Concubinage, insuffisance des fertilisants, chômage, manque d’opportunités, …, tels sont, entre autres, les défis auxquels font face les femmes et les jeunes de la commune Gisuru, province Buhumuza. Néanmoins, certains parviennent à voler de leurs propres ailes. Dans l’administration, on note des avancées significatives en matière de développement de la femme et des jeunes.
La commune Gisuru comprend les anciennes communes de Gisuru et Kinyinya selon le nouveau découpage administratif. C’est à Kinyinya que se trouve aujourd’hui le chef-lieu communal. Nous sommes dans la plaine du Moso, non loin de la frontière tanzanienne.
Pour y arriver, on prend la route goudronnée Ruyigi-Cankuzo. A une vingtaine de km, on bifurque vers l’est et on emprunte une route en terre battue. Apparemment, elle a été récemment réhabilitée. Elle est globalement praticable car, elle est sans nids de poule.
Mais, dans certains endroits comme dans les zigzags de la chaîne de montagne Mpungwe, en descendant vers la plaine, il faut prudent. Des camions de types Fuso fréquentent cet endroit. Et les raides bifurcations peuvent causer des accidents.
Lors de la descente, pour les habitués de cette chaîne de montagne, on s’interroge. Un espace qui était très boisé est aujourd’hui à découvert. Aucune trace de hauts arbres qui rafraichissaient cet endroit escarpé. Ils ont cédé la place aux champs de maïs, d’arachides, des bananiers, etc. D’ailleurs, on voit des agriculteurs en plein labour. On y extrait déjà des carrières.
Arrivé dans la plaine du Moso, il n’y a rien d’anormal. De part et d’autres de la route, on observe en effet des champs de maïs en mature, des bananiers, quelques pieds de palmiers à l’huile, etc. Des hommes et des femmes circulent. D’autres sont visibles dans les champs.
Mais, derrière cette apparente bonne entente, des femmes ne sont pas totalement contentes. Leur développement est encore loin d’être atteint selon des témoignages sur place.
Stéphanie Ntiringaniza, habitante du quartier Karindo de la zone Kinyinya en commune Gisuru évoque d’abord le manque de fertilisants avec ses conséquences comme la baisse de la production. Or, souligne cette mère de sept enfants, l’agriculture représente son seul moyen de subsistance pour faire vivre sa famille. « La saison dernière, j’avais semé du maïs, mais je n’ai presque rien récolté à cause du manque de fertilisants. Je n’ai même pas obtenu 10 kilogrammes de moisson. Pourtant, j’avais commandé des fertilisants de type Totahara et Imbura mais aucun sac e m’est parvenu. »
Ce qui a aggravé la pauvreté dans sa famille. Stéphanie Ntiringaniza se demande également comment les fertilisants peuvent être rares alors qu’ils sont produits par une société locale. Selon elle, les premières victimes de cette situation sont les personnes vulnérables. « Ce qui me fait mal, c’est que c’est nous qui sommes les plus touchées. Comment peut-on payer une commande et ne pas recevoir le fertilisant ? J’ai passé ma commande depuis l’année dernière et jusqu’à aujourd’hui je n’ai toujours pas reçu mes trois sacs. Est-ce que je vais un jour les avoir ? Et mon argent ? »
Pour elle, c’est un problème auquel le gouvernement devrait trouver une solution avant que la situation ne s’aggrave.
La prénommée Agathe Kanyange, habitante de la même localité, dénonce, à son tour, les injustices dont les femmes sont victimes dans cette commune.
« En plus du problème de fertilisants, les femmes rencontrent plusieurs difficultés dans leur vie quotidienne. J’en suis moi-même témoin. Mon mari ne me permet pas de participer aux coopératives comme les autres femmes. Même dans l’association d’épargne et de crédit dont je fais partie, j’y vais en cachette. Comment puis-je me développer avec tous ces obstacles ? »
Elle appelle les femmes qui occupent des postes dans les instances de prise de décision à plaider en faveur des femmes vulnérables afin que leurs préoccupations soient mieux prises en compte.
