Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. Une occasion pour les anciens d’enseigner, avec l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais, au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient et contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Leona Mbonyingingo.
Quelle est votre plus grande qualité ?
Je ne crois pas beaucoup aux superlatifs. Mais, j’ai toujours été observatrice, analytique. Parfois, cela gênait les gens parce qu’enfant, je regardais les autres, un peu trop. Les humains me fascinent, la vie me fascine, j’aime l’observer et la comprendre. Et ça explique pourquoi, dans ma formation en informatique, je me suis spécialisée dans le data et l’analytique.
Et votre principal défaut ?
Les opinions seraient probablement différentes si on interrogeait les gens dans mon entourage. Mais, je dirais que celui qui me pèse le plus et que j’aimerais changer est ma timidité. Elle m’a certainement freiné à bien des reprises.
Quel est votre passe-temps préféré ?
Difficile de choisir entre lire, écrire et voyager. En ce moment, c’est surtout lire.
Quelle est la chanson qui vous accompagne souvent ?
En ce moment, j’écoute beaucoup « Stand Up » de Cynthia Erivo, du film sur Harriet Tubman. J’aime beaucoup le gospel et je ne me lasse pas de sa prestation à la cérémonie des Oscars de 2020, surtout en ce mois de l’histoire des Noirs.
Quel est votre plat préféré ?
Je n’en ai pas, je pense. J’aime beaucoup de plats : africains, européens, asiatiques etc. Quand j’étais enfant, mon plat préféré était ubugali et isombe. Mon père a toujours trouvé aberrant de manger de la pâte de manioc avec des feuilles… de manioc ! Maintenant, j’ai évolué et je la mange avec irenga-renga.
Quel est le lieu que vous aimez le plus ?
J’aime toute la planète… disons la partie habitable car il y a des coins hostiles à la vie humaine. Le lieu que j’aime le plus serait là où se trouvent ceux que j’aime. Ce sont eux, ma maison et je pourrai vivre n’importe où avec eux, je me sentirai chez moi.
La personne qui vous inspire profondément ?
Un yogi nommé Sadhguru. Il a mis des mots sur des intuitions que je portais déjà et a éclairé des aspects de la vie que j’ignorais. Il m’a permis de comprendre la spiritualité dans toutes ses facettes, y compris celles qui me faisaient un peu peur.
Ma mère est mon modèle de femme. Beaucoup disent que je lui ressemble, car à mon insu, je dois l’imiter inconsciemment.
Quelle phrase ou maxime guide silencieusement votre vie ?
Toujours écouter ma conscience. Même quand ce qu’elle me dit n’est pas flatteur.
Quel métier auriez-vous rêvé d’exercer, dans une autre vie ?
Quand je terminais le lycée, j’ai hésité entre l’informatique et l’architecture. Alors, j’aurais voulu être architecte et construire toutes sortes d’édifices.
Quel voyage rêvez-vous encore de faire ?
Le tour du monde. J’ai eu la chance de voyager beaucoup et de vivre dans plusieurs pays. Cela a allumé une soif de connaître davantage notre si belle planète. J’aimerais voyager encore et encore.
Quel est, selon vous, le plus grand moment de l’histoire burundaise ?
Probablement son indépendance. Même si elle a apporté son lot d’épreuves.
Quelle en est la date la plus lumineuse ?
Du coup, le 1er juillet 1962. Je m’imagine la joie que les Burundais devaient ressentir ce jour-là.
Et la plus sombre ?
Malheureusement, nous en avons plusieurs parmi lesquelles choisir et on ne peut pas dire laquelle est la plus sombre : tous les assassinats que nous avons connus ont été une blessure béante pour notre peuple. Alors, puisqu’il faut choisir, je choisirais celle du 13 octobre 1961 – l’assassinat du prince Louis Rwagasore, lui qui luttait pour notre indépendance.
Je me demande parfois si ce visionnaire était resté à la tête du pays, quel Burundi aurions-nous aujourd’hui ? Aurions-nous évité certains écueils dans lesquels nous sommes tombés par la suite ?
Quelles qualités vous émerveillent chez autrui ?
Le dépassement de soi. Je suis émerveillée par les sportifs, les artistes, les scientifiques, les penseurs, les maîtres spirituels, etc. Il y a tant de gens que j’admire car ils sont la preuve des capacités extraordinaires de l’être humain et une source d’inspiration pour les autres.
Quels défauts vous rebutent profondément ?
Pour moi, tous les défauts s’expliquent. Quand j’écris sur un personnage méchant, j’essaie de comprendre pourquoi il agit ainsi, je fais de la psychologie. Et on trouve toujours des blessures à la base de ses défauts. Les défauts s’expliquent et les blessures guérissent. Mais, lorsque l’humain refuse de s’élever, peut-être parce qu’il n’y croit pas, cela me semble le plus triste.
Croyez-vous en la bonté des êtres humains ?
Bien sûr, car ils ont tous une conscience et c’est ce qui rend leur bonté possible, s’ils acceptent de travailler sur eux et de s’élever.
Quel serait, pour vous, le plus grand malheur ?
Que nous détruisions notre planète jusqu’au point de non-retour. Elle est si belle. Nous allons nous en mordre les doigts.
Pensez-vous à la mort ?
Pas souvent. Je prie seulement qu’elle soit paisible et qu’elle arrive lorsque mes enfants seront grands et autonomes. J’espère avoir eu le temps de faire ce qui m’importe le plus, car la vie est faite pour être vécue pleinement, sans regrets.
Si un jour vous croisiez Dieu, que lui diriez-vous ?
Pour moi, Dieu est ici, parmi nous, en nous, sa création. Je ne m’attends pas à d’autres présentations officielles avec lui. Je lui exprime déjà ici et à chaque fois que j’y pense, toute ma reconnaissance pour cette incroyable vie dont il est l’architecte.





Née au Burundi en 1984, Leona Mbonyingingo est fascinée par les contes qu’on lui raconte le soir. Ses premières lectures la plongent dans d’autres temps- de la Comtesse de Ségur à Alexandre Dumas, puis Émile Zola. Elles inspirent ses premières histoires et sa vocation d’écrivaine.
Son adolescence à l’étranger la confrontera à la perte de ses repères. Sa quête d’identité renforce sa passion pour l’Afrique.
De retour au Burundi, elle a découvert l’empire mandingue, le royaume du Dahomey, et celui du Burundi, absents de ses manuels occidentaux. C’est lors d’un cours sur la fête des semailles que naquit l’idée du roman « L’épouse du tambour » et la décision d’écrire des romans historiques africains. Faute de récits historiques africains hors colonisation ou esclavage, sa vision d’auteure est de montrer que l’histoire de l’Afrique n’est pas seulement celle de sa domination.
Devenue ingénieure spécialisée en données informatiques, elle développe l’esprit analytique, la rigueur et le sens du détail.
Leona Mbonyingingo est mariée et mère de trois enfants.



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