Mercredi 29 mai 2024

Editorial

Déceptions

12/04/2024 2

Par Léandre Sikuyavuga

Par Léandre Sikuyavuga
Directeur du groupe de presse Iwacu

Menaces, calculs ou pur suivisme ? L’Assemblée nationale vient d’adopter presque à l’unanimité le projet du Code électoral. Seuls deux députés ont émis leurs objections. Ce Code qui va régir les prochaines élections avait pourtant suscité moult réactions chez les politiques avant son adoption. Parmi les principales modifications proposées, celle qui a suscité un tollé est notamment la question de la caution de candidature : cent millions de francs au poste présidentiel, deux millions de francs pour les parlementaires, deux cent mille pour les conseillers communaux. Selon certains acteurs politiques, le parti au pouvoir veut faire cavalier seul dans la préparation des élections de 2025 et 2027. Le parti Sahwanya Frodebu a dénoncé « la gestion arbitraire et unilatérale de la législation électorale, la mise en place de la Ceni, le projet de Code électoral, sans consultation ni consensus avec les acteurs politiques ». Pour Faustin Ndikumana, président de la Parcem, le Cndd-Fdd n’a pas organisé un grand débat ouvert pour qu’il y ait une amélioration au niveau de la transparence électorale afin de crédibiliser les élections.

Après son adoption par l’Assemblée nationale, ce 9 avril, le Code électoral reste sous les feux des critiques. « Le Code électoral tel qu’il a été adopté ce mardi consacre un monopartisme de fait et fait de l’exclusion comme mode de gouvernance politique… Les élections de 2025 ou 2027 ne sont plus nécessaires. Un simple communiqué des résultats déjà connus aujourd’hui suffit », a réagi dans les colonnes d’Iwacu Abdul Kassim, président du parti Upd-Zigamibanga.  Kefa Nibizi, président du parti Codebu Iragi rya Ndadaye qualifie le nouveau Code électoral carrément de «  liberticide. » Pour lui, il n’est pas la seule barrière à la démocratie : « Il s’ajoute au verrouillage de l’espace politique qui se manifeste par l’intimidation des militants des partis politiques de l’opposition, la fragilisation de ces partis politiques, la CENI qui est non inclusive… »

Plus d’un se demandent alors comment le Code électoral qui est sous le feu de la critique dans l’opinion a été adopté par les députés sur un score brejnévien.  Qu’est-ce qui se passe réellement à l’hémicycle de Kigobe ?  Le ministre de l’Intérieur a pu les convaincre, y compris ceux qui étaient, naguère, qualifiés « d’irréductibles ? »

Après cette attitude ambivalente de nos politiques, des critiques sont émises, et il y a beaucoup de déceptions à l’égard de la politique. Les hommes politiques ne penseraient qu’à s’en «  mettre plein les poches, manquent de sincérité, ne tiennent pas leurs promesses, parlent au lieu d’agir, se complaisent dans des luttes ou des polémiques stériles ».  Ces travers censés caractériser les  hommes politiques burundais peuvent être qualifiés de caricaturales ou exagérées.  Ce qui est évident, c’est que cette incohérence et cette ambivalence découragent, désorientent les citoyens. Au finish, c’est le désintéressement de l’électorat. « En politique, ce qu’il y a souvent de plus difficile à apprécier et à comprendre, c’est ce qui se passe sous nos yeux », dixit Alexis Tocqueville.

 

 

 

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. Rufuku Charles

    Je n’ai jamais compris les hommes politiques burundais. Comment Rwasa à qui on a volé un parti, vice-président de la commission politique à l’assemblée nationale peut voter un tel Code. La plupart de changements ne visait que lui. Difficile à comprendre.

  2. hakizimana jean capistran

    je n’ai pas encore lu la copie du texte qui a ete adoptE par l’assemblee nationale mais en ecoutant les uns et les autres il se pourrait que les grandes critiques se focalisent sur les cautions exhorbitantes qui figurent dans le projet. Cependant, cela peut etre un mal pour un bien car c’est un obstacle qui peut pousser les partis politiques A faire le jeu des coalitions. Ils comprendront de cette facon que meme en politique l’union fait la force. Pour eviter ces gouvernances A sens unique, les politiciens africains en general et ceux du burundi en particuliers devraient privilegier le travail en commun et eviter de participer aux elections en solo. une opposition politique serieuse transforme les obstacle posES par le pouvoir en place en opportunitEs. Il suffit d’avoir un programme serieux!!!!

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