À Bujumbura, des jeunes se sont exprimés sur l’importance de l’auto-saisine des organes judiciaires et du ministère public dans la répression des auteurs de messages haineux. Entre inquiétudes, constats d’inaction et propositions concrètes, ils mettent en lumière les défis persistants dans cette lutte.
Les jeunes rencontrés dans la province de Bujumbura en commune Mukaza soulignent que l’auto-saisine pourrait jouer un rôle déterminant dans la prévention des agressions à caractère racial ou discriminatoire. Selon eux, les messages haineux circulent de part et d’autre, notamment sur les réseaux sociaux et dans la vie quotidienne. Ils alimentent un climat de tension.
Ils déplorent malheureusement un manque de cas visibles de répression. « Dans la pratique, je n’ai jamais entendu de cas d’auto-saisine, sauf celui d’une dame qui aurait été punie pour des propos visant un groupe de femmes », fait savoir un jeune citadin. Une situation qui illustre, à ses yeux, un flou autour de l’initiative des poursuites : action des victimes ou auto-saisine du ministère public.
Un autre jeune insiste sur la portée dissuasive de l’auto-saisine. Sans permettre nécessairement une éradication totale, il estime que l’auto-saisine pourrait « diminuer la propagation des messages haineux ». Il explique que l’intervention proactive du ministère public devient essentielle lorsque les propos visent une catégorie de personnes. « Le ministère public, représentant de la société, doit intervenir pour que les auteurs soient punis », affirme-t-il, mettant en avant la notion d’intérêt général.
Dans son témoignage, une jeune étudiante de l’université du Burundi met en cause ce qu’elle perçoit comme une forme d’inaction ou de méconnaissance des faits par les autorités judiciaires. « Peut-être que le ministère public ne s’y intéresse pas ou n’est pas informé », avance-t-elle, évoquant ainsi l’une des sources possibles de l’impunité.
Face à ce constat, les jeunes proposent plusieurs pistes. D’abord, ils préconisent un engagement plus affirmé du ministère public appelé à « porter plainte au nom de la société » lorsque l’intérêt général est menacé. Ensuite, ils trouvent qu’il faut une implication accrue de la population invitée à dénoncer les actes haineux auprès des autorités compétentes.
Ces voix de la jeunesse convergent vers une même exigence : faire de l’auto-saisine un levier effectif de la justice et de la dissuasion. Dans un contexte où les discours haineux peuvent fragiliser la cohésion sociale, ils appellent à une réponse judiciaire plus proactive.
Appel à un sursaut institutionnel
Maître Fernand Dior Remesho, avocat auprès de la Cour d’appel de Bujumbura clarifie la notion d’auto-saisine. Il s’agit, explique-t-il, de la capacité du ministère public à agir de sa propre initiative, sans plainte préalable, pour poursuivre un présumé auteur du crime. Ce mécanisme fondamental en droit pénal vise à protéger l’intérêt général, même en l’absence de dénonciation formelle.
Cependant, dans la pratique, il constate une application sélective de ce principe. « La plupart du temps, la justice s’auto-saisit dans des cas graves comme les assassinats et les viols », observe-t-il.
En revanche, pour les discours haineux ou incitant à la violence, les initiatives judiciaires restent rares, voire inexistantes. Une situation paradoxale, selon lui, au regard des risques que ces propos peuvent engendrer pour la stabilité sociale.
Les conséquences de cette passivité pourraient être lourdes. Selon maître Remesho, l’absence de réaction judiciaire risque d’encourager la multiplication des discours haineux, notamment sur les réseaux sociaux.
À la longue, cela pourrait entraîner des tensions sociales voire des troubles à l’ordre public.
Il estime que seule une application rigoureuse de la loi permettra de freiner durablement la propagation des messages incitant à la haine et à la violence.





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