Dans un communiqué sorti ce 14 janvier par Reporters Sans Frontières, cette organisation de défense et de promotion de la liberté, de l’indépendance et du pluralisme du journalisme s’indigne et dénonce une ’’peine extrêmement sévère infligée à la journaliste détenue depuis avril 2024, à l’issue d’une procédure opaque’’.
Selon RSF, la peine est devenue plus sévère, passant presque du simple au double. Le tribunal de grande instance de Ngozi, au nord du Burundi, a condamné ce 13 janvier la journaliste Sandra Muhoza à quatre ans de servitude pénale principale – soit de la prison ferme – et à payer une amende de 60 euros (200 000 francs burundais) pour “atteinte à l’intégrité du territoire national et aversion raciale”.
Selon l’un de ses avocats Rémy Nsabimana, elle va faire appel. « Nous accusons le juge de mal interpréter la loi pénale : les faits ne coïncident pas avec ce qui est prévu par le Code pénal burundais. Il n’y a pas d’infraction, il n’y a pas d’indices sérieux de culpabilité, ce qui devrait conduire à l’acquittement sans condition. Interjeter appel est la seule solution à entreprendre », a-t-il déclaré à RSF.
« C’est la déception totale. La condamnation tout comme l’instruction du dossier ont été téléguidées », a ajouté Me Prosper Niyoyankana, un des avocats de la défense de Sandra Muhoza.
Pour Sadibou Marong, Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF, « quatre ans de prison ferme pour Sandra Muhoza. Cette peine très sévère infligée à une journaliste qui n’a fait que partager un message sur un groupe WhatsApp de professionnels de l’information montre les intentions réelles des autorités judiciaires : continuer à considérer le journalisme comme un crime. Sandra Muhoza est la seule femme journaliste détenue arbitrairement en Afrique subsaharienne. Elle fait l’objet d’une procédure longue et opaque, qui a débuté à Bujumbura, la capitale, puis a continué dans la ville de Ngozi, sur la base d’accusations forgées de toutes pièces ».
Cette persécution qui la maintient derrière les barreaux depuis avril 2024, poursuit-il, et qui constitue une négation de la liberté de la presse dans le pays – 125ème au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF –, doit cesser. « RSF demande sa libération immédiate ».
Cette correspondante du journal en ligne, La Nova Burundi est accusée d’avoir partagé, sur un groupe WhatsApp de journalistes, une information concernant une distribution présumée d’armes par les autorités à des jeunes du parti au pouvoir. Elle a été arrêtée le 13 avril 2024 à Ngozi avant d’être transférée à la prison centrale de Mpimba à Bujumbura cinq jours plus tard après une transition au SNR.
La journaliste est condamnée le 16 décembre 2024 à 21 mois de prison pour “atteinte à l’intégrité du territoire national” et “aversion raciale”. Sa défense fait appel de cette décision, mais la Cour d’appel de Mukaza à Bujumbura saisie du dossier a fini par se déclarer incompétente pour se prononcer sur le jugement, renvoyant le dossier devant le Tribunal de grande instance de Ngozi, la ville où habite Sandra Muhoza et où elle a été arrêtée.
Ce qui a pour effet d’annuler la première procédure. Elle n’est pourtant pas libérée et est transférée à la prison pour femmes de Ngozi le 26 septembre 2025.
La nouvelle procédure entamée à Ngozi, qui aboutit à ce verdict sévère de quatre ans de prison ferme, révèle les différentes stratégies mises en place pour continuer à détenir la journaliste : une arrestation arbitraire, des accusations infondées, une incompétence territoriale et quatre demandes de liberté provisoire refusées malgré l’état de santé fragile de la journaliste.
RSF a saisi en mars 2025 la Rapporteure spéciale sur la liberté d’expression et l’accès à l’information en Afrique au sein de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples (CADHP).
Le Burundi occupe la 125ème place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2025.









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