Politique

Cyprien Mbonimpa, Mémoires d’un diplomate (1973-2006) : Entre tourmentes et espoir

09-07-2016

 

Livre Mbonimpa coverLa collection « Témoins » des Editions Iwacu s’enrichit d’un autre ouvrage, celui de l’ambassadeur Cyprien Mbonimpa.

Pendant plus de vingt ans, M. Mbonimpa a été un acteur important dans la diplomatie burundaise. L’ouvrage, comme le dit bien dans sa préface le professeur Julien Nimubona, est « une analyse historico-politique des faits et événements de politique nationale et internationale du Burundi. »

On sait par ailleurs que les mémoires biographiques, à travers les souvenirs, les événements vécus, et parfois même les anecdotes, permettent d’apprendre plus sur les méandres quotidiens de la vie politique des Etats. Dans ce livre, il y a de tout cela. A travers l’itinéraire personnel de M. Cyprien Mbonimpa, ce sont tous les
événements politiques du Burundi depuis au moins 1965 qui sont visités. On n’en saura plus sur les « années Bagaza », la crise entre l’Eglise catholique et son régime, Ntega et Marangara en 1988, les débuts des politiques de l’Unité de Buyoya et la démocratisation au Burundi, etc. « La biographie pure croise et heurte impitoyablement l’homme public », écrit encore le professeur Nimubona.

M. Cyprien Mbonimpa raconte ses années à la tête  de la diplomatie burundaise, ses rencontres avec les grands de ce monde, jusqu’à sa disgrâce, quand il va croupir dans les geôles de Mpimba. Cette expérience au cœur du pouvoir lui permet de tirer quelques leçons qui peuvent profiter à d’autres responsables politiques. C’est d’ailleurs, dit-il, la raison d’être de son témoignage. Pour la collection « Témoins » des Editions Iwacu, c’est encore une autre pièce apportée dans notre (difficile) quête pour construire notre « puzzle » historique.

EXTRAITS

Hier et demain

« Ayant suivi l’évolution du Burundi au cours de ces quarante dernières années, j’ai pensé qu’il était bon que je donne mon témoignage sur certains événements que le Burundi a connus. Comme on parle beaucoup de la commission vérité et réconciliation, il n’est pas mauvais que ceux qui ont eu le privilège d’exercer de hautes fonctions publiques s’expriment. C’est à la fois utile pour les jeunes générations et aussi pour les dirigeants actuels dont nous souhaitons le succès. »

Comment je suis allé à l’école

« Mon père, envoya d’abord à l’école mon grand frère qu’il n’appréciait pas beaucoup dans les travaux ménagers et surtout quand il s’agissait de garder les vaches. Heureusement pour moi, mon grand frère ne supporta pas la rigueur des enseignants de l’époque qui n’hésitaient pas à taper sérieusement sur les enfants indisciplinés et il abandonna l’école. Mon père se décida à m’envoyer à l’école, non sans hésitation, car il semble que j’étais un gamin discipliné et qui aimait garder les vaches… »

L’affaire Ntungumburanye

Peut-être que Ntungumburanye envisageait de faire un coup d’État, mais cette volonté n’avait pas encore connu un début d’exécution. (…)Pourquoi le président Micombero a refusé que Ndabemeye vienne témoigner devant la justice ? (…)Cette affaire comporte au moins une leçon : seule une justice sereine peut établir la vérité et réconcilier la société. Quand la justice est manipulée, la société en souffre. Je n’ai donc jamais été convaincu de la culpabilité de Ntungumburanye puisque la justice qui aurait dû nous éclairer n’a pas été en mesure de le faire.

La mort de Ntare V

« Toutes les vérifications faites montrent que le pauvre Ntare ne venait pas reprendre le pouvoir qui lui a échappé en 1966. La vérité est que Ntare V s’était lancé dans le commerce des armes pour essayer de survivre. Il a bénéficié pour cela de l‘appui de certains princes des monarchies arabes. »

La crise de 1972 n’a pas été une surprise

Au niveau des services de renseignements, on ne peut pas dire que la crise de 1972 a été une surprise. Moi-même, en compagnie de mon ami Ndikumana Pierre, qui était Directeur de la sûreté et qui vient de mourir, nous avons effectué à partir du 20 avril 1972 un voyage qui nous a menés de Bujumbura à Kigoma en passant par Rumonge, Kigwena, Nyanza Lac et Mabanda. Sur tout le parcours, nous avons rencontré les responsables administratifs et des services de sécurité. Partout le message était le même. Il y a une rébellion qui se prépare à attaquer d’un moment à l’autre.