Des avancées mais beaucoup reste à faire
Dans cette commune, des progrès sont visibles dans l’émancipation de la femme. Selon M.N, une commerçante et cultivatrice, les femmes commencent à sortir du cadre domestique pour participer activement au développement de leurs familles et de la communauté. « Aujourd’hui, les femmes entreprennent différentes activités et beaucoup d’entre elles se regroupent dans des associations. »
Cependant, malgré ces avancées, plusieurs obstacles les freinent encore dans leur progression. En plus de la question des fertilisants, cette mère, la quarantaine soulève l’accès aux soins de santé. D’après elle, les hôpitaux publics manquent souvent de médicaments, obligeant les familles à se tourner vers les pharmacies privées. « Dans les hôpitaux, on nous dit souvent qu’il n’y a pas de médicaments. Pourtant, on les trouve dans les pharmacies. Quand un proche est hospitalisé, on est obligé d’aller les chercher ailleurs, souvent des prix élevés. »

Cette situation entraîne non seulement des dépenses importantes pour les familles, mais aussi des pertes de temps. Ce qui peut mettre, selon elle, la vie des malades en danger surtout lorsqu’ ils manquent à temps une dose de médicament.
Sur la colline Bugongo, Selevanie Kinjurira indique que les problèmes apparaissent souvent lors des accouchements nécessitant une opération césarienne. « Beaucoup de femmes rencontrent des difficultés lors des accouchements par césarienne parce que certains hôpitaux manquent de matériel. »
Elle dénonce également des cas de violences conjugales dans la communauté. « Il y a des hommes qui maltraitent leurs femmes. Je connais plusieurs cas dans mon entourage récemment, un mari qui avait trop bu a battu sa femme. Il a été emprisonné, mais c’est la femme qui a finalement été obligée d’aller le faire libérer. » Selon elle, ces situations fragilisent davantage les familles.
Le secteur de l’éducation connaît également certains défis. Elle s’interroge notamment sur les contributions demandées aux élèves pour les cantines scolaires. Selon elle, les enfants ne reçoivent plus de repas à midi à l’école depuis un certain temps. Et ils ont commencé à demander des contributions pour ces cantines. « On dit aux enfants que c’est pour acheter des haricots ou de l’huile afin de compléter ce qui manque. Mais nous ne savons pas ce qui s’est passé. »
L’infidélité menace les couples
Un autre problème soulevé par les femmes de Gisuru est l’infidélité de certains hommes. Mme Patricia Shukuru, coiffeuse et mère de cinq enfants souligne que ce comportement se remarque notamment pendant la période de récolte du riz.
Selon cette entrepreneuse, certains hommes quittent leurs foyers pour se remarier avec de jeunes filles. Ce qui entraîne de lourdes conséquences pour les familles laissées derrière. « C’est un problème grave qui nécessite l’intervention de l’administration. J’ai moi-même deux voisins qui ont abandonné leurs familles pour épouser de jeunes filles. Ils disent qu’ils veulent vivre des nouveautés. Le plus inquiétant, c’est que les enfants aînés issus de ces familles deviennent les premières victimes : certains abandonnent l’école pour aider leurs mères à subvenir aux besoins de la famille.»
Dans son salon de beauté, elle a déjà engagé quatre jeunes filles qui travaillent avec elle.
Des jeunes dénoncent des abus et le manque d’opportunités

G.M., un motard âgé de 27 ans affirme qu’il existe encore de nombreuses lacunes dans la gouvernance locale. Selon lui, certains jeunes membres du parti au pouvoir exercent une influence excessive dans la gestion de certaines situations. Ce qui suscite des inquiétudes parmi les habitants.
Il explique que, dans certains cas, ils interviennent lorsqu’une personne est accusée d’avoir enfreint la loi. « Ici, quand quelqu’un se retrouve dans l’illégalité, il doit rendre des comptes à ces jeunes du parti au pouvoir. »
G.M. affirme également que certaines personnes accusées d’infractions seraient enfermées dans des maisons et maltraitées par ces jeunes militants.
Une situation qui, selon lui, laisse les habitants, en particulier les jeunes, dans l’incompréhension quant au rôle réel de ces groupes dans l’application de la justice.
Il souligne également que les conducteurs sont parfois confrontés à la confiscation de leurs motos. Selon lui, ces motos peuvent rester immobilisées pendant plusieurs jours. « Ils nous confisquent même nos motos et nous sommes obligés d’obéir, alors que nous pensions qu’ils étaient des citoyens ordinaires comme nous. ».
Ce jeune homme explique que les autorités confisquent également leurs motos. Sa moto aurait été saisie depuis plusieurs jours. « Vous voyez bien que je ne travaille pas. Ma moto a été confisquée alors que c’est grâce à ce métier que je vis. » S’il reconnaît que la loi doit être appliquée en cas d’infraction, il estime cependant que la confiscation prolongée des motos pénalise fortement les conducteurs. « Confisquer une moto pendant plusieurs jours et rester sans rien faire m’empêche de subvenir à mes besoins et ceux de ma famille. »
Il appelle ainsi les autorités à veiller à l’application équitable de la loi afin que tous les citoyens soient traités de la même manière. Bien plus, les élus devraient gouverner pour tous.
