Lundi 23 mars 2026

Société

Au coeur du pays : A Ruyigi, les femmes et les jeunes réclament un léger mieux

Au coeur du pays : A Ruyigi, les femmes et les jeunes réclament un léger mieux
A Ruyigi, les femmes déplorent la mentalité selon laquelle la femme doit se limiter aux tâches domestiques et s’occuper des enfants.

Violences basées sur le genre, insuffisance ou manque de fertilisants, chômage, … telle est la situation que vivent les femmes et les jeunes de la commune Ruyigi, province de Buhumuza. Tout en reconnaissant qu’ils sont représentés politiquement, ils plaident pour une amélioration de leur quotidien. De son côté, l’administration communale appelle à leur forte implication dans la défense de leurs droits.

Ruyigi, nous sommes à 66 km de Gitega, la capitale politique. Nous empruntons la RN18 vers l’est du pays. Arrivés à Makebuko, nous prenons la RN13. Une route récemment réfectionnée. De part et d’autre, des champs de maïs en maturation, des collines verdoyantes, des bananiers laissent apparaître des toitures de maisons en majorité en tuiles et d’autres en tôles ondulées.

En pleine saison culturale B, des agriculteurs dont la plupart sont des femmes labourent leurs champs. Tout semble normal.

Néanmoins, de très nombreuses préoccupations sont là. Des femmes se lamentent. Candide Nikwibitanga, une mère de cinq enfants, la quarantaine, de la zone Bweru estime que les femmes sont toujours sous-estimées. « Certains hommes continuent de bafouer nos droits. Ce qui affaiblit notre rôle dans le développement familial. » C’est une victime de violences conjugales. « À un moment donné, mon mari m’avait renvoyée chez mes parents avec mes enfants. Lors de la récolte du riz, il s’est même remarié avec une autre femme dans notre propre maison. »

Elle explique avoir traversé une période très difficile. C’est suite à l’intervention des autorités locales récemment élues qu’elle a retrouvé le toit conjugal. « Grâce à leur médiation, justice m’a été rendue. »

Ce n’était pas pour la première fois qu’elle subissait des violences de la part de son mari. « Il m’avait déjà maltraitée à plusieurs reprises. C’était presque devenu une habitude pour lui. Aujourd’hui, les autorités locales l’ont mis en garde et lui ont recommandé de mettre fin à son comportement violent. »

Des mentalités qui n’évoluent pas

Le bureau communal de Ruyigi

Elle n’est pas la seule à se plaindre. S’exprimant sous anonymat, une autre femme rencontrée au marché de Ruyigi indique que dans cette localité, le respect des droits de la femme n’est pas encore une réalité. « Dans certaines localités, les femmes continuent d’être sous-estimées et confrontées à des pratiques coutumières qui freinent leur épanouissement. »

D’après elle, la mentalité selon laquelle la femme doit se limiter aux tâches domestiques et rester à la maison pour s’occuper des enfants existe encore.

Elle dénonce aussi des violences économiques. Certains hommes dilapideraient encore les récoltes. « Pourtant, c’est la femme qui travaille dur dans les champs. » Les conséquences sont néfastes pour les familles. « Elles se retrouvent parfois dans des conditions de précarité et de famine. »

De jeunes filles ne sont pas épargnées

Les mariages précoces existent encore. Anitha Nikwibishaka, 19 ans, est une balayeuse au marché de Ruyigi. Elle a été contrainte par ses parents à se marier alors qu’elle était encore sur le banc de l’école. « J’avais 17 ans lorsque je suis tombée enceinte. Mes parents ne l’ont pas supporté et m’ont conduite chez le garçon. Il était motard. Ils l’ont obligé de me prendre comme épouse. »

Anitha Nikwibishaka : « Quand je suis tombée enceinte, mes parents ne l’ont pas supporté et m’ont conduite chez le garçon.»

