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Au Coin du feu avec Liboire Ngendahayo

09/01/2021 Alain Majesté Barenga Commentaires fermés sur Au Coin du feu avec Liboire Ngendahayo
Au Coin du feu avec Liboire Ngendahayo

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Liboire Ngendahayo.

Votre qualité principale ?

C’est difficile de parler de soi, mais je pense que je suis quelqu’un qui est très soucieux de dire la vérité, d’être honnête et sincère.

Votre défaut principal ?

C’est encore une fois difficile de parler de soi. Dire la vérité, être honnête et sincère semble me caractériser, mais les Burundais ne l’aiment pas et ça devient alors un défaut à leurs yeux. Je suis quelqu’un qui fait confiance aux autres, les croyant honnêtes et sincères.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’honnêteté et la sincérité

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Le mensonge et la malhonnêteté.

La femme que vous admirez le plus ?

Incontestablement ma mère.

L’homme que vous admirez le plus

Incontestablement mon père.

Votre plus beau souvenir ?

Ma réussite en 2e candidature en Sciences vétérinaires à l’Université Officielle de Bujumbura (UOB) fut un grand évènement pour moi. J’étais le seul étudiant inscrit dans cette filière et fus le premier étudiant à réussir dans cette filière en 1971 depuis la création de l’UOB en 1964.

Votre plus triste souvenir ?

La mort de mes deux parents en mai 2009 (mon père) et en janvier 2011 (ma mère) à qui je dois tout ce que je suis devenu aujourd’hui. Ils ont tout fait pour que j’aille à l’école et y reste, car j’ai tenté d’abandonner l’école sans y parvenir grâce à la ténacité de mon père.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Tomber dans la déchéance sans possibilité de subvenir à mes besoins vitaux.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

L’arrivée et le départ du colonisateur.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

L’accession du Burundi à l’indépendance en 1962 et l’avènement de la démocratie en 1993 par la victoire du FRODEBU, en juillet dans les deux cas.

La plus terrible date de l’histoire burundaise ?

L’assassinat du Président Ndadaye, le 21 octobre 1993. Je l’avais accompagné en mission de la Francophonie à l’Ile Maurice. A notre retour, ce furent 2 jours de Conseil des ministres ou, pour la première fois on prenait le repas de midi sur place pour rentrer tard dans la soirée. Sans le moindre contact avec l’extérieur, jamais je n’ai eu vent des rumeurs de coup d’Etat.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Aucun, car j’ai toujours choisi moi-même les études que je voulais faire ; la Médecine vétérinaire et la biologie des Micro-organismes furent mes choix préférés.

Votre passe-temps préféré ?

Des lectures sur la politique en général et sur la médecine vétérinaire en particulier.

Votre lieu préféré au Burundi ?

GASHIRU, ma colline natale ou le patelin où je suis né.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Incontestablement le Burundi.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

En Palestine, car j’aimerais comprendre davantage le Nouveau Testament à travers la vie de Jésus Christ.

Votre rêve de bonheur ?

L’amour de l’autre et l’entourage par les miens dans une parfaite entente.

Votre plat préféré ?

J’ai un estomac comme celui d’Horace, c’est-à-dire qui accepte tout ce que je lui offre. Nonobstant, une bonne salade aux légumes verts, bien assaisonnée me va très bien.

Votre chanson préférée ?

Je ne suis pas un mélomane, mais les vieilles chansons d’antan ravivent en moi les vieux souvenirs de ma jeunesse.

Quelle radio écoutez-vous ?

Avec la multiplicité des réseaux sociaux dont je fais partie, j’écoute la radio de moins en moins, car je parviens à couvrir l’actualité politique par ce moyen des réseaux sociaux.

Avez-vous une devise ?

Je ne sais pas si l’on pourrait l’appeler ainsi, mais ME RANGER TOUJOURS DU COTE DU PLUS FAIBLE correspond le mieux à ma personnalité.

