte en matière de la santé de la reproduction. Au Burundi, il y a eu une nette augmentation du taux de prévalence contraceptive : il s’est multiplié par plus de 13 entre 2000 et 2015 passant ainsi de 2.7 à 37.3% selon des statistiques sanitaires.

Néanmoins, a déploré Dr Pierre Kacou Konan, ces progrès cachent des disparités provinciales mais aussi surtout des besoins non satisfaits en planification familiale. Ce qui est lié à la faible disponibilité de services de qualité au moment opportun, une offre limitée de méthodes contraceptives modernes, la crainte d’une discrimination sociale, etc. « Toutes ces personnes y compris celles avec handicaps ont besoin d’être soutenues », a-t-il martelé. Pour lui, chaque individu, homme comme femme doit pouvoir choisir le nombre d’enfants à avoir en adéquation avec ses moyens pour une bonne éducation, une bonne santé et un bel avenir. Par ailleurs, a-t-il souligné, investir dans la planification familiale, c’est investir dans un lendemain meilleur.

Dr Pierre Kacou Konan se dit que très inquiet de l’allure d’augmentation de la population burundaise : de 2.8 millions en 1960, elle avoisine 10 millions en 2016. Et si rien n’est fait, alerte-t-il, le maintien de la fécondité conduira à 18 millions de Burundais en 2030 contre 13 millions si des mesures conséquentes sont prises.

Satisfaction mêlée d’inquiétudes

Alexis Havyarimana espère que cette formation va continuer
Alexis Havyarimana espère que cette formation va continuer

« Nous apprécions beaucoup cette initiative parce qu’il s’agit d’une première du genre à l’endroit de cette catégorie de Burundais », a confié Alexis Havyarimana, président de la confédération nationale des personnes avec handicaps. C’est une preuve que leur discrimination tend à disparaître. Il espère que c’est un programme qui va continuer. Car, a-t-il motivé, il y a beaucoup à faire pour que ces gens se sentent impliqués.

Ici, il a évoqué le faible taux d’alphabétisation chez les personnes avec handicaps : globalement, seuls 3% savent lire et écrire dont 1% chez les filles et femmes. Anne, une autre participante a confié qu’il s’agit d’une bonne chose d’être informé sur les voies et moyens de faire le planning familial dont des méthodes contraceptives. Elle a rappelé par ailleurs qu’ils ont les mêmes droits en reproduction que les autres.

Des inquiétudes ont été soulevées. Elles se sont articulées autour de l’entente dans le couple sur la méthode à utiliser, l’embarras de choix, les problèmes liés à l’utilisation des méthodes contraceptives, les centres de santé qui ne sont pas suffisamment équipés en matériel, formations des infirmiers, etc.

« Faire un choix d’une manière éclairée »

-Dr Yolande Magoyangi en train d’expliquer aux personnes avec handicaps les méthodes contraceptives
– Dr Yolande Magoyangi en train d’expliquer aux personnes avec handicaps les méthodes contraceptives

Dr Yolande Magonyagi, conférencière sur les méthodes contraceptives a d’abord rassuré qu’il n’y a pas d’effets négatifs sur la santé : « Toutes les méthodes utilisées sont des produits validés même analysés par l’Organisation Mondiale de la santé (OMS). » Seulement, nuance-t-elle, il peut y avoir des effets secondaires transitoires dans les premiers jours d’utilisation. Et de conseiller : « Si jamais il y a une inquiétude c’est de contacter une infrastructure sanitaire proche pour avoir des conseils clairs afin de faire un choix d’une manière éclairée.»En la matière, Dr Magonyagi dit qu’il faut éviter de faire du copier-coller. Et une entente dans le couple s’avère indispensable pour l’adoption d’une telle ou telle autre méthode contraceptive.

Pour sa part, Dr Juma Ndereye, Directeur du Programme National de la Santé de la Reproduction (PNSR) a dit qu’une synergie est indispensable pour maîtriser la pression démographique au Burundi. Ce qui permettra de toucher toutes les couches de la population. Et avant d’appliquer telle ou telle autre méthode, la consultation d’un médecin est obligatoire. Et à Dr Yolande Magonyagi d’insérer qu’il n’y a pas de forcing dans le planning familial. Elle a précisé par ailleurs que les méthodes contraceptives ne protègent pas contre les maladies sexuellement transmissibles (MST) comme le Sida.


Situation de la santé de la reproduction au Burundi

Source : Enquête Démographique et de Santé 2010

– Ratio de mortalité maternelle : 500 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 2010
– Taux de mortalité infanto-juvénile: 96 pour 1000 naissances vivantes
– Taux de mortalité infantile: 59 pour 1000 naissances vivantes
– Taux de mortalité néonatale: 31 pour 1000 naissances vivantes
– Taux de croissance démographique: 2,4 % (2010)
– Indice synthétique de fécondité : 6, 4 en 2010

Source : Données de routine, Bilan PNSR 2015

– Taux d’accouchements dans les structures sanitaires: 78,7% en 2015
– Taux d’utilisation des contraceptifs: 37,4% en 2015

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