Une union qui n’a pas duré malheureusement. « Comme je ne savais pas comment me prendre dans le foyer, après quelques mois, mon mari m’a quitté et ma vie s’est compliquée. J’ai travaillé dans les champs afin de trouver quoi manger. »
C’est après l’accouchement qu’elle a été recrutée comme balayeuse. Ce qui lui permet de subvenir aux besoins de son enfant. Et pour augmenter ses revenus, elle travaille aussi dans une boutique.

Goreth Nahimana, une autre jeune fille avoue que beaucoup d’adolescentes abandonnent l’école à cause des grossesses non-désirées. Ce qui constitue, selon elle, un frein à l’éducation des jeunes filles et compromet leur avenir.
Mme Nikwibishaka prévient les parents. « Certains parents pensent encore que parler de la sexualité avec leurs enfants est un tabou. Cette mentalité doit changer afin de prévenir les grossesses non-désirées. »

Aux autorités, Mme Nahimana demande d’intensifier les campagnes de sensibilisation auprès des jeunes. « Cela pourrait contribuer à renforcer l’éducation et soutenir les programmes visant à lutter contre les grossesses en milieu scolaire et les mariages précoces. »


Les jeunes entre migration et lutte pour la survie

Chômage persistant, difficile accès aux financements, contrainte de partir à l’étranger à la recherche d’un emploi, …, toute une liste de défis auxquels font face les jeunes de Ruyigi.

Dans un parking, un jeune témoigne sous anonymat. « La vie est devenue impossible. Tu ne vois pas que tous les jeunes partent à Dubaï ? Malheureusement, même à Dubaï, aujourd’hui, ils sont bombardés ».

D’après lui, l’absence d’opportunités pousse beaucoup à quitter le pays, souvent en courant de grands risques. « Autrefois, la Zambie offrait des emplois, mais cela reste désormais risqué. »
Il déplore également les dérives sociales. « Beaucoup de jeunes deviennent des bandits et certains engrossent des filles sans assumer leurs responsabilités. »

Elysée Ndayiragije : « Il est difficile de suivre les leçons quand on sait qu’on ne va pas trouver à manger à la maison.»

Sur la liste des difficultés, l’accès aux financements via le Programme d’Autonomisation économique et d’emploi des jeunes (PAEEJ) reste un défi. C.N., un jeune commerçant, confie. « Au PAEEJ, on ne connaît pas vraiment les conditions pour être financé. Moi, j’ai essayé, mais je n’ai pas réussi. Peut-être qu’il faut avoir un parrain ».

Un autre jeune de Gasanda renchérit. « Il faut que l’État aide réellement les jeunes dans leurs projets de développement ». Les jeunes appellent ainsi à plus de transparence et d’équité dans l’attribution des financements.

Plusieurs obstacles freinent les projets des jeunes. Innocent Havyarimana, 31 ans, possède un moulin tout près du marché de Ruyigi. Malgré sa volonté de travailler et de servir la population, il signale que les coupures répétitives du courant électrique l’obligent d’arrêter souvent son activité. « On peut passer une journée entière sans courant alors que mon métier exige une alimentation régulière en électricité. Cela nous empêche de bien servir les clients et devient un véritable problème pour nous. Car nous vivons de ce métier. »

Il explique par ailleurs que l’installation d’un moulin est souvent compliquée surtout en ce qui est de l’obtention d’un compteur électrique. « On peut attendre pendant une année entière alors qu’on a déjà payé l’argent demandé. » Il ajoute que les transformateurs ne sont pas aussi nombreux. « Vous voyez que nous sommes tout près du marché. Mais, ici, nous n’avons qu’un seul transformateur. Il ne peut pas alimenter tout le monde. Nous sommes obligés d’alterner avec les autres qui exercent le même métier. »

Des jeunes contraints d’abandonner l’école

La pauvreté dans les familles est l’une des causes principales de ce phénomène. Elysée Ndayiragije, 19 ans, a déjà abandonné l’école. Il donne ses raisons. « Il est difficile de suivre les leçons quand on sait qu’on ne va pas trouver à manger à la maison. C’est mieux d’aller travailler pour gagner de l’argent. »

Aujourd’hui, il travaille sur un moulin. D’après lui, beaucoup de ses camarades ont quitté l’école à cause des conditions de vie difficiles dans leurs familles. « Face au manque de moyens et à la pauvreté, ils prennent la route vers la Tanzanie espérant trouver du travail et gagner un peu d’argent. D’autres, quand ils en ont la possibilité et les moyens, partent à Dubaï. »

Pour lui, la situation économique du pays complique encore davantage la vie des jeunes. Avec la dévalorisation de la monnaie burundaise, la cherté de la vie, la hausse des prix des produits de première nécessité, M. Ndayiragije affirme qu’il devient très difficile de subvenir à ses besoins.


