Vendredi 03 décembre 2021

Culture

Au coin du feu avec l’ambassadeur Pierre Claver Ndayicariye

30/10/2021 10
Au coin du feu avec l’ambassadeur Pierre Claver Ndayicariye

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, l’ambassadeur Pierre Claver Ndayicariye.

Votre qualité principale ?

La ténacité, le courage. Je suis méticuleux, j’aime un travail bien fait.

Votre défaut principal ?

Je déteste les gens qui méprisent leurs semblables.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

Bien qu’elle soit une qualité rare de ce monde, l’honnêteté.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Le mensonge, la médisance.

La femme que vous admirez le plus ?

Marcelline Ntakimazi, ma mère. Malgré mon âge, à travers son regard, je sens toujours cette affection maternelle, cette propension de vouloir savoir si je suis bien réveillé. L’autre femme que j’admire, c’est mon épouse. Elle est mon roc. Dans les moments de doute, elle a toujours été présente.

L’homme que vous admirez le plus ?

Tout leader politique soucieux du bien-être de ceux qu’il gouverne. Qui travaille à la sueur de son front pour que les citoyens puissent jouir de tous leurs privilèges et leurs droits.

Votre plus beau souvenir ?

Le jour où l’on m’a annoncé que j’ai été retenu parmi les étudiants boursiers. De passage à Bujumbura pour les formalités d’entrée à l’Université du Burundi, j’ai pris mon courage à deux mains. Sans aucune information particulière sur la disponibilité des bourses, je suis allé au Bureau des Bourses d’Etudes et de Stages. Je me souviens que c’était un jeudi de juin 1980. Je me souviens que c’est un Rwandais du nom d’Alphonse qui m’a reçu. Je lui ai fait part de ma doléance. Après avoir rempli tous les formulaires, il m’a dit de rentrer. Une semaine après, via la radio nationale, on m’annoncé que ma candidature avait été retenue.

Votre plus triste souvenir ?

La mort de ma fille Martine. Elle est morte à 9 ans. Toujours 1ère ou 2ème de classe, c’est une fille qui était promise à un bel avenir.

L’autre souvenir, ce sont les assassinats de feu président Melchior Ndadaye et du prince Louis Rwagasore (héros de l’indépendance du Burundi). Des meurtres dont les séquelles restent encore vivaces dans la société.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Voir le Burundi replongé dans les affres de luttes politico-ethniques.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

La bataille pour l’indépendance du pays. Cet esprit qui a prévalu, permettant aux Burundais de mettre de côté tous leurs différends pour une noble cause : permettre que le Burundi recouvre son indépendance.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

L’accession du Burundi à son indépendance : 1er juillet 1962. Personnellement, une date à marquer d’une pierre blanche. C’est la fierté d’une nation retrouvée.

La date la plus terrible ?

Le 13 octobre 1961, l’assassinat du héros de l’indépendance le prince Louis Rwagasore. Sans oublier cette tragédie de 1972. Une terrible année parce qu’elle est à l’origine de la cassure communautaire, à l’origine des blessures que nombre de Burundais peinent à panser. Aussi, j’ajouterai le meurtre de feu président Ndadaye. Personnellement, il m’était inconcevable qu’un président démocratiquement élu puisse être tué en plein exercice de son mandat.

Justement dans sa mission, la CVR semble se focaliser uniquement sur les évènements de 1972. Votre commentaire.

On ne le répètera jamais assez. L’année 1972 marque la fracture communautaire. Des milliers des gens ont été tués sur toutes les collines du pays. Des gens de toutes les couches sociales (intellectuels, paysans, militaires, etc.) ont été arrêtés, tués puis jetés dans les fosses communes. A cela, il faut ajouter les conséquences découlant de cette barbarie.

L’autre raison, c’est la méthodologie de notre commission. En se focalisant sur 1972, nous voulons écouter le maximum de veuves et d’orphelins encore en vie. Nous voulons auditionner le maximum de présumés- auteurs encore en vie.

Pourtant, il y a d’autres tragédies qui ont endeuillé le Burundi…

Partant de ce postulat : est-ce que vous pensez que les Burundais auraient préféré que la CVR commence ses recherches à partir des massacres de 1988 (Ntega- Marangara) ou des 1993 ? Je ne pense pas. Evidemment que c’est gênant pour le tueur encore en vie. Mais, nous nous devons de suivre à la lettre notre méthodologie.

