Politique

« C’est une résolution claire et mature »

Le politologue Gérard Birantamije réagit par rapport à la récente résolution du Conseil des droits de l’Homme, ses implications, et à la réaction de Bujumbura.

gerard-birantamijeComment appréciez-vous cette nouvelle résolution ?

C’est une résolution claire et mature. Pour plusieurs raisons. D’abord, elle trouve ses fondements dans la Charte des Nations unies et une série de résolutions ayant déjà été prises par les différentes instances onusiennes.

Deuxièmement, la résolution rappelle le rôle de l’Etat dans la protection matérielle des droits de l’homme, surtout le droit à la sécurité du peuple burundais dans cette situation de crise consécutive au troisième mandat. A plus forte raison, quand il s’agit d’un Etat membre du conseil des droits de l’homme. Troisièmement, la résolution souligne son attachement à l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi, un accord signé sous les auspices de la communauté internationale et pour lequel cette dernière reste garante. Point n’est besoin de rappeler les garanties et les garants de cet accord (Protocole V). Quatrièmement, la clarté de cette résolution se trouve dans le fait qu’elle fonde son argumentaire sur des faits, entendu ici des crimes qui ont été documentés par trois experts mandatés pour cette cause. Cinquièmement et enfin, la résolution porte sur une mission claire : établir une commission d’enquête pour établir les responsabilités sur les crimes commis déjà qualifiés de « crimes internationaux » par les experts afin d’engager les poursuites qui s’imposent dans des circonstances similaires si un Etat partie au Statut de Rome brille par l’impunité comme c’est le cas au Burundi.

Que traduit la mobilisation de Bujumbura avant et après le vote de cette résolution ?

Cette mobilisation de Bujumbura traduit trois phénomènes importants. Le premier est l’arrogance de tout régime aux abois. L’on aura vu ce type de mobilisation avec Laurent Gbagbo au début de la crise électorale de 2011 en Côte d’Ivoire. Il ne s’agit pas d’une mobilisation qui se fait sur base des faits rationnels mais sur un argumentaire de simple négation des faits au nom des principes difficiles à mobiliser dans les circonstances actuelles au Burundi.

C’est notamment la souveraineté. Le Burundi n’est pas le seul Etat souverain. Mais il est le seul qui actuellement est entrain de broyer son peuple au nom de ce principe. La résolution lui rappelle indirectement que la meilleure façon d’être souverain est de protéger son peuple. Or, les chiffres de personnes assassinées, de réfugiées et de déplacés intérieurs montrent une situation catastrophique et alarmante.

Le second phénomène montre un processus de lavage de cerveau et de crétinisation qui se met en place aussi bien au niveau des masses que des élites administratives et sécuritaires. A chaque fois qu’il y a une résolution ou un rapport d’une organisation internationale, c’est un réflexe quasi-pavlovien, les gens vont aller dans la rue, même si c’est une résolution qui reconnaît le régime. Ce processus, en donnant la place belle à la pensée unique, génère une violence symbolique. Quoi de plus violent que de se mobiliser contre une résolution qui cherche des solutions pour sauver la population. Parmi les gens qui manifestent il y en a qui ont les leurs déjà massacrés, déjà exilés ou mis au pilori de la misère par le même système politique. La machine de la violence s’arrête rarement si l’Etat brille par le culte de l’impunité. Or cette résolution cherche à ce que des responsabilités soient établies et que des criminels présumés soient traduits devant les instances judiciaires nationales et internationales.

Le troisième phénomène, c’est aussi l’ignorance du fonctionnement des organisations internationales. Les organisations internationales privilégient, dans la plupart des cas, des solutions non violentes, négociées et consensuelles, donc constructives. Mais dans certaines circonstances, des mesures coercitives sont prises, et l’histoire regorge aussi de tels cas. Le refus contre toutes les résolutions qu’elles soient des Nations Unies ou des organisations régionales, est un signe que le régime de Bujumbura ne veut pas de solutions consensuelles, encore moins que la communauté internationale s’engage au regard de sa responsabilité de protéger. Autant dire que la radicalisation du régime pourra conduire à la prise des positions plus contraignantes et non négociables.

