Mercredi 12 mai 2021

Culture

Au coin du feu avec Freddy Kwizera alias Botchoum

01/05/2021 0
Au coin du feu avec Freddy Kwizera alias Botchoum

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Freddy Kwizera alias Botchoum.

Votre qualité principale ?

Je pense sans hésiter que c’est le fait d’être diplomate dans toutes mes relations avec les gens. Il faut mettre à l’aise les gens, ne pas les choquer même quand la situation semble tendue. Il faut être à leur écoute, calmer le jeu, être conciliant. Tout le monde y gagne finalement. Mais loin de moi toute idée d’hypocrisie qui semble coller à ce vocable.

Votre défaut principal ?

Je crois que je suis trop tolérant. Je ne sais pas si ce n’est pas une conséquence de mon attitude à user de diplomatie en tout.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

Moi je suis partisan de l’amour de son prochain. Que le monde serait meilleur si tout le monde cultivait cet amour. Ce serait un monde idéal mais hélas, il y a des hommes et des femmes qui préfèrent garder dans leur cœur une haine, ça les ronge, ça les tourmente et se complaisent dans ce mode de vie.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

La précipitation dans toute chose. Il faut réfléchir, analyser, peser le pour et le contre, et poser des actions pensées, comme on dit. Cela nous éviterait beaucoup regrets, des phrases du genre : ’’si j’avais su’’.

La femme que vous admirez le plus ?

C’est ma femme. Elle me comprend en tout. Elle est tout pour moi.

L’homme que vous admirez le plus ?

C’est mon grand frère, Yusuf Mosi, il est chargé de l’organisation des compétitions et du règlement des litiges à la Fédération de Football du Burundi. C’est un homme qui respecte son travail et qui met en avant l’intérêt commun, au détriment de son intérêt personnel.

Votre plus beau souvenir ?

Ce sont les années d’innocence et d’insouciance passées à l’école avec mes amis. On jouait et on riait de tout. A l’époque quand j’étais encore à Nyanza-lac, on devait effectuer 12 kilomètres par jour pour aller à l’école et il arrivait qu’on croise des serpents en cours de route, cela nous effrayait mais le reptile disparu dans la broussaille, on en rigolait et on se dépêchait pour éviter les punitions à l’école en cas de retard.

Notre maison était tout près du camp militaire de Nyanza-lac et on faisait du sport souvent avec les militaires en jouant au basket-ball et au volley-ball. C’étaient les plus beaux moments que je n’oublierai jamais.

Votre plus triste souvenir ?

En 1995, avec les troubles et les tueries consécutives à l’assassinat du président Melchior Ndadaye, je me suis réfugié à Uvira à l’est de l’ex Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo.

Arrivé là-bas, les gens me regardaient du coin de l’œil et j’ai vite été soupçonné d’appartenir aux groupes des jeunes qui faisaient la loi dans les quartiers de la ville de Bujumbura, les ’’Sans échec’’ et les ’’Sans défaite’’, alors que ce sont ces derniers que je fuyais.

A Uvira, les uns me prenaient pour un Hutu, d’autres pour un Tutsi. La situation était intenable et je me suis résolu à retourner à Bujumbura après une semaine d’exil avec tous les risques que cela représentait pour moi. C’est un de mes pires souvenirs.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Je suis dans l’univers de la production musicale, ça serait de manquer l’opportunité de développer les acteurs culturels burundais. Il leur faut un épanouissement. Ils ont un potentiel, ce serait du gâchis si on ne leur donnait pas une chance de rayonner.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

C’est aujourd’hui trop compliqué avec toutes les manipulations inimaginables sur tous les événements qui ont jalonné l’histoire de notre pays. Et c’est selon les intérêts des uns ou des autres.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Pour moi, c’est incontestablement le 1er juillet 1962, quand notre cher pays, le Burundi recouvre son indépendance après des années et des années passées sous le joug colonial.

La plus terrible ?