Vous dites que les massacres de 1972 visaient principalement les Hutu. Vous confirmez ?

Que les gens ne me fassent pas dire ce que je n’ai pas dit. Dans ces fosses communes se trouvent des Burundais de différents clans, de différentes ethnies, etc. Toutefois, il importe de noter que les différentes listes, les différentes archives en notre possession sont formelles : la majorité des victimes que s’y trouve sont des Hutu. Mais, attendons solennellement les conclusions de la CVR.

Des politiques qui qualifient les tueries de 1972 de génocide. Votre commentaire.

La CVR n’a pas encore qualifié. Toutefois, les différentes archives des missions diplomatiques de certains pays, les écrits des auteurs mondialement reconnus, ont déjà lâché le mot génocide. Mais, je le redis, bien qu’elle ait la personnalité juridique de qualifier ces tueries, la CVR n’a pas encore qualifié cette tragédie. Attendons qu’elle finisse ses recherches. Au moment opportun, elle donnera son verdict.

Quid des familles endeuillées. Y aurait-il des dédommagements ?

Le processus de vérité -réconciliation, c’est un processus burundo-burundais. Il doit faire la part belle, et aux victimes et aux présumés auteurs. Parce que pour guérir la société, il faut traiter ceux qui portent la douleur, la souffrance, le traumatisme. Mais, il faut aussi écouter ceux qui portent le poids des tueries. Cela, je le dis en connaissance de cause. Les tueurs encore en vie souffrent aujourd’hui. Pour revenir à votre question, dans la loi, nous avons prévu la réparation symbolique, la réparation matérielle, la réparation financière si les pouvoirs publics le permettent. Toutefois, notre objectif principal, c’est la réconciliation.

Et lorsque nous atteindrons cet objectif, nous aurons quitté le terrain de la mémoire parallèle. C’est-à-dire celui où les Hutu, les Tutsi, les Twa vivent reclus. Pour évoluer vers le terrain de la mémoire partagée. C’est-à-dire celui du vivre ensemble. Ce terrain où tout un chacun regarde dans la même direction afin que l’on ne tombe plus dans les tragédies du passé.

Le métier que vous auriez aimé exercer ?

Le journalisme. Le destin voudra que lorsque je pars parfaire mes études en Algérie, je sois orienté dans la faculté de journalisme. Malheureusement, un rêve qui ne deviendra pas réalité.

Que s’est-il passé ?

Lorsque je rejoins Alger, j’arrive une semaine en retard. Très prisée, il se trouve qu’il n’y avait plus de places dans cette la faculté. Le moment de trouver un autre point de chute, j’ai été orienté dans la faculté de droit. Coup du destin, figurez-vous qu’à l’Université du Burundi, j’avais été orienté dans la faculté de Droit. Ironie de l’histoire, le juriste d’Alger, grâce à un concours, finira par atterrir à la RTNB en tant que journaliste.

Votre passe-temps préféré ?

De temps à autre, je fais du sport (du vélo en salle). J’adore la lecture et au quotidien, je suis l’actualité tant nationale qu’internationale.

Votre lieu préféré au Burundi ?

L’intérieur du pays. Son air frais, la beauté des paysages(les montagnes), l’hospitalité des gens. Je le dis en connaissance de cause, le Burundi est un pays féerique. Néanmoins, il est touristiquement inexploité.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

J’ai déjà visité pas mal de pays (Espagne, les USA, le Canada, etc.).Mais, je suis tenté par le Japon, la grande Chine, et si c’est possible l’Australie.

Votre rêve de bonheur ?

Je rêve de voir un Burundi réconcilié avec lui-même, un Burundi apaisé. Où tout Burundais se sent partout chez lui.

Votre plat préféré ?

La banane verte avec du petit pois préparés sans huile, le tout assaisonné avec du pili-pili de chez nous. Je raffole aussi du Mukeke grillé accompagné soit avec du riz ou de la pâte de manioc. En tant que fils de paysan, je ne cacherai pas que j’ai un faible pour le manioc préparé avec des haricots fraîchement cueillis. Le tout présenté dans un pot traditionnel, de préférence ! Cela permet de garder toute sa saveur.
Un vrai régal.