Bujumbura dit qu’elle ne sera jamais appliquée. A-t-il raison ?

Oui et non. Oui pour l’instant dans la mesure où la résolution appelle le gouvernement burundais à la coopération pour la rendre opérationnelle. Cependant, tous les signaux montrent que le gouvernement reste ferme sur la position affichée depuis le début de la crise, et crie à une conspiration internationale. Dans l’état des rapports de force, c’est-à-dire la force contraignante de cette résolution, c’est clair que la commission ne pourra fouler les pieds au Burundi. Et donc le gouvernement a raison de jurer mordicus qu’elle ne sera jamais appliquée.

Non, si l’une ou l’autre résolution, notamment celle du Conseil de sécurité, en arrive à invoquer le chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui n’exigera pas nécessairement la coopération de Bujumbura, mais plutôt l’astreindra à s’exécuter.

Peut-elle passer au niveau du Conseil de Sécurité des Nations unies ?

Tout dépendra du travail formidable qui devra être fait au niveau des diplomaties officielles, parallèles et multiples pour convaincre notamment ceux qui ont voté « non » et qui font partie du Conseil de sécurité. Et amener tout le Conseil de sécurité à voter une telle résolution, n’est pas une chose facile au regard des différents enjeux des différentes puissances (grandes, médianes, régionales, etc.)

Peut-on s’attendre à une action unilatérale d’une grande puissance contre Bujumbura si la résolution ne passe pas au Conseil de Sécurité au titre du chapitre VII ?

Cela m’étonnerait beaucoup. La raison est simple, le Burundi n’est pas au centre des enjeux de la géopolitique mondiale, du moins pour le moment. Cela étant, dire qu’il y a une puissance grande ou moyenne, voire régionale qui va prendre le lead comme on l’a vu en Libye ou en Côte d’Ivoire me semble pour le moment improbable. Par ailleurs, la question du troisième mandat au cœur de la crise burundaise ne fait pas balbutier les pays de la région. La plupart des pays africains n’ont pas adhéré à la Charte africaine sur la démocratie et les élections, avec en toile de fond le même argumentaire que l’on voit avec les conclaves de la CNDI. D’où à mon avis, il va falloir au Conseil de sécurité trouver une autre fenêtre d’opportunité. Et la violation des droits de l’homme en est une. A la seule condition qu’un consensus se dégage.

Si cette action est engagée, quelles peuvent être les conséquences?

Les conséquences seraient généralement de deux ordres : d’un côté il y aurait des conséquences positives avec l’arrêt des violations graves des droits de l’Homme, l’arrestation des grands criminels, de nouvelles réflexions sur le devenir institutionnel de l’Etat, la disparition des espaces anétatiques comme ceux érigés par les Imbonerakure rapportés dans le rapport des experts, etc

De l’autre côté, cela peut conduire aussi à la radicalisation de la partie gouvernementale, avec en corolaire l’élimination systématiques des opposants, des défenseurs des droits humains, etc. Bref tous ceux qui auront pris une position contre le gouvernement. Et les différentes manifestations qui se passent depuis la parution du rapport montrent la désignation des ennemis de l’Etat, comme pour préparer l’opinion.

Forum des lecteurs d'Iwacu

16 réactions
  1. Jonh

    Pour vous les CNDD, partisans de Nkurunziza, qui d’autres mwemera a part vous meme et Nkurunziza ? les pretendus politologues, les pretendus experts des NU, les pretendus, activistes des droits de l’homme etc…
    et vous pretendez etre intelligents et en bonne position pour critiquer tout le monde dans ce monde, hahaha.

  2. Kayo

    Pas de génocide au Burundi parce que au sein de la mouvance il y a toutes ethnies memement au niveau de l’opposition

  3. Uwakera

    Mais vous les dénichez où ces prétendus politiciens… Excusez! plutôt ces prétendus politologues?