Un secteur agricole en difficulté

Alors que les jeunes pouvaient gagner la vie en pratiquant l’agriculture, un autre problème ne leur facilite pas la tâche. Le manque de fertilisants.

I.K a 26 ans. Il aimerait évoluer dans l’agriculture pour gagner sa vie. « On ne trouve pas de fertilisants. Nous en avons fait la commande l’année passée. Jusqu’aujourd’hui, nous n’avons rien reçu. » Il ajoute que même la quantité qui est en train d’être distribuée n’est pas suffisante. Selon lui, sur une commande de dix sacs, on peut se retrouver avec un seul sas. « Quoi faire dans ces conditions ? »

Gérard Sindaharaye : « Aujourd’hui, sur les 15 collines de la commune, 5 sont dirigées par des femmes alors qu’auparavant il n’y en avait qu’une seule.»

D’après lui, les agriculteurs pouvaient faire recours aux fertilisants organiques et du fumier de l’élevage. Il souligne qu’avec la politique de stabulation, beaucoup de gens ont vendu leur bétail pour ne rester qu’avec une ou deux vaches faciles à entretenir. « Ce qui diminue la production en fumier. »

Cela n’affecte pas les jeunes seulement. Innocent Havyarimana, la quarantaine, est un agriculteur. Il affirme que l’accès aux fertilisants est devenu problématique. « C’est difficile d’obtenir de l’engrais chimique à temps alors que nous payons en avance et dans les délais. Nous respectons toutes les procédures. Voilà, nous sommes déjà au mois de mars et plusieurs personnes n’ont toujours pas reçu d’engrais chimiques alors que la période de semis est presque dépassée. » Durant la saison A, il dit qu’il n’a pas reçu d’engrais pour le maïs. « La production doit nécessairement chuter. »

Pour ceux qui parviennent à avoir une forte production, il évoque aussi un autre problème. Celui lié à l’achat de la récolte par Anagessa. Il signale que le paiement tarde souvent. « En tant qu’entrepreneur, je contracte souvent des crédits bancaires pour cultiver le maïs. Si l’Anagessa tarde à payer, il devient difficile de rembourser. Ce qui entraine des intérêts de retard. »

Selon M.B., une femme de la même localité, les cultivateurs rencontrent de sérieux problèmes pour obtenir des fertilisants. « Nous ne savons pas ce que l’État est en train de faire ni comment il s’organise pour résoudre ce problème. »

D’après elle, lorsqu’on sème en retard, il devient impossible d’espérer une bonne récolte. Elle affirme que cette situation perturbe fortement les activités agricoles et risque de compromettre les récoltes de cette année.

Autorités et élus interpelés

Face à ces défis, cette cultivatrice estime que les autorités devraient revoir le système de distribution des fertilisants. Pour elle, les responsables devraient tenir compte du nombre de commandes enregistrées lors de la planification et de la distribution. Elle trouve aussi indispensable de renforcer l’éducation au développement des femmes tout en y associant les hommes. Cela permettrait de soutenir les initiatives des femmes dans le développement des familles et des communautés. « Souvent, ces formations sont destinées uniquement aux femmes. Pourtant, une femme peut être formée et comprendre certaines choses. Mais, une fois à la maison, son mari peut l’empêcher de mettre ses connaissances en pratique. »

Les agriculteurs de Ruyigi s’accordent sur une demande. « Il faut que les autorités et les élus prennent en considération les préoccupations des citoyens, qu’ils organisent des réunions de concertation afin que les acteurs de chaque secteur puissent exposer leurs problèmes et trouver ensemble des solutions. »

Ils souhaitent également que les autorités veillent à ce que les engrais chimiques soient disponibles à temps et distribués équitablement à tous ceux qui ont payé.

