Dimanche 31 août 2025

Société

Conditions de vie déplorables au centre de Munzenze

16/07/2025 1
Conditions de vie déplorables au centre de Munzenze
Des pensionnaires adultes dans un centre destiné, à l’origine, aux enfants en situation de rue.

Les pensionnaires dénoncent des conditions de vie déplorables, loin des standards établis par la stratégie nationale pour les enfants en situation de rue. Vêtements en lambeaux, repas insuffisants, cohabitation forcée avec des adultes, … Les organisations de défense des droits de l’enfant tirent la sonnette d’alarme. Psychologues, acteurs de la société civile et ONG appellent à des réformes urgentes et à une réintégration communautaire effective.

Initialement prévu pour les enfants uniquement, le centre de Munzenze compte aujourd’hui 184 personnes, dont 129 sont des adultes. Parmi ces derniers, on compte 111 hommes et 18 femmes, en plus de 55 enfants, dont 14 filles et 41 garçons.

La Fédération nationale des Associations engagées dans le domaine de l’Enfance au Burundi (Fenadeb) insiste sur la nécessité de respecter les normes prévues par la stratégie nationale en matière de prise en charge des enfants en situation de rue (ESR).

Selon Ferdinand Simbananiye, chargé du plaidoyer et de la communication de la fédération, cette stratégie adoptée par le gouvernement burundais donne des indications précises sur les critères que doivent remplir les centres de transit. « Chaque centre devrait disposer d’un paquet minimum en termes d’infrastructures, de services et de personnels clés afin de respecter les droits des enfants », a-t-il rappelé.

Il précise notamment que ces centres doivent être équipés de dortoirs aménagés, de réfectoires, d’infrastructures sanitaires, d’infirmeries, de salles de classe ainsi que de terrains de jeux et de blocs administratifs.
« Ce sont des centres semi-ouverts où les enfants doivent jouir d’une certaine liberté de mouvement ».

Par ailleurs, la stratégie nationale recommande que ces structures ne soient pas implantées au cœur des zones urbaines bruyantes. « À défaut d’être situés en milieu rural, les centres devraient au moins être établis en périphérie, dans des environnements calmes », a précisé M. Simbananiye.

Malgré ces directives, il exprime son inquiétude face aux conditions rapportées au centre de Munzenze. « Il nous est rapporté que certains droits fondamentaux des enfants ne sont pas respectés dans ce centre ».

Il cite notamment le manque d’habits, de nourriture suffisante et de conditions de vie dignes, en contradiction avec les droits garantis à chaque enfant par la Constitution burundaise et la Convention internationale relative aux droits de l’enfant ratifiée par le Burundi en 1990. « Tout enfant a droit à l’éducation, à la santé, à la protection, à l’épanouissement, à l’habillement, au logement et à une alimentation suffisante », a-t-il souligné.

Un appel à une évaluation inclusive

Face à ces constats, la Fenadeb appelle à une action collective pour redresser la situation et garantir aux enfants un encadrement respectueux de leurs droits et propice à leur réintégration sociale.

Il évoque à ce propos l’importance des synergies entre les acteurs étatiques et non étatiques, comme recommandés par le chapitre VII de la stratégie nationale. « L’efficacité des actions contre le phénomène des enfants de la rue dépend de la complémentarité entre organisations gouvernementales, non gouvernementales, communautaires et associatives », a-t-il fait remarquer.

Il propose au gouvernement d’organiser une évaluation des activités en cours au centre de Munzenze qui implique tous les acteurs de la protection de l’enfance.

Une telle évaluation permettrait de relever les lacunes actuelles et de proposer des réponses adaptées aux besoins réels des enfants concernés


Réaction

Vianney Ndayisaba : « Enfermer les enfants à Munzenze ne résout rien »

L’Association de lutte contre le chômage et la torture (Aluchoto) engagée dans la protection des droits de l’Homme, dénonce les conditions de vie précaires au centre de Munzenze et remet en question l’efficacité de la stratégie nationale de réinsertion.

Selon Vianney Ndayisaba, son représentant légal, la situation dans ce centre est loin de garantir les droits fondamentaux des enfants. « Selon les informations que nous avons recueillies, ces enfants n’ont ni vêtements propres, ni nourriture suffisante ».

Il trouve que la stratégie de réinsertion telle qu’elle est appliquée au centre de Munzenze ne remplit pas ses objectifs. « À Aluchoto, nous considérons que cette stratégie n’aide en rien. Ces enfants devraient retourner à l’école. Et pour ceux qui ont encore des familles, il faut les réintégrer dans leurs foyers avec un accompagnement adéquat », plaide-t-il.