Interrogé sur ce comportement de certains jeunes affiliés au parti au pouvoir, Amos Ndayizamvye, administrateur communal de Gisuru indique que si un jeune commet une infraction, il est puni individuellement. Nous avons essayé d’avoir la réaction du responsable de la ligue des jeunes, sans succès.
D’autres jeunes évoquent le problème d’alimentation en électricité et le chômage. L.H., un jeune de la même localité, signale que certaines zones de la localité sont privées d’électricité depuis longtemps. Ce qui freine les activités économiques et le développement. « Cela fait longtemps que nous n’avons plus d’électricité dans notre zone. Sans électricité, il est difficile de parler de développement. »
Il souligne également que le manque d’occupation, d’emplois pousse beaucoup de jeunes à aller chercher le travail dans les pays voisins.
« Le chômage fait très mal aux jeunes. Beaucoup partent à Dubaï ou au Kenya à la recherche du travail. Ceux qui restent essaient de lancer des projets de développement, surtout dans l’agriculture », souligne Thierry Irakoze, de la colline Ivumwe, en zone Kinyinya.
Malheureusement, déplore-t-il, même ceux qui tentent de rester dans le pays pour développer des activités agricoles rencontrent de nombreux obstacles. Comme d’autres intervenants, il revient sur la pénurie persistante de fertilisants.
« Nous avons commandé des fertilisants l’année passée, mais après une année ils ne sont toujours pas arrivés. Nous sommes obligés d’en acheter sur le marché à des prix très élevés. »
Les jeunes filles ne sont pas épargnées. Les difficultés économiques affectent également les jeunes filles de Gisuru. Sur la colline Ivumwe, Faustine Niyonzima, âgée de 20 ans, raconte avoir abandonné ses études pour se consacrer à l’agriculture.
« Nous avons un problème de fertilisants. Nous faisons souvent des commandes, mais ils arrivent très tardivement, ce qui affecte nos récoltes. »
Elle souligne également les conséquences sociales de certaines pratiques familiales. « Dans plusieurs ménages, les hommes vendent les récoltes et les familles restent dans une grande pauvreté. La femme doit alors s’occuper seule des enfants Lorsque tu dénonces ton mari et qu’il est emprisonné, c’est souvent toi qui subis les conséquences. L’entourage te reproche d’avoir fait arrêter ton mari.» Elle ajoute que de nombreuses jeunes filles abandonnent également l’école à cause de grossesses non désirées.
L’ANAGESSA pointée du doigt
« Lorsque nous vendons notre maïs à l’Anagessa, le paiement arrive très tardivement et cela perturbe nos autres projets. La récolte que nous avions vendue en mars 2025 n’a été payée qu’en février 2026 », déplore Thierry Irakoze, un jeune de Gisuru.
D’après lui, cela empêche les agriculteurs de réinvestir rapidement dans d’autres activités notamment pour préparer la saison agricole suivante.
Ce jeune parle aussi des promesses électorales non encore tenues : « Lors de la campagne électorale, les candidats nous avaient promis de construire des hôpitaux, des écoles et d’améliorer l’accès à l’eau. »
Il reconnaît toutefois que certaines avancées ont été enregistrées dans l’approvisionnement en eau potable. Mais les infrastructures sanitaires restent insuffisantes. « Pour le moment, il y a de l’eau, mais nous avons toujours des problèmes avec les hôpitaux publics. »

Par ailleurs, Thierry Irakoze affirme ne pas être informé des activités du Programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes (PAEEJ) : « Je ne le connais pas et je ne vois pas ses réalisations sur notre colline. » Pour lui, les autorités devraient renforcer les actions en faveur de la jeunesse.
« Il faut vraiment nous construire un hôpital public, nous accorder des financements pour nos projets de développement et nous fournir les fertilisants à temps. »
Pour sa part, Mme Patricia Shukuru lance un appel aux nouvelles autorités pour qu’elles prennent des mesures afin d’éradiquer certaines mauvaises pratiques.