Quelle radio écoutez-vous ?

La RTNB. Certes, à bien d’égards, la qualité de l’information qui n’est plus la même. Mais, elle reste la radio qui a permis l’éclosion du paysage médiatique. Aussi, j’écoute la radio Isanganiro, la radio Buntu  la Radio Maria.

Avez-vous une devise ?

Visez toujours l’excellence !

Un natif de Karusi qui devient tour à tour ambassadeur puis ministre. Avec le régionalisme, le contexte politique d’alors. Comment expliquez-vous toutes vos promotions?

Coup de chance, mérite ? Comme vous, je me suis toujours demandé cela. Toutefois, lorsque j’ai atterri à la RTNB, je dois noter que j’avais passé et réussi avec brio le concours d’entrée. Pour la petite blague. Les trois premiers candidats retenus étaient tous des natifs de la province Karusi (Gérard Mfuranzima avait été 2ème, un certain Nkurunziza, alors enseignant à l’école secondaire avait été 3ème). Malheureusement, suite au refus de mise en disponible, il ne rejoindra pas son poste.

Et pour revenir à votre question, à la Radio nationale, nous avions une super équipe. Nous étions animés d’un grand sens du patriotisme, nous ne travaillons pas pour l’argent. Affecté au service des informations, avec mes collègues, feu Laurent Ndayuhurume, Clément Kirahagazwe, actuellement qui vit aux USA, Liliane Sebatigita, et d’autres. Nous animions une célèbre émission « Flash-Back ». Chaque samedi de 15h-16h, c’était devenu un rendez-vous incontournable pour tous les auditeurs. Suivi pratiquement par tous les écoliers, les élèves, les intellectuels, etc. Au menu, nous parlions de l’histoire des nations africaines, des civilisations. Méticuleux, professionnels dans notre travail. Grâce à cette émission, en plus du journal parlé en langue française, petit à petit, nous nous sommes fait un nom.

D’un coup, les portes vous ont été grandement ouvertes ?

Pas grandement ouvertes. Mais, j’ai commencé à voir le bout du tunnel. Je le redirai et le répèterai : « En général, un journaliste professionnel, rigoureux dans son travail est facilement remarqué ». Néanmoins, il convient de préciser que durant mes temps libres, j’étais professeur vacataire au Centre des Perfectionnement des Fonctionnaires (actuelle ENA). Idem qu’à l’ENAPO (Ecole Nationale de Police). Là-bas, j’enseignais le droit administratif. Tout cela, pour vous dire qu’à force de côtoyer le monde intellectuel, j’ai commencé à tracer mon bonhomme de chemin.

Comment étaient vos rapports avec feu président Buyoya ?

Aucun rapport particulier. A ce niveau, il convient de préciser qu’avant que feu président Bagaza ne soit renversé, il m’avait nommé Directeur du CPF. Ceci pour vous dire comme certains le pensent, feu président Buyoya n’avait aucun intérêt à me choyer.   Comme membre d’une équipe, je me devais d’obéir à la hiérarchie. Suivre et mettre en application les orientations du gouvernement.

Je me souviens que lorsque je deviens ministre de l’Information et porte-parole du Gouvernement, la veille, Pascal Firmin Ndimira, alors 1er ministre m’a appelé pour me dire : « M. Ndayicariye, dans toutes les 20 propositions que je viens de recevoir pour la formation du gouvernement, votre nom revient toutes les 20 fois. Vu que vous semblez faire l’unanimité, êtes-vous prêt à servir pour la République ?» Sans tergiverser, j’ai répondu oui ! Ceci pour dire que toutes les fois où j’ai été nommé, c’était parce que les autorités estimaient sans doute que j’en étais capable.

Après les élections de 1993, sur 20 ambassadeurs en poste, vous faites partie des cinq ambassadeurs à être reconduits. Un hasard ?

Honnêtement, je n’ai pas d’explications. Néanmoins lorsque vous êtes en mission diplomatique dans n’importe quel pays, il y a cette appréciation du ministère de tutelle. Je pense alors que les nouvelles autorités ont estimé que je pourrai leur rendre de bons et loyaux services en me reconduisant.

Ou vous aviez déjà adhéré au Frodebu ?