Il déplore également la présence d’adultes dans ce centre destiné à l’origine uniquement aux mineurs. « Les adultes ne devraient en aucun cas se retrouver dans un centre censé encadrer des enfants. Cela compromet la vocation première de l’établissement. »

Pour lui, la solution ne réside pas dans l’isolement ou la détention prolongée mais dans le soutien économique et social. « Le plus important, ce n’est pas de les enfermer, mais de les aider financièrement. Il faut leur offrir des perspectives concrètes ».

M. Ndayisaba appelle à une mobilisation des organisations de la société civile, des ONG et des institutions nationales pour examiner en profondeur la situation. « Nous demandons à la CNIDH, aux ONG et à la société civile d’étudier comment ces enfants peuvent être réintégrés dans leurs familles. Toute personne a un foyer, personne ne devrait être abandonnée », tout en ajoutant que « prendre un enfant qui vivait déjà dans une grande précarité pour l’emmener dans un endroit encore plus précaire, c’est détruire son avenir ».

Analyse

Aimable Barandagiye : « Bien identifier les causes pour agir efficacement »

Aimable Barandagiye est psychologue social, clinicien et spécialiste des enfants en mobilité. Il partage son expertise sur les causes du phénomène des enfants en situation de rue et les limites des réponses actuelles, notamment dans le cas du centre de Munzenze.

Le phénomène repose sur trois types de causes qu’il faut bien distinguer pour agir efficacement, fait-il savoir. « Il y a les causes profondes liées beaucoup plus à la pauvreté ».
Il précise ensuite les causes intermédiaires, souvent liées au cadre familial et communautaire. « Ce sont notamment les conflits familiaux, le faible encadrement des enfants, les comportements irresponsables de certains parents ainsi que la faible implication des autorités à la base ».

Quant aux causes immédiates, le psychologue les décrit comme des facteurs aggravants du phénomène. « Elles incluent la fragilité des foyers, les violences basées sur le genre, les violences domestiques, la dislocation des familles, le décès des parents et la maltraitance des enfants ».

Une stratégie nationale sous-utilisée

Par rapport à la création du centre de Munzenze, le psychologue reconnaît une intention louable. Mais, il souligne un manque de cohérence dans l’approche. « C’est une tentative de réponse, mais ce n’est pas une finalité », souligne-t-il tout en ajoutant qu’il ne faut pas multiplier des centres d’accueil à long terme.

Il rappelle qu’une stratégie nationale a pourtant été élaborée avec l’appui de l’Unicef. « Le ministère de la Solidarité nationale, en partenariat avec l’Unicef, m’a demandé d’appuyer dans l’élaboration d’une stratégie de prévention des enfants en situation de rue et des adultes mendiants. Elle a été adoptée par le Conseil des ministres en février 2022. »

Il se félicite aussi de l’organisation, en février 2025, d’une table ronde de mobilisation des ressources, qui a réuni des partenaires techniques et financiers du gouvernement et des organisations actives dans la protection de l’enfance. « Cela montre une volonté politique réelle de s’attaquer à ce problème. »

Un traitement uniforme ne fonctionne pas

Le clinicien met en garde contre les décisions de regrouper des enfants dans des centres éloignés de leurs familles, sans évaluation approfondie. « Ce n’est pas normal qu’un enfant dont les parents vivent à Buterere soit transféré à Cankuzo. Il n’y a aucune logique dans cette décision ».

Pour lui, la priorité devrait être de soutenir les familles pauvres dans leur rôle parental. « Une famille pauvre devrait être appuyée économiquement, pour générer un revenu mensuel, assurer la prise en charge de l’enfant et lui permettre de retourner à l’école ».

M. Barandagiye insiste aussi sur la nécessité d’adapter les solutions à chaque profil d’enfant. « Certains ont encore leurs parents, d’autres sont orphelins partiels et d’autres n’ont aucune référence sociale ».

Il estime que les enfants sans parents pourraient être accueillis dans des familles d’accueil volontaires soutenues par les pouvoirs publics. Les enfants en âge scolaire doivent être réinsérés dans le système éducatif tandis que les plus âgés devraient bénéficier des centres de formation professionnelle. « Cela permettrait de les occuper utilement et de leur redonner une perspective d’avenir ».

Travailler avec les provinces touchées

Enfin, M. Barandangiye appelle à une collaboration étroite avec les autorités locales, notamment dans les provinces les plus affectées. « On connaît déjà les zones les plus concernées. Il s’agit de Bujumbura Mairie, surtout les quartiers périphériques pauvres ainsi que les provinces de Kayanza, Ngozi, Gitega, Muyinga, Makamba, Bujumbura rural, Kirundo et Rumonge ».

Il conclut en appelant à une mise en œuvre rigoureuse de la stratégie nationale déjà validée par les acteurs concernés. « Tout est dans la stratégie. Il ne reste qu’à l’appliquer de façon cohérente et adaptée au terrain ».

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Dalemans

    c’est une prison pour adultes qui ne dit pas son nom.

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