Samedi 18 mai 2024

Culture

Au Coin du feu avec Hosy Irakoze

18/11/2023 4
Au Coin du feu avec Hosy Irakoze

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Hosy Irakoze. 

Votre qualité principale ?

Accessible, joyeuse et souvent à l’écoute d’autrui

Votre défaut principal ?

Colérique. Parfois, je tombais dans des accès de colère démesurés. Mais, je pense que c’était lié à l’âge. Maintenant, je trouve que je me maîtrise.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La bienveillance.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Les gens imbus de leur personne, qui ne voient que du négatif, sans oublier les hypocrites.

La femme que vous admirez le plus ?

La chanteuse américaine, Beyoncé. Je sais que cela risque de paraître quelque peu bizarre. Sa façon d’être, sa façon de répandre la joie, de vivre à travers ses chansons, son obstination à nous rappeler que la vie est un combat quotidien. En tout cas, elle est un modèle pour moi.

L’homme que vous admirez le plus ?

Un homme respectueux de ses semblables sans distinction aucune (appartenance politique, ethnique, sociale, sexe, etc.), et soucieux du bien-être d’autrui.

La plupart de vos proches vous décrivent comme une battante. Pourquoi ?

Peut-être que c’est par rapport à ma détermination et optimisme. Lorsque j’ai une idée en tête, je fonce tout droit. Je me rappelle lorsque j’ai décidé de créer mon propre medium en ligne. Compte tenu de ma jeunesse et de mon inexpérience, tout le monde me voyait vite jeter l’éponge. Pourtant, cela ne fut pas le cas. Relever les défis, je pense que c’est aussi mon point fort.

Justement comment vous est venue l’idée de créer Siren Vibes ?

Je pense que l’idée a beaucoup plus mûri lorsque j’étais au Rwanda en 2015. J’ai été conquise par la diversité de son paysage médiatique, surtout la richesse des contenus divertissants produits par les media en ligne, avec un focus spécialement les jeunes. Mais sans moyens financiers, sans aucun background dans le métier, j’ai gardé l’idée au chaud en attendant d’éventuels partenaires.

Et quand est-ce que vient le déclic ?

En 2018, lors de mon retour au bercail. Un jour, des amis avec lesquels j’avais partagé mon idée m’ont fait savoir qu’ils aimeraient lancer une chaîne en ligne : Bujumbura TV. J’ai été tout de suite conquise. D’autant plus qu’en tant que jeune mère devant subvenir aux besoins de mon nouveau-né, je devrais, en aucune manière, faire marche en arrière. Si je me rappelle bien, j’étais avec Yvonne (ancienne directrice de BETV), Scott, créateur de Magic TV, etc. Je dois avouer que ce n’était pas du tout facile surtout avec les contraintes financières, techniques, etc.  Mais, petit à petit, nous avons fait notre bonhomme de chemin.

Y avait-il certains parmi vous qui avaient des prérequis du métier ?

Certains vidéastes avaient certaines notions dans la prise d’images. Le reste d’entre nous avons appris sur le tas. Nous regardions des tutos sur YouTube, écoutions la radio, etc.

C’est de là que vous allez décider de lancer votre propre medium ?

Tout à fait. Au fil des jours, j’ai constaté qu’il y a certains de mes sujets de prédilection qui ne sont pas abordés comme je le souhaitais. J’avais cette envie de sortir du carcan du métier de journaliste classique. Je voulais éduquer la population dans un style bien particulier, participatif. En d’autres termes, amener les vrais acteurs à parler sans faux-fuyants. C’est dans cette logique que naîtra Siren Vibes. C’était vers fin 2019.

Des débuts faciles ?

Loin de là. Outre le fait d’avoir peu de moyens financiers pour louer le matériel, payer le cameraman, je ne me sentais pas de taille, car j’estimais que je n’étais pas assez formée. Mon seul capital, c’était ma fan base que j’avais acquise lorsque je travaillais à Buja Hit. Ainsi, avec le nombre de vues cumulées, cela m’a permis de me faire vite un nom.

Bientôt 5 ans que votre medium est opérationnel. Avec du recul, comment jugez-vous le pas franchi ?

Difficile de se juger. Mais, je dois avouer que mes efforts ont payé. Tout le personnel (10) perçoit son salaire mensuel. Nous avons acheté notre propre matériel, le loyer de notre bureau est payé à temps. C’est une bataille de tous les instants parce que la principale source de nos revenus provient des rétributions que nous octroie YouTube en fonction du nombre de vues.

Certains téléspectateurs vous qualifient de chaîne promouvant le commérage. Votre commentaire ?