Je n’ai jamais été membre du Frodebu. D’ailleurs pour votre information, je ne suis membre d’aucun parti. Allez visiter les états-majors de tous les partis politiques, vous ne trouverez jamais le nom de Pierre Claver Ndayicariye. Plutôt, je me sens membre d’un parti souvent oublié : le Burundi. Je suis au service de mon pays.

Un moment, vous êtes disparu des radars publics. En 2009, vous voilà nommé président de la CENI. Vous y attendiez-vous ?

Honnêtement, non. Après un passage à la BGF (Banque de Gestion et de Financement 1999-2005) en tant que directeur commercial, j’ai opté de tâter un autre terrain : le monde de la consultance. Outre que je n’avais pas de repères, prendre la thématique : résolution pacifique des conflits comme mon champ d’études était un choix risqué. A l’époque, cette thématique n’était pas encore assez explorée. Néanmoins, un choix payant. Animateur de débats dans le cadre du projet Cadre de dialogue (une démarche inclusive initiée par le PNUD afin que les Burundais d’eux-mêmes puissent régler leurs différends), je reviens sur le devant de la scène politique burundais. Je reste convaincu que n’eût été ce créneau, je serai tombé aux oubliettes. En mars 2009, j’ai été nommé président de la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI).

Votre souvenir du 1er juin 1993 (le jour où feu président Ndadaye a été élu) ?

Ambassadeur du Burundi en Ethiopie, je me rappelle que toutes les délégations de passage à Addis-Abeba étaient plus que formelles : une écrasante victoire de l’Uprona.

L’autre souvenir, c’est lors du dépouillement à l’ambassade. Un coup de tonnerre. Le Frodebu qui remporte haut la main les élections. Je me souviens que dans la communauté burundaise habitant en Ethiopie, des suspicions sont nées. Mal préparés à un éventuel changement, les Burundais vivant à Addis-Abeba ont commencé à s’accuser mutuellement, intimidant ceux qui auraient voté pour le Frodebu. Avec mon expérience à la tête de la Ceni, une situation qui m’a fait comprendre que chaque fois qu’il y a des élections, il y a une classe de politiques qui prétend connaître le vainqueur. Un sérieux problème. Cela, je l’assimile à un mépris de la décision du peuple. Alors qu’elle est toujours souveraine.

Plus d’un s’accorde à dire que les signes avant-coureurs d’une possible crise étaient tangibles. Faites-vous la même lecture ?

En tant que représentant du Burundi auprès de l’OUA, chaque fois que j’étais de passage à Bujumbura, je discutais avec certains hauts cadres civils et militaires. Et au cours de nos échanges, ces derniers étaient unanimes : les signes d’une crise étaient perceptibles. Un jour, en causant avec un haut gardé militaire alors administrateur à la sûreté nationale (SNR actuelle). Celui-ci déplorait le fait que tous les mémos qu’ils envoyaient à la cellule de sécurité de la présidence n’arrivaient pas à bon port. Et parmi leurs recommandations, eu égard aux échauffourées observées ici et là lors de la campagne électorale, ils mettaient en garde le président contre une possible implosion.

Plus de 9 ans à la tête de la Ceni, bientôt quatre ans à la tête de la CVR. Avez-vous le sentiment d’un devoir accompli ?

Humblement, j’estime que je donne le meilleur de moi-même. Aucune mission n’est facile. A la tête de la Ceni, j’ai mis mon corps au combat pour organiser les élections qui sauvent la nation. Avec mes collègues de la Ceni, nous considérons comme des combattants pour la paix.

A tout prix, il fallait doter le pays de nouvelles institutions démocratiquement élues. Les pièges étaient nombreux. Mais, nous les avons surmontés.

A la tête de la CVR, c’est pareil. Les embûches ne manquent pas. Mais, j’essaie de donner le maximum possible afin que soit déterrée cette vérité longtemps cachée au fond des vallées, des forêts, fosses communes, sortent des témoignages des veuves, des orphelins, etc. Un travail titanesque parce que certains acteurs nous mettent des bâtons dans les roues, parce que certains d’entre eux aimeraient que cette vérité ne soit pas mise à nue, connue par tout le monde. Personnellement, ma tâche, je la considère comme un rendez-vous avec la paix, un rendez-vous pour la réconciliation nationale.

