Politique

« Vingt policiers non armés pour le Burundi»

Alors que le Conseil de sécurité des Nations Unies a demandé le déploiement de policiers onusiens au Burundi, Bujumbura fixe déjà un chiffre à ne pas dépasser. Une réaction qui, selon certains observateurs, est un signe de son assurance de plus en plus grandissante.

Philippe Nzobonariba : « Le Gouvernement est tout à fait d’accord pour une présence d’un effectif limité d’experts policiers non armés (une vingtaine environ) »

Philippe Nzobonariba : « Le Gouvernement est tout à fait d’accord pour une présence d’un effectif limité d’experts policiers non armés (une vingtaine environ) »

La résolution 2279 du 01er avril 2016 du Conseil de Sécurité des Nations Unies a décidé l’envoi au Burundi de policiers des NU, sans en préciser le nombre. La présence de cette police onusienne servirait à « renforcer les capacités des NU de surveiller les conditions de sécurité, de promouvoir le respect des droits de l’Homme et de faire progresser l’état de droit ». Le secrétaire général des NU, Ban Ki-moon doit présenter, en consultation avec Bujumbura, et en coordination avec l’Union africaine, des options en vue de son déploiement. Albert Shingiro, l’ambassadeur du Burundi aux NU, qui se réjouit de cette résolution, tout comme Bujumbura demande entre une vingtaine et une trentaine de policiers, non armés.

Bujumbura s’est félicité de cette nouvelle résolution sur le Burundi : « Cette résolution de l’Onu nous convient parce qu’elle prend en compte tout ce que nous disons », a déclaré Alain Nyamitwe. « Nous avons toujours été ouverts à des experts mais jamais à l’envoi de troupes de maintien de la paix au Burundi », a-t-il dit, ajoutant que « quelques » policiers de l’Onu pourraient aider à stabiliser le pays.

Cependant, fort de sa « victoire », le gouvernement du Burundi ne veut pas transiger, avant même que le SGNU ait présenté ses propositions, ou l’ait consulté.

« Pas questions de 100 ! »

«La résolution 22 79 du CSNU demande au SGNU de présenter ses options après consultation du gouvernement burundais. Notre position reste la même, qu’on le veuille ou non », souligne un tweet d’Alain Aimée Nyamitwe, ministre burundais des Relations extérieures, le 09 avril dernier. « Nous ne voulons pas le déploiement de 100 officiers de police », ajoute un autre de ses tweets quelques jours plus tard. Le 13 avril dernier, dans une déclaration signée Philippe Nzobonariba, porte-parole et secrétaire général du gouvernement burundais, il s’est engagé à accepter une présence limitée à une vingtaine de policiers étrangers désarmés. «  Ils viendraient apporter l’expertise nécessaire aux forces de sécurité burundaises dans le cadre de la promotion des droits de l’homme et faire progresser de manière générale l’Etat de droit.» Pourtant, Ban Ki Moon n’a encore fixé aucun chiffre. Le chiffre 100 rappelle plutôt la décision, fin février, de l’UA d’envoyer 100 observateurs des droits de l’Homme et 100 experts militaires pour surveiller la situation du Burundi.

Un fait est clair, tel un paon, Bujumbura étale fièrement ses ailes devant la Communauté internationale devant laquelle il se pavane fièrement. Selon André Guichaoua, professeur à l’Université Paris-Sorbonne, « les autorités se félicitent d’avoir donné des leçons de fermeté et d’indépendance nationales face à toute forme de pression étrangère. » Pour ce grand spécialiste de la région de Grands-Lacs africains, « c’est un argument fort sur le continent de la part d’un petit pays qui se déclare victime d’un complot international. » Fier d’avoir tenu tête à ses détracteurs, quels qu’ils soient, le gouvernement de Bujumbura risque de durcir encore sa position.


Analyse

« Les conséquences politiques et diplomatiques de ce durcissement, qui se traduit parfois en arrogance, ont déjà été enregistrées par Bujumbura. Mais il risque de renforcer la position de certains acteurs internationaux qui ont toujours été contre la gouvernance appliquée par le gouvernement du Burundi depuis 2005 », remarque un politologue burundais. D’après cet analyste, pour les acteurs burundais, même ceux qui sont pour la résolution pacifique de cette crise, ils risquent de penser que la seule issue est l’usage de la violence.

Cependant, malgré l’assurance affichée par les éminences du gouvernement, elle est démentie par l’armada qui constitue leur garde, un signe psychologique d’une certaine peur, et pas moindre, ce qui est logique. Cet analyste cite le politologue américain, Robert Ted Gurr, dans son livre « Why men rebel » : « Le système politique hermétiquement fermé, qui n’offre pas d’autres issues de solution à la crise, ouvre la voie à des contestations violentes, à l’usage de la force, à la guerre civile. » D’après lui, les hommes se révoltent parce qu’ils ont manqué d’un espace d’expression de leur mécontentement.

