Politique

A Gashikanwa, la population plaide pour la décentralisation de la CVR

Le Parlement a récemment voté le projet de loi sur la Commission Vérité Réconciliation (CVR). Elle aura onze commissaires. A Gashikanwa en province de Ngozi, les personnes interrogées trouvent que ce nombre ne suffit pas. Un élu local a tenté d’apporter des éclaircissements.

La population de la commune Gashikanywa, province Ngozi demande la décentralisation de la CVR ©Iwacu
La population de la commune Gashikanywa, province Ngozi demande la décentralisation de la CVR ©Iwacu

« Je remercie les députés d’avoir voté ce projet de loi. Mais, il faut que cette Commission ait des représentants au niveau provincial, communal et collinaire », lance Jean Berchmans Mpitabakana, un habitant de Gashikanywa. Cela permettrait à cet organe d’être plus opérationnel. Même avis pour son voisin : « Que chaque province soit représentée dans la composition de la CVR.»
Cependant, le député Félix Niragira, du Cndd-Fdd déclare que cela est impossible. Déjà, souligne-t-il, le nombre des provinces est supérieure à onze. Ce qui fait qu’on ne peut pas avoir un commissaire par province.

Pour décentraliser cette institution, l’Honorable Niragira assure que la CVR aura des antennes au niveau de la province jusqu’à la colline. Et, pour chaque cas, des équilibres ethniques et de genres seront pris en compte.
Que prévoit le projet de loi pour amener les commissaires à travailler dans l’intérêt général ? « Les commissaires vont recueillir les témoignages pour savoir réellement ce qui s’est passé », répond le député Niragira. Il affirme que cela aidera à mettra fin à la globalisation. « La commission cherchera à établir la responsabilité individuelle et va dresser un rapport », ajoute-t-il.

Cet élu de Ngozi indique que le projet de loi est précis sur les cas des défaillances des commissaires. Selon lui, ces derniers seront par ailleurs des gens propres. Et avant de commencer leur travail, ils prêteront un serment d’impartialité : « Et celui qui va aller à l’encontre du serment, ou qui n’accomplira pas son travail convenablement sera remplacé. »

Il y aura onze commissaires dont quatre femmes et un Mutwa. Dans leur travail, aucune décision ne sera prise sans qu’elle soit votée par les deux tiers des membres. Cinq spécialistes étrangers appuieront le travail de la commission.

Quid de leur choix ? Il y aura une commission spéciale mise en place par le Parlement. Trente-trois dossiers seront déposés. Parmi eux, explique le député Niragira, la commission choisira les meilleurs selon des critères préétablis. Cette liste sera ensuite présentée devant les députés, qui, à leur tour, choisiront les onze commissaires. « Après, le président de l’Assemblée nationale va envoyer la liste de ces commissaires au président de la République pour la nomination.»

Selon lui, la CVR comprendra des personnes dignes et ne rencontreront pas d’obstacles : «  Les Burundais qui veulent avancer sont nombreux parmi les Bahutu, les Batutsi et les Batwa, et dans tous les partis politiques. Je n’ai aucun doute que vous y retrouverez des personnes de toutes catégories. Les portes sont ouvertes.» Le député lance d’ailleurs un appel à toute personne capable et désireuse de faire partie de ladite Commission de postuler le moment venu.

Félix Niragira : « Il est difficile d’appliquer le vetting avant la fin du travail de la CVR » ©Iwacu
Félix Niragira : « Il est difficile d’appliquer le vetting avant la fin du travail de la CVR » ©Iwacu

Pourquoi la vérité ?

Le Burundi a connu des crises répétitives. Alors que le processus de recherche de la vérité pointe à l’horizon, à Gashikanwa, la population s’interroge sur sa finalité. «Nous avons grandi en entendant que les Hutu et les Tutsi se sont entretués. Nous voulons la vérité. Mais, après avoir su qui a fait quoi, comme nous avons entendu que le projet de loi ne prévoit pas le Tribunal spécial, quelle sera la suite ? », se demande Emmanuel Ndatirijisho, 37 ans, habitant de la commune Gashikanywa. Et Malayika, la cinquantaine de compléter : « Est-ce qu’il est prévu une cour pour punir les auteurs des crimes graves ? Qu’en est-il de la réparation ? »

L’Honorable Niragira tente des réponses. Il souligne que cette Commission n’aura pas la mission de juger : «Les accords signés entre le gouvernement et les Nations unies disent que les deux mécanismes ne fonctionnent pas en même temps.» Il y aura d’abord la mise en place de la CVR qui adressera un rapport au gouvernement, aux Nations -unies et au Parlement. Et puis, ce dernier servira de document de travail afin de décider de la suite. Ce qui est mentionné dans l’article 72 du projet de loi sur la CVR selon lui.
Concernant les crimes imprescriptibles, M. Niragira est convaincu qu’ils ne peuvent pas rester impunis : «  Je vous assure que les crimes contre l’humanité et de génocide, les Nation- unies peuvent s’en occuper même sans attendre la demande d’un pays.» La CVR a pour mission ultime de réconcilier les Burundais. Quant à la réparation, à la fin de son travail, la Commission proposera des formes de dédommagements pour les crimes avérés.