En 2010, en 2015, le Cndd-Fdd remporte haut la main les élections. En tant que président de la Ceni, ces victoires étaient-elles méritées ?

En matière de sciences politiques, il y a des partis minoritaires et des partis majoritaires. Ces derniers peuvent gagner des élections pendant 10 voire 20 ans. C’est ce qui se passe actuellement avec le Cndd-Fdd. La preuve en est que les membres des autres partis ont tendance à y adhérer. Néanmoins, ses actuels dirigeants doivent savoir une chose : les partis politiques sont comme des machines. Ils peuvent être rouillés. Un bon dirigeant prépare la relève. En préparant la relève, il réduit les frustrations.

Pierre Claver Ndayicariye, membre du Cndd-Fdd ?

Si demain, un autre parti prend les rênes du pays, et que je suis nommé gouverneur de la Banque centrale, je ne doute point que les Burundais diront que je suis membre de ce parti. Tous ces « ragots », ce sont des discours de cabarets. A ce propos, je pense que les Burundais devraient évoluer dans leurs analyses fantaisistes. Parler des idées et non des gens. Il suffit qu’un décret sorte, toute l’attention se focalise sur la personne fraîchement nommée. Les gens doivent comprendre que tout le monde ne peut pas être membre d’un parti politique. Il y a des serviteurs de l’Etat, capables, dignes et honnêtes.

Votre définition de l’indépendance ?

La dignité, assumer ses responsabilités dans l’intérêt général de la population.

Votre définition de la démocratie ?

Pour un leader, se battre pour la conquête du pouvoir tout en respectant vos mandataires. Un perpétuel combat, ce leader doit toujours se rappeler qu’il est redevable envers ses élus.
Votre définition de la justice ?
Traiter les gens sur le même pied d’égalité. Egalité de tout un chacun devant la loi, peu importe sa stature.

Si vous redeveniez ministre. Quelles seraient vos premières mesures ?

Un membre du gouvernement, c’est un membre d’une équipe. Il a beau vouloir ou avoir des idées innovatrices, néanmoins être dans l’incapacité de les adapter soit :

-Faute de budget, faute des ressources humaines compétentes
-Parce que vos innovations sont incomprises par vos collègues.

Cependant, si cette opportunité m’était offerte de nouveau, je m’adapterais à l’air du temps et innoverais en fonction de l’air du temps. C’est-à-dire innover en fonction des intérêts supérieurs de la population, en fonction de ses préoccupations. Un peuple, c’est cela : il faut écouter constamment ses desiderata, ses doléances.

A plus de 60 ans, quel est votre plus grand regret ?

Particulièrement, je n’en ai pas. Mon plus grand tourment, je l’ai récemment comblé  en écrivant le livre : Burundi 2015 : Chronique d’un complot annoncé.

En écrivant ce livre, quel était l’objectif ?

J’ai voulu capter un instant, laisser un témoignage à la postérité. En l’occurrence cette période de 2015. A ce propos, je vous dirais que je suis en train d’écrire un 2ème livre en rapport avec les élections de 2010. Capter cet instant où des gens gagnent les élections et refusent de l’admettre et vice-versa, l’éclosion de l’ADC-Ikibiri, etc.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Absolument. C’est cette solidarité communautaire qui se manifeste au quotidien. Cette bienveillance qui permet à ceux qui le peuvent de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin.

Pensez-vous à la mort ? 

A mon âge, il est normal que l’on y pense. Tout ce que j’ai fait ce que cette fatidique échéance survienne en étant en parfaite harmonie avec mes semblables.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Pardon pour mes péchés. Pardonne-moi toutes les fois où je me suis comporté indignement face à mes semblables.

Propos recueillis par Hervé Mugisha

Forum des lecteurs d'Iwacu

10 réactions
  1. Mbariza

    Eh ! Oui ! Et nous même que ferions-nous à sa place si la même opportunité nous était offerte dans un pays où en dehors de l’Etat point de salut !!

  2. Jereve

    Je m’abstiens d’émettre des critiques sur les réponses de Monsieur l’Ambassadeur. Mais j’admire son courage d’accepter de se prêter au jeu (je dirais inoffensif) des questions et réponses de Iwacu. On en voit pas beaucoup de personnalités comme lui, bien placées dans la hiérarchie dirigeante, qui acceptent de s’exprimer dans un journal en dehors de leur orbite. Ou même quand elles s’expriment, elles répètent des réponses toutes faites, auxquelles elles ne croient pas. La prudence est de rigueur; ce qui en dit long sur la qualité de notre démocratie.

