Samedi 18 septembre 2021

Les billets d'Antoine Kaburahe

Billet – « Flatter son pays n’est pas le servir »

02/09/2021 20
Billet – « Flatter son pays n’est pas le servir »

« Il nous reste deux journalistes qui détruisent le pays » a déclaré le Président du Burundi lors de sa rencontre avec les jeunes au stade Intwari ce mardi 31 août. Avec respect, mais sans concession, Antoine Kaburahe démonte l’accusation.

Le Chef de l’Etat nous a cités nommément, un confrère de RFI et moi, dans un discours au stade Intwari le mardi 31 août. Nous serions « les deux derniers journalistes qui détruisent le pays. » Avant d’être journaliste, je suis un citoyen, respectueux des institutions, de l’institution présidentielle de surcroît. Le dénigrement n’est pas dans mes habitudes, je vais donc ici comme toujours m’en tenir aux faits et peser mes mots.

Que ce soit dans mon histoire personnelle ou professionnelle, c’est vérifiable, je n’ai jamais participé à une quelconque entreprise « destructrice » envers mon pays. Au contraire, depuis la RTNB, ensuite dans les premières radios et journaux libres où, avec d’autres collègues courageux nous prenions tous les risques pour donner la parole à ceux qui étaient considérés par le pouvoir d’alors comme les « ennemis du Burundi » (Inyankaburundi), j’ai toujours prôné dans mon travail l’ouverture et le dialogue.Ce qui m’a d’ailleurs valu un premier exil dans les années 97. J’en vivrai un autre, après 2015 cette fois, fuyant ceux qui nous avaient promis « liberté et démocratie. »

Que ce soit dans mes publications, mes nombreux engagements au Burundi et à l’étranger, j’ai toujours défendu le pluralisme des idées, l’ouverture. Je n’ai jamais prôné la haine ou la violence.

Comment peut-on accuser ainsi quelqu’un dont la seule arme n’a jamais été que la plume ? Une plume qu’il a toujours mise au service de la paix et de la démocratie ?

Si j’ai un jour, une seule fois, j’ai tenu un propos extrémiste, qu’on le dise, qu’on me cite précisément. Mais je sais qu’on ne trouvera rien, car jamais je n’ai tenu de tels propos. Je suis et resterai ce que j’ai toujours été : un modéré. Tout sauf un « destructeur. »

Je voudrais enfin rappeler que notre métier, comme le définissait un des monuments du journalisme, Albert Londres, en 1929, au terme d’un grand reportage dénonçant la colonisation, que notre fonction « n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »

« Ne pas faire plaisir ». Tout est là. Et cette définition du journalisme est encore d’actualité. Hier comme aujourd’hui, et certainement demain, au Burundi comme ailleurs, le rôle du journaliste est de toujours s’interroger, d’affronter les vérités qui dérangent. Le credo d’un journaliste est de ne rien accepter comme « évidence », de douter, d’investiguer dans la mesure de ses moyens.

Dans un Etat qui se veut « démocratique » le journaliste fait partie des rouages du système. Il est même une des pièces maîtresses. Le journaliste accomplit la noble mission d’informer, qui est la condition première de la démocratie.

Un chef d’Etat devrait plutôt se féliciter d’écouter, de lire ceux qui font circuler l’information et n’hésitent pas à nager à contre-courant des idées reçues. Les journalistes ne doivent jamais être confondus avec des courtisans. « Flatter son pays n’est pas le servir », disait encore Albert Londres. Flatter son Président non plus.

Forum des lecteurs d'Iwacu

20 réactions
  1. Bellum

    Le problème n’est pas Kaburahe ni Esdras. Ils ne font que superbement leur travail. Le problème fondamental est la légitimité. L’adage populaire affirme que « biens mal acquis ne profitent jamais ». Un éminent journaliste burundais pense que la seule sortie est une formule à la Malawi. En effet, la Cour constitutionnelle malawite a annulé des élections tronquées pour organiser des élections véritablement justes, libres et transparentes. La Cour constitutionnelle du Malawi est une institution incorruptible qui a sauvé la nation alors que la burundaise a conduit le pays au désastre par deux fois. En 2015, elle a violé le secret du délibéré et vendu la décision pour un poste juteux à la Brarudi d’après le journaliste néerlandais Olivier van Beem. En 2020, elle a entériné des élections faussées jusqu’à l’embarras des chiffres. Sans le retour à la légitimité rien de bon ne pourra se faire et le pays continuera à sombrer dans les sanglots de pleurs que Gérard Barantamije a superbement décrits. Hors légitimité point de salut ! Et le karma contre le hold-up électoral et les crimes humains et économiques va inexorablement sévir et nous resterons le pays le plus pauvre du monde, le plus arriéré et le plus malheureux.

  2. roger crettol

    “Dis-moi qui sont tes ennemis, et je saurai qui tu es” … belle couronne de lauriers pour poser sur votre tête, Excellence, Monsieur le Président. Digne successeur de Nkurunziza, comme promis.
    JerryCan est un peu déçu, mais pas surpris.
    Et si vous faisiez malgré tout un petit effort, Monsieur le Président ? Juste pour prouver que Ndayishimiye n’est pas Nkurunziza, et que le passé ne définit pas complètement l’avenir ? Je me prends à rêver …

  3. Giti

    Et bien RFi a répliqué. Pas de main morte d’ailleurs. Et en lisant leur réponse, mes oreilles ont sifflé.
    Je me suis demandé ce que voulait prouver notre président en menaçant des journaliste qui ont fait leur travail d’informer

  4. tayari

    On pensait que seul kagame etait la cause de tout le mal burundais. Ou meme buyoya, le bouc emissaire… On peut y voir le profil, donc peu importe ce que tu fais ou dis, tu resteras la cible d’une certaine philosophie des rouges.