  4. Fofo

    @Jereve,
    Je suis de même avis que toi! Si ces gens étaient bien intentionnés ils auraient procéder ainsi mais pourquoi se sont-ils précipité à organiser une réunion unidirectionnelle sans avoir analysé le contre-rapport et voter ainsi une résolution qui serait rationnelle? C’est pourquoi elle n’a pas obtenue l’unanimité au sein de ses membres! C’est vraiment une honte de faire voté une résolution et obtenir est tel score.

  5. Maya

    @Democrate,
    Evitons le mensonge et construisons notre pays. Certes, il y a eu des disparitions mais qui les commettent? Vous me direz … le Gouvernement comme si parmi de disparus il n’y a pas les membres du parti au pouvoir, les policiers et militaires!!! D’autres sont kidnappés par les bandits pour les rançonner? On ignore également les cas des personnes qui seraient partis pour le maquis, d’autres partent en cachette pour l’exil. Je ne veux pas dire que dans le pouvoir il n’y a pas ceux qui commettraient tels actes mais l’opposition n’est pas aussi moindre dans cette affaire!
    S’agissant des barricades des imbonerakures, il faudrait préciser où sont-elles pour que les médias reportent cette nouvelle. Reconnaissons tous qu’il y a des actes barbares qui se commettent de deux côtés et condamnons-les mais pas accuser arbitrairement!

  6. Jereve

    Il y a eu ce rapport, puis le contre-rapport du gouvernement. Logiquement, il ne reste qu’à franchir la troisième étape, celle d’analyser, décortiquer, passer au peigne fin les deux rapports et pointer les similitudes et les incohérences. Or le gouvernement n’est pas assez sage pour accepter cette suite logique. Pour des raisons qu’on peut facilement imaginer. Alors, courage à ceux qui veulent le défendre.

  7. Jereve

    Ce rapport ne mentionne qu’une infime partie des exactions commises au Burundi. Car aujourd’hui, qui sait réellement ce qui se passe aux fins des collines quadrillées par des officiels et officieux auxquels on a donné des pouvoirs immenses sur la vie des gens? Surement des choses plus nauséabondes qu’il faut à tout prix cacher.

  8. Cyrus

    Bonne analyse partée avec la plupart dont moi!

  9. Fofo

    [Ndlr:C’est une résolution claire et mature.], ça fait un peu rire! Vu la polarisation de la crise burundaise où presque tous les burundais ont une position à soutenir, ce n’est pas du tout étonnant qu’un politologue burundais se prononce ainsi.
    Je ne suis pas personnellement contre la résolution, plutôt contre les éléments précurseurs qui auraient motivé cette résolution. D’abord, un rapport qui accuse le gouvernement d’avoir commis, seul, des crimes contre l’humanité. Certes, il y a eu des crimes mais, en tant que quelqu’un qui était sur terrain, des crimes ont été commis par les deux parties.
    – Mettre les mineurs sur les fronts de manifestations violentes n’est-il pas un crime?
    – Bruler une personne vivement n’est pas un crime?
    – Bruler les bus des gens innocents n’est-il pas un crime?
    – Jeter les grenades ou tirer sur les innocents paisibles n’est-il pas un crime?
    – Enrôler les mineurs dans des groupes armés n’est-il pas un crime?
    Mais M. Zeid Ra’ad Al Hussein ne condamnent jamais ces actes. En tant autorité d’une organisation des Nations Unies devrait jouer le rôle de conciliateur surtout quand il s’agit d’une crise interne. Peut être qu’il est aussi victime de l’influence de ceux qui se surnomment “grandes puissances” dans la prise d’une telle décision (lobbying ou corruption ne manque jamais) car même son pays est victime d’une injustice internationale. Fin de citation !

  10. Bakari

    @Democrate
    Ramassés toi-même!

  11. Murundi

    Mr le politologue, votre analyse renferme et révèle votre option dans l’actuelle politique burundaise! Vous en avez le droit comme tout Burundais; tout ceci pour dire que votre réflexion pourrait incarner une probable consolation pour ceux qui partagent votre vision.