(…). Nous avons rencontré à Kigoma le « Regional Commissionner », l’équivalent du gouverneur au Burundi. Il nous a reçus longuement. Nous lui avons exposé toute la situation sur les préparatifs d’attaque de la rébellion qui s’entraînait en Tanzanie. Le gouverneur de la province de Kigoma, monsieur Ndhobo, nous a dit : « Those people, we know them, they are freedom fighters » (« Ces gens, nous les connaissons, ce sont des combattants de la liberté »). (…) A l’époque la Tanzanie était très engagée dans le soutien aux mouvements de libération, nous avons compris que ceux que nous appelions rebelles étaient considérés par la Tanzanie comme « des combattants de la liberté. »

1972, évitable

« Si des mesures de sécurité avaient été prises, les assaillants n’auraient pas pu faire autant de victimes d’autant plus qu’à l’époque les rebelles étaient équipés d’armes rudimentaires. Avec un pouvoir clairvoyant, la gestion de la crise aurait été différente. En l’absence d’un pouvoir capable de contenir les sentiments de revanche, il y a eu des tueries massives des Hutu complètement étrangers à ces attaques. »

La fin du régime Micombero

(…) Comme nous nous connaissions bien, nous n’avions pas peur de nous parler franchement. J’ai essayé de convaincre Bagaza de prendre le pouvoir. Il n’a pas voulu me dire qu’il y pensait déjà, mais il m’a laissé entendre que la situation était mûre pour un changement sans savoir qui allait prendre la tête de ce changement.


Souvenir du Président Micombero

Micombero, vivait modestement. Il ignorait la corruption. On raconte que lorsqu’il est devenu président, il prenait de sa poche pour acheter des boissons à ses visiteurs. Il a fallu qu’un proche collaborateur lui dise qu’il existe une « intendance », c’est-à-dire un budget qui sert à l’entretien les Chefs d’Etat. Micombero s’est déplacé très peu. Sa plus grande faiblesse aura été sa grande gentillesse, ce besoin constant d’être entouré de courtisans qui lui répétaient à longueur de journée cette chanson que les Nord-Coréens avaient créée à sa gloire « Maza meza wazanye amajambere » (« Gloire au dirigeant bien aimé qui a apporté le progrès »). Micombero avait renversé la monarchie, mais il en avait gardé toutes les vieilles méthodes de gouvernement.

Ma dernière rencontre avec l’ancien Président Micombero à Mogadiscio

« J’ai pu causer longuement avec le président Micombero. Nous passions des jours et des soirées à parler des affaires du Burundi. Micombero était nostalgique de son pays. Il reconnaissait que des erreurs avaient pu être commises sous son régime, mais qu’il ne méritait pas d’être envoyé en exil. Il comprenait parfaitement que des gens aient pu le renverser, mais qu’ils auraient pu le garder au Burundi, près de sa famille. »

Lettre de Micombero à Bagaza

(…) Le deuxième message était une lettre manuscrite que l’ancien président adressait à son successeur en guise de conseils. Je connaissais le contenu de la correspondance, car nous en avions parlé longtemps avec Micombero. En gros, Micombero regrettait d’avoir été trompé par son entourage et le mettait en garde contre les mauvais conseillers et les courtisans. Ici, je dirais que chaque dirigeant a les conseillers qu’il mérite.

Bagaza, un autre style

A la différence de Micombero qui ne tenait pas de conseil des ministres, Bagaza réunit son gouvernement une fois par semaine. Les séances durent très tard jusque vers vingt heures. (…) Bagaza se rendait souvent sur le terrain pour vérifier si ce qu’on lui racontait dans les rapports correspondait à la réalité. Avec lui, beaucoup de projets démarrent et le pays se met réellement au travail. (…) Bagaza quittait son bureau souvent vers vingt heures.