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

J’habitais le Quartier 6 à Ngagara et c’est là où j’avais voté. L’annonce des résultats le 1er juin 1993 fut pour moi un véritable ouf de soulagement et de joie, un couronnement de tant d’années de lutte politique aux côtés d’autres démocrates comme les Présidents NDADAYE Melchior et NTARYAMIRA Cyprien que j’avais aidé a créer leur Mouvement d’’étudiants progressistes barundi, BAMPERE en sigle, au Rwanda, alors que moi-même j’étais Secrétaire General du Mouvement des étudiants progressistes barundi, MEPROBA en sigle, en Belgique. En fait, Meproba et Bampere signifient la même chose, par un simple jeu d’anagramme des lettres.

Votre définition de l’Indépendance ?

Elle suppose d’abord la souveraineté nationale qui laisse à chaque peuple de décider de son propre avenir sur le plan politique, économique, social et culturel.

Votre définition de la démocratie ?

Elle découle de l’indépendance nationale ou chaque peuple décide librement du choix de ses propres dirigeants en toute liberté et en toute indépendance. Il peut décider de les changer ou de les remplacer quand bon lui semble, s’il estime que ces dirigeants n’ont pas rempli le contrat convenu avec lui.

Votre définition de la justice ?

Elle suppose d’abord un Etat démocratique où les droits humains sont respectés. Chaque citoyen jouit alors des mêmes droits que ses concitoyens et a les mêmes obligations envers l’Etat que ses derniers (concitoyens). La justice est rendue envers les citoyens de la même façon sans distinction aucune entre individus se trouvant dans une même situation. Les juges disent le droit d’une manière équitable pour tous les justiciables. Enfin, il y a la justice sociale qui s’exerce en dehors des cours et tribunaux, mais dans la vie quotidienne de tout un chacun. C’est la justice immanente où le droit de chaque être humain doit être respecté dans son intégrité.

Vos souvenirs lorsque vous étiez ambassadeur ?

Ma présentation des lettres de Créance au Président Jacques Chirac au Palais de l’Elysée après avoir traversé une haie d’honneur par la Garde républicaine au perron de l’Elysée. C’est très impressionnant et l’on se demande à ce moment si réellement on est né au fin fond des collines de Kabarore.

La messe de requiem à la place Saint-Pierre lors des obsèques du Pape Jean-Paul II. Les délégations étaient rangées par ordre alphabétique des noms de leur pays. Inutile de vous rappeler que BURUNDI vient avant les Etats-Unis, la France, l’Espagne, les Pays-Bas, etc. La délégation burundaise que je conduisais venait avant ces pays qui étaient représentés par des têtes couronnées (Rois ou Reines) ou par des Présidents de l’envergure de Jacques Chirac, Georges Bush Junior et j’en passe d’autres. C’est à ce moment-là qu’on réalise ce que signifie la souveraineté d’un pays.

En tant qu’universitaire, quelle est votre évaluation du système éducatif burundais ?

Comme professeur des premières années en médecine après l’enseignement secondaire et post-fondamental depuis un an, je suis bien placé pour évaluer notre système éducatif qui est en constante régression. Même les étudiants en médecine qui entrent sur concours après avoir réussi l’examen d’Etat, c’est le même constat d’une baisse considérable du niveau de l’enseignement. La question qui se pose est de savoir comment les pouvoirs publics vont remédier à une telle situation. J’y reviendrai plus loin.

Comme ancien diplomate, croyez-vous que les diplomates burundais sont à la hauteur pour défendre les intérêts du Burundi ?

C’est difficile de juger les autres, mais le plus simple serait de me demander ce que j’ai fait et comment je me suis débrouillé lorsque j’étais en poste à Paris. Le Chef de Mission diplomatique est quelqu’un qui devrait être en contact permanent avec son administration centrale pour la gestion de routine, mais aussi avec son ministre de tutelle pour lui faire rapport sur certaines situations particulières en vue de recevoir des instructions précises. Quand tous ces mécanismes fonctionnent bien, il n’y a aucune raison qu’un chef de mission diplomatique ne puisse défendre les intérêts du Burundi. Autre chose est quand il y a dysfonctionnement pour diverses raisons sur lesquelles je ne m’appesantirais pas ici.