De fortes attentes envers les élus

Près d’un an après les élections générales de 2025, certains jeunes reconnaissent la présence des élus sur le terrain. Toutefois, ils regrettent de ne pas voir encore de réalisations concrètes. « Les élus sont présents, mais nous ne voyons pas encore les résultats. Nous espérons que les choses finiront par s’améliorer », confie un jeune rencontré au centre de Ruyigi.

Ces jeunes proposent au gouvernement d’anticiper. « Il faudrait prioriser les secteurs stratégiques. Par exemple, constituer des stocks de carburants pour éviter les pénuries. »

Certains remettent également en question certaines priorités budgétaires. « Je ne vois pas l’intérêt d’avoir accordé 500 millions BIF à chaque province pour la réhabilitation de maisons appartenant à l’Etat. Ce n’était pas une urgence », analyse un autre jeune de la localité.

Des avancées sont là mais, …

Côté administratif, face à toutes ces lamentations, on fait une autre lecture. « Tout n’est pas noir », rassure Gérard Sindaharaye, assistant social en zone Butezi de la commune Ruyigi. Il affirme que les droits des femmes connaissent une certaine avancée et sont globalement respectés. D’après lui, « les femmes participent aux associations de développement ».

Il reconnaît néanmoins que certaines violations des droits de la femme existent encore. « Les cas que nous recevons le plus souvent sont liés aux violences économiques qui sont à la base de nombreuses autres formes de violence. »
Il signale que certaines femmes racontent que leurs maris prennent une partie de leurs récoltes de riz pour la vendre et utiliser l’argent à leurs propres fins.
Sur le plan politique, il fait observer que les dernières élections de 2025 ont marqué une avancée positive chez la femme. « Les associations ont sensibilisé les femmes à voter et à se faire élire. Aujourd’hui, sur les 15 collines de la commune, 5 sont dirigées par des femmes alors qu’auparavant il n’y en avait qu’une seule. »

Il reconnaît néanmoins qu’il existe certaines promesses faites pendant les campagnes électorales qui tardent à se concrétiser. « Les candidats avaient promis d’aider les femmes à intégrer les associations et à leur accorder des crédits pour leurs projets de développement. Pour l’instant, rien n’est encore vraiment fait. »

D’après lui, ces projets concernent notamment la couture, l’intégration dans des coopératives ou la création des associations. « Certaines ont également tenté d’obtenir des crédits auprès de la Banque d’Investissement et de Développement pour les Femmes. Mais, l’accès à ces financements reste difficile. La banque est à Gitega, très loin pour beaucoup de femmes. De plus, les procédures pour obtenir un crédit sont longues et découragent certaines. »

Ainsi, il plaide pour des solutions de proximité. « Il faudrait développer davantage des institutions de micro-finances pour réduire les distances. »

Il demande également davantage de moyens pour poursuivre les activités de sensibilisation. « En tant qu’assistant social, nous avons besoin de moyens de déplacement pour aller rencontrer les femmes dans leurs collines et les sensibiliser davantage sur leurs droits et leur développement. »


Entretien

Diane Niyibitanga : « Nos projets sont inclusifs. »

Développement de la commune, respect des droits de la femme et des jeunes, projets de développement en cours, … Diane Niyibitanga, administrateur de la commune Ruyigi fait le point. Elle affirme que dans l’élaboration et la mise en exécution des projets, les femmes et les jeunes y trouvent leur place.

Nous sommes déjà dans le nouveau découpage administratif, aujourd’hui, quelle est la part des femmes et des jeunes dans le développement de votre commune ?

Les femmes et les jeunes sont sensibilisés pour être les porte-flambeaux dans la mise en application des projets de développement. Cela nous permettra d’avoir des ménages financièrement stables et développés. Des essais ont eu lieu pour les accompagner dans l’élaboration et la réalisation des mini-projets.

