Société

Ruyigi/ Suspension des ONGE : l’onde de choc se fait déjà sentir…

16/10/2018 Hervé Mugisha Commentaires fermés sur Ruyigi/ Suspension des ONGE : l’onde de choc se fait déjà sentir…
Ruyigi/ Suspension des ONGE : l’onde de choc se fait déjà sentir…
La population de la zone Nyabitare a tant besoin de l’assist

Deux semaines après la décision du CNS de suspendre les ONG étrangères pendant 3 mois, au sein de la population bénéficiaire de leurs projets, c’est le désarroi. Comme en témoignent les habitants de la zone Nyabitare.

Il a fallu à peine dix jours pour enlever à Nyabitare sa quintessence. Abritant l’essentiel des centres de transit des rapatriés de la province Ruyigi (est du pays), la vie dans cette zone de la commune Gisuru se meurt petit à petit, depuis cette mesure du Conseil national de sécurité (CNS).

Outre son petit centre agité, avec des bars, il y a deux mois qui poussaient tels des champignons, des 4.000 réfugiés qui étaient attendus au cours de ces deux dernières semaines, aucun n’a été rapatrié. Sans oublier la consternation que vit sa population, particulièrement les rapatriés à cause de certains des programmes des ONGE actuellement au point mort.

J. N., la trentaine, est veuve et mère de 4 enfants. Rapatriée, il y a 4 mois, grâce au projet de relèvement économique de l’International Rescue Commitee (IRC), sa vie reprenait pied petit à petit. Avec deux de ses amies, elles ont monté un commerce de tomates et de riz. Malheureusement, déplorent-elle, avec cette décision, il s’agit d’une chance que n’auront pas ses voisines.

D’après certains habitants de la localité, cette ONG s’apprêtait à leur fournir du petit bétail pour la fumure.
Une situation aux antipodes de K .M., diabétique, la cinquantaine. Sous insuline depuis 5 ans, actuellement, c’est l’ONG italienne GVC (Groupe de volontaires civiles) qui lui en procure. Depuis la décision du CNS, cet ancien réfugié du camp de Nduta (Tanzanie) comme certains de ses voisins ne savent pas à quel saint se vouer. «Heureusement que ses employés continuent le service minimum, imaginez ce qu’il adviendra s’ils le cessent ?».

Ils redoutent entre autres qu’en cas de complications, les transferts vers les structures d’hospitalisation adaptées ne se feront plus, sans parler des urgences pendant la nuit. « Une délicate situation parce que dans la plupart des cas, beaucoup de malades sont des enfants en bas âge et des vieillards».

Un tas de projets au point mort

L’essentiel des activités de ces ONGE sont tournées vers l’autonomie financière des vulnérables. Notamment l’octroi des soins de santé, l’éducation de qualité, la lutte contre les violences basées sur le genre, un bon nombre d’observateurs convergent sur un fait : « Une souplesse s’impose dans l’octroi des documents exigés par le ministère de l’Intérieur».

Rien que pour le projet de l’autonomisation financière des communautés et réfugiés, exécutés par l’IRC dans les provinces Ruyigi, Muyinga, Makamba, une source révèle sous couvert d’anonymat : «Plus de 4000 bénéficiaires jusqu’à nouvel ordre sont privés du soutien psychosocial. » Et de souligner le risque élevé qu’une victime de violences sexuelles et basées sur le genre (VBG) ne soit pas transférée pour une assistance médicale ou pour bénéficier d’un kit de survie en cas de viol.

Un cas de figure qui s’ajoute à ce risque de non-financement des activités génératrices de revenus(AGR) pour les personnes vulnérables. « Entre autres les réfugiés, les gens démunis dans les communautés de base, etc ».

A ce propos, la même source soutient que plus de 1500 réfugiés répartis dans différents camps ne pourront plus initier des activités génératrices de revenus. «Objectivement, la même cause : les financements sont bloqués jusqu’à nouvel ordre. »

L’autre conséquence, si rien n’est fait dans l’immédiat, il y a le risque de recrudescence des VBG. Avec plus de 10 cas, rien qu’en août dans les camps de Bwagiriza et Kavumu, elle craint que les chiffres ne prennent un envol inquiétant alors que la sensibilisation contre ce fléau commençait à porter ses fruits. Le gel des rations alimentaires est l’autre inquiétude. Bien qu’il nuance : « Mis de côté quelques provinces, leur distribution se fait par les ONG locales. Fort heureusement, ces dernières ne sont pas frappées par la mesure du CNS».

Partir ou rester ?

Sans l’appui alimentaire du PAM, les habitants en feraient les frais.

Alors que certaines d’entre elles, à l’instar de GVC et JRC, au risque de s’attirer les foudres de Bujumbura, ont opté pour le service minimum, d’autres pensent encore à la stratégie à adopter. Pour l’instant, aucune n’a jusqu’ici fait d’annonce officielle quant à sa volonté de rester. Mais dans les coulisses, leurs staffs respectifs disent chercher les documents exigés par le ministre de l’Intérieur.

Selon une source au HCR, un flou qui irriterait Bujumbura. « Des échos nous font part que si rien n’est fait dans l’immédiat pour reprendre le rapatriement, des sanctions à notre encontre seraient prises ».

Sur le terrain, cette situation n’a pas encore poussé le HCR à infléchir sa position. Depuis l’annonce de la mesure du CNS, le rapatriement est au point mort. « En dehors de l’IRC, qui est son partenaire habituel dans le rapatriement, notamment dans la logistique, le HCR dit qu’il n’a pas encore trouvé un remplaçant digne de l’IRC».

Quant aux conditions de leur réenregistrement, il reste à savoir combien d’entre elles signeront l’acte d’engagement et celles qui s’y soustrairont.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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