  3. Fadjo St-James

    Ce monsieur maîtrise l’art de servir ses maîtres. Il n’a jamais trahi ses patrons. D’où sa longévité dans le service « public ». Il est plus caméléon que le caméléon lui-même.

  4. P.coy

    Je compare L’ambassadeur Ndayicariye à une autre célèbre personnalité politique l’ex président Ntibantunganya , je le vois mieux en tant que membre d’un politburo d’un parti politique que président de la Cvr. J’estime que confier la cvr à ce monsieur est une occasion ratée. Que Dieu protège ce pays .

    • Note du modérateur
      Le Principe de  » Au Coin du feu » est de laisser l’invité répondre librement. Ce n’est pas une interview « classique » où le journaliste doit pousser, contredire éventuellement son invité.

  5. Bellum

    Merci à Arsène de nous pousser à l’analyse critique de cette interview.
    1. Pour l’ambassadeur Pierre-Claver Ndayicariye les seuls morts qui comptent sont les morts Hutus. Par trois fois, il refuse de reconnaître que les Tutsis ont été victimes de génocide en 1972 et en 1993. Originaire de Karuzi, il sait pertinemment bien que les Tutsis de Karuzi ont été exterminés à 80%. Moralité, sa Commission Vérité et Réconciliation (CVR) n’apportera ni vérité ni réconciliation. C’est un coûteux exercice en futilité.
    2. Les valeurs qu’il incarne : L’honnêteté et le rejet du mensonge. En 2010, il a organisé des élections tronquées au point que Rwasa et Alexis Sindihujije ont boycotté la suite du processus. En 2015, il a organisé des élections illégales car contraires à la constitution et aux accords d’Arusha. Il se répand partout affirmant orbi et orbi que ce sont les Mulélistes qui ont attaqué en 1972 alors qu’il sait pertinemment bien que nos familles en 1972 depuis Makamba, Nyanza Lac jusqu’à Bujumbura ont été massacrés, femmes et enfants, par les militants nationaux et locaux tenant de l’idéologie génocidaire du Hutu-Power.
    3. Son livre « Burundi 2015 : Chronique d’un complot annoncé » parle d’un complot alors qu’il sait pertinemment bien que la révolte de la jeunesse en 2015 ne concernait que la violation de la constitution et des Accords d’Arusha. Tellement vrai qu’il a fallu acheter les consciences des Juges de la Cour constitutionnelle par l’argent (pour le président) et les menaces.
    4. Je l’ai déjà dit dans autre Forum. L’ambassadeur Pierre-Claver Ndayicariye que j’ai le privilège de connaître bien est une forte et remarquable personnalité. Hélas! c’est un idéologue au service de la justice des vainqueurs. Encore une fois, sa mission à la CVR est un coûteux exercice en futilité. Alors que chaque sou dans ce pays le plus pauvre, le plus arriéré et le plus malheureux du monde devrait compter.

    • Bavuga Jean

      Je suis très déçu par cette conversation. Toujours égal à lui-même avec des faux-fuyants, des dénis de vérités et toujours dans le déni des faits ,l’interview n’amène rien de nouveau sur le personnage on avait pensé qu’il allait expliquer des démarches controversées sur ses prises de position, mais rien de tout cela seulement une autoglorification et des postes occupés mais tout révèle seulement un personnage calculateur prêt à vendre son âme pour occuper des postes.

      Se faire nommer par Bagaza à cette période(le régionalisme et l’ethnisme battaient leur plein),1 er Conseiller d’Ambassade puis Ambassadeur par le régime Buyoya, Ambassadeur par Ndadaye Melchior , Directeur à la RTNB pendant les périodes troubles après 1993 ( surnommé à l’époque par ses collegues journalistes TURABIJENGANGA ,pour son art d’ésquiver les questions et d’être NTIRUMVEKO ( sans positions) et marcher sur les oeufs par après puis président de la Ceni et tuteur et organisateur des élections les plus controversées de l’histoire,Président de la très controversée CVR pour certains négationiste et partiale dans son approche, voilà ce personnage qui veut apparaître comme digne serviteur de l’Etat, alors qu’il navigue et surfe sur des contradictions et des compromissions.