« Je crois que les autorités ont les moyens d’agir et elles doivent le faire. La consommation de boissons très alcoolisées est très visible dans notre localité, notamment pendant la période de récolte. Cela entraîne des conflits dans les couples et la femme est maltraitée. »
Son autre appel s’adresse aux femmes aussi : « Il est important qu’elles ne restent pas silencieuses. Qu’elles fassent entendre leur voix auprès des autorités. Cela pourrait améliorer la situation et inciter les hommes à se comporter de manière responsable.»
Selevanie Kinjurira dénonce, quant à elle, certains comportements des hommes qui n’aident pas leurs épouses dans les travaux champêtres. « Ils passent leur temps dans les bistrots, cabarets. Mais, quand la moisson vient, ils s’accaparent de la récolte pour la vendre. »
Elle reconnaît que certaines associations essaient d’intervenir en faveur de la femme, mais leurs moyens restent limités. Elle appelle ainsi les autorités, les élus à s’impliquer pour avoir des couples, des ménages stables et développés.
L’administration note des avancées
De son côté, Digne Minani, assistante sociale à la Direction provinciale du développement familial et social (DPDFS) en commune Gisuru, reconnaît que la situation des femmes présente à la fois des avancées et des défis. « En général, à Gisuru, la femme est respectée dans la société. Elle participe aux décisions familiales et aux activités de développement. »
Elle souligne aussi les progrès réalisés dans la participation politique. « Les femmes ont participé aux élections et certaines ont été élues, même si cela reste difficile. Par exemple, il n’y a que deux femmes chefs collinaires contre quarante et un hommes. »
Selon elle, plusieurs initiatives visent à encourager les femmes à s’engager dans des activités économiques. « Les projets existants encouragent les femmes à développer de petites activités afin qu’elles puissent accéder plus facilement aux crédits et contribuer au développement de leurs communautés. »
Cependant, elle souligne que la pauvreté reste un obstacle majeur : « Les difficultés économiques qui touchent le pays affectent également les femmes. Il est nécessaire de créer des emplois pour leur permettre de gagner leur vie et soutenir leurs familles. »
Entretien
Amos Ndayizamvye : « Au lieu de la 2ème, 3èmeou 4èmefemme, pensez aux vaches, parcelles, maisons, …! »
A quoi correspond Gisuru selon le nouveau découpage administratif ?
Gisuru c’est une des communes de la province Buhumuza. Elle est constituée de 8 zones et 84 collines. Elle comprend les trois anciennes communes : Kinyinya, Gisuru et Nyabitsinda. Sa population est aujourd’hui de 411405 habitants.
A l’est, il y a la Tanzanie et la commune Gisagara. A l’ouest, nous avons la commune Butaganzwa et une partie de la commune Musongati. Au nord-ouest : il y a la commune Musongati.
Qu’en est-il du développement de votre commune ?
La population est à l’œuvre pour le développement. A notre arrivée à la tête de cette commune, nous avons d’abord identifié les besoins de la population à travers des échanges. Là, ils ont émis leurs souhaits, propositions.
C’est principalement l’agriculture, l’élevage, la santé, la protection de l’environnement, l’hygiène et l’assainissement. Bref, le développement de façon générale. Alors, nous avons mis ensembles tous ces éléments avec ceux du PCDC et d’autres plans nationaux ou provinciaux. De là, nous avons choisi des projets prioritaires durant ces cinq ans et nous avons soumis cela au Conseil communal pour approbation.
Quels sont ces projets ?
D’abord, nous avons identifié des cultures à prioriser. D’abord, des cultures vivrières pour que la population ait à manger. Le palmier à l’huile peut nous aider aussi à se développer. Nous avons alors commencé à chercher des marchés d’écoulement et comment valoriser tous ses dérivés. Nous misons aussi sur l’avocat. Nous demandons aux grands commerçants, ceux qui ont des grandes terres à investir dans la culture d’avocat. Nous recommandons à chaque famille de planter au moins dix pieds d’avocatiers et un pied d’avocat pour chaque enfant.
C’est-à-dire ?
Cela signifie que si tu as cinq enfants, nous nous attendons à 15 avocatiers.
Il y a aussi l’ananas. Nous avons des chaînes de montagnes qui surplombent notre commune. Le constat est que pendant la saison sèche, des feux de brousse y sont fréquents. Nous avons alors proposé qu’on n’y développe des projets agricoles.
Nous avons constaté que c’est un terrain favorable à la culture d’ananas. Nous avons alors décidé que chaque personne désireuse d’une partie à exploiter peut écrire une lettre. C’est une location pendant une année.
Combien payent-ils par hectare ?