Selon vous, quel est l’idéal d’un homme politique ?

L’idéal d’un homme politique ne pourrait qu’être la recherche du bien pour son peuple et rien que cela. C’est cela qui différencie un leader politique d’un politicien qui ne vise que la recherche de ses propres intérêts immédiats et rien d’autre. Il se fait malheureusement que, aujourd’hui, la plupart d’hommes politiques sont plutôt des politiciens et non des leaders.

Comme ancien compagnon de lutte de Melchior Ndadaye, qu’est-ce qui manque pour que les résultats des urnes ne divisent pas les Burundais ?

Il manque des leaders politiques de la trempe du Président Melchior NDADAYE et du Prince Louis RWAGASORE. Les hommes politiques d’aujourd’hui sont des politiciens qui se prennent pour indispensables et uniques personnes capables de diriger ce pays. Il leur manque l’humilité et l’honnêteté intellectuelle pour comprendre qu’il existe d’autres Burundais qui peuvent gérer la « res republica ». Ils sont tous guidés par leurs intérêts égoïstes. Il y a donc une absence de vrais leaders politiques burundais et une pléthore de politiciens. Je parle de façon générale, car on nait leader, mais on ne le devient pas a posteriori.

Si vous étiez ministre de l’Éducation, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Ma première mesure serait orientée en direction des enseignants en valorisant le métier d’enseignant par des mesures incitatives. Mes enseignants de l’école primaire et secondaire étaient très considérés par la société et ils se prenaient comme tels. Aujourd’hui, un enseignant aussi bien du primaire que du secondaire noue difficilement les 2 bouts du mois et passe plus de temps à chercher de quoi survivre qu’à se consacrer à son noble métier. Pour ce faire un contrat de performance pour tous les enseignants en contrepartie d’un bon salaire pourrait être une mesure salutaire, moyennant un suivi et une évaluation rigoureuse et régulière.

Un enseignant motivé ayant un contrat de performance pourra se consacrer à son travail et assurer ainsi un meilleur encadrement des élèves avec une évaluation rigoureuse et régulière des enseignants d’abord et des élèves ensuite.

La 2e mesure serait la professionnalisation de l’enseignement à tous les 3 niveaux tout en aménageant des écoles d’excellence pour accueillir les meilleurs élèves et étudiants en vue de leur assurer un meilleur encadrement scolaire.

Si vous étiez ministre des Affaires étrangères, quelles seraient vos urgentes décisions ?

Faire respecter la souveraineté du Burundi et bannir toute aide aliénante dans le cadre d’une coopération bilatérale et multilatérale mutuellement avantageuse.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

OUI bien sûr. L’homme est une créature que Dieu a créée à son image. Par essence, l’homme est bon, mais il est perverti par la société.

Pensez-vous à la mort ?

Naturellement oui, mais ce n’est pas une hantise ni une obsession pour moi.

Si vous comparaissiez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Merci de m’avoir créé et de m’avoir comblé d’amour et de tant de bienfaits dans ma vie.

Propos recueillis par Alain-Majesté Barenga


Bio-express

« Je suis né en 1950 à GASHIRU, en commune KABARORE, Province de KAYANZA, marié et père de 6 enfants. Je suis Docteur en Médecine vétérinaire de formation (Université de Liège en Belgique, 1976) et Docteur en Sciences biologiques, option Biologie des Microorganismes, Ph D (Faculté des Sciences et Techniques, Université de Montpellier 2 en France, 1989) avec 3 certificats à l’Institut Pasteur de Paris. Je suis professeur des cours de Parasitologie, de Mycologie et de Bactériologie à la Faculté de Médecine et des Sciences de la Santé. J’aimerais faire la recherche sur la tuberculose, la malaria et les maladies dites orphelines comme la bilharziose et l’onchocercose, deux parasitoses qu’on pourrait éradiquer au Burundi. Directeur des Services académiques à l’Université de NGOZI. Un homme épris de justice et de liberté, raison pour laquelle je me suis engagé en politique et le demeure encore aujourd’hui puisque nous en sommes encore loin du compte. »

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