Conflit Eglise-Etat

« Dans un pays comme le Burundi marqué par une très grande christianisation – même si elle a été parfois forcée – entrer en conflit avec l’Eglise Catholique très présente dans l’éducation, la santé, l’économie, sans parler du contrôle qu’elle exerce sur les consciences, était une aventure politique très risquée. Ayant été aux côtés du président Bagaza, j’avoue n’avoir jamais compris la vision politique qui inspirait cette attitude envers l’Eglise catholique. »

Défendre le régime Bagaza

En tant que nouvel ambassadeur à Bruxelles, j’avais donc la délicate mission d’expliquer aux pays européens, surtout à ceux de l’Union Européenne, le bien-fondé de cette politique à l’égard de l’Eglise catholique. C’était une mission presque impossible si on sait le poids de l’Eglise catholique, surtout que les partis politiques d’inspiration chrétienne dominaient dans presque tous ces pays européens.

Le conflit avec l’Eglise catholique a été profond

En poste à Bruxelles, j’étais venu à Bujumbura pour une mission officielle. A l’issue de la mission, j’ai pris une semaine de congé et je suis allé au village saluer mes parents. J’arrive chez moi un dimanche matin. (…)je trouve des femmes et des hommes du village assis autour de mon père avec un calme qui me surprend. J’essaie de leur demander des nouvelles du village et de leur proposer à boire pour détendre l’atmosphère. Je me heurte à un grand silence. Mon père voyant que je n’avais rien compris me prend à part et me dit : « Ces vieilles femmes et ces hommes, vous les connaissez tous. Ce sont des catholiques, des croyants. Ils ne comprennent pas pourquoi leur lieu de culte habituel a été fermé. Ils sont très tristes. Mon fils, vous ne pourrez pas gouverner durablement si vous êtes maudits par ces personnes que vous voyez et qui ne demandent qu’à accomplir leur devoir de croyant. »

Bagaza sourd

De retour à Bujumbura, avant de rejoindre mon poste, j’ai demandé à voir le président. Je lui ai raconté ce que j’avais vu dans mon village, ce que mon père de 85 ans m’a dit. Le président me répond que la réaction de mon père pouvait se comprendre, mais que les paysans burundais « finiront par comprendre sa politique. » Cette assurance du président Bagaza me rappelle une autre vérité, dite par Louis Pauwels : « Au sommet de la puissance, on ne voit plus rien du tout ».

Proximité Mitterrand-Bagaza

En 1984, le président Mitterrand a donc décidé d’organiser au Burundi la conférence France Afrique. C’était un signe évident de soutien au moment où la communauté internationale condamnait le Burundi pour les violations des droits de l’Homme en raison essentiellement de la crise entre l’Etat et l’Eglise catholique. (…)Il est vrai que les socialistes français à commencer par le président Mitterrand n’étaient pas particulièrement chauds pour voler au secours de l’Eglise catholique. Les choses vont changer en 1986 avec le début d’un régime de cohabitation entre un Président socialiste, François Mitterrand, et un Premier ministre de droite, Jacques Chirac.

Chirac-Bagaza, le plus mauvais entretien diplomatique

« Le jour de l’ouverture du Sommet le 2 septembre 1987 à 16 heures, Bagaza devait rencontrer successivement le Premier ministre Jacques Chirac et le Président Mitterrand. Bien évidemment, j’ai accompagné le président lors de ces deux audiences. D’abord chez le Premier ministre Chirac qui était en compagnie de Jacques Foccart. Je me doutais bien que cet entretien allait être dur. Mais j’étais loin de m’imaginer ce que j’ai vu et entendu. D’entrée de jeu, Chirac s’adresse au président Bagaza dans des termes très durs. « Votre politique de violation des droits de l’Homme et de restriction des libertés religieuses est inacceptable et la France la condamne énergiquement. » Avant même que le président Bagaza ne tente un mot pour répondre, Jacques Chirac s’était déjà levé après un « Au revoir Monsieur le Président. » C’est le plus mauvais entretien diplomatique auquel j’ai jamais assisté. A la sortie, je me disais en moi-même que Chirac ne s’est pas adressé à un président encore en fonction, mais à un homme fini. Comme il était 16 heures à Québec, soit 22 heures à Bujumbura, est-ce que Jacques Chirac avait déjà entendu les bruits de botte du coup d’Etat à Bujumbura ? Je n’en sais rien, mais le ton utilisé était trop cassant… »