C’est cela le drame avec la société burundaise. Des gens préfèrent mourir en silence alors qu’ils peuvent être guéris à partir du dialogue. Notre objectif, c’est de briser des tabous sur certains sujets comme les causes à l’origine des violences conjugales, du divorce, etc. Ce n’est pas du « gossiping » en ligne comme certains l’avancent. Ce sont des personnes (les acteurs) qui témoignent de leurs expériences, de leurs vécus.  Et partant de leurs conseils, celui ou celle qui traverse pareil moment peut se reconnaître et comprendre son tort et voir dans quelle mesure inverser la tendance.

Récemment Siren Vibes a été auréolé par le Silver Award par YouTube. Quel a été votre secret pour percer ?

Un travail quotidien de remise en cause, chercher à comprendre les racines des maux qui rongent la société burundaise, être constamment au contact de notre audience qui ne cesse de se diversifier (tous âges confondus), comprendre leurs desiderata et doléances. C’est cela qui manque à la plupart des media en ligne. Quand ils ne jettent pas l’éponge, ils ne sont pas proches de leur audience.

Mère célibataire.  Quelle a été la réaction de vos parents lorsque vous leur avez annoncé que vous allez être maman ?

Cela les a bouleversés. Je me rappelle que mon père a passé deux jours au travail sans rentrer, histoire de digérer cette nouvelle. Un coup dur, pour lui, surtout que je suis l’aînée parmi les filles.  Mais, au fil du temps, il a compris.  En témoigne, la relation privilégiée qu’il a avec ses deux petits-enfants. Il ne peut pas passer un mois sans qu’il vienne leur rendre visite. Du reste, vous savez qu’il y a des choses qui vous incitent à mûrir. Et la naissance de mon 1er enfant en est une.

Votre plus beau souvenir ?

La naissance de mon 1er enfant.

Votre plus triste souvenir ?

Lorsqu’on m’annoncé le décès de ma mère sans que je ne puisse venir à son enterrement. J’étais au Rwanda en 2015, en pleine crise politico-sécuritaire consécutive à l’annonce du 3e mandat du président Nkurunziza.

Selon vous, faut-il supprimer la dot ?

Pourquoi ? Par contre, je suis contre l’idée que deux personnes qui s’aiment ne peuvent convoler en justes noces parce que le garçon n’a pas l’argent pour payer la dot.

Votre regard par rapport aux violences sexuelles basées sur le genre ?

C’est malheureusement une réalité affligeante qu’il faut combattre avec la plus grande énergie. C’est pourquoi, dans nos émissions, nous faisons la part belle à pareils sujets. Nous privilégions la conscientisation de tout un chacun. Parce que parfois, il y a des gens qui pèchent par ignorance.

De plus en plus d’abandons scolaires, suite aux grossesses non désirées. Selon vous, qu’est-ce qui doit être fait ?

Nous ne le dirons jamais assez, la solution passe par le dialogue parent-enfant. Et nous en tant que professionnels des médias, nous devons multiplier les émissions autour de cette question.

Un mari idéal, selon vous, existe-t-il ? Si oui, comment doit-il être ?

Une espèce en voie de disparition.  Et aussi, cela dépend de la femme. Par exemple, j’aime plus que tout quelqu’un qui bosse sérieusement et qui est respectueux.

Si vous étiez nommée ministre en charge des questions du Genre, quelles seraient vos premières mesures ?

-La question de la représentativité, c’est essentiel.  Je ferais feu de tout bois pour que la notion de 50% soit une réalité dans toutes les sphères de la vie publique.

-La loi sur la succession. Honnêtement, ça me tient à cœur. A ce niveau, j’userais de toute mon influence afin que les femmes aient gain de cause, et qu’il n’y ait plus de double standard.

-Une campagne de sensibilisation sur les droits et devoirs élémentaires des femmes. Je trouve que certaines se laissent faire parce qu’elles ne connaissent pas leurs droits.

Quel serait votre plus grand malheur de votre vivant ?

Perdre mes enfants de mon vivant. Tout comme je prie afin que je m’en aille quand ils seront en mesure de subvenir à leurs propres besoins.

Le métier que vous auriez aimé exercer ?

Le journalisme. Certes, pour le moment, je me définis beaucoup plus comme une influenceuse plutôt que journaliste.  Mais, sous peu, je pense que je pourrai embrasser la carrière proprement dite. Le projet est là.

Votre passe-temps préféré ?

Ecouter de la musique, faire des vidéos sur TikTok

Votre plat préféré ?

Aucune préférence particulière

Votre chanson préférée ?

I was there de Beyoncé. Cela parle de notre devoir de rendre notre Terre meilleure que nous l’avons trouvée, de léguer à la postérité un bon témoignage de notre vivant.

Avez-vous une devise ?

Peace and love

Croyez-vous en la bonté humaine ?

Bien qu’elle tende à disparaître, elle est là.  Chaque jour, on la voit. Des pères de famille se lèvent le matin, les poches vides, avec cet espoir de rencontrer cet ange envoyé du ciel par Dieu, afin que ses enfants partis à l’école puissent avoir de quoi mettre sous la dent à leur retour.