Un hectare loué à 50 mille BIF par an. Et ce projet a un double avantage : la population va avoir des bénéfices et la commune va aussi faire entrer de l’argent.
Comment?
Nous pensons que d’ici peu, nous ferons la transformation d’ananas en d’autres produits. Nyabitare est notre zone de référence parce que là, les agriculteurs sont déjà habitués à cette culture.
Nous avons mis aussi identifié le café. Nous sommes en train de sensibiliser la population. Et dans notre commune, nous avons déjà une plantation de 11 hectares plantée par l’Odeca. Il y a aussi sept hectares plantés par le parti au pouvoir. Là, ce sont des champs modèles pour la population.
Vous avez parlé d’avocatiers, de café, … est ce que vous vérifiez si les gens se sont exécutés ?
Pour le moment, nous étions encore dans la sensibilisation. Bientôt, on va passer à la vérification.
Au niveau communal, nous avons aussi deux grandes plantations pour servir de modèle. Même les administratifs ont ce mot d’ordre.
Sur ce projet de plantation d’ananas, nous avons vu des collines qui, jadis, étaient couvert d’arbres mais qui aujourd’hui, sont presque dénudés. Est-ce que cela ne va pas amplifier le déboisement ?
En fait, la chaîne de montagne de Mpungwe est souvent victimes des feux de brousse. Et nous avons pensé qu’en y cultivant, ça peut aussi aider à prévenir ces feux de brousse. Donc, nous allons diviser cette chaîne en deux parties : dans la 1ère, nous allons y développer l’agroforesterie et nous allons planter des arbres dans une autre partie.
Aujourd’hui, nous avons déjà octroyé plus de 700 hectares. Je dois signaler que même certaines hautes autorités du pays comme le 1er ministre nous aident dans la mise en application de ce projet. Il a déjà planté plus de 50 hectares d’ananas.
Les jeunes et les femmes sont-ils impliqués ?
Nous sommes très conscients que la commune Gisuru ne peut pas être développé sans l’implication de la jeunesse. Dans nos projets, les jeunes sont mis en avant. Par exemple, dans ce projet de plantation d’ananas, des jeunes réunis dans une coopérative ont approché PAEEJ avec un projet qui va s’étendre sur plus ou moins 72 hectares. Nous les avons avalisés.
Nous avons des femmes leaders qui sont en train de réaliser des projets. Elles sont à la tête des associations qui ont des moulins, des champs modèles, des éplucheuses, etc. Les femmes constituent un pilier important du développement.
Quid de l’accès aux soins de santé ?
La commune Gisuru a deux districts sanitaires : celui de Kinyinya et l’autre de Gisuru. Il y a plusieurs centres de santé privés et publics. Il y a aussi un hôpital communal de Nyabitsinda. Il y a aussi un hôpital de district. Ce qui signifie que les transferts sont faciles. Bref, je dirais que la population n’a pas de problème particulier en ce qui est de l’accès aux soins de santé. Leur santé c’est notre priorité.
Concrètement, quelle est la part de la commune dans ce secteur ?
On s’implique beaucoup. Dernièrement, nous avons tenu une réunion avec tous les acteurs communaux sanitaire pour voir comment améliorer, payer les arriérés des CDS, payer le personnel, aider dans l’équipement, etc. Notre objectif était d’avoir des données à mettre dans notre planification.
Là, nous avons décidé d’équiper certains CDS. C’est le cas du CDS Karindo. Le véhicule du district affecté à l’Ecole paramédicale de Gisuru doit aussi être réparé. Nous allons aussi installer une chambre froide dans un des hôpitaux du district de Gisuru. Nous allons enfin instituer la solidarité communautaire dans le secteur santé.
Dans les communes frontalières de la Tanzanie, nous avons entendu qu’il existe beaucoup de cas d’abandons scolaires. Qu’en est-il chez vous ?
Sur cette question je ne vais pas répondre seulement comme un politicien mais aussi comme un technicien. Car, je venais de passer quatre ans au poste du directeur communal de l’enseignement (DCE).
Oui, dans notre commune, le secteur éducation a des petits soucis liés à l’insuffisance du personnel, du matériel, etc. Mais, la question des bancs pupitres semble être déjà résolue. Sur le taux de réussite, il n’y a pas de grand problème. La preuve en est qu’avec le concours de la 9ème année, les trois communes avaient toujours de bons résultats.