Différentes personnalités du Régime Bagaza sont arrêtées

« Je connaissais très bien toutes ces personnalités dont quelques-uns étaient même des amis. Certains étaient accusés de détournement de fonds publics ou de corruption, d’autres de vouloir renverser les nouvelles institutions dirigées par le président Buyoya. Je n’étais pas très à l’aise avec ces emprisonnements surtout que l’opinion publique parlait de tortures lors des interrogatoires. Je ne comprenais pas comment un régime qui vient « rétablir les libertés publiques » pouvait se livrer à la torture. (…)Tout ce que je pouvais faire était d’en parler au président et je l’ai fait à plusieurs reprises. La réponse du président était la même : « Ce sont des mensonges destinés à salir le nouveau pouvoir. »

Le style Buyoya

« Je dois dire qu’il était très agréable de travailler avec le président Buyoya. C’est un homme qui écoutait ses collaborateurs et qui savait faire confiance. Quand vous aviez convenu d’un programme d’activités, il vous laissait travailler à l’aise et vous faisait confiance. (…)Une des choses qui marque le degré de confiance que le président Buyoya avait en vous, c’est le fait d’avoir toutes ses coordonnées téléphoniques y compris le téléphone personnel en cas d’urgence. Les services de sécurité de la présidence me communiquaient régulièrement ces numéros qui étaient strictement confidentiels. »

Gestion de Ntega et Marangara

Sur instruction du chef de l’Etat, j’ai mené une campagne très difficile pour essayer de redorer l’image du pays. Les dirigeants burundais étaient qualifiés « de sanguinaires, de génocidaires », etc. Dans les capitales occidentales à Bruxelles, Paris, Bonn, Genève, Ottawa, des réfugiés burundais m’accueillaient avec des injures. Les entretiens diplomatiques, d’habitude très courtois, devenaient des séances protestations, très dures, avec des menaces de couper toute coopération avec le Burundi. Grâce aux réseaux d’amitié noués au cours de ma carrière diplomatique, j’ai réussi à limiter les dégâts et à convaincre mes interlocuteurs de la bonne foi du gouvernement du Burundi.

Regrets sur Ntega-Marangara

Dans mon interview à la presse belge, j’ai tenu des propos que j’ai regrettés plus tard. J’ai en effet attaqué globalement les organisations non gouvernementales en disant que l’argent qu’elles envoyaient pour aider les pauvres allait acheter des armes et des machettes pour tuer. Je pensais à une ou deux organisations que je ne voulais pas désigner nommément et j’ai commis l’erreur de globaliser. Je sais que des organisations qui travaillent correctement m’en ont voulu. Qu’elles veuillent me pardonner.

Buyoya et les élections de 1993


« J’ai eu de longues discussions à ce sujet avec le Premier ministre Adrien Sibomana ainsi qu’avec Nicolas Mayugi devenu président du parti Uprona. J’insistais sur le danger d’un processus démocratique précipité, mais eux me rassuraient qu’il n’y avait aucun danger, que le parti Uprona gagnerait les élections et que le Président Buyoya continuerait à diriger le pays. Le Président Buyoya lui-même en était convaincu. Il pensait que l’adoption de la Charte de l’Unité nationale avait marqué un pas important dans la consolidation de l’unité des Burundais et que les réflexes ethniques ne seraient plus prédominants au cours des élections. Il pensait aussi probablement qu’un Hutu Premier ministre ainsi qu’un Hutu président du parti au pouvoir suffisaient pour garantir la victoire. »

Ma disgrâce

« J’étais loin de m’imaginer que j’allais quitter le gouvernement pour me retrouver en prison.(…) Je pensais, en effet, que la prison était faite pour les délinquants ou les grands criminels. (…) Je me suis inquiété auprès du président au sujet de ces rumeurs de coup d’Etat et, surtout, sur le fait que des gens mal intentionnés essaient de m’impliquer dans des manoeuvres auxquelles je suis complètement étranger. (…) Pour la première fois le président me reçut avec froideur. L’homme avait complètement changé. Il paraissait pressé de finir notre conversation. Au sujet des arrestations, le président me dit : « Ces gens sont des criminels, attendez que nous terminions ces échéances politiques, vous verrez comment nous allons traiter ces cas ». L’entretien a duré à peine cinq minutes. J’ai compris que tout était fini entre le Président Buyoya et moi. »