Pensez-vous à la mort ?

Malheureusement, oui. Mais, j’essaie de relativiser.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Juste le remercier pour ses bienfaits. Et je vous dis, ils sont nombreux parce que je viens de loin (rires).

 

Propos recueillis par Hervé Mugisha

 

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. PCE

    Je suis particulièrement d’accord avec cette jeune personne sur la réforme de la loi sur succession en particulier pour les filles . Il faut absolument changer la loi dans le domaine et instaurer l’égalité parfaite. Ce n’est pas juste que , au 21e siècle, nous continuions à vivre comme si on était au 19 e siècle. Je fais donc un appel aux hommes en disant que la meilleure manière nous libérer des chaines de la domination est de libérer nos filles et nos femmes , nous n’en serons que plus libres encore. Il est temps d’agir.

  2. BURUNDI WOMEN FOR PEACE

    Bravo Hozy. Jeune femme dynamique et inspirante. Une vraie influenceuse. Je te suis et je t encourage. Nous les parents apprenons bcp des debats que tu organises. Nous menons le meme combat pour les droits des femmes. Et sur les « on dit », ignores et avance. Meme quand tu ne fais rien, on parlera de toi.

  3. J’aime bien suivre presque toutes les émissions passant sur la Télévision en ligne Siren Vibes (Sirène Vibrante)… je m’appelle Aniseth Bakunda, canado-burundais …oui, conçue pour égayer le monde culturel surtout musical, cette TV embrasse aussi les sujets épineux du monde social , vraiment chapeau à l’initiatrice Hosy , épaulée par son papa très si clairvoyant…. Je vous aime tant !!! Je suis très fier des réalisations déjà accomplies… continuer d’aller de l’avant car le futur , le meilleur vous attend!!!

  4. Stan Siyomana

    1. La plupart des emissions de Siren Vibes TV sont destinees aux jeunes mais j’aime bien les suivre sur Youtube.com (meme si je ne suis plus jeune moi-meme) car elles sont bien faites. Elle parle bien l’anglais, c’est une femme d’affaires, elle peut servir de bon exemple aux jeunes filles et aux femmes burundaises.
    2. Je remercie la redaction d’Iwacu-burundi.org qui reconnait la contribution de Hosy Irakoze (dans la societe burundaise) en invitant cette jeune femme a donner des conseil a ce forum traditionnel du coin du feu.

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Bio-express

De son vrai nom Hosiane Irakoze, Hosy est née le 1er juin 1996 à Gitega.  Troisième d'une fratrie de 7 enfants, l’actuelle directrice de Siren Vibes, a fait les Lettres Modernes. Créatrice de contenus Web, Hosy est également une businesswoman accomplie. Célibataire, Hosy est mère de deux enfants (un garçon et une fille).  

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. PCE

    Je suis particulièrement d’accord avec cette jeune personne sur la réforme de la loi sur succession en particulier pour les filles . Il faut absolument changer la loi dans le domaine et instaurer l’égalité parfaite. Ce n’est pas juste que , au 21e siècle, nous continuions à vivre comme si on était au 19 e siècle. Je fais donc un appel aux hommes en disant que la meilleure manière nous libérer des chaines de la domination est de libérer nos filles et nos femmes , nous n’en serons que plus libres encore. Il est temps d’agir.

  2. BURUNDI WOMEN FOR PEACE

    Bravo Hozy. Jeune femme dynamique et inspirante. Une vraie influenceuse. Je te suis et je t encourage. Nous les parents apprenons bcp des debats que tu organises. Nous menons le meme combat pour les droits des femmes. Et sur les « on dit », ignores et avance. Meme quand tu ne fais rien, on parlera de toi.

  3. J’aime bien suivre presque toutes les émissions passant sur la Télévision en ligne Siren Vibes (Sirène Vibrante)… je m’appelle Aniseth Bakunda, canado-burundais …oui, conçue pour égayer le monde culturel surtout musical, cette TV embrasse aussi les sujets épineux du monde social , vraiment chapeau à l’initiatrice Hosy , épaulée par son papa très si clairvoyant…. Je vous aime tant !!! Je suis très fier des réalisations déjà accomplies… continuer d’aller de l’avant car le futur , le meilleur vous attend!!!

  4. Stan Siyomana

    1. La plupart des emissions de Siren Vibes TV sont destinees aux jeunes mais j’aime bien les suivre sur Youtube.com (meme si je ne suis plus jeune moi-meme) car elles sont bien faites. Elle parle bien l’anglais, c’est une femme d’affaires, elle peut servir de bon exemple aux jeunes filles et aux femmes burundaises.
    2. Je remercie la redaction d’Iwacu-burundi.org qui reconnait la contribution de Hosy Irakoze (dans la societe burundaise) en invitant cette jeune femme a donner des conseil a ce forum traditionnel du coin du feu.

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