    • Yan

      @tayari
      C’est quoi les rouges?

  5. BarekeBavuge

    Entre autres exigences des bailleurs de fonds, il y avait la libéralisation de la presse privée. Quel est le message que donne son excellence en tirant à boulets rouges aux plus talentueux de nos journalistes? Surtout que l’accusation est fantaisiste. Ce qui détruit le Burundi , yaheruka kubitomora neza akabivuga: Justice corrompue, tout l appareil de l’etat corrompu (Ministere des mines, etc…).
    Les pauvres Kaburahe et Esdras n y sont pour rien, sire.

    • ndambi

      Esdras et Kaburahe font partie des millions de burundais qui pleurent et désesperent parce qu’il ya une clique de rapaces qui détruit et s’accapare toutes les richesses comme l’a bien écrit Gérard Birantamije.
      De grace, Excellence notre président , attaquez vous aux vraies causes. Lorsque vous parlez sur la RTNB, tous les burundais et le monde entier vous suivent et vous écoutent. Et aussi vous jugent.
      Courage à Kaburahe, Esdras et Barantije

      • Eric

        Depuis 2005, le Burundi n’a jamais eu un président qui connait son rôle. Et aujourd’hui, nous sommes devant un trompeur qui cherche à prouver sa piété sa bonté et qui voudrait que tous couvre les mensonges. Malheureusement, il exprime une idée pour se contredire peu après. Il a rejeté en block les disparutions forcées et quelques jours plus tard il vient pleurer que la justice travail mal.
        Il oublie que tous ce qui se passe au pays c’est à son nom. Kaburahe a choisi les mots adéquats. Un coup de chapeau à lui

        • Gateka

          Uti : Depuis 2005, le Burundi n’a jamais eu un président qui connait son rôle.
          Uti Micombero, Bagaza et Buyoya connaissaient leur rôle ?

          • Yan

            Poser la question c’est y répondre!

    • Kadodwa JEAN

      Bien cher journaliste,
      A vous lire vous voulez kugira cini ya wulinzi ,non vous avez fait votre travail du temps des putschistes sous la houlette de la clique Buyoya et aujourdhu’ui avec les putschistes sous vernissage de la démocratie et hold up éléctoral de 2020. Pourquoi vous justifier la réponse se trouve dans le contenu de votre journal,

  6. KIDUGA

    Courage cher Antoine, ne baisse jamais les bras même s’il s’agit dans le vent et marées pour l’amour de ta patrie. Le Président est là pour apaiser les esprits non pas intimider ceux qui font leurs métiers convenablement.
    Respect 🤝🏾

  7. Biyago

    On guérit quand même mieux une plaie en y portant pansement, désifencant et cicatrisant qu’en y portant la plume.
    Chacun son rôle me direz-vous!

    Le malheur est que ceux qui portent la plume dans la plaie sont plus nombreux (apparemment) que ceux qui ceux qui tentent de porter le pansement et le cicatrisant*

    • Ok

      @Biyago
      Soyez plus clair svp.
      C’est quoi “porter la plume dans la plaie”?
      Ou vous n’avez pas bien compris le message du billet ou vous êtes de mauvaise foi.

      • JIGOU MATORE

        Porter la plume dans la plaie c’est dire des vérités qui font mal, qui dérangent, que l’on veut cacher. C’est le cas des journalistes qui disent des choses réelles mais que le pouvoir veut cacher.
        Qui ne sait pas que le covid-19 fait en ce moment des milers de malades et des morts aussi!
        Dans l’hypothèse même où les journalistes avaient exagéré- ce qui n’est pas le cas- où est le problème?!! Détruisent-ils vraiment le pays en alertant ?
        Si le Gouvernement avait réagi à la mesure de l’alerte dite “exagérée”, le pays en gagnerait par une anticipation de la lutte contre le covid-19!

        • Biyago

          Merci @JIGOU MATORE pour l’éclaircissement que vous donnez à @Ok. Pour la question de savoir si on détruit en alertant… Effectivement non, on prévient le danger en alertant. Il faut alerter! La question est, est ce que l’alerté est réceptif à la forme de l’alerte? Si la réponse est non, à mon sens il faut changer la forme de l’alerte. Adapter l’alerte à qui la reçoit pour être mieux compris! Abarundi turazinanye turagoye, tugona turi maso, kuki tudafata akanya ngo dutosorane nk’abarundi nyene. Nimba abarundi muri kamere ari abantu bahishahisha, tanga impanuro ukoresheje imvugo yo guhishahisha. Si non barivuna, et nos chers journalistes l’endurent plus que quiconque malheureusement!

  8. Mbabazi

    Ne pas dire ce qui se voit c est se voiler la face c’est tout

    • Kazirukanyo Ferdinand

      Dites nous où est-ce que vous avez vu des hôpitaux débordés par des malades de Covid au Burundi? Personne n’a vu cela ici au Burundi. Donc le journaliste qui a dit cela a menti. C’est ce mensonge qui est décrié par le président Ndayishimiye et rien d’autre. Journalistes, arrêter de faire de la politique au détriment de votre propre pays.

      • Gervais

        Kirundo, kiremba Nord et Kira, voià quelques example.

  9. Kari2n

    Le vrai journalisme n’existe plus depuis des années au Burundi. On cache les vérités, on camoufle les faits réels, on trompent les gens sur leurs droits et on les achète pour se taire. Et maintenant que les choses peuvent bouger, ou que certains semblent vouloir les faire bouger que des faits soient fait et révéler au grand jour pour le peuple qui continue à se mourir. Vive le Burundi. Vive les vrais journalistes. Vive les burundais en paix, sécurité, sans famine avec de vrai soins de santé.

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