      C’est un personnage pure illustration de la flagornerie à la Burundaise.(courbette,gusaba en reniant ses valeurs) KUVOMERA ZOSE.
      Non et non.La mayonaise ne peut pas prendre.

      • Bavuga Jean

        « TURABIJENGAJENGA » on va esquiver

    • Yan

      @Bellum:
      « Hélas! c’est un idéologue au service de la justice des vainqueurs. »

      Quels vainqueurs ? Vous vous égosillez depuis toujours en chantant qu’il n’y a jamais eu de vainqueur.

  6. arsène

    « A la tête de la Ceni, j’ai mis mon corps au combat pour organiser les élections qui sauvent la nation. »

    Je ne sais pas si c’est vraiment son intime conviction. Nous avons probablement chacun notre manière d’apprécier. Je me rappelle sa conception sinon particulière, du moins singulière de sa mission notamment lorsqu’il affirmait qu’il devait d’abord servir celui qui l’a mandaté.

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Bio-express

Né le 14 mars 1960 dans la commune Bugenyuzi, province Karusi au Burundi, Pierre Claver Ndayicariye est détenteur d'une licence en sciences juridiques obtenue à l'Université d'Alger et d'un certificat en journalisme du CFPJ de Paris. Serviteur de l'Etat depuis 1985, il a successivement été journaliste à la Radio nationale du Burundi, directeur du Centre de Perfectionnement et de Formation des cadres de Bujumbura (actuelle ENA), premier conseiller d'ambassade à Paris, ambassadeur du Burundi en Ethiopie et en Djibouti et représentant permanent du Burundi auprès de l'OUA(actuelle UA) et de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, directeur de la Radio nationale, Conseiller principal à la Présidence de la République. Ministre de l'information et Porte-parole du Gouvernement dans le gouvernement de Buyoya II, il a travaillé à la Banque de Gestion et de Financement (BGF) de Bujumbura de mars 1999 à mars 2006 en tant que directeur commercial. Consultant indépendant auprès d'organismes régionaux et internationaux de 2006 à 2009, Pierre Claver Ndayicariye a été élu par le Parlement pour présider la Commission électorale nationale indépendante de mars 2009 à septembre 2018. Détenteur d'un Certificat international de formateur électoral et d'un Certificat de facilitateur Dialogue. Actuellement, M. Ndayicariye est président de la Commission Vérité et Réconciliation(CVR) du Burundi depuis décembre 2018.

Forum des lecteurs d'Iwacu

10 réactions
  1. Mbariza

    Eh ! Oui ! Et nous même que ferions-nous à sa place si la même opportunité nous était offerte dans un pays où en dehors de l’Etat point de salut !!

  2. Jereve

    Je m’abstiens d’émettre des critiques sur les réponses de Monsieur l’Ambassadeur. Mais j’admire son courage d’accepter de se prêter au jeu (je dirais inoffensif) des questions et réponses de Iwacu. On en voit pas beaucoup de personnalités comme lui, bien placées dans la hiérarchie dirigeante, qui acceptent de s’exprimer dans un journal en dehors de leur orbite. Ou même quand elles s’expriment, elles répètent des réponses toutes faites, auxquelles elles ne croient pas. La prudence est de rigueur; ce qui en dit long sur la qualité de notre démocratie.

  3. Fadjo St-James

    Ce monsieur maîtrise l’art de servir ses maîtres. Il n’a jamais trahi ses patrons. D’où sa longévité dans le service « public ». Il est plus caméléon que le caméléon lui-même.

  4. P.coy

    Je compare L’ambassadeur Ndayicariye à une autre célèbre personnalité politique l’ex président Ntibantunganya , je le vois mieux en tant que membre d’un politburo d’un parti politique que président de la Cvr. J’estime que confier la cvr à ce monsieur est une occasion ratée. Que Dieu protège ce pays .

    • Note du modérateur
      Le Principe de  » Au Coin du feu » est de laisser l’invité répondre librement. Ce n’est pas une interview « classique » où le journaliste doit pousser, contredire éventuellement son invité.

