Mercredi 28 février 2024

Économie

Crise du dollar : tsunami dans l’économie burundaise

02/08/2016 17

La crise du dollar que connaît le pays depuis une année a atteint son paroxysme. Depuis trois semaines, on assiste à une flambée spectaculaire du cours du billet vert. Iwacu revient sur la hausse des prix sur le marché, les causes de la pénurie du dollar.


Le dollar et les prix s’enflamment

Un dollar à 2780 Fbu au marché noir contre 1657,6 le taux officiel, le jeudi 21 juillet. Du jamais vu ! C’est la panique. Les prix sur le marché explosent.

Les prix des huiles de cuisine sont parmi ceux qui ont monté en flèche ces deux derniers mois
Les prix des huiles de cuisine sont parmi ceux qui ont monté en flèche ces deux derniers mois

Marché « Chez Siyoni », ce mardi 27 juillet. 1kg de riz tanzanien qui coûtait au mois de mai à 2.000Fbu était à 2.200Fbu. Le sel qui était vendu à 800Fbu le kg est aujourd’hui à 1000Fbu ou 900Fbu. La petite boîte de tomate « salsa » qui était avant deux mois à 450Fbu est aujourd’hui à 600 Fbu». Les prix des huiles de cuisines sont plus affolants. Une boîte des huiles Golden de 5litres coûte 20.000Fbu. En mai, la même quantité était vendue à 16.000Fbu.

Conséquence : les clients viennent à compte-gouttes. « Ils demandent les prix et rebroussent chemin. Ils n’achètent rien », se désole plus d’un vendeur.

Selon Marie Goreth, une détaillante d’huile de cuisine et autres articles, les clients revoient leurs priorités. Ils ne peuvent acheter des huiles de cuisine sans se procurer du riz et du haricot. Cette situation affecte fâcheusement son commerce. « Les mois précédents, je faisais environ 300.000Fbu de recettes journalières. Il m’est aujourd’hui difficile d’obtenir 100.000Fbu».

Pour cette commerçante, cette situation est la conséquence de la hausse spectaculaire du dollar. «Les grossistes n’ont plus de devises pour importer. Ils essaient de tirer avantage du peu de stock qui leur reste».
Signalons que la hausse des prix affecte même les denrées locales. Un demi-litre d’huile de palme qui, au mois de mai, était vendu à 1000Fbu est aujourd’hui donné à 1500Fbu. Désormais, dix litres d’huile de cuisine coûtent 32 mille Fbu contre 28 mille en mai.

Cette situation est invivable pour les consommateurs et les commerçantes. «Je n’ose même pas d’augmenter le prix au risque de perdre ma clientèle», lâche une gérante d’un petit restaurant, impuissante.

Du shopping… « A oublier ! »

« Village Market », une galerie de magasins au centre-ville de Bujumbura. On n’y parle que du dollar. Accompagnée de ses deux enfants, une maman entre dans un magasin de vêtements et chaussures neufs provenant de l’Ouganda. Elle demande le prix d’un pantalon pour son fils. « 30.000 Fbu », lui répond le vendeur. Eberluée, la maman rebrousse chemin, même pas la peine de négocier. Le vendeur ne la retient pas, c’est à prendre ou à laisser. « C’est terrible. Il faut oublier le shopping, on ne devra le faire qu’une seule fois l’année», lance cette mère.

Interrogé, le détenteur de ce magasin ne mâche pas ses mots : « C’est comme ça. Plus le taux du dollar monte plus nous haussons les prix des marchandises. » Il confie par exemple qu’un t-shirt qui se vendait à 20.000 Fbu s’achète aujourd’hui à 25.000 voire 30.000 Fbu. Les chaussures de même : une paire qui se vendait, avant l’inflation du dollar, à 10.000 s’achète à 20.000 Fbu.

Pour toute explication, les commerçants rabâchent que le cours du dollar n’a pas seulement flambé mais que la monnaie américaine devient de l’or. Les changeurs ne veulent pas donner le billet vert. « Souvent quand je vais dans un bureau de change, on me dit qu’il n’y a pas de dollars.» Mais quand tu as les dollars, déplore-t-il, l’échange est garanti. « C’est catastrophique. Si rien ne change, nous allons mourir de faim !»


Flambée des matériaux de construction

Depuis mars 2016, les prix des matériaux de construction ont beaucoup augmenté dans la capitale burundaise.

