Opinions

A propos du « Printemps arabe au bord du Tanganyika » : ma réponse à Selim Mawad

Monsieur Selim Mawad, à travers un texte publié dans Iwacu, revient sur une chronique que j’ai intitulée « Le Printemps arabe et nous » et me prête des intentions de vouloir susciter un tel bouleversement sur les bords du Tanganyika. Je voudrais apporter quelques éclaircissements à ce propos et faire un commentaire sur son appréciation de la révolution « rwagasorienne » au Burundi.

Comparaison n’est pas raison

Dans ma chronique sur le Printemps arabe, j’ai voulu insister d’abord et avant sur le fait que nous les Burundais avons tendance à croire que ce que nous vivons en politique est unique dans l’histoire de l’humanité. Nous ne faisons pas souvent l’effort de nous comparer à d’autres pour nous rendre compte que ce qui nous arrive se passe sous d’autres cieux aussi. Je me préoccupe de cette ouverture d’esprit à un double titre : d’abord, le fait de nous situer dans la diachronie et la synchronie de la vie de l’humanité nous diminuons nos angoisses car nous constatons que nous vivons les mêmes réalités à peu de choses près ; ensuite, la lecture vigilante des signes du temps ici comme ailleurs nous rappelle que les mêmes causes produisent généralement les mêmes effets, même en sciences humaines. Donc, sans jouer les Cassandre je maintiens à dire que si les trois causes directes relevées par Radhi Meddeb, que je cite, se vérifient au Burundi rien ne peut empêcher des troubles sociopolitiques dans un avenir proche.
Il s’agit donc d’un constat et non d’un souhait, pour être clair…

A propos de révolution « rwagasorienne »

Par ailleurs, la définition des mouvements révolutionnaires faite par Selim Mawad me semble européocentriste, voire francocentriste. Il écrit ceci : « Au fil de l’histoire, les idées révolutionnaires, bon gré malgré (sic !) le romantisme, étaient le plus souvent instrumentées par une élite intellectuelle socio-politique et/ou socio-économique, livrée ensuite à la masse afin qu’elle fasse le nécessaire pour les mettre en œuvre. »

Des révolutions et non des moindre n’ont pas du tout obéi à cette dynamique. La révolution chinoise, par exemple, a connu d’autres dynamiques qui ont aboutit au pouvoir communiste en 1949. Quand Selim Mawad écrit que nos pays des Grands Lacs n’ont « pas connu de révolutions venant de la base », c’est mal connaître notre histoire. Le mouvement indépendantiste burundais porté par l’Uprona du prince Louis Rwagasore était avant tout un mouvement éminemment populaire.
Ne pas en saisir la dimension rurale et paysanne, c’est ne rien comprendre aux bouleversements sociopolitiques qui se sont déroulés dans les années soixante et dont les ondes de chocs, même aujourd’hui, influent sur le changement sociétal profond en cours de formation. De plus, j’ajouterais que l’avenir du Burundi est loin de reposer uniquement sur le travail de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR). C’est certes un outil pouvant servir la paix, mais tout autant que la protection et la promotion des libertés fondamentales, que la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales, que la séparation effective des pouvoirs et que le combat sans merci de la corruption qui gangrène le pays.

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. Karundi

    @Mr Printemps,

    c’est un peu gonflé quand même de dire à Mr Ngendahayo qu’il ne connaît pas la valeur de ce qui s’est passé en 93 alors qu’il était un acteur clé de cette époque au plus grand péril de sa vie.

    Je vous invite à visionner ce documentaire si vous ne connaissez pas l’histoire :

    https://www.youtube.com/watch?v=fRn3KfDUUb0

    https://www.youtube.com/watch?v=pQ8fSu_ZulI

    https://www.youtube.com/watch?v=_UFrejIM97I

  2. Theus Nahaga

    Mr Ngendahayo,
    vos théories sur Rwagasore et sa révolution; bon je vous les passe. Mais je suis totalement d’accord avec vous quand vous en appelez à la création des richesses dont tout le monde pourrait profiter. Gérer le bien publique avec des règles claires et de facon à ce que chacun ait le sentiment qu’il y a une amélioration de sa condition de vie. Cela passe par une réelle amélioration du quotidien de chacun et cela est du devoir de chacun et du pouvoir politique. Cela se nomme leadership.

  3. Citoyen(2)

    @Printemps

    Muri mirongo 1993 abarundi ntibikuyeko apartheid.appartheid niba utazi icarico urasoma neza utohoze.ariko abarundi ndemeza ko bahinduye intwaro mbi yari ihari.c’était la motivation. kandi ni nkuko bashobora kwikurako intwaro mbi ihari ubu.
    intwaro mbi ni ukuvuga:intwaro itumviriza abanyagihugu bose co kimwe, intwaro idatorera inyishu ibibazo bihanze abanyagihugu nk’inzara, agashomeri, corruption, ….n’ibindi.enfin intwaro ihagaze sur la propagande d’un parti qui veut se positionner comme parti unique.

  4. Stan Siyomana

    @Printemps
    1. Il y a quand meme une grande difference entre un changement qui se fait par la voie des urnes (comme en 1993 au Burundi) et le Printemps arabe ou le chef de l’Etat finit par fuir le pays (pour ne pas etre lynche par la population) et Presque toutes les institutions se desintegrent.
    2, Toute societe etant dynamique, les preoccupations de la societe burundaise de 1993 se centraient sur la democratie, ses preoccupations actuelles sont le chomage des jeunes, famine au sein de la population, l’absence de la bonne gouvernance…
    3. Pour revenir sur votre exemple de l’apartheid, le president sud africain Jacob Zuma aurait nomme l’ancien ministre des Finances Pravin Gordhan au poste de ministre de Cooperative Governance and Traditional Affairs por que la population puisse avoir de meilleurs services de la part du Gouvernement (et ainsi arreter la colere populaire qui commence a se manifester ici et la).
    (Voir “SA’s Cabinet is the largest in the world.”,www.sabc.co.za, 27 May 2014).
    Merci.

  5. duciryaninukuri

    Réponse pour s’expliquer mais pas très convaincante. Mais c’est ça les échanges sur les théories intellecduelles.

  6. Printemps

    Mr Ngengahayo,
    Nuko utumva kandi utabona , printemps arabe yarabaye muri 1993 aho Abarundi twikurako apartheid.

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