Sagesse

« Si tu veux connaître le sens de la vie, visite trois endroits :
1. La prison, tu apprécieras la valeur de la liberté et tu connaîtras tes vrais amis ;
2. L’hôpital, face à la souffrance tu sauras que rien n’est aussi important que la vie ;
3. Le cimetière, tu verras que tes meilleurs amis sont déjà là dans la solitude totale. »

En route vers la prison

Le matin du 9 avril 1992, vers 5 heures, je suis réveillé par des bruits de botte des gendarmes qui avaient entouré ma maison. Quand je regarde au travers de la fenêtre de ma chambre à coucher, je vois que de nombreux gendarmes, armés jusqu’aux dents, encerclent ma maison. (…) Vers 6 heures du matin, l’officier qui conduisait les gendarmes m’appelle pour me demander d’ouvrir la maison. Je lui dis d’attendre que je m’habille. J’ouvre la porte principale de ma maison et le policier me dit que je suis arrêté. Je lui demande s’il a un mandat d’arrêt. Il me montre un papier signé par l’Administrateur général des services de renseignements. Je lui demande de me laisser me préparer et il me donne quelques minutes. Je réveille mes enfants pour leur dire au revoir »

A l’école de la prison

« La prison est une véritable université où on côtoie de très grands criminels, et des gens qui ont passé plus de dix ans pour avoir volé une chèvre. C’est en prison que l’on découvre le degré de civilisation d’une société. Quand une société traite ses prisonniers comme des animaux qui n’ont droit à rien, on réalise que nous avons encore un long chemin à faire. »

Le plus dramatique c’est que, par le passé, des organisations de défense des droits de l’homme fustigeaient ces situations et nous disions qu’elles voulaient salir l’image du pays…

Je découvre la bible

Ma femme a réussi à m’envoyer la Bible. Je n’étais pas un grand chrétien, mais comme j’aime lire, j’étais content d’avoir un livre. Pour la première fois dans ma vie, j’ai lu la bible de A à Z. Pour la première fois dans ma vie, j’ai lu la Bible en profondeur. J’ai retenu qu’il faut savoir pardonner, ne serait-ce que pour sa propre tranquillité. Parce que la haine vous emprisonne alors que le pardon libère.

Des casseroles avec des cadenas

Ma femme avait cherché des casseroles qu’elles fermaient avec un cadenas. J’avais une clé et elle avait une autre. Pendant 7 mois, j’ai été soumis à un régime d’isolement total. Je ne pouvais communiquer avec personne, pas de radio, pas de journaux. J’avais droit à 30 minutes de soleil avant-midi et 30 minutes après-midi. (…) C’est le deuxième jour de mon arrestation que j’ai appris par la voix des ondes les raisons de mon arrestation. J’étais accusé de tentative de coup d’Etat, d’avoir tenté de tuer le chef de l’Etat et toute sa famille. J’étais donc passible de la peine de mort.

Face à la justice sous ordre

« (…) Après cette instruction, je demande au procureur général s’il a trouvé des éléments à charge qui peuvent justifier mon emprisonnement. Il me répond avec sincérité qu’il n’a pas d’éléments suffisants pour justifier ma détention. Je lui demande si, en âme et conscience, il va me maintenir en prison sans raison. Sa réponse est franche. Je vais rester en prison : « Si je vous libère, c’est moi qui prendrai votre place à la prison de Mpimba », me dit-il. »

Ma rencontre avec Ndadaye

« Après la victoire du Président Ndadaye, j’ai été tout simplement libéré sans aucune explication. Devenu homme libre, j’ai tenu à demander audience au nouveau président Ndadaye que je ne connaissais pas. J’ai été étonné par sa simplicité. Quand j’ai été introduit dans son cabinet de travail, il s’est levé et m’a salué comme si nous étions de vieux camarades. » (…) S’agissant d’un emploi éventuel dans les services de l’Etat, le président Ndadaye m’a dit qu’il pourrait envisager de me trouver du travail, mais qu’il s’inquiétait de la réaction éventuelle de ceux qui m’avaient emprisonné.

