Vendredi 30 janvier 2026

Société

Buceco hausse le prix du ciment sans l’aval du ministère de tutelle

30/01/2026 0
Buceco hausse le prix du ciment sans l’aval du ministère de tutelle
Une source interne au ministère en charge du commerce : « L’expiration de l’exonération de l’entreprise serait à l’origine de cette hausse du prix du ciment »

Dans une correspondance du 19 janvier adressée à tous ses agents commerciaux agréés, l’entreprise de fabrication du ciment au Burundi (Buceco), a annoncé que le prix du ciment de grade 32,5 passe de 45 000 à 55 000 FBu, soit une augmentation de 10 000 FBu. Une décision qui, selon la population, va avoir des répercussions sur le coût des loyers.

Dans la foulée, une source interne au ministère des Ressources minières, énergétiques, de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, a indiqué que la décision de rehausser le prix du sac de ciment a été prise « unilatéralement par Buceco, sans l’aval du ministère de tutelle ».

D’après cette même source, « l’expiration de l’exonération de l’entreprise » serait à l’origine de cette hausse. Elle indique que l’entreprise Buceco a adressé une correspondance au ministre des Finances pour solliciter une extension de l’exonération dont elle bénéficiait, mais qu’aucune suite favorable n’a, pour l’instant, été donnée à cette demande. Toujours selon cette source interne, la décision d’augmenter le prix du ciment n’est pas définitive.

Une vive inquiétude

Cette hausse suscite une vive inquiétude chez de nombreux citoyens, notamment ceux engagés dans des projets de construction. Selon N.D., propriétaire d’un chantier en cours de construction dans la province de Bujumbura, cette augmentation constitue un véritable coup de massue dans un contexte économique déjà difficile pour la majorité des Burundais.

Il indique avoir commencé à utiliser le ciment Buceco en 2023. A l’époque, le prix d’un sac était d’environ 28 000 FBu. Aujourd’hui, dit-il, il est stupéfait par cette nouvelle révision à la hausse.

D’après lui, cette augmentation compromet sérieusement les efforts de développement du pays, notamment les ambitions de la Vision 2040, pays émergent et 2060, pays développé. Il estime qu’il sera difficile d’atteindre ces objectifs sans des infrastructures solides et des logements décents.

Ayant contracté un crédit bancaire pour financer son chantier, N.D. explique que le montant emprunté a déjà été entièrement consommé et qu’il est désormais en phase de remboursement. « Avec cette hausse vertigineuse du prix du ciment, mes calculs initiaux faits par les ingénieurs vont être revus à la hausse. Ce qui entraînera une augmentation globale des coûts de construction. » Une situation qui, selon lui, le plonge dans un profond désarroi.

N.D. appelle ainsi Buceco et le gouvernement burundais à reconsidérer cette hausse ainsi que les prix des matériaux de construction en général. Il estime qu’une augmentation aussi brutale que celle-là contribue à la dépréciation de la monnaie locale et aggrave le pouvoir d’achat des ménages déjà fragile. Il s’étonne également de constater que les prix augmentent de manière exponentielle alors que les salaires, notamment ceux des fonctionnaires, restent inchangés. Il trouve que cette hausse pourrait être liée à l’augmentation des charges fiscales.

Le nommé Kadwinga, résident de la commune Mugere, dans la province de Bujumbura, partage la même inquiétude. Il craint que cette hausse ne compromette son projet de construction des maisons de location sur sa parcelle. « J’ai contracté un prêt bancaire en fonction de mes besoins initiaux. Auparavant, j’avais prévu l’achat de 50 sacs de ciment. Avec le nouveau prix, je doute désormais de pouvoir en acquérir même 30 ». Selon lui, les pertes sont considérables et aucune compensation n’est envisageable.

Il souligne par ailleurs que recourir à des matériaux de moindre qualité, comme le sable sans ciment, compromettrait la durabilité des bâtiments. Il dit qu’il avait espéré qu’une entreprise locale comme Buceco allait offrir des prix plus abordables. Ce qui, selon lui, n’est malheureusement pas le cas.

Les frais de loyer risquent de suivre

« Cette hausse du prix du ciment entraînera inévitablement une augmentation généralisée des loyers, particulièrement dans la ville de Bujumbura », a-t-il craint. Il affirme que s’il parvient à terminer ses constructions, il sera contraint de revoir les loyers à la hausse afin de pouvoir rembourser son prêt bancaire. Une situation qui, selon lui, ne fera qu’exacerber la flambée des prix déjà observée dans le pays.

D’autres citoyens expriment également leurs craintes d’une possible hausse sur le marché locatif. C.N., un jeune résident de la commune Ntahangwa vivant dans une maison de location, redoute une nouvelle augmentation des loyers. Il explique que la pénurie de logements à Bujumbura rend déjà l’accès à une maison extrêmement difficile. Selon lui, cette hausse du prix du ciment représente une opportunité pour certains propriétaires d’augmenter davantage les loyers. « Notre propriétaire cherche toujours une raison d’augmenter le loyer. Et, malheureusement, Buceco vient de lui faire un cadeau ».

Il se dit sidéré par la situation économique du pays et affirme que, pour de nombreux jeunes, l’optimisme devient de plus en plus difficile à maintenir face à l’accumulation de mauvaises nouvelles. « Une journée ne peut se terminer dans notre pays sans recevoir de mauvaises nouvelles. C’est pour cela que les jeunes quittent massivement le pays pour aller chercher du travail, dans l’espoir d’un lendemain meilleur. »

Abuco appelle à la suspension de la mesure

Maison en construction, dont le propriétaire redoute un surcoût à cause de la hausse du ciment de Buceco

Selon Noël Nkurunziza, secrétaire général de l’Association des consommateurs du Burundi (Abuco), cette hausse exponentielle vient aggraver une situation déjà préoccupante particulièrement dans la ville de Bujumbura. « L’augmentation de 10 000 FBu sur un sac de ciment intervient alors que les consommateurs font déjà face à une pénurie du produit et à une hausse généralisée des loyers », a-t-il indiqué. Il trouve que cette nouvelle hausse risque d’aggraver davantage la situation sur le marché locatif.

Ce défenseur des consommateurs exhorte ainsi les décideurs à suspendre cette mesure. « Il est nécessaire que cette décision soit revue dans l’intérêt des acheteurs, afin d’éviter une nouvelle révision à la hausse des loyers », a-t-il estimé.

Le secrétaire général de l’Abuco déplore également l’absence d’explications de la part de Buceco sur les raisons ayant motivé cette augmentation. « Ce qui est choquant, c’est que l’entreprise n’a avancé aucune justification claire pour expliquer cette hausse du prix du ciment ». Il appelle l’entreprise à revoir sa position dans l’intérêt des consommateurs.

Iwacu a tenté, à maintes reprises, de joindre l’entreprise Buceco afin d’éclairer l’opinion sur les raisons de cette hausse unilatérale du prix du ciment, en vain.

Pour rappel, le coût du ciment n’a pas cessé d’augmenter ces dernières années. En 2023, le sac du ciment Buceco 32,5 R de 50 kg est passé de 28 500 à 38 000 FBu, soit une hausse de 9 500 FBu. La dernière augmentation date du mois d’août 2024 lorsque le sac du ciment est passé de 38 000 à 45 000 FBu.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

Dieu parle kirundi

Une fois n’est pas coutume, je me permets de consacrer mon éditorial à un fait de société ou plutôt de foi qui se perpétue dans l’ombre des églises burundaises : le refus de baptiser des enfants parce qu’ils portent des (…)

Online Users

Total 2 232 users online