« La présomption d’innocence doit être respectée »

La population de la commune Gashikanywa, province Ngozi a aussi cherché à savoir l’avis du député sur le cas des autorités présumées coupables. Félix Niragira évoque la présomption d’innocence. «  Il est tellement difficile de les écarter de leurs fonctions (le vetting) avant que la justice se prononce sur leurs cas », indique-t-il tout en demandant d’attendre la fin du travail de la CVR et éviter la globalisation.
Par ailleurs, mentionne-t-il, pour éviter un travail bâclé, la CVR a un mandat de quatre ans, renouvelable une année. Et son rapport, poursuit-il, sera traduit en Kirundi pour permettre à la majorité des Burundais d’en connaître le contenu. Et cela, en conformité avec l’article 76 dudit projet de loi. M. Niragira précise que selon l’article 37, les témoins seront protégés.

Forum des lecteurs d'Iwacu

11 réactions
  1. Pour moi; cette CVR n’engagera que ceux qui l’auront mise en place. Tacien a totalement raison quand il parle d’un “non événement”. C’est un non sens et surtout une honte pour notre gouvernement actuel. Verra qui vivra.

  2. Hendabandi Janvier

    La CVR sera un échec comme la CNTB, si du moins elle est dirigée selon le système managérial de la CNTB. Quant à ce qu’avance ce député de la province royale de NGOZI, nous savons tous ce que veulent insinuer les dd quand ils parlent des gens aux mains propres! Merci

  3. lecteur14

    Je suspecte personne, tu m’as dit toi même que tous le monde est coupable d’où ma conclusion que tu es coupable. Et je défends les innocents que tu accuse injustement. Je peux te rassurer aussi que je ne fais pas partie de la commission donc tu peux dormir sur tes 2 oreilles.

  4. Patience

    “Cet élu de Ngozi indique que le projet de loi est précis sur les cas des défaillances des commissaires. Selon lui, ces derniers seront par ailleurs des gens propres. ”
    Que ce que le depute veut dire par des gens propres? Je ne comprend pas, quelqu’un peut m’aider SVP.
    Merci.

  5. Mugunza

    Mr Léopold, accepte stp mon désaccord complet à ton opinion. Cela est une globalisation pure mais je pense que tu as voulu éviter de juger un groupe éthnique au détriment d’un autre? Cela serait noble. Mais mon point de vue est que tous les Barundi ne sont pas criminels et qu’ils n’ont pas tous tué, encouragé les tueries ou ruminé la haine contre les autres! J’ose espérer aumoins!

  6. Vuvuzela

    Une jeep aussi chere ne devrait pas etre parkee devant des personnes affamees, supposees en etre proprietaires. C’est de l’arrogance, genre, je te vole et viens te montrer tes biens sans que tu puisses les recuperer.

  7. Leopold NZORIJANA

    Mbega lecteur 14, j’espere que tu n’es pas member de cette commission,au nom de quell droit tu suspecte une personne que tu ne connais meme pas ? Un peu de retenue tout de meme.Vous avez une plume assassine

  8. lecteur14

    Mais si tu es coupable ça ne veut pas dire que tous les burundais sont coupables, les criminels sont minoritaire mais tu veux généraliser pour échapper. Imagine un enfant qui a aujourd’hui 5ans par exemple et qu’il entend qu’on l’accuse d’être coupable de crime commis au Burundi, tu trouve pas que c’est honteux de ta part.
    Les gens qui veulent se cacher derrière les ethnies pour ne pas répondre à leurs actes doivent être mis à la vue de tout le monde pour qu’ils soient jugés et punis.

  9. leopold NZORIJANA

    uwutabeshe ntasumira umwana

  10. leopold NZORIJANA

    Le proverbe uwutabeshe ntasumira umwana

  11. leopold NZORIJANA

    J’attends impatiemment cette commission, mais le travail sera ardu.Devant la verite, je parie qu’il y aura beaucoup de fuite dans toutes les directions pour eviter de dire la verite et rien que la verite.Au Burundi, presque tous sont coupable car, je l’ai toujours dit, qui n’a pas peche par actiona peche par ommission, qui n’a pas pevche en 1972 a peche en 1993….Et par ailleurs nombreux sont les burundais qui continuent a soutenir le proverbe .J’espere que les temoignages ne seront pas comme ceux que nous lispons dans les fables de Lafontaine ou l’ane a ete lapide pour avoir broute l’herbe des moines tandis que le lion qui mangait et les brebis et les bergers a ete innocente par la cours!!

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