  12. Zihinjishi Casside

    On remarque qu’il y a deux positions irréconsiliable dans ce pays du lait et de miel.

  13. Jonh B

    “Il est difficile d’accepter la verite lorsque le mensonge etait exactement ce que tu voulais entendre : Le rapport des experts des NU relate les faits reels au Burundi. Le nombres des victimes cites dans le rapport ne se sont pas tortures ou suicides. La resolution est sage dans un Pays ou les gens disparaissent et sont tues tous les jours sans aucune poursuite juciciaire. L’opinion de ce politologue fait du sens. Et tu sais bein Ayubu qu’il ne peut pas oser aller exprimer cet opinion au centre ville de Bujumbura ou les seuls partisans de Nkurunziza sont autoirisees. La commission d’enquete devrait se mettre au travail sans delai. La protection des burundais est plus qu’urgent dans la mesure ou les coins comme Makamba et Kirundo les entrainements paramilitaires des imbonerakures sont avances, et les banyagihugu sont dans une peur panique. Pour les manifestants partisans de Nkurunziza et ce Ayubu qui nient tous et qui se moquent du
    monde entier, uwubabaye niwe abanda urugi. Les gens sont en train de mourir. Les activistes des droits de l’homme locales entregistres les victimes de chaque jour et la facon dont ils ont disparus et tues. Le genocide plane sur nous. Laissez nous crier au secours et nous n’avons pas besoins d’avis sur notre vie en danger de la part des gens en train de mener une vie de champagne dans votre coin que tu connais et que tu cotoie.

  14. Democrate

    Dans le bdi que je vois où la torture et les disparutions sont quotidiennes, il y a risque de génocide. Nous voyons les imbonerakure érigés des barrières, ramassés l’argent. Quelques uns parlent d’entraînements paramilitaires. Avec la pauvreté et la frustration qui gangrènent le bdi, il y a risque d’explosion de la situation.

  15. Stan Siyomana

    @Ayuhu Jean Pierre
    Que le Burundi soit “a feux et a sang” ou pas, il reste qu’il y a:
    – ces violations de droits de l’homme (que vous-meme vous reconnaissez),
    – des milliers de citoyens burundais qui croupissent dans DES CAMPS DE DEPLACES INTERNES depuis plus de 20 ans (ET SUR LE TERRITOIRE DU BEAU PAYS DE MWEZI GISABO, S’IL VOUS PLAIT!!!);
    – des centaines de milliers de citoyens burundais qui croupissent dans DES CAMPS DE REFUGIES dans les pays limitrophes.

  16. Ayuhu Jean Pierre

    Cher Gérard,
    Tu donnes ton avis comme si tu n’étais un expert étranger ( non burundais, j’entend).
    Je dis souvent que l’honnêteté intellectuelle doit être une qualité qui guide, oriente la réflexion…Toi qui connait le Burundi, est-ce que tu peux affirmer que le Burundi est à feux et à sang comme ces experts l’ont fait avaler au monde? Oui il y a des violations de l’homme…Un risque de génocide? des miliciens à la chasse à l’homme? Dans un Burundi pas celui que je connais et que je côtoie!

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Editorial de la semaine

Covid-19. Le Burundi retient son souffle

Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur Covid-19. Le Burundi retient son souffle

Les Burundais sont-ils capables de prévenir, gérer et éradiquer le coronavirus ? Quel plan de riposte dispose-t-on en cas du Covid-19 ? Des questions, des inquiétudes fusent de partout  sur les réseaux sociaux, les médias nationaux et internationaux. Des commentaires bourrés parfois (…)

Notre Web Radio sur What'App

1 Ajoutez le numéro suivant à votre liste de contacts de votre GSM : + 257 76 002 004

2 Ouvrez l'application WhatsApp et envoyez un message à ce numéro avec votre nom + la mention "abonnement".

3 Il n'y a rien d'autre à faire : nous nous occupons de l'activation de votre compte. Vous commencerez à recevoir nos émissions quotidiennes en direct sur votre smartphone.

Online Users

Total 364 users online