Je dois avouer que nous avons beaucoup d’élèves. Vous constatez que c’est une plaine très peuplée. D’où, les chiffres pléthoriques dans les écoles. Alors, il y a des élèves qui abandonnent l’école en cours de route. Ils partent pour la Tanzanie. Et face à cela, des mesures ont été prises pour stopper cela.
Lesquelles ?
Cette année, nous nous sommes fixés un principe : zéro abandon à l’école. Nous exigeons aux directeurs de faire un appel chaque jour et fournir un rapport journalier. Nous devons savoir qui est cet enfant qui s’absente, une, deux fois à l’école. Là, c’est pour stopper ce mouvement de départ vers la Tanzanie.
Nous sommes aussi en concertation avec l’administrateur de Kibondo en Tanzanie. Nous leur demandons d’identifier tous les enfants burundais qui partent sans documents pour être expulsés. Nous voulons que cela soit établi comme une convention officielle entre la Tanzanie et la commune Gisuru.
Nous avons vu que votre commune a actuellement du courant électrique. Votre réaction ? Est-ce que tous les coins sont alimentés ? Que demandez-vous ?
D’abord, c’est vraiment une très bonne nouvelle pour nous. Sur les huit zones, quatre sont déjà servies en électricité. Kinyinya, Nyabitsinda, Nyabitare et Gisuru. Ce qui signifie que sur ces chefs-lieux, il y a du courant électrique.
Mais, nous aimerions que d’autres centres urbains ou des infrastructures publiques soient servies. Cas du bureau de l’OBR, des hôpitaux pas encore alimentés, etc. Nous demandons à l’Etat de faire tout pour que d’autres zones en bénéficient aussi. Là, je parle de zone Muhwazi, Kabanga et Ndemeka. Mais, en attendant, presque tous les ménages utilisent des plaques solaires.
Peut-on dire qu’à Gisuru les droits de la femme sont respectés ? N’existent-ils pas de cas de concubinage ?
Là, je ne peux pas dire que les droits de la femme sont à 100% respectés. Vous constatez que nous sommes dans une région fertile. Alors, dans la mentalité des burundais, quand un homme a une bonne récolte, il pense au deuxième bureau. Mais, nous sommes en train de sensibiliser les hommes en leur conseillant qu’au lieu d’une deuxième, troisième ou quatrième femme, il faut penser aux vaches, aux parcelle ou aux maisons. C’est ce qui est bénéfique pour la famille.
Nous recommandons aussi aux hommes de régulariser leurs mariages et rester avec une seule femme. Et ce, en collaboration avec les organisations féminines.
A Gisuru, les agriculteurs ont-ils été tous eu des fertilisants ?
Nous savons que cette question ne concerne pas seulement Gisuru. C’est au niveau national. Et les institutions étatiques ont donné des explications. Vraiment, même ici, il n’y en a qui n’ont pas été servis comme il se devait. Mais, nous remercions le gouvernement pour son effort de distribution des fertilisants pour la saison B. Et nous avons décidé de partager de façon équitable la quantité disponible. Et chaque zone a son stock.
Nous avons constaté que certaines routes ont été réhabilitées en terre battue. Est-ce suffisant ?
C’est vraiment important de voir que nos routes ont été aménagées. Je donne l’exemple de RN20, RN11 et la route Kinyinya-Gihamagara. Nous disons merci. Parce que cela a réduit les accidents et augmenté le trafic sur ces routes. Nous pensons qu’ils vont continuer à les rendre plus praticables en construisant les ponts de façon moderne. Mais, nous avons d’autres routes que nous aimerions qu’elles soient aussi tracées et réhabilitées.
Par exemple ?
C’est entre autres, celle qui relie Ruyigi et Gisuru en passant par la montagne Mpungwe, celle reliant le chef-lieu de la zone Gisuru et celui de la zone Ndemeka à Kabuyenge. Cette dernière est en mauvais état. Or, dans ces localités, il y a beaucoup de producteurs, des gens qui ont des véhicules mais qui éprouvent des soucis pour le transport.
Et si on pouvait goudronner la RN11, ça serait une très bonne chose. Elle peut être le corridor sud. Car elle relie Burunga (Makamba) à Buhumuza en passant par Gisuru, Cendajuru, Gisagara, Cankuzo et Muyinga. Elle peut desservir toute la partie sud du pays.
Nous aimerions également que la RN20 soit goudronnée. Elle nous lie avec la Tanzanie en passant par Cinjonge où se trouve le bureau de l’OBR. Cela augmenterait le trafic et des entrées dans la caisse de l’Etat.





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