  5. Bellum

    Merci à Arsène de nous pousser à l’analyse critique de cette interview.
    1. Pour l’ambassadeur Pierre-Claver Ndayicariye les seuls morts qui comptent sont les morts Hutus. Par trois fois, il refuse de reconnaître que les Tutsis ont été victimes de génocide en 1972 et en 1993. Originaire de Karuzi, il sait pertinemment bien que les Tutsis de Karuzi ont été exterminés à 80%. Moralité, sa Commission Vérité et Réconciliation (CVR) n’apportera ni vérité ni réconciliation. C’est un coûteux exercice en futilité.
    2. Les valeurs qu’il incarne : L’honnêteté et le rejet du mensonge. En 2010, il a organisé des élections tronquées au point que Rwasa et Alexis Sindihujije ont boycotté la suite du processus. En 2015, il a organisé des élections illégales car contraires à la constitution et aux accords d’Arusha. Il se répand partout affirmant orbi et orbi que ce sont les Mulélistes qui ont attaqué en 1972 alors qu’il sait pertinemment bien que nos familles en 1972 depuis Makamba, Nyanza Lac jusqu’à Bujumbura ont été massacrés, femmes et enfants, par les militants nationaux et locaux tenant de l’idéologie génocidaire du Hutu-Power.
    3. Son livre « Burundi 2015 : Chronique d’un complot annoncé » parle d’un complot alors qu’il sait pertinemment bien que la révolte de la jeunesse en 2015 ne concernait que la violation de la constitution et des Accords d’Arusha. Tellement vrai qu’il a fallu acheter les consciences des Juges de la Cour constitutionnelle par l’argent (pour le président) et les menaces.
    4. Je l’ai déjà dit dans autre Forum. L’ambassadeur Pierre-Claver Ndayicariye que j’ai le privilège de connaître bien est une forte et remarquable personnalité. Hélas! c’est un idéologue au service de la justice des vainqueurs. Encore une fois, sa mission à la CVR est un coûteux exercice en futilité. Alors que chaque sou dans ce pays le plus pauvre, le plus arriéré et le plus malheureux du monde devrait compter.

    • Bavuga Jean

      Je suis très déçu par cette conversation. Toujours égal à lui-même avec des faux-fuyants, des dénis de vérités et toujours dans le déni des faits ,l’interview n’amène rien de nouveau sur le personnage on avait pensé qu’il allait expliquer des démarches controversées sur ses prises de position, mais rien de tout cela seulement une autoglorification et des postes occupés mais tout révèle seulement un personnage calculateur prêt à vendre son âme pour occuper des postes.

      Se faire nommer par Bagaza à cette période(le régionalisme et l’ethnisme battaient leur plein),1 er Conseiller d’Ambassade puis Ambassadeur par le régime Buyoya, Ambassadeur par Ndadaye Melchior , Directeur à la RTNB pendant les périodes troubles après 1993 ( surnommé à l’époque par ses collegues journalistes TURABIJENGANGA ,pour son art d’ésquiver les questions et d’être NTIRUMVEKO ( sans positions) et marcher sur les oeufs par après puis président de la Ceni et tuteur et organisateur des élections les plus controversées de l’histoire,Président de la très controversée CVR pour certains négationiste et partiale dans son approche, voilà ce personnage qui veut apparaître comme digne serviteur de l’Etat, alors qu’il navigue et surfe sur des contradictions et des compromissions.

      C’est un personnage pure illustration de la flagornerie à la Burundaise.(courbette,gusaba en reniant ses valeurs) KUVOMERA ZOSE.
      Non et non.La mayonaise ne peut pas prendre.

      • Bavuga Jean

        « TURABIJENGAJENGA » on va esquiver

    • Yan

      @Bellum:
      « Hélas! c’est un idéologue au service de la justice des vainqueurs. »

      Quels vainqueurs ? Vous vous égosillez depuis toujours en chantant qu’il n’y a jamais eu de vainqueur.

  6. arsène

    « A la tête de la Ceni, j’ai mis mon corps au combat pour organiser les élections qui sauvent la nation. »

    Je ne sais pas si c’est vraiment son intime conviction. Nous avons probablement chacun notre manière d’apprécier. Je me rappelle sa conception sinon particulière, du moins singulière de sa mission notamment lorsqu’il affirmait qu’il devait d’abord servir celui qui l’a mandaté.

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