C’est en 1972, je pense. Il sera difficile d’effacer les événements sanglants de cette époque de la mémoire des Burundais. Ils ont laissé des cicatrices profondes et ont même déterminé toutes les autres crises. Ils sont omniprésents.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

C’est le son et la production musicale du cinéma et de documentaires. J’ai un pied dedans. C’est ma passion.

Votre passe-temps préféré ?

J’aime passer mon temps au bord du lac Tanganyika avec ma femme et mes enfants, même si aujourd’hui, avec la montée des eaux, nos belles plages sont envahies et certains endroits pittoresques méconnaissables.

Votre lieu préféré au Burundi ?

C’est en commune Nyanza-lac, j’ai beaucoup de souvenirs là-bas. L’enfance, l’école, les amis, le lac, les baignades, tout cela marque, reste gravé.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Le Burundi bien sûr. Home sweet home, on n’est bien que chez soi.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Aller dans un grand festival quelconque, voir du monde, admirer différentes présentations, différents shows.

Votre rêve de bonheur ?

Je rêve de voir les artistes burundais vivre de leur art et avoir mon propre grand studio d’enregistrement musical pour mieux promouvoir les artistes burundais.

Votre plat préféré ?

C’est du poisson grillé garni d’oignons blancs, le tout accompagné de frites de pommes de terre, c’est une spécialité qu’on trouve au sud du pays bien sûr.

Votre chanson préférée ?

J’ai un faible pour la chanson Ndakumisinze de Big Fizzo.

Quelle radio écoutez-vous ?

Tout ce qui est musical et c’est particulièrement RFM.

Avez-vous une devise ?

La perfection, notre engagement.

Votre souvenir du 1er juin 1993, le jour où le président Ndadaye a été élu ?

C’était une ambiance très animée dans mon quartier, les militants du Frodebu couraient dans tous les sens, chantant et scandant des slogans de victoire.

Votre définition de l’indépendance ?

C’est avoir la souveraineté de notre pays, le fait de prendre en main le futur de votre pays sans une certaine ingérence étrangère.

Votre définition de la démocratie ?

C’est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple.

Votre définition de la justice ?

C’est le fait du respect de la loi par tout le monde que ça soit le peuple ou les dirigeants. C’est malsain quand il y a des gens qui se croient ou se considèrent au-dessus de la loi.

Si vous étiez ministre de la Culture et de la Jeunesse, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Tout d’abord je mettrais rapidement en action la loi sur les droits d’auteurs et droits voisins, pour que tous les artistes puissent vivre de leur art. Je ferais des consultations avec tous les acteurs culturels, pour que les défis qui empêchent la culture de rayonner soient relevés. Pour la jeunesse, je renforcerais les capacités sur le développement personnel.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Bien sûr que oui.

Pensez-vous à la mort ?

Bien sûr que la mort existe, car nous avons déjà enterré beaucoup d’amis. C’est inévitable, impossible d’échapper à cette règle immuable. Tout ce qui vit connaîtra la mort.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Je lui dirai merci infiniment pour tout ce qu’il nous a accordés, alors que nous ne le méritions peut-être pas.
Propos recueillis par Eddy Hatangimana

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Bio express

Né le 12 octobre 1979 à Mukaza, Freddy Kwizera Botchoum, électricien industriel et ingénieur de son. Il a commencé sa carrière de Dj en 1995, avant de se lancer dans la production musicale en 1998 dans Good Time Studio. Il a produit les chansons des stars burundaises comme Big Fizzo, Kidumu, Lolilo, Sat-B, Cédric Bangy, Rally Joe… sans oublier le monde du Gospel, il a pu travailler avec le groupe Shemeza Music d’Apollinaire Habonimana. Il a également eu l’occasion de travailler dans des studios d’enregistrement dans des pays étrangers notamment en Afrique du Sud, en RDC, au Rwanda, au Kenya et en Ouganda.

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