Selon cet analyste, cette peur du pouvoir actuel le pousse à adopter un comportement jusqu’au-boutiste, en le plongeant dans une paranoïa de complot international avec des complicités locales des ennemis à « écarter » par tous les moyens. « Le bourreau devient inconsciemment une victime, ce qui légitime à ses yeux son action, aussi violente soit-elle, au nom de la souveraineté nationale et de la légitimité des institutions. »

Aujourd’hui le Burundi, en tout cas la capitale, connaît une certaine accalmie. Plus de coups de feu, ni de déflagrations de grenades, malgré des arrestations. « C’est une paix de cimetière. Il y a eu beaucoup de morts, d’exilés, des gens qui sont poursuivis ici et là. Pour sauver sa tête, la population courbe l’échine… »

  18   Vos commentaires
  1. roger crettol

    Pot-pourri

    Dans les commentaires que je lis sur ce site, il est souvent question de Dieu qui guide d’une main sûre les affaires humaines.

    S’abandonner à la sagesse et à la providence d’un Dieu qui semble pourtant choisir « ses » dirigeants un peu à l’aveuglette, c’est se priver d’un rôle actif dans la société – la « politique » – et s’accomoder des magouilles concoctées par les puissants. Lesquels n’ont que rarement le bien commun comme premier objectif.

    « le pouvoir ne se donne pas – il s’arrache » ai-je lu il y a quelques jours. A cela je préfère « il n’est de libertés que celles que l’on a conquises », qui annonce une lutte moins foncièrement ancrée dans la violence.

    La conquête de la liberté soulève la question du pouvoir et de ses errements.

    Même si c’est difficile, il me semble bien plus utile de condamner des actes que des personnes, parce que condamner des actes a une portée plus générale, et que la condamnation d’une personne donne à tous les autres un chaud sentiment de bonne conscience … le bouc émissaire a été désigné, passons au quotidien.

    Le travail de réconciliation sera ardu, et peut-être que le sentiment religieux trouvera là un champ d’action plus fertile que dans la soumission aux pouvoirs en place. Cette réconciliation s’opère peut-être maintenant par un désir de justice réparatrice, mais son principal acquis sera la nouvelle liberté des jeunes générations – burundaises avant d’être de l’une ou l’autre « ethnie », avec toutes les connotations de violences qui y sont attachées.

  2. Jereve

    Cette « victoire » du petit pays contre la communauté internationale n’est rien d’autre qu’une défaite entre frères et sœurs burundais, les premiers concernés par la gestion de la crise qu’ils ont eux-mêmes provoquée. S’ils ne veulent pas la paix, personne ne peut la leur imposer.

  3. Certains commentaires me rappellent une histoire me racontée par un ami, l’histoire d’une école appelée « Ishule atacamira ». En effet, un enseignant a donné à une élève 5/10 au lieu de 6/10 par erreur d’addition ou sciemment. L’élève (une jeune fille) est allée se plaindre et a trouvé son professeur en train de discuter avec le directeur. Le directeur a demandé à la jeune demoiselle ce qu’elle souhaitait. La demoiselle a répondu en tremblotant: « On m’a volé une point. » Le professeur était content d’entendre cette faute de français (une point!) et s’est précipité à rétorquer: « Ecoutez-moi ce phrase! » Le directeur, très gêné a voulu dissiper cette atmosphère de la jungle analphabète, mais il n’a pas fait mieux et a dit: « Qu’est-ce que tu dis vous deux? »
    Un(e) élève, un enseignant et un directeur qui commettent des fautes de même niveau, c’est normalement rare! Quand cela arrive, l’école s’appelle « Ishule atacamira ». Certains commentaires me font penser que leurs auteurs sont passés par là et curieusement leur voix porte loin!

  4. vyuya

    ce que vous exposez comme analyse
    dans certains passages est totalement vrai .Nous sommes pratiquement convencus que depuis l’avenement du pouvoir du parti cndd-fdd certains acteurs internationaux ont participé à la destabilisation des activités du gouvernement elu par la population burundaise et souvairaine .Mais je deplore le comportement de ces sois disants rebelles de MUGAMBA qui tuent jour et nuit ces voisins et ses membres de leurs familles pour simple raison qu’ils appartiennent au parti cndd-fdd .Je lance un appel vibrant aupres de ces tueurs pour qu’ils se retiennent afin d’attendre les elections de 2020.

  5. Inyankamugayo

    Quoi qu’il en soit Dieu a le dernier mot. Que les uns et les autres inventent des mensonges pour noircir l’autre et le transforment en monstre à abattre, Dieu à faire échouer leurs mauvais plans puisqu’Il sait mieux leur machination.