Dans les négociateurs d’Arusha

« J’ai été choisi pour faire partie de la délégation gouvernementale qui était dirigée par Ambroise Niyonsaba. Pour le président Buyoya, le choix du chef de la délégation gouvernementale était une question délicate .Compte tenu du fossé creusé entre les Hutu et les Tutsi, Buyoya ne pouvait que choisir un Tutsi, mais quelqu’un de suffisamment habile et souple pour ne pas heurter l’opinion des Hutu. Ayant côtoyé Niyonsaba pendant toute la période des négociations, je peux dire que c’est un homme qu’il fallait à la place qu’il fallait. Un homme calme, qui ne hausse jamais le ton. Contrairement aux autres Burundais, il a réussi à éviter la fâcheuse tendance des Burundais de plonger dans l’alcool dès 18 heures, jusque souvent tard dans la soirée. Après les séances de négociation, Niyonsaba était soit à la piscine, soit dans sa chambre en train de travailler avec son ordinateur portable dont il ne se séparait jamais. »

La guerre de leadership

« (…) Si les Hutu étaient unanimes pour chasser « le pouvoir tutsi », le désaccord était total quand il s‘agissait de savoir qui devait être le chef négociateur représentant les Hutu. Chaque chef de parti, chaque chef rebelle se voyait comme le chef naturel. »

Arusha une thérapie

« Les premières rencontres à Arusha étaient dures. Les représentants de la rébellion devaient rester tout le temps ensemble de peur que les Tutsi ne leur fassent du mal. Du côté des Tutsi, le sentiment était le même. Nous devions rester ensemble parce que nous avions peur pour notre sécurité. Le problème était complexe parce que les Hutu qui venaient de Bujumbura étaient considérés comme des « vendus » à la solde des Tutsi. Au fur et à mesure que le temps passait, les gens ont commencé à se parler. »

De la crise actuelle

« La difficulté est que la crise actuelle est essentiellement une crise politique et doit trouver une solution politique. Vouloir la résoudre par les armes est une voie sans issue. Quelle que soit la manière dont il a été élu, le Président Nkurunziza est responsable de la sécurité du Burundi et des Burundais. »

Le risque d’une radicalisation

« Si on en juge par les discours officiels du gouvernement et du parti CNDD-FDD, rien n’indique que le Président Nkurunziza qui s’est battu pour avoir le troisième mandat et qui a gagné les élections soit prêt à accepter une transition. Nous sommes donc en présence de deux positions extrêmes dont je ne vois pas de solution pacifique : elles risquent de déboucher sur une confrontation sanglante. »

La réconciliation

« Ceux qui dirigent le pays aujourd’hui, à commencer par le président Nkurunziza, sont des orphelins de 1972. Vont-ils diriger le pays dans l’esprit de revanche ou vont-ils conduire le pays dans le sens préconisé par l’accord d’Arusha, c’est-à-dire la réconciliation ? De la réponse dépend l’avenir du pays »

Nécessité de l’Accord d’Arusha

« (…) Sans l’accord d’Arusha, la compétition politique peut, certes, être libre et démocratique, mais rien n’indique que les droits de la minorité seraient sauvegardés. »

Le dialogue


« Je demanderais aux dirigeants politiques qui sont au pouvoir et à ceux qui cherchent d’y accéder de privilégier toujours l’esprit de dialogue, de se dire que l’adversaire politique n’est pas un homme ou une femme à abattre, mais quelqu’un dont les idées doivent être écoutées et analysées. »

La force du pardon

« (…) j’ai repris contact avec des gens dont je savais tout le mal qu’ils pensaient de moi. Je les ai abordés sans problème. J’ai eu l’occasion de parler avec le président Buyoya, le Premier ministre Sibomana que l’opinion publique de Bujumbura avait pris pour mon ennemi irréductible. »

Savoir partir

« Le journaliste Béchir Ben Yahmed de Jeune Afrique s’adressant aux dirigeants africains leur dit ceci : « Gare à ceux qui ne voient que leurs amis, des gens qui les ressemblent, ont le même âge, la même condition sociale. Pratiquer cette sorte d’inceste est le plus sûr moyen de se tromper. Il faut veiller à fréquenter régulièrement, d’abord qui est plus intelligent et plus savant que vous ; ensuite qui et différent : par l’âge, par le sexe, par la race ou le continent où il vit. Il faut sortir de soi même et de chez soi (de sa voiture quand on est ministre pour arpenter les rues, aller dans les marchés). Il faut voyager, tant il est vrai que d’où l’on voit détermine ce que l’on voit, changer d’air et de milieu ! C’est la condition absolument nécessaire (et non suffisante) de la lucidité. (…) Pourquoi est-ce que les dirigeants africains voudraient-ils à tout prix se maintenir au pouvoir ? »