Par exemple ?

Nous pouvons citer les tontines, les programmes Nawe Nuze, Merankabandi, etc.

Et quel a été le résultat ?

Diane Niyibitanga, administrateur communal de Ruyigi.

Cela a prouvé largement que la femme est le pilier du développement. Si toutes les femmes jouaient pleinement leur rôle, je suis sûre que nos familles se développeraient aussi. D’ailleurs, il existe déjà une banque des femmes. Certaines associations ou coopératives des femmes ont déjà eu des crédits.

Qu’en est-il des jeunes ?

C’est la même chose. Aujourd’hui, les projets prioritaires sont liés à l’agriculture, à l’élevage et aux métiers. Nous devons tirer profit de notre jeunesse. Car, elle a encore de la force pour travailler. Elle est capable de cultiver, de faire l’élevage, d’exécuter des métiers, etc.

La Banque des jeunes appuie leurs initiatives. Et nous, comme administratif, nous faisons la sensibilisation. Depuis son existence, beaucoup de jeunes ont bénéficié des crédits.

Il y a aussi le PAEEJ qui appuie les associations ou coopératives des jeunes. Même si je ne dispose pas de chiffres sur moi, les jeunes et les femmes travaillent pour leur auto-développement et celui du pays.

Sont-ils consultés lors de l’élaboration des plans de développement ?

Vous savez bien que pour élaborer le Plan communal de développement communautaire (PCDC), il y a des documents de référence. On ne s’improvise pas.

Lesquels ?

D’abord, il y a le PCDC modèle. Puis, il y a le plan national de développement révisé, (PND révisé). On se réfère aussi à la Vision 2040-2060. Alors, le PCDC que nous avons aujourd’hui se clôture avec 2027. Après, nous allons élaborer un autre document. Nous nous référons aussi aux ODD (Objectifs de développement durable), etc.

Concrètement

Par exemple, si nous préparons un projet de construction d’un marché, les deux catégories s’y retrouvent. Nos projets sont inclusifs. Ce qui n’empêche pas qu’il peut y avoir un projet destiné aux jeunes.

Comme

Les projets de développement sportif et culturel. D’autres projets qui ne peuvent pas manquer concernent l’autonomisation des femmes et des jeunes. Nous travaillons sur des choses concrètes.

Il y a eu la création des coopératives Sangwe. Mais, dernièrement, on a découvert que beaucoup d’entre elles n’ont pas pu rembourser ou sont en faillite. Quelle est la situation à Ruyigi ?

Ici, les coopératives Sangwe ont aussi reçu des financements. Chaque colline a eu 20 millions BIF en deux tranches. C’est un crédit remboursable sans intérêt et pas un don. Normalement, il a été donné pour initier des projets de développement. Les bénéficiaires restent avec le bénéfice.

A Ruyigi, quand nous avons été sollicités pour leur demander à rembourser, nous leur avons suggéré de rembourser progressivement. Honnêtement, il y a des coopératives qui ont eu des bénéfices et d’autres défaillantes. Il y en a même qui ne comprenaient pas qu’elles devaient rembourser avançant que c’était un don.

Sont-elles en train de rembourser ?

Il y en a qui ont déjà remboursé une somme importante. D’autres éprouvent des difficultés de remboursement. Nous sommes en train d’y mettre de la pression pour qu’elles puissent s’exécuter. Nous espérons qu’après la récolté du maïs, elles pourront restituer cet argent.

Nous sommes au mois de mars. Qu’en est-il des violences faites aux femmes ?

Personne ne peut dire qu’il n’y a plus de cas enregistrés de violences physiques, économiques, etc. Seulement, il y a une avancée. Les gens ont en effet déjà compris l’intérêt de protéger les droits de l’Homme en général et ceux de la femme en particulier. Malheureusement, il y a des victimes qui préfèrent se taire.

Que recommandez-vous pour mettre fin à ces violences ?

Pour y mettre fin, la femme doit jouer un grand rôle en dénonçant ces cas. Nous continuons la sensibilisation pour leur faire comprendre qu’il ne faut pas seulement dire que leurs droits sont violés, mais qu’il faut aussi qu’elles militent pour leurs droits.

