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Assassinat du prince Louis Rwagasore : des signes avant-coureurs

08/10/2020 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Assassinat du prince Louis Rwagasore : des signes avant-coureurs
Assassinat du prince Louis Rwagasore : des signes avant-coureurs
En 1954, le prince Louis Rwagasore, étudiant en Belgique, avec, à sa gauche, son cousin et ami Joseph Birori, et ses amis Thomas Kanza (Congolais) et Bucabushaka (Rwandais)

Dans 5 jours, le Burundi va commémorer le 59e anniversaire de l’assassinat du héros de l’Indépendance, le prince Louis Rwagasore. C’était le 13 octobre 1961. Avant de succomber sous la balle du Mauser calibre 9.3 du grec Jean Kageorgis, plusieurs attentats avaient échoué.

Aux élections communales de 1960, le parti Uprona du prince Louis Rwagasore, militant pour l’indépendance immédiate, est battu à plate couture par le Front commun conduit par le Parti Démocrate-Chrétien (PDC), partisan de l’indépendance tardive, c’est-à-dire dans 30 ans. Le Front commun a obtenu 90% des sièges. Entretemps, le prince Louis Rwagasore était placé en résidence surveillée à Bururi, depuis le 28 octobre 1960. On lui avait interdit de faire la politique. Il retrouvera sa liberté de mouvement le 8 décembre 1960, le dernier jour des élections communales.

Aux législatives, l’Uprona est autorisé à battre campagne. «La relation entre le prince et l’autorité est définitivement brouillée. Malgré la mise en garde du ministre (Aspremont Lynden, ministre belge des Affaires africaines, ndlr), plus personne n’est en mesure de retenir Rwagasore. Il n’y a plus d’obstacle sur le chemin qui mène à l’indépendance », écrit Guy Poppe dans son livre L’assassinat de Rwagasore, le Lumumba Burundais. Quelques neuf mois plus tard, le 18 septembre 1961, l’Uprona remporte les législatives avec 58 sur 64 sièges. Les 6 sièges restants vont au Front Commun de Jean Baptiste Ntidendereza et Joseph Birori. Rien n’empêche plus la désignation de Rwagasore comme premier ministre qui prête serment le 28 septembre 1961.

Des attentats manqués

Des Burundais manifestent pour réclamer l’indépendance juridique.

Se basant sur les aveux du tireur grec Jean Kageorgis, Guy Poppe fait état de 3 tentatives d’assassinat du prince Louis Rwagasore, environ un mois avant le passage à l’acte. « Le 20 septembre, Kageorgis accepte de collaborer au projet. Le vendredi 22 au soir, un convoi prend la direction de Gitega. C’est dans cette ville, la deuxième du Burundi, que se trouve la résidence du Mwami. Birori a appris que Rwagasore se trouve à Gitega, bien qu’il ignore où exactement. » Le groupe est composé de 7 personnes dont Joseph Birori, Antoine Nahimana, Jean Ntakiyica, Pascal Bigirindavyi et un autre grec, Liverios Archaniotis. « Ils arrivent à Gitega entre dix heures et dix heures et demie du soir. Ils garent les voitures près de la maison où ils pensent trouver Rwagasore, non loin de la résidence du Mwami, et se dirigent vers le bâtiment. Mais, ils se rendent compte que la distance est trop grande et qu’ils ne réussiront jamais à filer». Ils abandonnent la mission.

Ils retentent le coup, le 27 septembre 1961. Les comploteurs croient savoir que Rwagasore se rendra ce soir-là à Gitega. « Sur ce, Ntidendereza propose de tendre un piège sur la route. Le projet paraît simple. Passée la borne kilométrique 61, dans une descente, à un pont près de Muramvya, Jean Ntakiyica gare sa Mercedes sur un tronçon étroit, environ quatre-vingts mètres avant le pont, le nez de la voiture dans la direction de Bujumbura. Chaque voiture qui vient en sens opposé est obligée de ralentir, de presque arrêter. Kageorgis et Nahimana se trouvent à vingt mètres avant le pont. Grâce au signal lumineux, ils savent dans quelle voiture se trouve leur cible. Impossible de rater le coup. » Ils attendent en vain. Rwagasore ne paraît pas. Les quatre hommes abandonnent le projet et poursuivent leur chemin vers Gitega.

« Le lendemain, Kageorgis ne sort pas de la maison avant neuf heures du soir. Ses compagnons ont enfin déniché Rwagasore. Il est au Cercle Ryckmans. Nahimana et Henri Ntakiyica accompagnent Kageorgis. Son fusil et les mitrailleuses des deux Burundais se trouvent dans la Peugeot. (…) Ils se garent tout près d’une fenêtre et Kageorgis va jeter un coup d’œil. En-dehors de Rwagasore et du Mwami, il y a beaucoup de monde dans la salle. Le Grec estime la situation trop dangereuse pour cibler le premier ministre à travers la fenêtre. Un peu plus loin, ils attendent encore un quart d’heure qu’il sorte. Comme ce n’est pas le cas, ils retournent chez Ntidendereza. »

Le roi Mwambutsa IV Bangiricenge, son fils Rwagasore et Pierre Ngendandumwe chez le gouverneur général du Ruanda-Urundi Jean Paul Harroy en août 1961.

Environ quinze jours passent dans une accalmie relative. « Iatrou (Michet Iatrou, commerçant grec, ancien patron de Kageorgis, ndlr) passe à La Mascotte le 2 octobre, il s’impatiente parce que le projet ne se réalise pas. (…) Jeudi 12 octobre, l’affaire se remet en marche. Il fait savoir à son compatriote qu’il l’attend chez lui ce soir- là entre sept et huit heures, avec Ntidendereza. Archianotis vient le prendre et l’emmène. Nahimana est présent. A la réunion, Iatrou souligne qu’il faut faire vite. »

Selon Guy Poppe, Ntidendereza a précisé que le plan doit être exécuté au plus tard le 15 octobre. « Mais, nul d’entre eux ne sait où se trouve Rwagasore. Ce n’est que le jour suivant, lorsqu’il fait un saut chez Birori, que Kageorgis apprend que le premier ministre est à Bujumbura. Il commence alors à préparer son attentat».

Le 13 octobre 1961 arriva. Il est vers 11 h moins le quart, ce vendredi soir. « Jean Kageorgis, un jeune grec, vendeur dans un magasin d’Usumbura, se cache derrière un buisson, à une dizaine de mètres de la barza, la terrasse du bar Tanganyika. Antoine Nahimana, accroupi près de lui, dit : ‘’Jean, le moment est venu, tire sur lui, nous sommes tous ensemble’’. Avec son fusil de 9,3 mm, Kageorgis vise un homme qui a pris place avec sa compagnie à une table de la barza. » Il tire un seul coup…

Dans sa prochaine édition, Iwacu reviendra sur la journée du 13 octobre 1961 et les événements qui ont suivi.

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