Un sac de ciment produit localement par l’Entreprise BUCECO (Burundi Ciment Company) qui s’achetait à 22 mille francs s’achète aujourd’hui à une somme qui varie entre 25 et 29 mille. Un sac de ciment importé de la Tanzanie ou la Zambie s’achetait à 22 mille.

Depuis quelques jours, il est entre 28 et 29 mille. Les carreaux aussi n’ont pas été épargnés par la hausse des prix. Ceux de 60 le mètre carré s’achète 31.500 alors qu’il s’achetait à 26 mille il y deux mois. Les carreaux dits « faïence » utilisés dans les douches, un mètre carré qui était à 12 mille varie aujourd’hui entre 17 et 19 mille.
Un mètre carré de carreaux de 50 est disponible à 28 mille alors que deux mois plus tôt, il était à 23 mille.

Quant aux tôles, celles dites plane sont passées de 19 mille à 40 mille. Les tôles dites « Rofing BG 32 » se vendent à 16 mille alors qu’elles étaient 9.500 Fbu. Celles connues sous le nom de DUMUZAS sont passées de 11 mille à 17 mille. Les tôles en provenance du Kenya BG 28 sont passées de 27 mille à 43 mille, BG 30 de 21.500 à 33 mille et BG 32 de 14.700 à 17 mille.

Les fers à béton, une unité de 8 cm est passée de 7 mille à 14 mille, ceux de 10 cm ; de 12 mille à 22 mille, ceux de 12 de 18 mille à 32 et ceux de 6cm de 4.500 à 8 mille.

Les triplex sont passés de 14 mille à 22 mille, l’unalite est passée de 9 mille à 18 mille.

Les clous ordinaires, un kilo s’achète à 4.000 alors qu’il était à 27.00 deux mois plutôt. Les clous pour tôles eux sont disponibles à 5.000 alors qu’ils étaient à 3.500.

Les tubes de 60 fois 40 sont vendus à 26 mille alors qu’au mois de mai ils étaient à 19 mille, ceux de 40 fois 40 sont passés de 14 mille à 22 mille.

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Forum des lecteurs d'Iwacu

17 réactions
  1. chris joe

    vous les journalistes, vous vous croyez connaitre l ‘économie plus que les autres , est ce que vous pesez ou évaluez les termes que vous utilisez? « Crise du dollar : tsunami dans l’économie burundaise ». certains d »entre vous sortent des fac des lettres et vous vous donnez l’expertise dans les domaines qui vous dépassent. Il faut savoir la spécialisation du travail qu’un économiste analyse ce qui est économique et l’historien ou géographe qui lui concerne mais aller ramasser les dires des personnes qui ne spéculent que sur leurs activités et venir copier-coller sur le site c’est pas ça la solution.

    Au fait chers journalistes quand tu analyses et que tu constates des anomalies, les écarts , proposes alors des axes d’amélioration et même ce qui est bizarre, certains s’amusent en disant il faut développer les exportations, et instaurer un climat favorisant le retour des bailleurs . En kirundi bati « Agatirano kaza imvura ihise » et si ces bailleurs de fonds ne reviennent le Burundi ne va pas exister? Tous les burundais vont mourir donc? mais pourquoi même dire importer? si on pratique l’économie fermée , vous n’allez pas consommer l’huile de palme? si on augmente le prix , cela te donne l’envie d’aller planter les palmiers toi aussi, si on fait monter le prix de la tomate, tu vas entreprendre et aider les habitants de Cibitoke à transformer et conserver les tomates, jus de fruits et autres. Et donc que ce qu’on importe qui n’est pas réalisable au Burundi?

    Seulement vous êtes des consommateurs et non des producteurs!

    • Elisa

      Cher concitoyen tu souhaite que notre pays continue a vivre comme le zimbanwe ou la somalie?
      Ce qui est c que on a quitte la route du develeppement pour l autoroute de la misere et du sous develeppement .
      Bien a toi