Dans les communes proches de la Tanzanie, des cas d’abandons scolaires et des départs vers ce pays sont signalés. Qu’en est-il chez vous ?

Nous sommes tout près de la Tanzanie. Seule la commune Gisuru nous sépare de ce pays. Alors, des cas d’abandons scolaires sont enregistrés.

Certains restent à la maison, d’autres partent en Tanzanie à la recherche du travail champêtre ou de gardiens des animaux. Nous savons beaucoup de parents qui entendent que leurs enfants sont partis en Tanzanie depuis plusieurs années mais qui ne savent pas leur situation actuelle. Il y a des commissionnaires qui recrutent ces enfants.

Quelles sont les actions en cours pour lutter contre cela ?

Nous collaborons avec les forces de l’ordre burundaises et la police tanzanienne. Quand ces commissionnaires sont arrêtés, ils sont remis à la justice et punis. Car, ils font du trafic des humains. Mais, nous ne comprenons pas pourquoi ils partent en Tanzanie alors qu’ici à Ruyigi, nous avons aussi besoin des ouvriers agricoles. Nous continuons la sensibilisation parce que même s’ils partent en Tanzanie, souvent, ils rentrent mains bredouilles après avoir été dépouillés de tout. Des blessés et des morts sont aussi enregistrés.

Des enseignants, des fonctionnaires désertent aussi…

Malheureusement oui. Ils partent surtout à Dubaï. Ici à Ruyigi, les enseignants étaient déjà insuffisants. Vous entendez que leur départ laisse un vide. Il est difficile de trouver dans l’immédiat des remplaçants. Souvent, nous faisons recours aux vacataires.

Est-ce que vous constatez une participation des élus dans le développement?

Tout élu est d’abord porte-parole de son électorat. Les élus ont un grand rôle à jouer dans le développement de la commune. Nous avons par exemple de grands projets que nous ne pouvons pas mettre en exécution sans leur intervention. Ils portent loin nos doléances, plaident pour la commune. Ils font aussi le suivi dans la disponibilisation des moyens et dans l’exécution des projets.

Les femmes et les jeunes sont-ils représentés ?

Ils sont présents. Dans les conseils communal et collinaire, nous avons des jeunes et des femmes. Dans le bureau du conseil communal, nous avons une représentante. Sur les 54 collines de la commune, 9 sont dirigées par des femmes. Même parmi les médiateurs collinaires, les jeunes et les femmes sont représentés. Dans notre commune, nous n’avons pas une femme chef de zone mais nous avons une élue à l’Assemblée nationale.

Quels sont les défis auxquels vous faites face dans la mise en application de vos projets ?

Il y a des projets qui sont mis en œuvre grâce aux contributions de la population. Par exemple le projet de l’augmentation de la production agricole. Le seul défi que nous avons est l’insuffisance des fertilisants s’ils ne sont pas distribués en retard alors que les gens en ont tellement besoin.

Il y a d’autres projets qui sont difficiles à mettre en exécution. Par exemple : l’adduction d’eau potable parce que cela demande beaucoup de moyens. Il en est de même pour l’aménagement des routes. Nous pouvons faire des entretiens mais pour construire une route, nous avons besoin des appuis externes.

Quid de la situation de la distribution des fertilisants à Ruyigi

Nous sommes encore dans la saison culturale B. Mais, vous savez qu’il y avait déjà des arriérés dans la distribution. On est en train de régulariser les gens mais nous ne pouvons pas dire que tout le monde a été servi. Les fertilisants restent insuffisants.

Quelle est votre demande ?

Que l’Etat nous aide dans la mise en exécution des projets dont la commune seule ne peut pas exécuter. Que les fertilisants soient distribués à temps afin que ça serve à l’augmentation de la production.

Je demande aux agriculteurs de penser à utiliser des fertilisants organiques en attendant les engrais de la Fomi. Je demande aussi aux partenaires techniques et financiers de tenir compte des plans de développement communautaires.

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