« Instaurer une justice de proximité, capable de répondre plus efficacement aux besoins des citoyens en multipliant les points d’accès au droit sur l’ensemble du territoire national. » Tel est l’objectif affiché du décret du 12 mars 2026 portant délimitation des cours et tribunaux au Burundi. L’ampleur du changement est considérable : les Tribunaux de Résidence passent de 135 à 451 ; les Tribunaux de Grande Instance et les Parquets de Grande Instance, de 22 à 42.
Les partisans de cette augmentation exponentielle du nombre de juridictions de base ne tarissent pas d’éloges. Ils y voient « une justice plus accessible et plus humaine, un choix stratégique visant à pallier l’éloignement géographique, souvent source de renoncement à la justice pour les populations rurales ».
Cette réforme judiciaire, qui s’inscrit dans le cadre du nouveau découpage administratif, soulève néanmoins de nombreuses interrogations quant à sa mise en œuvre effective. Où sont les infrastructures destinées à accueillir les nouveaux cours et tribunaux ? À quel horizon le recrutement du nouveau personnel est-il envisagé ? Quid de la gestion des dossiers pendants et de leur sécurité lors des transferts ?
Pour les professionnels du droit, le besoin soudain en magistrats et greffiers constitue le défi le plus critique. « Le recrutement massif risque de se faire au détriment de la qualité de la formation initiale, ou d’engendrer des vacances de postes prolongées dans les zones les plus reculées. » La construction ou l’aménagement de locaux pour les 451 tribunaux de résidence représente par ailleurs un chantier d’une ampleur considérable.
Actuellement, de nombreuses juridictions existantes souffrent déjà d’un manque de bureaux appropriés, d’équipements informatiques et de moyens de transport nécessaires aux enquêtes ou au transfert des détenus.
Au-delà des aspects matériels, la réforme devra affronter des enjeux propres à la pratique même du droit et à la perception de la justice par le justiciable. Le transfert de milliers de dossiers pendants des anciennes juridictions vers les nouvelles structures risque d’entraîner retards et pertes de documents. Par ailleurs, la multiplication des tribunaux de proximité accroît les points de contact entre le pouvoir judiciaire et les influences locales. Sans un renforcement substantiel des mécanismes de contrôle et d’intégrité, le risque de corruption de proximité pourrait s’intensifier, minant davantage encore la confiance des citoyens.
Le système judiciaire burundais demeure confronté à de profondes difficultés qui limitent son efficacité et son accessibilité. L’insuffisance des ressources humaines et matérielles, la lenteur dans le traitement des affaires, les préoccupations relatives à l’indépendance de la magistrature, ainsi que les manquements au respect des droits humains continuent d’affecter son fonctionnement et la confiance que lui accordent les citoyens.
La nouvelle réforme viendra-t-elle à bout de ces maux structurels ? Elle porte, certes, l’espoir d’une justice plus humaine et plus proche du citoyen. Elle risque toutefois de demeurer une réforme à double tranchant, dont la réussite dépendra de l’accompagnement budgétaire consenti et de la rigueur déontologique appliquée au recrutement et au contrôle des magistrats.
Pour que cette réforme ne reste pas une simple réorganisation géographique, des mesures d’accompagnement concrètes sont indispensables
Le succès de cette transition dépendra de la capacité du gouvernement à transformer ces nouvelles structures en institutions fonctionnelles et crédibles. Les défis financiers, humains et d’intégrité exigent une approche holistique, combinant investissement massif, formation continue et lutte sans merci contre l’impunité au sein même du corps judiciaire.