    Burundais, Burundaises, aimons-nous les uns les autres sans toutefois nous tendre des pièges sinueux. Que les autorités sachent qu’ils ont été institués par Dieu non pas pour s’enrichir illicitement mais pour servir le peuple burundais. Que le peuple burundais sache qu’il doit se soumettre à l’autorité et non se soulever contre elle. Sinon la colère de Dieu sera sur lui(le peuple rebelle).

    Shalom

    • Bakari

      @Inyankamugayo
      « Que les autorités sachent qu’ils ont été institués par Dieu… »
      C’est qui qui vous a raconté ces salades?
      Dieu n’a pas de temps à perdre pour s’occuper de cela! Lorsqu’il a créé le monde, il a dit à l’homme: tout cela est à toi! Mon boulot s’arrête là!

    • Callixte

      Si tu connaissais Dieu, tu saurais qu’il a dit:  » Ne tue pas » ! Je prie que la colère de Dieu soit sur toi et et sur Nkurunziza et sa famille, au nom de Jésus.

      • Inyankamugayo

        cher callixte, que la paix et le salut de notre Seigneur et Sauver Jésus Christ soient sur toi et ta famille.

  6. Peut-on lancer des grenades sur des populations innocentes et enfin de compte reclamer protection. Quelle betise du CENARED. Le terrorisme est combattu partout dans le monde et le Burundi ne fera pas le contraire.

  7. Ntahitangiye

    « Votre analyse »
    Dans la recherche scientifique, l’analyse de la situation ou des données est une partie extrêmement importante. Elle est totalement objective et le résultat de l’analyse est une vérité indiscutable. Que vous soyez au Burundi , aux USA, en Russie, en France, en Chine etc. un atome d’oxygène et deux atomes d’hydrogène donneront toujours une molécule d’eau.
    L’analyse des politiciens est l’expression de leur point de vue .Cela donne une vérité pour les eux et une fausseté pour les autres: c’est un désordre dans nos têtes conduisant à un désordre dans nos actions: violence.

    • Ntazizana

      Mr Ntahitangiye, relis-toi s’il plaît avant de poster ton commentaire.

      • Blue Bird

        Toi aussi mon ami (e) !!!

    • Arsène

      Pas du tout d’accord avec l’affirmation:  » Elle [l’analyse] est totalement objective et le résultat de l’analyse est une vérité indiscutable. » Jamais l’analyse n’est une vérité indiscutable. Si un atome d’oxygène se lit à 2 d’hydrogène pour former une molécule d’eau, cela ne découle pas d’une analyse! Les sciences politiques ne sont pas des sciences exactes par ailleurs (puisque c’est d’elles qu’il s’agit).
      Suivant le paradigme moderne, on a longtemps cru que le tout était égal à la somme des parties (époque de Lavoisier, Descartes, Laplace, Kant,…), les philosophes croyaient avoir la certitude quant à la réalisation de faits et détenir la vérité absolue dans certaines circonstances. Le paradigme contemporain, lui, est dans le domaine de l’incertitude, de la vraisemblance, la pertinence (Serres, Latour, Stengers, etc.).
      Pour être plus concret:
      La science contemporaine est consciente de ce que ses vérités sont relatives, de l’ordre de la vraisemblance littéralement « vrai-semblance », à savoir qui a toutes les apparences du vrai pour un temps donné et pour un « horizon d’attentes » donné.

      • Callixte

        Arsène, dits seulement qu’ils sont en train de realiser que Dieu existe, que sa main guide tout, mais qu’ils n’osent pas le mettre sur papier.

        • Bakari

          @Callixte
          Ne nous dites pas que lorsque vous faites une connerie (tout le monde en fait), vous êtes persuadé que c’est Dieu qui a guidé!

          • Bakari

            …c’est Dieu qui vous a guidé, vous m’aurez compris!

        • Arsène

          Réponse à Callixte:
          J’ai réagi au commentaire qui disait que les résultats d’une analyse « sociologique » ou « socio-politique » sont une vérité.
          Ce serait trop simpliste de faire « porter le chapeau » à Dieu. Je suis croyant et convaincu que chacun est responsable de ses actes. Si vous êtes croyant, vous serez d’accord que si nos actes étaient guidés par la main de Dieu, le Jour du jugement n’aurait pas de raison d’être. Nous sommes doués d’intelligence et d’esprit de discernement. Dieu nous a laissé le libre arbitre au point que nous ne pourront pas nous réfugier derrière une hypothétique main de Dieu pour ce que nous faisons.

  8. Busorongo

    « …ertains acteurs internationaux qui ont toujours été contre la gouvernance appliquée par le gouvernement du Burundi depuis 2005 »
    Ceci signifie tout pour un burundais. On n’a meme pas besoin de pose de questions. Il n’a jamais ete question de mandats comme je le croyais au debut.
    Tant que ces mentalites enfantilisantes ne nous quitteront on a encore beaucoup a faire.
    Nta murundi aruta uwundi!!!

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