    • Stan Siyomana

      @Chris Joe
      A). Le metier du journaliste etant d’informer le public, vous devriez EN VOULOIR aux journalistes d’Iwacu SEULEMENT S’ILS DIFFUSENT LA FAUSSE INFORMATION.
      Ce que rapporte le present article a ete confirme (ailleurs dans d’autres articles d’Iwacu) par le Gouverneur de la banque central BRB, par le Directeur des statistiques et dans les reunions que les operateurs economiques, les commercants et les consommateurs ont eues avec les differentes autorites du Burundi.
      Vous qui croyez CONNAITRE?/savoir l’economie mieux que le journaliste, vous devriez nous demontrer que ce qui a ete publie dans cet article va contre telle ou telle theorie d’economie.
      B). Pour voir combien c’est facile ou pas de « aller planter les palmiers toi aussi » et de « transformer et conserver les tomates », on peut se baser sur ces deux rapports:
      1. Le rapport 2015/2016 de competitivite au niveau du globe classe le Burundi a la 137 eme place sur 140 pays.
      Et parmi les pays africains, le Burundi est parmi les derniers quatre pays en se classant tout juste apres la Guinee Conakry (= dernier pays), Tchad, et Sierra Leone.
      (Voir Global competitiveness report 2015/2016, wef.org).
      2. Dans le rapport Doing Business 2016, le Burundi est classe 185 eme sur 189 pays pour l’acces a l’electricite et 174 eme sur 189 pays pour l’acces aux credits pour pouvoir fonder une entreprise. (Voir Doing business 2016, http://www.doingbusiness.org).

    • Stan Siyomana

      @Chris Joe
      MALHEUR NE VIENT JAMAIS SEUL
      1. « Burundi is high risk due to its NARROW EXPORT BASE and increasing public debt… »/Le Burundi est un pays a haut risque a cause du nombre restraint de ses produits d’exportation et de sa dette publique qui ne fait qu’augmenter.
      (Voir Dicta Asimwe. Africa’s public debt rising to alarming levels, http://www.theeastafrican.co.ke, 30 July 2016).
      2. Vous ne pouvez pas denoncer le messager porteur de la mauvaise nouvelle/TO KILL THE MENSENGER, et commencer a demander si il est journaliste ou economiste lui-meme quand l’article montre bien qu’il est base sur : « Le developpement economique en Afrique. Rapport 2016. Dynamique de la dette et financement du developpement en Afrique », http://www.unctad14.org.

  2. Michel

    Dans toute insitution serieuse, on evalue une mesaure prise et on rectifie si c’est necessaire. Or, je me demande si le Gouverneur de la BRB et ses cadres s’assoient pour évaluer les mesures de restriction de la liberalisation monetaire. On a vu tour a tour la BRB instruire que les transferts instantanés seront payés en Fbu au lieu de devises, la reaction a été de transferer ses fonds a Uvira et le Rwanda (quid Pays ennemi!!! Quelle intelligence de nos dirigeants de financer un ennemi); puis les toutes organisations et entreprises devraient ouvrir des comptes à la BRB et fermer les comptes dans les banques commerciales, encore une fois, cela n’a pas ammené les devises, au contraire ces organisations envoient les fonds dans les pays voisins. La semaine dernière, une rumeur a circule disant que les détenteurs de compte en devises allaient recevoir desormais des Fbu, ce qui a causé une panique générale entrainant des retraits de devises; qui ne rentreront pas dans les comptes burundais. Ce ne sont que des exemples qui me viennent rapidement en tete. Ma question est de savoir si ces mesures improductives sont évaluées par la BRB pour réctifier le tir? Dans une situation en crise, les pays ont tendance à durcir la legislation, y compris la legislation monetaire. Malheureusement, ca tourne toujours en leur defaveur, comme le cas du Burundi. J’interpelle les autorités de la BRB de revoir leur copie et laisser les devises entrer au pays comme avant, comme ca la BRB va servir les grands commercants mais les petits peuvenet meme se contenter des devises recues par les banques en provenance de la diaspora.

  3. katembo

    La situation n etait pas pareille avant avec ces memes dirigeants ,qu ils trouvent rapidement solution sinon que d asfixier la pauvre population

  4. kagabo

    Hemwe ivyo n’ivyiyumviro vyanyu, None basokuru ntibabayeho bataramenya ayo madorari? Eka n’ubu abarundi bazobandanya kubaho, n’ubundi ayo madorari n’ubundi bukoroni!! Nibatware umugani wa Willy Nyamitwe turabure ayo mahera mais ntitubure ijambo n’ubuntu!!!

