Politique

Un rapport accablant pour Bujumbura

07/09/2018 Arnaud Giriteka Commentaires fermés sur Un rapport accablant pour Bujumbura
Un rapport accablant pour Bujumbura

Le 5 septembre, la commission d’enquête pour le Burundi a publié un rapport à Genève. Il dépeint une situation toujours sombre de violations des droits de l’homme. Le numéro un de l’exécutif burundais est mis en cause.

C’est une première. La Commission d’enquête pour le Burundi implique personnellement le président de la République dans des appels à la haine et à la violence. «Ce climat attentatoire aux droits de l’Homme continue à être favorisé par des appels récurrents à la haine et à la violence de la part d’autorités, dont le Chef de l’État, et des membres du CNDD-FDD».

Pour certains observateurs, Doudou Diène, président de cette commission a franchi le Rubicon, même son prédécesseur, Fatsah Ouguergouz n’avait jamais atteint ce cap.

Interrogé sur des passages qui seraient du registre de discours à la haine, le président de cet organe, n’a pas d’emblée voulu donner des exemples concrets. «Nous citons le président, nous avons des références de ces citations dans le rapport, notamment dans le processus qui a mené au référendum sur la Constitution».

Les relations entre Bujumbura et cette commission risquent de s’empirer de plus belle. Elles n’ont jamais été en odeur de sainteté. Bujumbura avait même menacé de poursuivre les membres de cette commission en justice.

Pour M. Diène, le rapport n’est pas un document abstrait, ni poétique, encore moins littéraire. «A part l’identification des violations des droits, le mandat inclut l’identification des responsables.» D’où la question de savoir si le président de la République figure aussi sur la liste des auteurs des violations.  La liste reste confidentielle. Elle sera dévoilée si un tribunal garantissant un procès crédible venait à voir le jour.

Créé en 2016, cet organe n’avait dénoncé que les cercles proches du pouvoir et les Imbonerakure comme sources de violations des droits de l’Homme. Par ailleurs, elle ne les a pas épargnés. Ils sont à nouveau épinglés. Le rapport mentionne l’existence d’une structure informelle, le «comité des généraux». Elle décide des orientations en matière de politique et de sécurité. Cette entité regrouperait des poids lourds de l’appareil étatique. C’est notamment le ministre de la Sécurité Publique, l’Administrateur général du SNR, le Chef de cabinet chargé de la police à la présidence et celui à la tête du cabinet civil, ainsi que du Secrétaire général du CNDD-FDD. Ils décideraient du sort des opposants.

« Le Burundi entre dans un tournant décisif »

Quant aux Imbonerakure, la commission estime que l’Exécutif cautionne leurs agissements. «Les actes des Imbonerakure sont attribuables à l’Etat car il leur garantit l’impunité», a affirmé Françoise Hampson, membre de la commission. Elle pointe du doigt la police, les services de renseignements et les Imbonerakure comme étant les principaux auteurs des violations.

Néanmoins, elle souligne qu’il y a moins de témoignages incriminant les Forces de défense nationale. Le président de la commission avertit que le Burundi entre dans un tournant décisif. Avec les élections de 2020 à l’horizon, Doudou Diène met en garde la Communauté internationale. «C’est pendant les processus électoraux que se commettent les plus graves violations des droits de l’Homme. La commission estime que cette période nécessite une plus grande vigilance non seulement dans le monitoring, mais aussi dans la prise des mesures de prévention».

Et d’ajouter que c’est en cela que la continuation du mandat de la commission est fondamentale. Une plaidoirie pour le renouvellement de son mandat qui se termine avec septembre. Le rapport sera présenté en intégralité le 17 septembre devant le Conseil des droits de l’Homme.

Selon un observateur, la portée du rapport reste incertaine. Tout dépend de ce qu’en feront les instances onusiennes. Le risque est grand qu’ainsi mis sur la sellette, Bujumbura devienne plus infléchissable.

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Réactions

Me Lambert Nigarura : « La responsabilité des crimes imputable au commanditaire.»

Pour le président de la coalition burundaise pour la cour pénale internationale, c’est normal que le magistrat suprême et commandant suprême des forces de l’ordre soit mis en cause. «En droit pénal international, la responsabilité des crimes est imputable au commanditaire qu’aux simples exécutants  ».Et d’ajouter qu’il est important que le mandat soit renouvelé pour que les crimes soient bien documentés par un mécanisme compétent.

Martin Nivyabandi : « Mission de ternir l’image des institutions du pays.»

Pour le ministre en charge des droits de l’homme, affirmer que le président de la République est le semeur de haine et de zizanie alors qu’il a assuré concrètement la réconciliation nationale en intégrant toutes les composantes ethniques au niveau de son palais, de son cabinet, de l’administration. Cela prouve que ce rapport est politiquement motivé. Martin Nivyabandi indique que cette commission a pour mission de ternir l’image des institutions du pays afin de justifier une quelconque exigence de l’intervention de la justice internationale. C’est une réaction violente à l’échec de la tentative du renversement des institutions.

Hamza Venant Burikukiye révolté par un montage grotesque destiné à salir et insulter 

Le porte-parole de la Plateforme de la société civile, PISC Burundi se dit révolté par un montage grotesque destiné à salir et insulter non seulement le président de la République, mais également tout Burundais fière de la souveraineté de son pays. Hamza Venant Burikukiye prend à témoins les journalistes de produire des extraits de discours de haine du président de la République. « Ils ne vont rien trouver, c’est juste de la provocation. » Selon lui, il revient à tout Burundais de décrier cette manœuvre malsaine contre le Burundi.

Léonce Ngendakumana : « C’est aussi pour prévenir une nouvelle tragédie. »

Le vice-président du parti Sahwanya Frodebu estime qu’en publiant un tel rapport, la commission d’enquête veut responsabiliser le gouvernement du Burundi. Léonce Ngendakumana pense que c’est aussi pour prévenir une nouvelle tragédie qui s’abattrait sur le Burundi avec un échec du dialogue inter-burundais qui pointe à l’horizon et si le forcing électoral continue. Il demande au gouvernement de coopérer avec les Nations unies, mais aussi de coopérer avec ces commissions d’enquête mises en place pour avoir des résultats qui ne compromettent pas la paix dans ce pays.

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