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  8   Vos commentaires
  1. avatar bizoza espoir

    En lisant ce que Mbonimpa dit de 1972, j’ai compris qu’il perpétue la tradition: justifier l’injustifiable. Personne parmi les anciens dignitaires du pays ne veut se compromettre le premier. Ils sont tous superficiels au sujet de 1972. Son ami Ndikumana Pierre qui était Directeur de la sûreté vient-il de mourir? Que Dieu ait son âme. Mais on aurait aimé qu’il nous dise les noms des Chefs rebelles dont ils était question. Qui étaient les Chefs de ces rebelles et où sont-ils? Et ces populations Hutu qui n’étaient pas impliqués, qui a ordonné leur massacre? Bien entendu, si vous ne l’avez pas écrit dans votre livre, on ne le saura jamais car vous ferez tout pour ne pas trahir. Rencontrer les Administratifs à la base avec un même message « Il y a une rébellion qui se prépare à attaquer d’un moment à l’autre ». C’est plutôt curieux. Et si cette rébellion étaient votre oeuvre, qui peut le savoir? C’est facile et lâche de prêter des mots à un Gouverneur de Kigoma qui n’est plus là pour vous contredire. Les mots que vous lui prêtez insinuent que la Tanzanie soutenait ces « freedom fighters », une accusation grave surtout s’il vient d’un ancien diplomate. Ce discours, on l’a toujours entendu, amenez un nouvel éclairage sur les événements de 1972 et non une nouvelle auto-justification.

  2. avatar Kimaranyi

    @peter James
    Affirmation gratuite et sans preuves il faut au minimum attendre la fin des enquêtes !!! Au moins lui il a accepté de parler chose que Simbananiye Arthemon refuse de faire.

  3. avatar sindumuja

    Merci d’avoir tenté de renverser le pouvoir de Buyoya qui nous a livrés aux jeunes imbonerakure et bientôt au génocide

  4. avatar Mthukuzi

    J’ai vraiment hate de me procurer son livre!

  5. avatar venant

     »J’ai retenu qu’il faut savoir pardonner, ne serait-ce que pour sa propre tranquillité. Parce que la haine vous emprisonne alors que le pardon libère. »

    Quoique très regrettable, je trouve que vous avez retenu un bon enseignement de la lecture de la bible lors de votre séjour en prison Monsieur l’Ambassadeur. Nos dirigeants pourraient-ils s’inspirer de votre conseil?

    • avatar Peter James

      @ venant
      IL n »y a pas de quoi de quoi à s’ inspirer car Mbonimpa est bien lié aux genocide de 1972
      À 100% .

      • avatar Burundi

        Arretez de genocider les burundais avant d’ accuser les autres. Les genocidaires se ressemblent. Pourquoi vous etez en train de repeter les erreurs du passe et sans honte vous pensez que 72 va vous proteger.En quoi les victimes de 72 different des victimes du regime Nkurunziza ? Pour vous, qui n’est pas accuse de ceci ou ceux-la parmis les tutsi des regimes passes ? Tout le monde a tue, tout le monde a vole. Meme ces jeunes gens qui n’etaient pas encore nes en cette annee de 72 que vous utilisez comme pretexte pour prendre leur vies. Qui du CNDD-Nkurunziza n’est pas innocent ? Personne. Ce sont tous des anges victimes de tout le monde qui n’est pas avec vous. C’est ridicule. Wait, un jour viendra ou vous aurez a regarder en face les citoyens tues par le 3eme mandat illegal. Ce jour-la , vous verrez qu’un genocidaire aurait honte d’accuser un autre et que les genocidaires se ressemblent.

        • avatar Mahoro

          Belle réaction « UMWICANYI ASA N’UWUNDI » ntitugaciranire imanza kahise kabi nikatwigishe dukire tureke kukitwaza mugusigura amabi

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