    • Kamana

      Izina n’iryo muntu. Basha, uri Kagabo kabisa

    • SENYAMWIZA Jean-Claude

      @KAGABO,
      Quand on manque d’arguments pour justifier l’injustifiable, on se refugie derriere ce genre de commentaires illogiques et insenses que les membres du parti au pouvoir veulent qu’on gobe ! Kagabo, pour vous donc, que le Burundi s’enfonce dans la pauvrete et dans l’abime socio-economique telle qu’on le voit depusi avril 2015, ce n’est pas un problème pourvu que votre Roi NKURUNZIZA reste aux affaires ? Mais, posez-vous une seule fois la question suivante : NKURUNZIZA, reste au pouvoir, pour faire quoi pour le Burundi et les Burundais? Pour que ces derniers restent le peuple le plus pauvre du monde ? Le ridicule ne tue pas….!

      • Mariya Budangwa

        @Senyamwiza Jean-Claude
        Tu demandes ce que Nkurunziza fera s’il reste au pouvoir, qu’est ce que ses prédécesseurs ont fait de plus que lui? Au moins lui il pense à Nyarucari, il faut que tu saches que même dans les pays riches le chômage est là ils imposent l’austérité à leur peuple la crise économique frappe partout. Les Burundais doivent se contenter du peu qu’ils ont et surtout de ne pas vivre au dessus de leurs moyens. On a un beau pays, un bon climat si le ciel est clément on a de quoi manger.

        • Meurlsaut

          @Mariya Budangwa
          Quand tu dis que les prédécesseurs à Nkurunziza n’ont  »rien fait de plus que lui »,veux-tu nous dire à quel autre pouvoir le Burundi a été classé dernier sur l’échiquier économique mondial?? Peux-tu nous dire à quel autre gouvernement la monnaie burundaise a été aussi dévaluée comme elle l’est actuellement avec le pouvoir dd?? Tu dis qu’il  »pense aux Nyarucari »! Qu’a-t-il fait pour eux à part les enfoncer dans leur mendicité et leur pauvreté?? On comprend que tu es peut être une gavée du cercle et de la clique à Nkurunziza mais tu devrais avoir honte de souhaiter et de proposer au peuple burundais-qui croupit déjà dans l’indigence et le dénuement-de se contenter de sa misère!! Quelle vision??

        • jacques

          @ Mariya Budangwa: il pense aux « nyarucari » ou il cree de plus en plus des « nyarucari »???

  5. roza kamikazi

    NTAKIBAZO LUC MICHEL AZOBAHA AFISE AMA DOLLARS MENSHI.

  6. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Le pire est devant nous car nous sommes dirigés par des gens qui n’ont aucune vision et qui manquent de sens politique élémentaire. Sinon, comment comprendre leurs décisions souvent contradictoires (libre circulation de biens et de services au niveau des pays de la CEA) et surtout contre productives comme par exemple empêcher aux paysans de vendre leurs produits au Rwanda alors que ce commerce leur faisait gagner de l’argent pour faire vivre leurs familles ? Comment empêcher aux Burundais d’importer des produits dont ils ont besoin et à moindre coût d’un pays voisin parce que ce pays s’appelle le Rwanda? Toutes ces stratégies et autres manœuvres diplomatiques illogiques ne font que contribuer a l’appauvrissement des Burundais. Sous ce régime, notre pays est devenu la nation la plus pauvre du monde. Il est pointé du doigt par le monde entier pour ses violations massives des droits de la personne humaine y compris tortures, recours au viol comme arme de dissuasion politique, séquestrations et enlèvement pour demander rançon, exécutions extrajudiciaires et j’en passe. Quand on leur demande de donner des explications sur ces faits, comme la semaine dernière a Genève, ils préfèrent faire l’école buissonnière en optant pour la lâche politique de la chaise vide. Je me demande des fois si nous devons en rire ou en pleurer… ! Ce pays est tombé de très haut et il ne pourra se relever qu’avec le départ de ceux qui ne font que l’enfoncer et le e détruire depuis 2005.

  7. Karimu

    Imana itabare u Burundi n’abarundi n’abarundikazi. Twe abanyarwanda tuzahora tubakunda kandi icyo muzifuza cyose muzaze tuzasangira ibyo dufite.

  8. Triste burundaise

    Le pire est a venir ,la spirale est enclenché ,seule la fin du mandat de trop ramènera la situation à la normale.
    Pauvre pays

    • katembo

      La situation n etait pas pareille avec ces memes dirigents Qu ils voient d ou ce vient pour ainsi rectifier leur tir

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